Mère Gamelin, femme de compassion

Ecrit par
miche1934

Introduction
Après des années de recherches et d'études, une volumineuse documentation existe maintenant au Centre Émilie-Gamelin, Montréal, sur Émilie Tavernier devenue, en 1823, madame Jean-Baptiste Gamelin, puis en 1843, Mère Gamelin, la fondatrice de la Congrégation des Sœurs de la Providence.
Nous présentons ici une nouvelle étude sur cette femme de chez nous, cette montréalaise du dix-neuvième siècle (1800-1851) qui a marqué l'Église et la société de ce temps, par sa prédilection pour les plus pauvres, les plus démunis. Elle s'est faite toute à tous dans la gratuité, le partage, la compassion et la fidélité, révélant ainsi au monde le visage du Dieu-Providence. Cette femme au cœur attentif, compatissant et fidèle, qui a vécu dans une période mouvementée, parle très fort au monde contemporain et à tous les états de vie.
La première partie de cette étude place Mme Tavernier- Gamelin dans le cadre historique qui était le sien, le milieu montréalais, qu'il faut toutefois considérer dans celui du Canada et de l'Empire britannique; la seconde nous fait découvrir la femme forte et son œuvre, sa personnalité, ses traits de caractère, ses souffrances physiques et morales; la troisième nous présente son vrai visage, tandis que la quatrième nous permet de constater qu'elle a porté jusqu'à l'héroïsme la pratique des vertus qui font les forts et qui la mettent au nombre des serviteurs de Dieu dont la Cause de Béatification est présentement en cours.


1
Le milieu de vie d'Émilie Tavernier-Gamelin
La pauvreté connaît une recrudescence
Émilie Tavernier naquit avec le XIXe siècle, période de révolution industrielle et de libéralisme économique. Le Canada, conquis par les Britanniques, était soumis aux plans de la métropole. Il exportait des fourrures, du bois équarri, du blé et d'autres produits. La Grande-Bretagne, qui s'industrialisait rapidement, lui envoyait ses produits manufacturés. La colonie était pour la métropole un marché; elle ne devait pas lui faire concurrence. Aussi l'industrialisation de Montréal prit un large retard.
La croissance démographique engendra la pauvreté. L'augmentation provenait d'abord du surplus des campagnes, elles-mêmes appauvries, endettées, éprouvées par les fléaux naturels, par la mauvaise organisation des transports, par l'absence d'une politique de développement. La jeunesse sans propriété, les faillis de l'économie agricole, les femmes et les orphelins sans soutien vinrent grossir la population urbaine. Mais l'accroissement eut une autre source. L'industrialisation des îles Britanniques, une politique agricole sans humanité, de mauvaises récoltes successives, le chômage d'artisans non recyclés produisirent le paupérisme, en Écosse et en Irlande surtout. Les famines y soulevèrent un problème cruel. Le gouvernement anglais organisa l'émigration au Canada de cette
population dangereuse. Montréal en reçut





un grand nombre. Les conditions de traversée étaient affreuses. Entassés dans les navires, leurs provisions trop tôt épuisées, sans hygiène, sans eau potable suffisante, affligés du mal de mer, ces misérables étaient des foyers d'épidémie. Les survivants, accueillis par une quarantaine mal montée, propagèrent les maladies contagieuses. Elles frappèrent Montréal en 1832, 1834, 1847 et 1849. Les rescapés, souvent des enfants, grossirent le nombre des pauvres après le fléau. La majorité étaient des Irlandais catholiques, auxquels les institutions religieuses prodiguèrent leur pitié et leurs secours. Il y eut un certain nombre de protestants, que la reconnaissance induisit à devenir catholiques.
D'autre part, Montréal restait une ville d'ancien régime, centre d'artisanat et de commerce desservant la campagne environnante. L'industrie ne s'y organise que lentement de 1840 à 1860. La ville a perdu la manipulation des fourrures, qui avait fait la plus forte part de sa prospérité depuis le régime français. Port intérieur, elle ne commença qu'en 1830 à édifier des installations portuaires sérieuses. L'aménagement du canal Lachine, source d'énergie et commodité de liaison avec l'intérieur du pays, ne sera achevé qu'en 1848. À l'époque qui nous occupe, la ville ne trouvait qu'avec peine de quoi occuper une population qui avait sextuplé de 1800 à 1852. Port en été, ce n'était encore pour le reste qu'un chef-lieu agricole. L'afflux de population l'avait fait déborder le quadrilatère historique après la destruction des murailles. La rue Saint-Antoine, allongée vers l'ouest, était bordée de résidences aisées. L'afflux de population besogneuse se tassait à l'est et au sud, formait des annexes qu'on appelait encore des faubourgs: le faubourg Québec allongé sur le fleuve, le faubourg Saint-Laurent, sur la principale sortie du nord. Les résidents y vivaient d'un salaire précaire, à l'emploi des artisans et des marchands. On ne pouvait se passer d'assurer l'alimentation par la
culture d'un jardin et par la garde de quelques animaux ou volailles. On restait exposé aux fléaux naturels. Rien ne défendait la basse ville contre les dégels subits en hiver, la débâcle envahissant les rez-de-chaussée. Les maisons de bois étaient en danger continuel d'incendie. Il n'y eut pas de vraie défense contre ce malheur avant 1841. Montréal eut à subir deux grandes conflagrations, en 1850 et en 1852. Les réservoirs d'eau manquaient, le fleuve en tenant lieu.
La surabondance de la main-d'œuvre maintenait les salaires au plus bas niveau en été. En hiver, c'était le chômage ou la réduction des appointements à la moitié. Les indigents avaient peine à se trouver un abri. Une famille entière pouvait vivre dans une ou deux pièces louées, couchant sur de la paille étendue. D'autres logeaient dans des caves non aménagées et sans lumière, sur la terre battue. Les maisons, petites, sans peinture, sans entretien, respiraient la pauvreté. Elles étaient mal chauffées et l'air y était irrespirable. Le poêle de métal était alors un luxe. Un âtre ouvert rejetait la chaleur au dehors et gardait la fumée dans la pièce. Il servait à la fois au chauffage et à la cuisson. Le bois était souvent rare. Les pauvres n'avaient pas les moyens d'en faire provision au temps des prix abaissés. Ils l'achetaient à son plus haut cours. Les hivers rigoureux, il devenait inabordable et les enclos où on le prenait étaient parfois épuisés avant la fin de la saison. On se passait d'éclairage, faute de moyens. Qu'une inondation survînt, chassant la maisonnée aux étages supérieurs, ou encore chez des parents ou des amis, obligeant à sauver avec soi les bêtes précieuses ou à les perdre, laissant l'habitation humide, salie et malsaine, et alors c'était la misère. Les incendies sont nombreux, jetant les familles sur le pavé. La promiscuité, la malnutrition, l'insalubrité engendraient la maladie, le vice et le découragement. Si le chef de famille était invalide, on devine l'angoisse de la famille entière. S'il se livrait à l'alcool pour oublier, c'était le désespoir. La

