Des larmes de sang

Ecrit par
diana christa
schekina

«
Tous les matins je me réveille avec cette sensation étrange de venir d’un autre monde. Comme tous parents, les miens m’ont toujours donné l’impression d’être particulière, unique au monde. Ce qui est tout à fait normal étant leur unique enfant. Une jeune fille à la peau ébène, le visage fin et les yeux en amande. Je ne suis pas très grande et mes jambes en petit arc me font perdre quelques centimètres de plus. D’apparence assez ordinaire, ni trop maigre, ni trop grosse, j’arbore fièrement une touffe assez volumineuse de cheveux crépus. Mon caractère détaché des évènements et des personnes qui m’entourent ne dénote pas d’un manque d’intérêt pour les autres mais plutôt d’une trop grande sensibilité que je n’arrive que rarement à gérer.
C’est le début d’année scolaire et comme une grande partie des jeunes filles vivant dans les zones urbaines du Cameroun, je suis scolarisée. Toute excitée, c’est ma dernière année au lycée. Le soleil avait à peine montré ses premiers rayons que j’étais déjà toute habillée, devant mes parents leur signalant mon départ. Comme d’accoutumé, mon père me donne quelques pièces pour aller à l’école. La même somme à chaque fois. Il me fait un sourire avant de me souhaiter bonne chance pour ma nouvelle année. Il était par moment si attentionné ce qui contrastait avec son apparence à la fois mûre et sévère. Une ride se traça sur son visage déjà ravagé par le temps. Il avait dépassé la cinquantaine et ses cheveux blancs trahissaient de plus son vieil âge.
Enfin me voilà devant le portail du lycée. C’était un établissement si strict. Il ouvrait toujours ses portes à la même heure et les refermait pareillement. Je suis là, attendant dans ma toute nouvelle tenue qu’une personne puisse me reconnaitre, que quelqu’un me voit mais je restais invisible. Il m’est difficile d’aller vers les gens donc j’attends et à un moment, enfin les portes rouges sangs du lycée technique le plus réputé de la ville s’ouvrent. J’entre découvrir ma salle, je remarque un siège tout au fond, à la troisième rangée. La salle n’avait pas des chaises individuelles mais des bancs pour deux personnes. Je serai obligée de m’assoir avec quelqu’un me dis-je. Une crise de panique me veut surgir lorsque je reçois une tape dans le dos :
- Tu fais quoi debout toute seule, asseyons-nous
- Pauline, dis-je en lui sautant dans les bras, je suis si contente de te revoir
- Qu’est-ce-qui t’arrive, pourquoi tu restes planté là ?
- Je me demandais bien avec qui je vais devoir m’asseoir. Je ne veux être avec personne moi !
- Tu exagères Diana, enfin bref, comment se sont passé tes vacances
- Bien et les tiennes ?
- Pas trop mal, sauf qu’on ne t’a pas beaucoup vu. Qu’est-ce que tu fais toujours toute seule chez toi ? Je sais que ce n’est pas de ta faute mais tu devrais faire plus d’efforts pour t’intégrer cette année.
