Water bottle - Les souffrances de Nine

Ecrit par
Moon

Un petit bruit de sauts sur l'eau retentait dans la rue. Un capuchon perdu, une étiquette sur elle, Nine gambadait, insouciante, se fichant bien de ce qui pouvait lui arriver.
Une bouteille d'eau aromatisée à la framboise se promenait librement dans la rue et personne ne poussait aucun cri d'exclamation, de stupeur ou même d'effroi. Soudain, elle entendit la voix douce d'une petite fillette qu'elle voyait passer chaque matin. La petite fille chantait :

- Water bottle, water bottle. Water, water, water bottle.

Nine entendait vaguement une suite à cette chanson pendant que la petite fillette poursuivait son chemin, mais ne pouvait déterminer les autres paroles : "Peu importe, se disait-elle. Ce n'est pas une chanson débile qui va me changer et me faire peur !" Elle aurait pourtant dû savoir que la jolie fillette parlait d'elle.

Nine poursuivait son chemin vers son chez-elle. Elle n'était pas toute seule. C'était une des dernières rares espèces de bouteilles d'eau aromatisées encore vivantes. Elle avait seulement des amis. Aucune famille. Car c'est justement cette insouciance héréditaire qui a causé la perte de ses proches dans plusieurs accidents différents.
Son père, lassé de voir l'humain travailler sans relâche avait décidé de l'aider sans qu'il ne s'en aperçoive.
Malheureusement pour lui, le pauvre, l'humain fut tellement surpris de voir une bouteille d'eau sur son bureau qu'il le balaya d'un geste de la main involontairement. Il avait longtemps souffert avant de passer l'arme à gauche.
Sa mère, elle, énervée de voir le lit des enfants mal fait, avait décidé de faire un peu d'ordre. Sans avoir eu le temps de réagir, un chien la prit entre sa gueule et la déchiqueta.
Sa sœur, quant à elle, mourut dans un accident d'égout. Elle n'a jamais été retrouvée.
Son oncle, lui, avait été expulsé de la demeure pour violence verbale et physique. Un gamin l'avait ramassé et l'avait jeté dans un feu de camp, après un pari avec ses amis.
Le bébé de la famille avait rendu l'âme après une avalanche fatale de bouquins comptant chacun plus de 258 pages.
Pour finir, les grand-parents avaient succombé à une violente crise cardiaque, suite à la vue d'un Bob l'Éponge géant.

Ils lui avaient toujours dit de faire attention aux humains. Ils en étaient tous morts. Nine, pourtant, les trouvait bien gentils. Elle aurait dû savoir. Elle aurait dû savoir que celui qui les avaient tous tués était une seule et même personne.
Un petit gamin marchait bruyamment avec sa bande. Ils étaient cinq au total. La petite fille chantante était derrière eux et priait pour la bouteille Nine.

Water bottle, water bottle. Water, water, water bottle. Don't say a word, or you will live alone.
Don't say a word, or they will live alo-o-one.

Une chanson pour mettre en garde la petite bouteille d'eau aromatisée qui, honnêtement, s'en battait les steaks comme c'était pas permis.

Le soir, Nine, prenait une marche. L'air frais pour renouveler le sien lui faisait beaucoup de bien. Tellement même, qu'elle en avait oublié où elle était. Perdue. Exactement ce qu'elle ne voulait pas, son pire cauchemar avait enfin pris vie.
Perdue dans le noir de la rue, parmi les chouettes et les arbres lugubres, entre des maisons et des animaux, sur le trottoir froid et grouillant d'insectes.
Le gamin était en fait le petit frère de la fillette chantante. Nine l'avait remarqué en les regardant. Elle se souvenait peu du visage du criminel, mais celui-ci correspondait parfaitement à ce qu'elle pensait. Sinon, pourquoi avait-elle peur ? Ils étaient devant eux, elle le savait. Pourquoi n'avait-elle pas écouté cette si jolie petite gamine ? Pourquoi ne l'avait-elle pas suivie pour écouter le reste du morceau ?
Parce qu'elle était insouciante et lunatique, voilà pourquoi.
Le frère de la gamine prenait Nine dans ses bras et faisait mine de faire comme si c'était son enfant. Il l'écrabouillait, lui crachait dessus et l'insultait. Il ne savait pas qu'un instant avant, elle était encore en vie.

La petite bouteille d'eau aromatisée à la framboise savait que sa dernière heure était venue. Elle repensait alors aux paroles bienveillantes et pleines de sagesse que sa mère lui disait souvent avant de s'endormir. L'une d'elles lui avait particulièrement touché. Une phrase qui vaut la peine d'être écoutée une dernière fois, car on ne sait jamais quand sa vie peut s'arrêter.

Nine avait rendu l'âme, elle aussi. Elle avait rejoint sa famille, à la fois désolée et heureuse de la revoir. Cela dit, elle s'est jurée de toujours suivre, ses parents, car comme le dit cette phrase célèbre :

« Vit chaque jour comme si c'était le dernier. »
De Marc-Aurèle.
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