Inachevé

Ecrit par
secretpenguinfan

‘’Je vais mourir.’’

Est-ce qu’une voix a déjà été vide ? Est-ce qu’un regard s’est une seule fois retrouvé apathique ? Est-ce qu’une bouche s’est déjà avouée délaissée ?

Tout en Axel crie l’abandon ; de ses bras ballants et trop pâles à ses cheveux châtains ébouriffées, le monde peut bien soupçonner sans qu’on l’en blâme que le jeune adolescent est destiné à être médiocre.

Médiocre ; un homme qui déambulera dans la rue au paysage terne avec les autres, prenant sa place dans cette masse de zombies.

Médiocre ; cette peine quotidienne qui un jour s’évaporera, le laissant seul avec son asthénie morale ; cette journée où cette peine quotidienne s’évaporera, cette journée qui laissera place à d’autres, similaires.

Et il mourra, son loyer payé et sa femme à ses côtés, ses yeux fermés et sa bouche scellée, rongé par le regret.

Voici Axel décrit par la société.


« Si ma vie est un poème,

il est réussi,

ou bien il est presque aussi affligeant que moi. »

‘’Je suis désolée, mais vous ne pouvez pas entrer monsieur.’’

Pourquoi désirai-je être quelqu’un d’autre ?

Pourquoi ne voulais-je plus me ronger les ongles jusqu’au sang en espérant trouver une solution, ne plus me pincer cette pathétique couverture qui me servait peau en priant pour que tu apparaisses dans une lumière diaphane pour éclairer mon monde, même si mon monde, c’était toi, et parfois un peu tes autres, ne plus laisser la sueur perler de mon front tandis que je suppliais le ciel, de grosses perles salées descendant le long de mon visage, griffant mon menton de leurs origines, me rappelant chaque seconde un peu plus la raison de leurs naissances ?

Pourquoi ne pouvais-je donc pas accepter mon foutu sort ?

Mes cils étaient courbés, axés vers le ciel, teints de larmes qui n’avaient pas encore coulées, mon cœur paraissait embrasé par des sentiments que je n’aurais jamais l’occasion de ressentir, comblé par le vide qui s’y était logé, et mes mains semblaient tenter d’exprimer d’eux-mêmes leur désaccord en formant un pathétique poing, mes ongles s’incrustant en ma chair et formant de pâles croissants de lunes rosâtres sur ma peau blanche, dépeignant ainsi mon animosité face à ces dires, ces mots qu’on m’imposait sans le moindre remord.

‘’Laissez-moi passer !’’

Elle me sourit, et j’eus l’abjecte impression qu’elle tentait de me figer dans cet ignoble sentiment de pitié qui me répugnait ; elle m’enduisait de boue, me bitumait de goudron et cimenter l’immonde déguisement qui prétendait au titre de corps de ce chagrin envers ma personne.

Une envie de gerber s’empara de moi, mais la vive douleur cuisante qui habitait ma poitrine et ma paume reprit vite le dessus, tandis que je scellais mes paupières une dernière fois, emplissant mes orbes de larmes tandis que je scellai mes lippes maltraités par les mots qui tentaient en vain de s’évader.

‘’Mon frère… Mon frère se trouve là-bas.’’ Je murmurai de ma voix âcre et guttural, le regard contemplant avec un abattement qui ne me ressemblait pas le carrelage morne d’une blancheur abominable, qui me narguait, me chuchotant que bien des larmes l’avaient baigné déjà et que les miennes n’étaient que le pathétique écho de la souffrance monotone auquelle il s’était habituée.

À quoi bon faire tout ça ? Que faisais-je ici ? Pourquoi étais-je moi… Et pas quelqu’un d’autre ?

Je rêvais de m’échapper de cette cage que formait mes pensées ; mon cœur était indécis, ma conscience troublée et mes pensées floutées par le tiraillement de mes valeurs, qui s’amusaient à s’accrocher à ce brin de cordelle qui enlaçait mon cœur, l’étouffait, m’emprisonnant ainsi de la plus horrible des façons.

‘’Je ne peux pas, je suis désolée. Il est actuellement au bloc opératoire.’’

Et je dégringolais de la falaise, entrant de plein fouet en collision avec la mer, création de ma tristesse, les vagues qui frappaient impétueusement les roches scintillantes et magnifiquement grises, gris comme la rue, gris comme le béton, gris comme l’individu, ces mêmes vagues qui me cinglèrent le visage tandis que je te perdais, toi, mon monde.

Survis, petit-frère, ou sinon, si par la résultante de tous le maux qui m’ont été permis de commettre, si le karma venait à s’en mêler et commençait à jouer son jeu, si la reconnaissance, se voyant ignorée, désapprobatrice quant à la façon dont je vivais la vie, ordonnait d’enlever un pion de ce jeu, si un jour je devais me retrouver à supplier pour te voir devant moi à nouveau, nonobstant les charlatans qui prétendaient en cet instant même pouvoir te sauver, ou du moins essayer de le faire.

Si un jour, tu devais m’abandonner, me laissant agoniser au sol, je n’aurais qu’un souhait ;

Libérez-moi de cette honte qu’est de vivre.
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