moyenne de vie n'était pas élevée. La mortalité infantile était épouvantable. La médecine, peu avancée, était inefficace. Peu d'enfants échappaient aux maladies de leur âge: petite vérole, fièvre scarlatine, rougeole, croup ou diphtérie. Mais les épidémies, importées par une politique inhumaine, trouvaient chez les plus démunis un foyer d'élection: choléra, typhus. On imagine les débris humains que produisaient dans une ville impréparée ces conditions rassemblées de dégradation sociale, physique et morale.
Il suffira, pour s'en faire une idée globale, d'énumérer quelques-unes de ces formes de misère: chômeurs sans perspective de travail, infirmes laissés à eux-mêmes, comme les fous, les sourds-muets, les aveugles, les handicapés de toutes sortes, veuves chargées d'enfants, orphelins des deux sexes, jeunes filles sans défense contre l'exploitation, vieillards abandonnés et impotents, surtout vieilles femmes seules et sans ressources, malades sans soins, moribonds sans assistance, et, comme condition généralisée, enfants privés des moyens de s'instruire.
Agents de la charité
Pourtant Montréal avait une longue tradition de charité. Nous n'en ferons pas l'histoire. Mais nous montrerons ici la réponse des agents historiques de la charité aux conditions changées du milieu. C'est de leur nombre que la Servante de Dieu est sortie et c'est avec eux qu'elle va collaborer, en prenant à son compte la satisfaction des besoins les plus récemment apparus et les plus urgents.
Les Sulpiciens à la tâche
Les Sulpiciens, seigneurs de l'île de Montréal depuis 1663, pasteurs de la communauté de Ville-Marie depuis

1657, sont demeurés les curés de la ville depuis lors. Leur autorité spirituelle s'y est trouvée partagée depuis la création d'un auxiliaire de l'évêque de Québec à Montréal en 1821 et davantage par l'érection du diocèse de Montréal en 1836 mais l'organisation traditionnelle de leurs charités demeura inchangée. Ils y consacraient généreusement une partie de revenus de leur seigneurie, selon les intentions des fondateurs.
Leur bienfaisance distinguait trois catégories de besogneux: les «pauvres honteux», les pauvres notoires et les institutions spécialisées d'assistance. Par "pauvres honteux" on entendait les familles de bonne réputation tombées dans la gêne et restées trop fières pour faire étalage public de leurs besoins. Il fallait les assister avec discrétion, sans les compromettre. Les pauvres notoires pouvaient se passer de ces précautions. Et l'assistance aux indigents à travers les institutions avait l'avantage d'assurer une distribution équitable des secours au moyen d'organismes responsable et spécialisés.
Le supérieur de Saint-Sulpice disposait d'un budget spécial pour les «pauvres honteux». Les livres de compte ont conservé mention des dons individuels octroyés à ce chapitre. La part des pauvres notoires s'est accrue grandement au XIXe siècle, en vertu des circonstances. Avec l'immigration irlandaise, les Sulpiciens ajoutèrent une catégorie nouvelle aux Canadiens - c'est-à-dire aux pauvres de langue française - assistés par eux. Nous verrons au secteurs des institutions, ce que les Sulpiciens ont accompli par leur intermédiaire.
L'Évêque conscient des besoins de l'heure
Après les Sulpiciens, l'Évêque de Montréal trouve sa place ici, à la fois parce qu'il est apparu après eux et parce

que son autorité le destine à les supplanter. Mgr Jean- Jacques Lartigue fut sacré le 21 janvier 1821. Auxiliaire de l'évêque de Québec, il résidait à Montréal, y remplissant l'office épiscopal. Prélat en tout point remarquable, il avait tout à créer dans son Église. Son successeur, Mgr Ignace Bourget n'aurait pas pu déployer sa formidable activité, si lui-même n'en avait formulé les principes et établi les fondements. Mgr Lartigue devint évêque en titre de Montréal, le 13 mai 1836. Mais il mourut le 19 avril 1840. C'est alors, les approches étant faites, que son ancien coadjuteur, Bourget, amorce l'édifice, dont une partie substantielle a été réalisée avec la collaboration de la Servante de Dieu

Mgr Lartigue, déjà au temps où il était sulpicien, s'était distingué par son dévouement aux pauvres des faubourgs de Montréal. Dès avant son épiscopat, il eut l'idée d'une association de Dames de Charité, sans pouvoir la réaliser. Les problèmes nombreux et graves de son épiscopat, sa mauvaise santé l'empêchèrent de bâtir une œuvre charitable. Mais il connut la Servante de Dieu et guida ses premiers pas dans l'exercice public de la charité. Mgr Bourget écrira de lui:

Par ses prières, ses conseils et ses exemples, il conduisit votre Mère Gamelin, au début de son œuvre, et lui fournit ainsi, les moyens de la développer, sous le regard de Dieu et l'œil vigilant de ce premier Pasteur. Il était extraordinaire par sa grande charité. Comme alors il n'y avait pas de Sœurs pour la visite des pauvres, dans le quartier, il la faisait lui-même; et ce n'était pas sans attendrissement, qu'on le voyait porter une humble chaudière de potage, aux pauvres qu'il protégeait, en même temps qu'il leur portait aussi, cachés sous ses habits, des souliers pour les malades qu'il avait introduits à l'Hôpital; en un mot, quêter et remettre lui-même aux pauvres l'assistance qu'il avait demandée pour eux; telle était sa plus chère occupation.
Il fit même davantage, puisque les Mélanges religieux du 18 avril 1843 lui attribuent l'établissement de l'Asile de
Providence et l'Association des Dames de Charité, où naquirent en effet tous deux durant son épiscopat. À sa mort, le 19 avril 1840, l'œuvre de madame Gamelin vivait déjà depuis dix ans.
Sur l'œuvre de Mgr Bourget, nous pouvons nous taire ici, même s'il a été le plus important des bâtisseurs d'œuvres de charité. Ce qui en apparaîtra dans la carrière de la Servante de Dieu devra suffire à illustrer son rôle indispensable et de tout premier plan comme agent de la charité à cette époque. Mais il y manquerait peut-être quelque chose, si l'on ne précisait son rôle dans les associations laïques de charité. Il en créa deux durant son épiscopat. La dernière en date fut la Société de Saint-Vincent-de-Paul pour les hommes, fondée en 1848. La plus ancienne attire ici davantage notre attention; c'est l'association diocésaine des Dames de Charité, fondée en 1842, dont madame Gamelin faisait partie. Voici à quoi l'Évêque la destinait: empêcher les mendiants de solliciter la population ailleurs que dans la localité où ils étaient connus afin d'éviter les abus; protéger la vertu des jeunes filles des campagnes lors de leur arrivée à Montréal pour y chercher du travail. Un service semblable était offert aux jeunes gens des campagnes émigrant à Montréal. Les Dames de Charité devaient essayer de faire travailler les pauvres afin de les préserver de la paresse et surtout de les amener à se suffire à eux-mêmes. Cette association fut un appui appréciable pour l'Évêque, puis-qu'elle avait aussi pour rôle de visiter les pauvres et surtout les malades et de faire ce que l'on nommerait aujourd'hui une sorte de travail social.
Les Communautés religieuses déjà embrigadées
L'Hôpital Général de Montréal fut fondé par Jean- François Charron, baptisé à Québec le 7 septembre 1654. Il