Une fois de plus j’entendais cette phrase, ces mêmes mots que mes proches me prononçaient depuis toujours. Au début ce n’était qu’une simple timidité selon les médecins généralistes qu’on me faisait voir, « en grandissant ça partira » répétaient-il à mes parents. Ils ne faisaient pas le lien avec mon jeune âge pour ma classe à cette époque. Sauter
quelques classes n’est pas non plus extraordinaire surtout au primaire. J’étais selon eux une petite fille calme et timide. Ce n’est qu’en 5e que les réponses devinrent plus claires. Je suis allé voir une psychologue à la sortie des classes. J’avais besoin d’avoir des réponses, besoin de comprendre ce qui n’allait pas chez moi. Ce jour-là pour la première fois je me trouvai devant une personne qui ne prenait pas mon attitude pour un caprice d’enfant, une personne prête à m’écouter, qui pouvait me donner de réelles réponses. Malgré ma vie en apparence parfaite (de gentils parents, une belle maison, pas de défauts physiques majeurs), je ne me suis jamais sentie bien. Au début j’étais une enfant joyeuse qui aimait aller à l’école et toujours bavarde. Mais plus le temps passait et moins je comprenais mes amis, ma maîtresse. Ce qu’ils disaient me semblait dénué de sens et les cours étaient sans intérêt à la longue. J’avais l’impression de ne pas avancer et que ça ne m’apportait rien. J’ai alors arrêté de parler peu à peu jusqu’au jour où je n’ai quasiment plus dit de mots. Je n’embêtais personne et personne ne m’embêtait. Pendant les cours et à la maison mon unique refuge était la bibliothèque. J’avais presque fini les livres de la bibliothèque de l’école et ceux de la maison avaient été relus au moins 3 fois. Tous les genres y passaient. Après avoir mis des mots sur ma peine devant cette dame à la chevelure argentée. Elle me demanda si j’avais déjà fait un test de Quotient Intellectuel. J’avais lu dans des bouquins de science certaines choses sur des personnes aux capacités intellectuelles supérieures mais je ne me sentais pas particulièrement concernée, mes notes n’étaient pas supérieures à celles des autres. Quoi que je ne prenais aucun plaisir et ne faisait aucun effort pour avoir de bonnes notes. Je passais le plus clair de mon temps à la bibliothèque au détriment de mes cours qui me semblaient monotones.
Elle me fit passer un test de Quotient intellectuel et le verdict tomba. Je faisais partie des 2% de la population mondiale considéré comme étant à haut potentiel intellectuel. En d’autres termes je suis surdouée. Sur le chemin du retour, je n’arrêtais pas de me demander si je devais ou non annoncer la nouvelle à mes parents. Ils ont toujours été si patients avec, je leur devais bien ça. Arrivée à la maison, je leur racontai alors dans les détails ma journée. Je fus bouleversée entre les larmes de ma mère et le temps d’arrêt de mon père. Je ne savais pas quoi penser, peut être tout cela ne leur plaisait pas. Je fus rassurée par la main de mon père sur mon épaule qui me dit me prenant dans ses bras qu’il était fier de moi. Ils étaient aussi soulagés que moi d’avoir enfin un début de compréhension. A cet instant là je me rendis compte du fossé qui allait continuer de se creuser entre mes parents et moi, entre la société et moi. Les choses ne changèrent pas beaucoup jusqu’à ce début d’année de Terminal.
Après avoir discuté avec mon amie, l’une des seules que j’avais réussi à me faire durant mes années d’études secondaires, j’entends une voix d’un grave prononcé témoignant de la maturité de son possesseur non loin. Me tournant pour découvrir d’où elle provenait, je me retrouve nez à nez avec un jeune homme. Son apparence laissait transparaître son âge plus élevé que le reste de la classe. Ses traits étaient durs et son regard laissait entrevoir un passé douloureux. Je me fais sortir de mes rêveries lorsqu’il répéta : « Bonjour, moi c’est Joachim, je peux m’assoir ? ». Je fis oui de la tête et lui laissa une place. Il ne dura pas, installa son sac à dos beige et s’en alla.
Les mois passèrent et je n’avais que peu de conversation avec mon voisin de banc. Il était taciturne et moi j’étais, moi. Jusqu’au jour où je le vis avec cette brochure, « Faire ses études en Europe ». Ma curiosité devait se refléter dans mon regard insistant puisqu’il se tourna vers moi et me tendit la brochure. Tant de villes, de nouveaux mondes à découvrir contenus dans ce papier A4 plié en 3. Au fil de ma lecture mon attention se porta sur un pays, une ville une école. L’Angleterre, sa ville universitaire d’Oxford et l’université classée 6e des meilleures universités du monde, la prestigieuse Oxford. Oxford est avant tout une ville renommée pour la beauté de son architecture, mais également pour ses universités. Elle possède le taux le plus élevé de toute l'Angleterre et du Pays de Galles. J’en avais déjà entendu parler mais j’ignorais qu’elle offrait des bourses spéciales tous compris pour des personnes ayant une note supérieure à 500 à leur test écrit et en ayant des soucis financiers. Mes parents n’étaient pas en soucis financiers mais ils auraient été incapables de me payer une école aussi coûteuse, plus de 15 000 livres l’année(15 000 000 de Francs CFA approximativement). Je sentis l’envie et la détermination montée. C’était décidé, il me fallait absolument aller à cette université. Le seul inconvénient était le fait que pour passer ce fameux test écrit, il fallait se trouver en Angleterre.
