César

Ecrit par
Paloma

Il y eu ce moment précis où César souhaita mourir. Recroquevillé dans son drap, il n'avait même plus la force de pleurer, tant son corps était à présent dépourvu de larmes. Il lui fallait parfois plusieurs heures et quelques attentions généreuses pour que la vie réussisse à lui convaincre qu'elle était digne d'efforts – quoique que très peu, pensait-t-il. Quand il se sentait mieux, ses yeux se rivaient souvent sur les gens dînant en face. Parfois, la journée, le regard d'une ou deux de ces personnes lui étaient attribué, mais le soir, l’obscurité le rendait encore plus invisible, voir inexistant. Il aimait les observer, les regarder rire entre eux, discuter, un verre de champagne à la main, en un regard faire comprendre à leur enfant de bien se tenir, adresser de faux sourires au serveur, payer leur addition et repartir parfois un peu ivres. Lui, assis dans la pénombre qui le cachait de leur attention, il aimait les voir vivre ensemble, les scruter en silence. Puis quand ses yeux se fermaient, il rêvait parfois d'un repas entre amis, dans un de ces restaurants parisien qu'il contemplait le soir. Il serait habillé en noir, mais pas le même noir sali que celui de ses bottes baillantes ou de son pull déchiré, un noir plus profond, plus classe, lui donnant l'air riche et heureux. Il aurait une cravate et toute la soirée plaisanterait avec son ami Marcel, et pour manifester de sa richesse, lui payerait son repas.
Des passants le voyaient parfois sourire la nuit.
Mais c’était le lendemain que ce sourire s'effaçait. La nuit traîtresse lui avait fait s'abandonner à des rêves fantaisistes. Après quatre ans de solitude, il avait toujours dans le cœur la disparition de Marcel, toujours dans la tête son visage gravé, et toujours dans les yeux l'image de la balle qui était venue se loger dans le crane de Marcel, ainsi que celle de ses deux assassins qui fuyaient, laissant un cadavre derrière eux. Il n'avait pas pu voir leur visage, quand qu'il était comme à son habitude tapis dans l'ombre, dans son drap sale. Cette nuit là non plus, il n'avait pas pleuré. Le lendemain, on avait emmené Marcel sans se demander pourquoi il était mort. César ne le savait pas plus.
Moi, je suis arrivée environ à ce moment là, il y a quatre ans, quelques jours après cette nuit qui l'a meurtri. Au début de sa perte, il pensait inconsciemment que Marcel allait lui revenir, mais quand tout espoir lui avait été arraché, il m'a vue arriver. Il m'a d'abord détestée, mais comme j'étais son seul choix, il m'a acceptée. En réalité, j'ai toujours été plus ou moins présente dans sa vie. Mais au fil du temps, je suis devenue sa seule amie, je faisais partie de lui.
Je restais avec lui du matin au soir, on marchait ensemble dans les rues de Paris, observant des passants qui ne le voyait pas.
Il pensait qu'il était seul. C'est vrai, c'est pour ça que j'étais avec lui. C'était mon rôle, moi qu'on appelle la solitude. Mais quand il en eu marre de moi, j'ai dû le céder à pire encore que moi. On l'appelle la mort.
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