créa une communauté de Frères pour l'administrer, Elle dura jusqu'à 1745. C'est alors que la bienheureuse Marguerite d'Youville en prit la charge, avec ses compagnes connues sous le nom de Sœurs Grises. L'Hôpital recueillait, entretenait et soignait tous les malheureux laissés pour compte par la société. Depuis le début, le sulpiciens de Montréal faisaient passer par les Sœurs Grises une importante partie des secours qu'ils destinaient aux pauvres. Communauté établie et déjà pourvue d'une tradition séculaire, les Sœurs Grises ne furent pas insensibles aux ébranlements que subit la société montréalaise au XIXe siècle. Habituées à la direction des sulpiciens, elles se sentirent un peu secouées par les initiatives épiscopales surtout celles de Mgr Bourget. Elles s'y plièrent à certains égards, par exemple en se dévouant généreusement au soin des Irlandais malades du typhus en 1847. C'est à ce temps aussi qu'elles essaimèrent, à Bytown et dans les missions du Nord-Ouest. Mais les besoins nouveaux que Mgr reconnaissait dans son diocèse ne cadraient pas entièrement avec les habitudes et la spiritualité d'une communauté fondée au XVIIIe siècle français. Les Sœurs Grises eurent d'ailleurs le bon esprit de reconnaître et d'encourager les initiatives de la Servante de Dieu, conduite par l'Évêque.
Les communautés religieuses traditionnelles n'étaient pas indifférentes aux besoins sociaux. Aucune ne manquait d'exercer l'assistance des pauvres en particulier. L'Hôtel-Dieu de Montréal, fondé avec une intention missionnaire et mis par les circonstances au service de la colonie montréalaise, était destiné au soin des malades. Les Hospitalières de Saint-Joseph étaient cloîtrées. Cela ne les empêchera pas d'aller au secours des typhiques. Mais on comprend que leurs services sont dispensés à I'intérieur d'un hôpital. La situation réclamait davantage de la Servante de Dieu. La Congrégation de Notre-Dame était orientée vers l'éducation des enfants dans les paroisses. C'était une

œuvre de charité plus qu'une fonction sociale au XVII' siècle. Ce l'était encore au XIXe. Mais on conçoit que les exigences dépassaient la spécialisation de cet institut presque bicentenaire. Les deux communautés virent d'ailleurs avec faveur la naissance des œuvres de la Servante de Dieu. Les Hospitalières contribuèrent de leur coutumier à l'institut des filles de Mère Gamelin. La Congrégation de Notre-Dame assista l'Asile de la Providence de ses aumônes.
Les laïcs s'ouvrent aux multiples appels
Nous devons revenir sur le sujet des Dames de Charité déjà mentionnées comme initiative de Mgr Bourget. L'idée en remontait à saint Vincent de Paul. Mgr Lartigue, avant même d'être évêque, en avait en 1819 un projet qui ne fut pas mis à exécution. La pauvreté qui marqua l'hiver de 1827-1828 fit renaître à Montréal le modèle français des Dames de Charité. Une veuve, madame Angélique Cotté rassembla plusieurs dames auxquelles elle communiqua ses intentions charitables. Elles formèrent une association. Le sulpicien, M. Phelan, leur fut donné comme aumônier. La baronne de Longueuil fut élue présidente, le 18 décembre 1827. Trois comités furent formés: l'un exécutif, pour diriger la société; un autre pour faire des collectes et solliciter des souscriptions; un troisième pour visiter les pauvres à domicile. La Servante de Dieu fut de ce dernier. C'est alors qu'elle fut sensibilisée au sort des femmes âgées, infirmes et sans ressources. Elle en recueillit chez elle. Et l'association en prit aussi à sa charge. Lors du choléra de 1832, cette dernière perdit la moitié de ses protégées. Elle donna les quatre restantes à la Servante de Dieu, qui les joignit aux siennes, l'organisme se vouant pour sa part au soin des orphelins.
La Servante de Dieu fut assistée dans son œuvre particulière par une «Association anonyme» de ses parentes

douze qui composèrent la corporation des Dames âgées et infirmes, formée le 18 septembre 1841. La Corporation, entièrement laïque alors, soutenait l'œuvre financièrement. À la fondation de la communauté, en 1844, les religieuses furent admises dans la Corporation, conjointement avec les laïques. Cette coopération durait toujours à la disparition de la Servante de Dieu et elle continua longtemps après.
Outre l'«Association anonyme» dont on a parlé, Mgr Bourget établit une association diocésaine des Dame de Charité réparties dans les paroisses. Elle fut à l'origine de plusieurs œuvres charitables. M. Billaudèle, sulpicien, en fonda aussi une en 1846, qui fut spécialement attachée aux œuvres des Sœurs Grises, mais il n'y eut pas cette fois autant d'intimité qu'entre la Servante de Dieu et ses Dames. Enfin, déjà en 1828, Mgr Lartigue avait aussi créé une Association de Charité pour l'instruction des filles appartenant à l'école Saint-Jacques. La Servante de Dieu s'intéressera à cette œuvre et l'école sera confiée à ses sœurs, le 28 août 1847.
Les sociétés européennes d'autrefois laissaient d'ordinaire à l'Église la charge de secourir les nécessiteux, y comprenant l'éducation elle-même, comme œuvre de miséricorde spirituelle. Mais les chrétiens ayant chacun I'obligation de secourir leurs frères, les communautés locales devenues municipalités, à défaut d'autres responsables, gardaient conscience du devoir de secourir leurs propres membres en nécessité. De là vient cette responsabilité du gouvernement local. Mais notons-le, il n'intervient qu'à défaut d'autres responsables.
La mendicité est sans doute de tous les temps. Les communautés ont autrefois pris diverses mesures pour la réglementer. Les hôpitaux généraux furent organisé en

France dans l'intention de la supprimer. On a connaissance à Montréal d'une permission à Augustin Allary de mendier dans la ville et la banlieue pendant huit jours. Le 31 août 1822, un règlement contrôlait la mendicité. En 1824, l'on y revenait et l'on autorisait l'impression de cartes spéciales pour distinguer les pauvres autorisés. Il s'agissait évidemment d'empêcher les membres d'autres communautés d'abuser de la charité des Montréalais.

L'invasion de pauvres étrangers, surtout irlandais, modifia la pratique de la mendicité. Les mendiants étrangers étaient plus osés et plus rusés que les autochtones. Montréal semblait avoir perdu le contrôle en 1835. Mais on ne voit pas qu'il l'ait récupéré.

Le bois était, on l'a vu, une denrée précieuse et coûteuse en hiver. Lors de la crise économique de 1849, le pillage du bois devint un problème majeur. La municipalité dut faire garder les clos de bois. On pensa à quelques mesures pour empêcher la hausse du coût du bois pour les pauvres. Une proposition de faire acheter par la ville une provision de bois au bas prix pour le revendre aux pauvres au prix coûtant fut battue, le 12 janvier 1852. Il y en eu d'autres de ce genre par la suite.

L'une des initiatives de la municipalité était d'exempter les institutions de charité des taxes. Cela provenait d'une ancienne conception du rôle de ces organismes, qui assumaient à leurs risques et périls une importante partie de la charge sociale et de l'ordre public. La Servante de Dieu obtiendra de telles exemptions pour l'Asile. Les Sœurs Grises en jouissaient aussi. Mais l'esprit britannique inspirant de plus en plus l'administration, on refusa l'exemption à un établissement de M. Berthelet pour les pauvres, à de; institutions religieuses nouvellement fondées comme l'hôpital de Maternité, l'Asile des Filles repenties et la Catholic House of Reformation.
L'État a d'autres vues et pourvoit à d'autres besoins
Un gouvernement britannique issu de la révolution de Cromwell ne pouvait pas être enclin à se reconnaître une responsabilité vis-à-vis des couches sociales, des communautés ou des individus. L'État n'a qu'un devoir: créer des conditions de réussite économique pour ceux qui savent se débrouiller; tant pis pour les autres. Un tel État, dominé par des bourgeois qui ne se reconnaissent aucune obligation sociale en contrepartie de leurs richesses, ne laissait rien espérer aux individus ou aux organismes pitoyables. Sa philosophie est parfaitement exposée dans cet extrait de la Chambre d'Assemblée, volume 45, Session du 27 octobre 1835.