Comment allais-je faire ? « Faire les papiers » comme on le dit couramment chez nous était une longue procédure onéreuse et sans garanti de résultat. Je ne me souviens que trop bien de mon cousin Henri qui après avoir effectué les procédures pendant près de deux ans s’est retrouvé sans un sous, avec ses visas refusés. Tout cela m’effraya un peu. « Suis-je prête à faire subir tout ça à mes parents pour un rêve qui a peu de chance d’être réalisé ? ». Je me rendis compte que j’avais parlé à voix haute lorsque Joachim me répondit :
- Tu n’es pas obligé de leur infliger ça. Tu sais je vis seul et pour subvenir à mes besoins le week-end j’effectue quelques travaux de maçonnerie, menuiserie et tout autre travail pouvant me permettre de manger. Pour payer ma pension je travaille pendant toutes les vacances. Et je compte moi aussi quitter ce pays ingrat.
Je pouvais voir dans son regard que nos motivations n’étaient pas les mêmes et je sentais qu’il ne me disait pas tout. Je ne savais pas si je devais poser plus de questions ou non. Je réussis quand même à lui demander :
- Comment comptes-tu procéder ?
- Je connais quelqu’un, un monsieur qui est prêt à me faire traverser en bateau. Le problème est que je n’ai pas assez d’argent économisé. Si je t’en parle, je me dis qu’à nous deux on pourra sûrement trouver quelque chose de potable pour le convaincre de nous embarquer.
Je ne savais pas trop quoi penser. Tout ce que je savais était que le test se déroulait chaque Juin. En ce début de Février, je ne pouvais qu’attendre l’année suivante pour prétendre les passer. Ça ne me laissait pas beaucoup de temps pour réfléchir entre mon Baccalauréat et ma volonté d’entrer dans une prestigieuse université. Je finis par me dire que ce n’est pas une si mauvaise idée que ça. Je parlai à mes parents d’une envie de continuer mes études à Douala. Je ne voulais pas les inquiéter au cas où tout ne se passerait pas comme prévu.
On prit plusieurs rendez-vous avec le Monsieur barbu qui devait nous faire voyager et on conclut l’affaire. Bien sûr l’argent que mes parents croyaient donner pour mes préinscriptions étaient enfait celui de mon voyage et une partie du prêt fait à Joachim.
Le mois de Juin passé et les résultats sortis, sans grande surprise j’avais eu mon examen. Joachim l’avait également eu. Les préparatifs pour mon déplacement allaient bon train et le jour du départ arriva. Mes parents me déposèrent à l’agence par laquelle je devais aller à Douala. De là je n’avais plus qu’à me rendre au port et suivre les instructions du Monsieur barbu pour me retrouver dans la soute du bateau.
Il y’avait tellement de monde dans ce bateau que je perdis de vue mon compagnon de route. Je me retrouvai donc entourée de personnes que je ne connaissais pas. Le voyage était très difficile. J’avais en permanence peur. Le mode de vie était pénible. Nous étions tous entassés et certains avaient le mal de mer. On étouffait !
Le bateau a fait escale au Maroc. Le temps de demander aux autres passagers pourquoi nous arrêtions nous, je me retrouvai enchainée par un groupe d’hommes arabes. Ils nous alignèrent et nous marquèrent comme du bétail. Je pensais que tout cela n’était pas réel. C’était impossible d’être traité de la sorte. Mais l’intense douleur provoquée par le fer rouge qui toucha ma peau était bien réelle. On nous entassa dans un camion. Malgré la forte odeur de chair brûlée dans le camion je ne réalisai toujours pas que tout cela était vrai.
A un moment je me mis à crier, à appeler Joachim, c’était de sa faute si je me retrouvais dans cette situation. Je pleurais à chaudes larmes. Rien ne pouvait m’apaiser. Je pensais à mes parents, je n’allais peut être plus jamais les revoir. Comment avais-je pu imaginer que les choses se passeraient bien. C’était trop simple, trop beau, trop facile. Je fus interrompu par les cris d’une femme près de moi qui semblait encore plus affligée. Je prêtai attention à ce qu’il se passait. Elle refusait que l’on marque son bébé d’un peu plus d’un an. Elle se débattait de toutes ses forces jusqu’au moment où une balle dans la poitrine mis fin à son agitation. A ce moment je voulais crier encore plus fort mais ma voix ne sortait plus. Un nœud de peur dans la gorge m’empêchait de parler et le calme soudain de la pièce me fit comprendre que je n’étais pas la seule terrifiée.
Le camion nous conduisit dans une sorte d’usine abandonnée où l’on fut vendu à un autre groupe de personne. A ce moment-là, nos ravisseurs nous firent bien comprendre que le seul moyen que nous avions d’être libre était de contacter une connaissance qui pourrait offrir une somme conséquente pour notre libération. Je ne pouvais rien faire d’autre que me laisser vendre. Je ne connaissais personne au Maroc et ne savais même pas réellement où nous étions. Je fus acheté par un homme et sa femme pour effectuer les tâches quotidiennes chez eux.
J’ai été conduite dans une ville à l’air frais et humide. Dans une maison à toit plat faite avec des briques recouvertes de ciment et de peinture marron. Un jardin et une pelouse très bien entretenus montraient la rigueur de la femme de maison dans l’entretien de sa demeure. C’est avec cette même rigueur qu’elle me fit commencer le travail dès mon arrivée. Je devais faire le ménage dans chacune des pièces de la maison trois fois par jour, la vaisselle, la lessive et l’entretien de cette devanture. Le travail était pénible des fois mais le plus difficile
était de ne pouvoir prendre de douche sous peine d’être fouettée. Je pense que la dame de la maison avait peur que son mari ne puisse me considérer comme une femme.
Je ne sais pas bien combien de temps j’ai passé là-bas. Quelques mois j’imagine mais j’ai pu gagner leur confiance et un jour elle me permit d’aller faire les courses toute seule. Je saisis alors l’occasion pour m’enfuir. Je courais sans savoir où j’allais. Je ne sais plus vraiment comment mais j’eus la chance de me retrouver dans un autre bateau en direction de l’Europe. Je repris espoir.
Être dans cette sorte de bateau et faire ce voyage, était aussi horrible que le premier. Il y avait des femmes enceintes, des enfants. La Méditerranée est assez grande pour vous hypnotiser parce que l'on ne fait plus la différence entre le ciel et la mer. Il n'y avait rien à manger. Certaines personnes sont mortes, assises dans le bateau. D'autres se sont suicidées, en se jetant à la mer. J'y ai moi aussi pensé. Mais je n'en eu pas le courage. Dans le bateau, ça sentait la mort. C'était affreux. Heureusement quelques jours plus tard, nous étions arrivés à Lampedusa, l'île italienne. Arrivée sur le sol italien j’étais soulagée. Mais très vite, j’ai déchanté. On a été traité une fois de plus comme des animaux, des criminels. On s'est assis par terre, il n'y a eu aucune assistance médicale, pourtant des gens étaient physiquement et psychologiquement malades. On a été fouillé, nu. Mais à un moment je pus trouver une faille pour m’enfuir une fois de plus.