Votre Comité, après un sérieux examen de la question est demeuré d'opinion que l'on ne devrait pas admettre le principe que des Institutions purement locales, ayant pour but des objets d'un intérêt tout particulier, dussent être soutenues à même les Deniers Publics prélevés sur la Société entière. D'après ces considérations, votre Comité est d'avis que diverses Institutions et Associations, auxquelles il est prêt à rendre le tribut de louanges qu'elles méritent, devraient être informées qu'elles ne devront pas compter pour leur existence future sur des Octrois de la Législature; mais qu'elles devraient limiter leurs charités et leurs dépenses aux moyens qu'elles pourront retirer des contributions volontaires et de la générosité des individus.

Cette profession, toutefois, n'avait pas alors pour but de refuser entièrement, mais bien de diminuer, les secours qu'on avait dû consentir aux immigrants britanniques depuis 1832 et 1834. Cette conséquence illogique était au moins un aveu qu'une mauvaise politique peut engendrer des souffrances humaines intolérables. Le principe demeurait en vigueur et il justifiera les refus que le gouvernement fera d'une manière répétée aux initiatives d'assistance sociale.
En terminant cette section sur les agents de la charité on ne peut se dispenser de signaler l'esprit charitable de la

L'État a d'autres vues et pourvoit à d'autres besoins
Un gouvernement britannique issu de la révolution de Cromwell ne pouvait pas être enclin à se reconnaître une responsabilité vis-à-vis des couches sociales, des communautés ou des individus. L'État n'a qu'un devoir: créer des conditions de réussite économique pour ceux qui savent se débrouiller; tant pis pour les autres. Un tel État, dominé par des bourgeois qui ne se reconnaissent aucune obligation sociale en contrepartie de leurs richesses, ne laissait rien espérer aux individus ou aux organismes pitoyables. Sa philosophie est parfaitement exposée dans cet extrait de la Chambre d'Assemblée, volume 45, Session du 27 octobre 1835.

Votre Comité, après un sérieux examen de la question est demeuré d'opinion que l'on ne devrait pas admettre le principe que des Institutions purement locales, ayant pour but des objets d'un intérêt tout particulier, dussent être soutenues à même les Deniers Publics prélevés sur la Société entière. D'après ces considérations, votre Comité est d'avis que diverses Institutions et Associations, auxquelles il est prêt à rendre le tribut de louanges qu'elles méritent, devraient être informées qu'elles ne devront pas compter pour leur existence future sur des Octrois de la Législature; mais qu'elles devraient limiter leurs charités et leurs dépenses aux moyens qu'elles pourront retirer des contributions volontaires et de la générosité des individus.

Cette profession, toutefois, n'avait pas alors pour but de refuser entièrement, mais bien de diminuer, les secours qu'on avait dû consentir aux immigrants britanniques depuis 1832 et 1834. Cette conséquence illogique était au moins un aveu qu'une mauvaise politique peut engendrer des souffrances humaines intolérables. Le principe demeurait en vigueur et il justifiera les refus que le gouvernement fera d'une manière répétée aux initiatives d'assistance sociale.
En terminant cette section sur les agents de la charité on ne peut se dispenser de signaler l'esprit charitable de la

population de Montréal. Ce fut un réservoir inépuisable où Mgr Bourget et Mère Gamelin puisèrent les moyens d'accomplir leurs œuvres. Cet esprit a déjà été manifesté dans Ie généreux concours des Dames s'organisant de diverses manières, à la grandeur du diocèse ou à l'intérieur de la ville épiscopale, pour le soutien d'initiatives particulières de Mère Gamelin ou des Sœurs Grises ou de l'église cathédrale. On ne peut faire la liste complète des bienfaiteurs que l'Évêque pouvait solliciter avec assurance d'être bien reçu. Olivier Berthelet et sa sœur ont assisté plusieurs œuvres diverses; procurant à d'autres les moyens de commencer. M. Paul Joseph Lacroix fut un donateur généreux pour l'Asile de la Providence. Divers membres de la famille de Mère Gamelin ne s'épargnèrent pas pour l'aider.
La bourgeoisie montréalaise se montra constamment susceptible de contribuer aux œuvres de son Évêque. Mais cet esprit n'animait pas que les élites. Il animait aussi le peuple, même si l'on ne peut faire le bilan de ce qu'il a fourni en biens, en services et en encouragement aux initiatives charitables. De cet esprit général on trouvera une démonstration bien sensible dans le succès étonnant des Conférences de Saint-Vincent-de Paul, que l'on commença d'établir à partir de 1848. Car si la direction de ces organisations était d'ordinaire confiée aux membres les plus en vue, les rangs comptaient principalement des travailleurs guère plus fortunés que les bénéficiaires de leurs attentions. Aucune couche de la société montréalaise n'était étrangère au climat de charité que la présence épiscopale a vraiment ranimé au sein de Ville Marie.
L'organisation charitable se transforme

De la seigneurie au diocèse, de la paroisse à la ville épiscopale, c'est le trajet que parcourt l'organisation charitable de Montréal à cette époque. La Servante de Dieu est
au cœur du mouvement; elle est même l'instrument privilégié de cette transformation.

Curés perpétuels auxquels l'histoire avait assuré une riche prébende, les Sulpiciens n'avaient pas lésiné à mettre leurs moyens au service de leur tâche pastorale. Leur sollicitude des pauvres ne s'était jamais attiédie. Elle s'était exercée généreusement à la satisfaction des besoins particuliers. Mais son instrument principal avait toujours été l'Hôpital Général des Sœurs Grises, sans oublier le soutien donné aux malades de l'Hôtel-Dieu ou aux enfants fréquentant les écoles de la Congrégation de Notre-Dame. Eux-mêmes avaient fondé et maintenaient le Collège de Montréal et n'avaient pas manqué d'ériger des petites écoles dans les paroisses de leur dépendance. L'école demeurait au XIXe siècle une œuvre de charité.

Cette organisation, modèle en son temps, subit un contrecoup important par l'apparition d'un évêque à Montréal. Un évêque a d'autres vues qu'un curé; sa perspective est différente. Le rajustement sera pénible. Il le sera, en particulier, pour l'organisation charitable. La Servante de Dieu commença son service au sein d'une association de Dames dirigée par un sulpicien. Rapidement, son intense charité créa une œuvre particulière, l'Asile des femmes vieilles et infirmes. Elle fut aussi attentive à des besoins nouveaux et restés sans provision dans le cadre traditionnel: les prisonniers, la visite des pauvres, le soin des malades à domicile. Dans ces manifestations de sa charité, l'appui de son Évêque fut indispensable. C'était Mgr Lartigue. Arrive Mgr Bourget. Il conçoit une vaste campagne en faveur des pauvres. L'Asile des femmes vieilles et infirmes en est à ses yeux le noyau et le moyen. La Servante de Dieu est devenue indispensable. L'Évêque envisage ses réalisations dans la perspective même qui a guidé la polyvalente bienfaitrice des pauvres. Ne nous cachons pas que les Sulpiciens sentirent

À besoins nouveaux, formes nouvelles d'assistance

Sans anticiper sur la biographie de la Servante de Dieu, nous pouvons dire que substantiellement elle a été sollicitée par les besoins nouveaux des pauvres auxquels elle cherche des réponses nouvelles et originales. L'organisation paroissiale traditionnelle, dans ses institutions préétablies, n'était pas moins sensible qu'elle aux nécessités de l'heure; mais il leur était plus difficile d'adopter d'un coup les formules efficaces. Au surplus, deux systèmes se faisaient concurrence: celui que les Sulpiciens maintenaient et celui dont l'Évêque favorisait la croissance. Les deux étaient animés d'intentions également louables; mais tandis que l'un se sentait retenu par ses attaches, l'autre créait plus librement. Se trouvaient multipliées incalculablement les besoins que les institutions ne suffisaient pas à satisfaire.