Cette fois-ci je me retrouve dans les rues d’Italie. Si seulement j’avais pu rentrer en arrière et ne pas m’enfuir je n’aurais pas hésité. Cette nuit-là je mourrais de froid, mes affaires avaient été égarées lors du premier voyage. Je m’étais couchée sous un pont espérant trouver un petit travail les jours suivants qui me permettrait d’aller jusqu’en Angleterre. Je grelotais quand je fus abordé par un groupe de trois garçons apparemment du pays. L’Italien ainsi que l’Espagnol étaient quelques-unes des langues que j’avais apprises en lisant à la bibliothèque et grâce à quelques audios. Je comprenais déjà bien la langue mais eux ne le savaient pas. De toutes les façons le fait de me tendre une couverture était un langage universel. Au moment de leur dire merci, je n’eus pas le temps d’ouvrir la bouche avant que l’un d’entre eux ne lance en Italien « Mais elle plutôt bonne cette meuf, pourquoi la laisser partir comme ça, de toutes les façons, c’est une de ces vauriennes qui viennent encombrer les rues de la ville. Grand-mama disait qu’une bonne personne voit toujours les traces d’un arc-en-ciel. T’inquiète ma jolie, moi je vais te faire voir l’arc-en-ciel et même l’univers ». Ils se mirent à rire tous les trois. Choquée, je ne dis plus un mot et me leva pour courir en direction de la foule lorsque l’un d’entre eux m’attrapa violemment le bras. Jusqu’à ce jour je ne me souviens pas de ce qui s’est passé après ça. Je ne me souviens même pas du visage de mes agresseurs. Tout ce que je sais est que je me suis réveillée toute nue couverte de sang et de liquide éjaculatoire. Je restai couchée sans bouger à attendre que le sang qui se déversait de mon ventre et de mon bas ventre apparemment entaillés finisse par avoir raison de moi. Je finis par me laisser aller dans un sommeil que je savais définitif.
Un matin, sentant la lumière du soleil chatouiller mon visage, j’ouvre les yeux. Me voilà dans une chambre bleue, modeste, n’ayant qu’une armoire et un lit. Affolée je cherche à m’enfuir par la fenêtre lorsqu’une dame ouvre la porte. Me sentant agitée elle essaie de me rassurer avec des gestes pensant que je ne comprends pas la langue. Elle tenait un plateau avec un
petit déjeuner complet, comme je n’en avais plus mangé depuis des mois. La vue de la nourriture m’apaisa et je fonçai en sa direction puis me mis à tout manger. Elle se mit à pleurer se répétant à elle-même « Dieu soit loué elle n’a rien ». Je la regardai puis me tourna pour me recoucher. Elle eut juste le temps de m’indiquer une petite porte. Quand elle fut sortie, je me dirigeai vers la porte. A peine entrouverte, la pièce sentait la rose, sûrement à cause du gel douche et des multiples produits de toilettes au parfum rosée disposé de part et d’autres. C’était une douche avec de petite toilette mais juste assez grande pour se sentir à l’aise. L’envie de me recouvrir de tout ça me prit et je me déshabillai pour entrer sous la douche. Je ne ressentais aucune douleur mais les bandages teintés de rouge sur mon ventre signifiaient que j’étais toujours blessée. Les gouttes d’eau sur mon visage se mêlèrent aux larmes que je ne cessais de recaler.
Je passai les jours suivants enfermés dans cette petite chambre. Il ne m’était pas interdit de sortir mais je considérais cet endroit comme un refuge où personne ne pourrait me faire de mal. Je pus contacter mes parents pour les rassurer et leur faire croire que je suis toujours à Douala.
Un jour Maria, la dame qui m’avait si gentiment accueilli me pria pour la première fois de descendre. Je savais que ça devait être important pour qu’elle me fasse une telle demande. Alors je m’exécutai. En descendant les marches de sa maison à l’allure assez vintage, je vis un jeune garçon. Il devait être à peine plus âgé que moi. Elle ne prononça que son prénom pour me le présenter, toujours persuadée que je ne connaissais rien à la langue de son pays. Il me tendit la main mais au moment de la saisir, je sentis mon ventre se nouer et je me mis à pleurer en direction de la pièce que je considérais dorénavant comme ma chambre. Je ne pouvais pas serrer la main d’un homme, une de ces personnes qui m’avait laissée pour morte sous un pont. Puisque je ne pouvais pas me souvenir du visage de mes agresseurs, tous les hommes étaient coupables à mes yeux.

Au fil du temps je commençai à descendre de temps en temps aider Maria dans les tâches quotidiennes et surtout à tricoter. C’était son activité principale. On y passait des heures et des fois Lucio son fils venait nous rejoindre. Il me regardait constamment avec une sorte de fascination et était aussi gentil que sa maman. Cette gentillesse fit tomber une à une les barrières que j’avais autour de mon cœur. Il venait des fois m’apporter à manger à la place de Maria et en profitait pour me raconter sa journée. Plus le temps passait et plus je me sentais bien avec eux surtout avec lui.
Un jour en m’apportant des fruits, Lucio poussa délicatement la porte. J’étais encore endormi sous les draps blancs immaculés. La sensation de ses lèvres sur mon front me fit ouvrir les yeux. Il était là, devant moi, le regard ténébreux et plein de bienveillance. Ces lèvres étaient assez pulpeuses pour un garçon et légèrement rosées. Son nez fin mais imposant et les mouvements légers de ses cheveux sombres quand une légère brise passait trahissait ses origines latines. Il s’approcha une nouvelle fois de moi. Je sentais ses lèvres se diriger vers les miennes mais ne pouvait pas le repousser. On aurait dit que j’étais hypnotisée par son regard persistant. Ses lèvres finirent par trouver la faille des miennes et
sa langue à se faufiler jusqu’à enrouler la mienne. Je n’avais jamais embrassé un garçon. Une vague de chaleur envahit tout mon corps. Lorsqu’il laissa finalement ma bouche entrouverte, je fis échapper un petit souffle qui montrait clairement que j’avais apprécié son geste. Avec lui je sentais que les choses étaient différentes, il me respectait, il m’attirait et c’était réciproque. Je me sentais prête à lui offrir un second baiser mais sentis sa main parcourir mon corps. Je pris peur et le repoussa brusquement. Il s’excusa et n’insista pas. Il se leva doucement de mon lit et envoya un baiser de la main. C’est ainsi qu’il prit congé de moi.
Après cette tentative, Lucio était devenu plus démonstratif. Entre les devenus habituels baisers sur le front et ceux délicatement posés sur mes lèvres quant il venait me réveiller ou m’apporter à manger.
Je me sentais déjà tellement mieux avec cette nouvelle famille que je commençai à aller au cinéma avec Lucio, j’osai le prendre par la main et je le laissais m’embrasser. Je sentais qu’il n’osait plus me toucher à cause de ma réaction de la première fois et c’était tout aussi bien. Je ne me sentais pas prête.
Les mois passèrent et on se retrouvait bientôt en Mai. Je rassemblai dans le salon mes deux colocataires des derniers mois. Malgré la confiance que j’avais en eux, je ne leur avais jamais adresser de mots et surtout jamais remercier. Je commençai donc par des remerciements dignes de ce nom. Ils étaient stupéfaits, ils ne s’attendaient sûrement pas à ce que mon accent soit aussi parfait. Ou peut-être me croyaient-ils muette ! Je leur fis part par la suite de mon désir d’aller en Angleterre pour passer ce test mais leur fis également comprendre que je ne pouvais pas encore leur raconter clairement ce qui m’était arrivé avant de me retrouver en Italie. De grosses larmes chaudes se mirent à couler sur mon visage lorsque Maria, elle aussi en larmes après mon discours me remit un lot de documents de tutelle légale. Elle avait engagé les procédures pour me prendre légalement en charge pour que je sois en règle sans m’en parler. Il ne manquait plus que ma signature. Si le beau brun qui lui sert de fils n’avait pas récupéré les documents que j’avais en mains, ils serraient sûrement mouillés par mes larmes. J’imposai ma signature sur la pile de documents. Et nous prîmes le déjeuner dans une ambiance chaleureuse et familiale que je n’avais plus ressentie depuis mon départ du Cameroun.