Il concernaient les pauvres aux prises avec la vie de tous les jours. Ils réclamaient une assistance qui avait autrefois été beaucoup moins importante. Identifions-les un peu plus précisément: les veufs ou veuves sans moyens et chargés d'enfants, les familles dont le pourvoyeur était invalide ou ivrogne. Ces pauvres, nous le répétons, se multipliaient à cette époque.
Une priorité: la visite à domicile
Un premier service à leur rendre était de les visiter à domicile. Les Sulpiciens, depuis longtemps pratiquaient ces visites, partie de leur charge pastorale. Une confrérie du Bien Public instituée par eux en 1826 eut pour fonction de secourir les indigents. Un bureau de pauvres, mieux organisé

en 1841, remplit le même office. La Servante de Dieu avait elle-même pratiqué ce service de son côté pendant plusieurs années. Ce fut l'un des articles fondamentaux du programme charitable qu'elle assuma en 1844 avec sa nouvelle communauté. Mgr Bourget souhaita une harmonisation de ce service dans toute sa ville épiscopale. Il put enfin, en 1846, obtenir l'accord des Sulpiciens pour diviser Montréal en deux parties à cet égard: l'est fut confié aux Sœurs de la Providence, l'ouest commis aux Sœurs Grises. Deux organismes semblables et permanents, uniformité d'opération. Une association de Dames irlandaises fut même créé au service de leurs compatriotes. Et les conférences de Saint- Vincent-de-Paul vinrent encore en 1848 accroître l'efficacité de cette réorganisation.
Le dépôt des pauvres

Le dépôt des pauvres subit une évolution semblable. Il avait pour but de procurer aux personnes inaptes au travail, aux veuves et aux vieillards leurs besoins matériels: logement, pension, chauffage, etc. Les Sulpiciens étaient ceux qui finançaient de tels secours. La confrérie du Bien Public en eut d'abord la direction, qu'elle céda au Bureau de Charité en 1841. Déjà en 1834, le Séminaire confiait à la Servante de Dieu la distribution de ses aumônes en nature dans le quartier Saint-Louis. Un sulpicien en avait la haute surveillance. La confiance qu'on avait en la Servante de Dieu lui fit laisser beaucoup d'autonomie dans la conduite de cette œuvre et elle y ajoutait de ses propres quêtes, sous le regard de Mgr Bourget, qui assistait même aux distributions. Il y eut un moment de crise en 1843, lorsque les Sulpiciens retirèrent leur contribution au dépôt. L'intervention énergique de l'Évêque la fit rétablir. Le dépôt fut englobé dans la réorganisation de 1846. L'administration en étant cette fois confiée aux deux communautés qui obtenaient

alors la visite des pauvres: les Sœurs Grises et les Sœurs de la Providence.
L'œuvre de la soupe

L'œuvre de la soupe suit une évolution semblable C'était toutefois une initiative qui remontait assez loin. Elle consistait en une distribution de soupe nourrissante aux personnes âgées ou infirmes, aux chômeurs saisonniers ou occasionnels, aux mendiants. On sait que les Dames de Charité dont la Servante de Dieu faisait partie rendaient ce service dès 1827. Des bourgeois aisés, comme Olivier Berthelet, Paul-Joseph Lacroix et les Dames elles-mêmes en faisaient les frais. Il y eut une suspension de cette pratique en avril 1830. La Servante de Dieu poursuivit la tradition des Dames de Charité à la «maison jaune», et elle passa à l'Asile aussitôt après sa construction. Les Sœurs Grises avaient une œuvre semblable à l'Hôpital Général. Dès l'établissement du dépôt des pauvres, la soupe semble y avoir été rattachée. On nourrit ainsi 117 pauvres en 1843, 600 en 1851 et 1 500 en 1852. L'œuvre de la soupe fit l'objet du même réaménagement que les précédentes en 1846. Elle fut continuée et administrée par les Sœurs de la Providence dans l'est de Montréal et par les Sœurs Grises dans l'ouest.

C'est ainsi que la Servante de Dieu a été une auxiliaire indispensable à Mgr Bourget dans l'organisation des œuvres charitables de la ville épiscopale. Attentive aux besoins, libre et dégagée pour y satisfaire selon la nécessité, généreuse et obéissante pour ne refuser aucune tâche, elle a permis au prélat d'amorcer une organisation conforme à ses vues de pasteur sur un terrain qui lui était disputé. Les œuvres de Ia Servante de Dieu firent preuve de tant d'efficacité, d'un sens si ingénieux de l'adaptation qu'elles finirent par être le modèle unanimement accepté par les parties en opposition dans l'organisation de la charité à Montréal.

modeste patiemment constituée par le travail, Ils étaient alliés à plusieurs familles qui seront en vue à Montréal dans le cours du XIXe siècle. Le mari était parent des Girouard par sa mère; son beau-frère était un Perrault. Les Fabre, les Cuvillier, les Nowlan étaient des alliés des Perrault, qui élèveront la Servante de Dieu. Le couple Tavernier, eut de 1778 à 1800 quinze enfants. Neuf moururent avant l'âge adulte; les survivants furent Antoine, Josephte, Joseph, Julien, François et Émilie, la Servante de Dieu. Celle-ci naquit la dernière, le 19 février 1800. Le registre baptismal orthographie son nom comme nous le faisons. Mais elle-même, durant une partie de sa jeunesse, signera Amélie pour revenir ensuite à la forme originelle.
Éveil à la vie, éveil à la compassion

À la date de sa naissance, les parents d'Émilie Tavernier cultivaient une terre appelée Providence, prise à bail pour trente ans des Hospitalières de Saint-Joseph, le 7 novembre 1791. La terre s'étendait, suivant le cadastre actuel, de la rue Sherbrooke à la rue Bernard, entre la rue Saint-Urbain et l'avenue du Parc. C'est là que l'hôtel-Dieu sera plus tard bâti. La maison s'élevait à l'angle des rues Mont-Royal et Jeanne-Mance. C'était alors la pleine campagne. La famille vivait dans une atmosphère chrétienne très vivante, qui était celle des anciennes familles de Montréal. La mère d'Émilie initia sa fillette toute jeune à sa compassion pour les pauvres. On a souvent raconté comment celle-ci se désola un jour de ne pouvoir remplir de son panier de fruits et de friandises l'immense besace d'un vieillard mendiant. Elle se souvint alors d'avoir cueilli une boîte de cenelles dans la montagne. Elle y conduisit son protégé et vida la boîte dans le sac.
La Servante de Dieu connut très tôt l'épreuve. Elle n'avait que quatre ans quand sa mère mourut, le 11 février
1804. Le père fut obligé de confier sa cadette à sa sœur, madame Joseph Perrault. Émilie n'y pouvait perdre en bonne éducation et en exemples édifiants. Madame Perrault, femme de grande foi, prenait part aux offices de charité exercés par les dames de Montréal. Un autre décès, celui de l'aîné et parrain d'Émilie, Antoine, âgé de 28 ans, vint affliger les Tavernier. Un deuxième frère, Joseph, mourut à 26 ans, en 1811. Et le père, à 60 ans, rendit son âme à Dieu en 1814. Une sœur, Josephte, veuve de Joseph Guilbeau et âgée de 35 ans, décéda encore en 1815. Et la cousine Agathe Perrault perdit son mari, le lieutenant Maurice Nowlan, bataille de Sackett's Harbour, en 1813. Cette jeunesse ponctuée de deuils affermissait l'âme d'Émilie, sans durcir son cœur. Son instruction ne fut pas négligée, bien qu'elle ait été surtout familiale. Car les études littéraires des filles étaient alors orientées par la préparation à la première communion. Mais on sait avec certitude qu'Émilie fut confiée au pensionnat de la Congrégation de Notre-Dame par sa tante. On ignore à quel moment précis et pour combien de temps. Sa première communion eut lieu le 10 mai 1810; elle fut confirmée par Mgr Joseph-Octave Plessis, le 28 suivant. Les écrits de la Servante de Dieu révèlent une formation intellectuelle moyenne chez les filles bourgeoises de l'époque. Son éducation, excellente, rehaussa ce que les institutions de l'époque y pouvaient contribuer. De la sorte, elle a occupé un rang honorable parmi les jeunes filles de la bonne société canadienne-française, de médiocre aisance mais d'une excellente tenue morale.

L'état de fortune de l'orpheline, confiée à la charité de sa tante, était peu reluisant. Des biens de ses parents, il ne lui restait que sa part du douaire de sa mère, soit environ 68 dollars. Son frère François était son tuteur et lui gardait cette somme pour sa majorité. On la voit cependant prendre part aux épreuves de la famille. Ce frère, François, perdit sa femme en 1818. Émilie, à 18 ans, alla tenir sa maison six
1804. Le père fut obligé de confier sa cadette à sa sœur, madame Joseph Perrault. Émilie n'y pouvait perdre en bonne éducation et en exemples édifiants. Madame Perrault, femme de grande foi, prenait part aux offices de charité exercés par les dames de Montréal. Un autre décès, celui de l'aîné et parrain d'Émilie, Antoine, âgé de 28 ans, vint affliger les Tavernier. Un deuxième frère, Joseph, mourut à 26 ans, en 1811. Et le père, à 60 ans, rendit son âme à Dieu en 1814. Une sœur, Josephte, veuve de Joseph Guilbeau et âgée de 35 ans, décéda encore en 1815. Et la cousine Agathe Perrault perdit son mari, le lieutenant Maurice Nowlan, bataille de Sackett's Harbour, en 1813. Cette jeunesse ponctuée de deuils affermissait l'âme d'Émilie, sans durcir son cœur. Son instruction ne fut pas négligée, bien qu'elle ait été surtout familiale. Car les études littéraires des filles étaient alors orientées par la préparation à la première communion. Mais on sait avec certitude qu'Émilie fut confiée au pensionnat de la Congrégation de Notre-Dame par sa tante. On ignore à quel moment précis et pour combien de temps. Sa première communion eut lieu le 10 mai 1810; elle fut confirmée par Mgr Joseph-Octave Plessis, le 28 suivant. Les écrits de la Servante de Dieu révèlent une formation intellectuelle moyenne chez les filles bourgeoises de l'époque. Son éducation, excellente, rehaussa ce que les institutions de l'époque y pouvaient contribuer. De la sorte, elle a occupé un rang honorable parmi les jeunes filles de la bonne société canadienne-française, de médiocre aisance mais d'une excellente tenue morale.

L'état de fortune de l'orpheline, confiée à la charité de sa tante, était peu reluisant. Des biens de ses parents, il ne lui restait que sa part du douaire de sa mère, soit environ 68 dollars. Son frère François était son tuteur et lui gardait cette somme pour sa majorité. On la voit cependant prendre part aux épreuves de la famille. Ce frère, François, perdit sa femme en 1818. Émilie, à 18 ans, alla tenir sa maison six
mois durant. À cette occasion, on la voit mettre en œuvre ce qui sera le charisme de sa vie: la compassion pour les nécessiteux. Elle met à profit la liberté et l'autorité que Iui donne son occupation du moment pour visiter les malades leur apportant provisions et réconfort. Rentrée chez sa tante au remariage de François, la préoccupation d'être utile ne la quitta plus. Dans la rareté des documents, un épisode jette un jour lumineux sur la jeune fille entre vingt et vingt-deux ans. Elle fit alors deux séjours chez sa petite-cousine, Julie Perrault, épouse de Joseph Leblond demeurant à Québec, Il nous en est resté treize lettres que la Servante de Dieu échangea avec sa cousine, madame Nowlan, tenant auprès d'elle la place de sa mère adoptive et malade, la tante Perrault. Cinq autres lettres nous sont aussi parvenues, adressées à la même durant un séjour de celle-ci à Québec.
Cette jeune fille de vingt à vingt-deux ans s'y révèle sérieuse, équilibrée, attentive, dévouée, docile, sensible et ouverte. Elle est toute appliquée au service de sa petite-cousine, jeune mère à la santé fragile, veillant nuit et jour sur un enfant au berceau qu'elle entoure d'affection, également attentive à diriger la maison et le jardin de sa cousine et protectrice en l'absence de celle-ci. Toute désintéressée, Émilie Tavernier fait siens les soucis, les inquiétudes et les intérêts de ceux qu'elle sert bénévolement. Elle écoute les avis, demande conseil, ressent les indiscrétions d'une parenté trop empressée, mais sans rancune, en toute modestie, lucide et sans attachement à son jugement propre. Parfaitement normale, elle participe avec intérêt et plaisir à la vie sociale, sans se laisser emporter par la passion, conservant un jugement sain sur les personnes et les événement. Pieuse, elle n'oublie pas ses devoirs religieux, recherchant la direction de prêtres prudents, parmi lesquels figure Mgr Jean-Jacques Lartigue au moment de son élévation à l'épiscopat. La jeune fille est encore indécise sur sa voie mais toute disponible. Le mariage demeure à ses yeux la

vocation normale d'une fille, sans que cela lui cause ni inquiétude ni empressement. Cette période se clôt sur une inspiration de se joindre aux Sœurs Grises, qu'elle connaît de plus près par l'entrée chez elles d'une amie. Rien que de réglé et d'ordinaire dans la vie de cette jeune chrétienne, attendant paisiblement un appel divin plus explicite
Une vie à deux très brève