Je m’étais déjà habituée aux petites attentions de Lucio. J’aimais sentir son regard sur moi et ses lèvres sur les miennes. Je m’étais mise depuis peu à vouloir plus, à désirer beaucoup plus. Ces envies étaient constamment refoulées par la peur de le regretter plus tard. Je sentais que ces simples baisers ne me suffisaient plus.
Un soir venant me souhaiter une bonne nuit, il déposa un baiser chaste sur mes lèvres. Lorsqu’il se retourna pour s’en aller, les picotements que je ressentais au niveau de mon bas ventre me poussèrent à le retenir. Lorsque je l’attirai à moi et l'embrassai je compris que nous brûlions tous deux du même désir. Il y répondit avec tout autant de fougue que moi. Il en voulait plus et ne s'en priva pas. Il saisit l'un de mes seins dans sa main et y communiqua toute la passion et le feu qui l'envahissait et qu’il réprimait depuis si longtemps. Je le sentis perdre la raison quand j’entrepris de déboucler sa ceinture. Sa réaction ne se fit pas attendre et son membre viril qui ne demandait qu'à sortir fit céder la boutonnière de son pantalon
jean. Je ressentais sa surprise et son étonnement face à mon audace. J’étais prête à me livrer totalement à lui oui, j’en suis sûre je l’étais. Au moment où mes mains se refermèrent sur son membre viril il ne put s’empêcher de laisser échapper un léger gémissement. Ce n'était pas uniquement l’expression de notre désir bestial qui se faisait ressentir mais aussi l’union nos cœurs et nos âmes Quand je le sentis se crisper sous l’effet de mes caresses et au moment où le plaisir montait sans osciller, il saisit mon poignet et d'une voix rauque murmura

- Stop arrête, si tu continues je ne vais pas tenir bien longtemps, j'ai tellement envie de toi.
- Mais je ne veux pas m’arrêter !
- Ne t’inquiète pas, laisse-moi faire

Il me fit m’allonger sur le lit, enleva mon t-shirt qu'il jeta à l'autre bout de la pièce. Je le regardais se dévêtir et le trouvait de plus en plus beau au fur et à mesure que les vêtements arrêtaient leur oppression sur son corps. Il s’approcha lentement de moi. Je voulus ramener mes mains sur son dos mais il ne me laissa pas faire. Il me prit les poignets, les remontât au-dessus de sa tête et les maintint d'une seule main. Il redescendit son autre main pour venir saisir ma poitrine dont la pointe était érigé par l’excitation et le désir qui prenait sa source dans le creux de mes reins. Il m'embrassa passionnément puis lâcha mes lèvres pour opérer une descente en direction de mess deux collines tout en dévorant de baiser chaque centimètre de peau laisser à sa convoitise. Arriver à destination il enroula sa langue autour des pointes qu'il mordilla puis suça ce qui me fit pousser un cri de plaisir. Il relâcha mes poignets et continua sa descente en traçant sur sa peau un sillage de feu avec sa langue. Il arriva enfin au dernier rempart qui nous séparait. Il prit l'élastique de la fine étoffe de tissus entre ces dents et le fit claquer. Puis délicatement, le fit descendre le long de mes jambes. J’étais là sur un lit nue offerte à ses assauts, les yeux clos et la poitrine se soulevant au rythme de ma respiration haletante.
Après une découverte poussée et assidue de mon intimité avec ses doigts, je le sentis s'approcher et franchir la dernière distance qui me séparait de lui pour qu'on soit enfin uni de corps. Ce n'était pas un rêve. D'un mouvement de rein lent et sensuel il entama un va et vient tout autant dévastateur pour lui que pour moi. Je crus en perdre la tête. Le reste de la nuit se fit au rythme de ses mouvements des fois doux et lents ou sauvages et saccadés.
Les jours suivants me paraissaient plus ensoleillés et lumineux que les précédents. C’était devenu claire, cette attirance et cette reconnaissance que je ressentais s’étaient transformées en amour. Il était toujours aussi doux et attentionnés à mon égard.