La pensée de la vie religieuse ne fit pourtant alors qu'effleurer l'esprit d'Émilie Tavernier, comme il arrive souvent aux jeunes filles élevées dans la pratique de la piété. Le 5 avril 1822, elle perdait sa mère adoptive, madame Joseph Perrault, à laquelle elle était redevable de tant d'exemples de charité. La fille de celle-ci, veuve Nowlan, lui restait comme appui et inspiratrice. L'orpheline attira toutefois, à 23 ans, l'attention d'un excellent célibataire, de 27 ans son aîné, exerçant la culture et le commerce des pommes. Il s'appelait Jean-Baptiste Gamelin, jouissait de propriétés et était lui aussi animé d'une grande charité envers les pauvres. Le mariage eut lieu le 4 juin 1823, à Notre-Dame de Montréal. Les époux prirent logis dans une maison du mari à la côte Saint-Antoine, alors le quartier le plus riche de Montréal. Le ménage fut harmonieux. Un premier enfant fut baptisé le 2 mai 1824 et nommé Jean-Baptiste-Pierre. Il mourut le 15 août. Un deuxième, Jean-Baptiste-Antoine, reçut le baptême le 3 juin 1825. Il mourut lui aussi, le 24 septembre suivant. Le 31 octobre 1826 avait lieu le troisième baptême, celui de Toussaint-François-Arthur. Au printemps suivant, c'était le mari d'Émilie Tavernier qui était atteint d'une maladie cruelle, le conduisant au tombeau en sept mois, malgré les soins fidèles et ingénieux de sa femme. Il mourut le 1er octobre 1827. Il ne se contenta pas de laisser à son épouse l'exemple d'une vie chrétienne et charitable sans reproche, mais il lui légua un idiot nommé Dodais adopté par lui
depuis plusieurs années. Madame Gameiin prit soin de lui et de sa mère jusqu'à leur mort. Laissée veuve avec un enfant et atterrée par tous ces deuils, la jeune femme épuisa le calice dans la mort de son unique fils, survenue le 28 juillet 1828, à l'âge de 21 mois. Au sommet de ce calvaire, elle eut cependant la révélation, dont l'instrument fut son directeur M. Bréguier dit Saint-Pierre, révélation qui va éclairer tout le reste de sa vie: il lui fit don d'un cadre de Notre-Dame-des Douleurs, modèle de souffrance et de compassion.
La route s'éclaire

Le mystère de la mort rédemptrice ainsi approfondi, elle demeurait libre de se livrer entièrement au soulagement des misères. Elle participa activement à toutes les organisation paroissiales de piété et de charité. Surtout, elle se révéla de plus en plus comme l'inspiratrice et la cheville ouvrière de Ia société des Dames de Charité. Cet organisme avait été fondé le 18 décembre 1827. Il fut motivé par «l'extrême misère que souffrent, par le manque de nourriture, un très grand nombre de pauvres de cette paroisse de Montréal». Il compta dès le début une cinquantaine de membres, Ia plupart recrutés dans la confrérie de la Sainte-Famille. La baronne de Longueuil en fut la première présidente. Et madame Gamelin y entra dès le commencement, en devenant en peu de temps la plus active et la plus inspirée des collaboratrices. Elle y était déjà bien engagée quand la mort lui enleva encore l'idiot Dodais, héritage de son mari, qui retrouva au dernier moment assez de lucidité pour Ia remercier de sa charitable sollicitude.

Un trait de la Servante de Dieu fut sa capacité d'identifier les misères les plus pressantes et de s'appliquer sans retard à les guérir. Un rétrécissement du cadre familial qu'on observe depuis la naissance de l'économie capitaliste et qui s'accentue avec elle, surtout dans les villes appliquées au

commerce et à l'industrie, réduisait les femmes isolées et vieillies à un abandon sans remède. Le phénomène social apparaissait alors à Montréal. Madame Gamelin fut la première à prendre conscience de cette détresse. Approuvée par son directeur, M. Saint-Pierre, soutenue par les dames associées, elle ouvrit dès le mois de mars 1830 un asile pour les femmes âgées et infirmes dans le bas d'une maison de la rue Saint-Laurent, prêté par le curé de Montréal. Elle y recueillit les femmes nécessiteuses, les visita, leur procura les secours spirituels et temporels, leur dressa un petit règlement de vie. Elle quitta sa maison de la rue Saint- Antoine pour habiter chez sa cousine Nowlan, près de l'asile. Elle vendit une partie de son patrimoine pour soutenir l'œuvre, se fit mendiante et servante pour ses protégées, insouciante des railleries et des contradictions qui sont le pain quotidien d'un tel dévouement. Vers ce temps, elle refusa une proposition de mariage qui eût pu l'enlever à ses pauvres. Désormais, elle va se consacrer au service de ceux-ci, forte de l'approbation et de l'estime que lui témoigne l'évêque auxiliaire de Québec à Montréal, Mgr Jean-Jacques Lartigue. Déjà à l'étroit sur la rue Saint-Laurent, l'œuvre déménagea en 1831 ou 1832 dans deux maisons de la rue Saint-Philippe louées par madame Gamelin, qui cette fois prit logis avec ses protégées. Elle leur communiqua sa dévotion à Notre-Dame-des-Douleurs, qui façonna aussi l'esprit de toutes ses œuvres.
L'aide vient à point

Habitant avec ses protégées, madame Gamelin s'impliquait toujours plus dans le soin des vieilles femmes. Déjà à la rue Saint-Laurent, elle avait trouvé une veuve bénévole, une dame Ouellet, pour diriger et assister ses protégées. Cette dame fut remplacée en 1832 par une infirme encore capable de rendre des services. Les responsabilités et les

occupations de madame Gamelin croissaient. C'est à cette époque qu'un certain nombre de dames de charité se formèrent spécialement en association pour le soutien du refuge. Le soin des femmes nécessiteuses était laissé à cette œuvre. Madame Gamelin en prit en 1832 quatre nouvelles qu'on lui confia. D'autres besoins se faisaient aussi sentir. La même année, une épidémie de choléra affligea Montréal. La protectrice des vieilles prit part à la souscription destinée au soulagement des victimes. Elle recueillit à l'asile six enfants d'une même famille, devenus orphelins par ce fléau. Les besoins augmentant, elle organisa la fabrication des cierges par ses vieilles. Sa réputation se répandait et les Sulpiciens lui confièrent la distribution de leurs aumônes annuelles. En 1835, avec les Dames de l'asile, ses collaboratrices, madame Gamelin inaugura la série de bazars qui furent d'un grand secours. À ce moment, l'institution abritait vingt femmes.Un sulpicien visitait régulièrement la maison. C'est au mois d'août 1835 que Madeleine Durand, la future Sœur Vincent entra au service de l'asile, se chargeant des besognes les plus diverses et les plus humbles. L'œuvre était connue et appréciée. D'importants bourgeois de Montréal s'y intéressaient. Mais les aumônes ne correspondaient pas aux nécessités, obligeant la foi de la fondatrice, et non sans effet, à mettre l'essentiel de sa confiance dans la Providence.