C’est dans cet état d’esprit que je pris l’avion pour Londres. Après quoi je pris un bus pour la ville universitaire de mes rêves, Oxford. C’était le jour de l’évaluation écrite. Lorsque je traversai les couloirs de la plus ancienne université du pays, j’avais un sentiment d’accomplissement. Les épreuves se succédèrent et à la fin nous devions attendre les
résultats le même jour 2h plus tard pour pouvoir faire l’oral le lendemain. Ce système permettait à ceux qui n’avaient pas réussi l’écrit de directement rentrer sans attendre des jours pour les résultats.
L’arrivée des fiches, je sens la peur monter. Elles sont affichées et par ordre alphabétique les noms alignés. Je recherche mon nom et ne le trouve pas. Les larmes étaient prêtes à couler lorsque mon attention fut attirée par le fait que tous les noms étaient sur la deuxième colonne. Les premiers noms étaient des prénoms. Di… Di… Di… Bingo ! Il y’a trois Diana prises. Il ne reste plus qu’à regarder les noms. Mon doigt suit la ligne du premier Diana et oui, il s’agit de moi. La joie est immense mais pas le temps à perdre, je ne suis pas du tout préparée à l’oral. Je ne sais pas quelle question peut être posée. Je cherche à me renseigner et réussi à avoir une information, le jury ne pose qu’une seule question. Comment ça une seule question ? Tout mon avenir sera décider sur la base d’une question à laquelle je peux ne pas avoir la réponse ?
Des hommes habillés en costume vinrent nous conduire dans nos chambres pour la nuit. J’avais énormément de peine à m’endormir. Je pensais à la fin d’un calvaire et à la peur de ne pas y arriver. Je pourrais rentrer l’annoncer à mes parents au Cameroun, enfin les revoir. Maria sera aussi sûrement aux anges. Et Lucio… je me sentis rougir malgré ma peau ébène en pensant à lui.
Le matin arrivé, je pris un bain et me présenta devant le jury dans la grande salle. Ils me regardèrent droit dans les yeux comme conscients des difficultés que j’avais pu traverser et la seule femme du groupe posa la question décisive en anglais bien sûr : « Madame BIKELE, comment êtes-vous arrivée jusqu’à nous »
»
Et c’est ainsi Madame et Messieurs les membres du jury que je pus me présenter devant vous ce jour. Je sortis de la pièce après avoir raconter mon histoire et tous les participants furent appelés pour les résultats. Quand j’entendis mon nom suivi de la mention « Admise avec bourse » je m’effondrai de bonheur.
Il me fallait retourner en Italie pour l’annoncer à Maria et Lucio. Puis rentrer au Cameroun parler à mes parents et finir mes vacances avant la rentrée académique. Arrivée chez les seules personnes qui avaient réellement fait preuve de gentillesse à mon égard je ne pus contenir ma joie en leur annonçant la nouvelle. Maria me prit dans ses bras et dit :
- Je suis tellement fière de toi, tu es comme une fille pour moi et ta réussite est ma réussite
- Eh oui reprit Lucio se mêlant au câlin. Comme le disait ma grand-mère, une bonne personne voit toujours les traces d’un arc-en-ciel ;
- Hahaha lança Maria me serrant toujours dans ses bras, une de ses phrases que personne ne comprenait jamais
- Bah-moi si Mama
Que venait-il de dire ? Cette phrase ! Non c’était impossible, ça ne pouvait pas être vrai. C’était de celles prononcées par l’un de ses agresseurs. Etait-ce possible ? Les souvenirs de
mon agression revinrent brutalement ainsi que le visage de mes agresseurs. Il en faisait partie.
Je sentis un choc dans ma tête qui me consumait. Je ne pouvais plus lutter. Je m’effondrai en me disant : « J’espère ne plus me réveiller ».
En cliquant sur le bouton accepter, vous autorisez l'utilisation de cookies ou technologies similaires y compris celles de tiers sur notre site internet. Les cookies sont indispensables au bon fonctionnement du site et permettent de vous offrir des contenus personnalisés, d'analyser l’audience du site et de partager vos publications.
Paramétrer les cookies