En mars 1836, Olivier Berthelet donna à M. Saint-Pierre une maison qu'il possédait dans l'est de la ville. Madame Gamelin l'emménagea et y transporta le 3 mai Madeleine Durand et ses femmes âgées de la rue Saint-Philippe. Ce fut la «maison jaune». Mais prévoyant qu'elle ne lui suffirait pas, elle acheta en avril le terrain adjacent de M. Paul Joseph Lacroix. Elle se trouvait à résider dans le faubourg Saint-Louis. Les acquisitions étaient rendues possibles, non par les réserves de la Servante de Dieu, mais par la générosité et l'admiration de ses protecteurs. L'œuvre de la «maison jaune» continua d'être soutenue par des quêtes,

mais aussi par l'activité organisée de ses vingt-quatre vieilles. Partout dans la ville, c'était un concert d'éloges, de sympathies, de visites. Les frais étaient grands. Madame Gamelin vendit une de ses propriétés. Sur les entrefaites éclata la rébellion de 1837-1838. Les prisons regorgèrent bientôt de suspects, souvent des hommes en vue, soumis au régime des prisons de ce temps. La charité de madame Gamelin ne put y tenir. Elle fut la principale de quelques dames qui furent admises à visiter les prisonniers et à les secourir, les geôliers se montrant de la plus grande sévérité. Ces hommes humiliés et leurs familles, dont les semaines douloureuses furent alors éclairées de cet unique rayon de douceur, rediront plus tard à l'envi et longtemps leur reconnaissance à leur insigne bienfaitrice. Au milieu de ces occupations, madame Gamelin fut atteinte des fièvres typhoïdes et fut à deux doigts de la mort. Elle fit alors son testament, le 2 mars 1838. Son premier souci y fut pour ses vieilles, puisqu'elle assura les biens de l'asile entre les mains de M. Saint-Pierre, son directeur, pour la continuation de l'œuvre. Du patrimoine de son mari, qu'elle distribua à ses plus proches parents, frères et neveux, elle réserva encore cent livres (400 dollars) au même directeur en faveur de ses protégées. Elle se préoccupa du sort de Madeleine Durand et laissa à l'hospice ses livres et la plus grande partie de son linge. La malade revint à la santé, grâce qu'elle attribua à l'intercession de la Vierge des Douleurs.
Les protégés se multiplient

Le refuge de madame Gamelin, qui était toujours une œuvre particulière de charité, augmentait encore ses effectifs avant 1839 jusqu'au nombre de trente pensionnaires. Cette année, ou au plus tard au début de la suivante, Mgr Lartigue lui permit d'avoir la messe dans le petit oratoire de la «maison jaune». Celle-ci avait comme nom le titre bien

approprié de maison de la Providence. C'était l'appellation populaire, convenant admirablement à l'esprit de la fondatrice et au régime économique qui y prévalait. Au surplus, il rappelait opportunément à Émilie Tavernier le nom de la terre et de la maison où elle était née. Revenue à la santé, la veuve dont le nom était souvent cité dans les journaux ne confinait pas son attention à ses vieilles. Elle continuait ses visites aux prisonniers, languissant toujours dans les geôles de Montréal. Elle participait, au sein des confréries pieuses, à leur activité charitable. Celle de la Sainte-Famille l'avait chargée de la visite des pauvres du faubourg Saint-Louis. Elle s'était associée avec d'autres dames de la cathédrale Saint-Jacques pour former une école de couture au bénéfice des jeunes filles pauvres. Le nom de madame Gamelin était sur toutes les lèvres.
À la mort de Mgr Lartigue, le 19 avril 1840, elle perdait un protecteur et un conseiller. Mais elle acquit aussitôt dans le nouvel évêque, Mgr Ignace Bourget, un guide et un père dépareillé, qui fera d'elle l'instrument privilégié - le mot n'est pas trop fort - des œuvres sociales dont son long épiscopat fut rempli. N'oublions pas que lui-même va confier sa vieillesse dépourvue aux filles de madame Gamelin, à l'instar des plus humbles protégés de la Servante de Dieu.
La «maison jaune», en 1840, contenait 32 vieilles. Elle était soutenue par les efforts inlassables de sa fondatrice qui inventait tous les jours des industries pour nourrir sa maisonnée, sans suspendre les secours qu'elle portait aux prisonniers. Elle quêtait elle-même dans les familles de quoi nourrir et habiller ses protégées. Elle jouait un rôle très actif dans l'association des dames de Saint-Jacques et dans confrérie de la Sainte-Famille, qui la réélut visitatrice du faubourg Saint-Louis. Les journaux louaient sa bienfaisance. De bonnes âmes s'intéressaient à ses œuvres et lui faisaient des legs. Le nouvel évêque n'était pas le dernier à apprécier

la charitable activité de la veuve. Prévoyant un voyage en Europe, il se proposait de lui rapporter un tableau de sainte Élisabeth de Hongrie, son émule. Il pensait à former une institution durable, pour asseoir à perpétuité les œuvres de madame Gamelin. Celle-ci acquiesçait simplement et sans réticence aux projets de son évêque. Pour sa part, elle s'occupait d'affermir le refuge sur le plan légal. Elle s'associait par contrat avec les dames qui l'avaient appuyée jusque là pour former une corporation civile. Elle demanda la reconnaissance au parlement canadien, qui la lui accorda le 18 septembre 1841, créant la personnalité légale de l'Asile des femmes âgées et infirmes. L'évêque n'était pas en reste. Il érigeait lui-même par mandement l'association des Dames de Charité comme institution diocésaine, le 6 novembre 1841.
L'œuvre grandit
Ces reconnaissances officielles, donnant une existence autonome et distincte à l'œuvre de madame Gamelin, ne diminuent en rien le dévouement qu'elle y prodigue, mais elles donnent un nouvel élan à sa charité. Le 6 novembre 1841, elle achète au nom de la corporation à une veuve Hamelin un emplacement de 150 pieds sur la rue Sainte- Catherine, adjacent à celui de l'Évêché. Ce sera le fonds où s'élèvera l'Asile. Le 16 février 1842, elle fait cession à la corporation du terrain acheté par elle de M. Lacroix et servant à l'asile. Par son exemple, les générosités privées sont encouragées. Les projets de la nouvelle corporation prennent aussi la mesure des besoins grandissants. La vieille «maison jaune» ne suffit plus. Il faut construire sur le nouvel emplacement. Madame Gamelin s'attelle à la tâche. Les dames se divisent entre elles la ville entière, confiant à la directrice les côtes Saint-Luc, Saint-Antoine et leurs environs; elles-mêmes font partout la collecte. Avec les

mêmes dames, madame Gamelin organise des bazars. Les journaux du temps fusent d'enthousiasme et d'admiration pour ce qu'elle accomplit. L'évêque encourage en donnant à l'asile la messe quotidienne, bientôt aussi la présence eucharistique perpétuelle. Lui-même se fait mendiant pour l'asile auprès de ses ouailles. Bientôt se trouva-t-on en état de commencer la construction. La première pierre fut posée le 10 mai 1842 par Mgr Michael Power, nouvellement consacré évêque de Toronto. Madame Gamelin y déposa elle-même son aumône. Mais c'est le 18 mai 1843 que le personnel pourra être transporté dans le nouvel édifice. Seul encore le corps central s'élèvera à trois étages, mesurant 96 pieds sur 60. S'y trouvait la chapelle, où l'on fit tout le mois de Marie en 1843, mais qui fut bénite par un autre prélat récemment sacré, Mgr Patrick Phelan, coadjuteur de Kingston, le 21 août de la même année.
Une communauté française entre en jeu

La construction matérielle n'était pas seule à progresser. Le passé de l'œuvre n'était pas oublié. Montréal s'était pris d'affection pour cette œuvre de la Providence, où s'exerçait si évidemment la plus éminente des vertus chrétiennes. Mgr Bourget n'avait nullement caché son intention d'appeler les Filles de la Charité de saint Vincent de Paul à sa direction. Humblement, consciemment et sans arrière-pensée, madame Gamelin et ses coopératrices se dévouaient à la réalisation des projets épiscopaux. Le P. Timon, supérieur des Lazaristes, vint visiter l'asile et trouva dans l'excellente veuve une autre Demoiselle Legras, faisant fleurir au Canada le véritable esprit d'humilité et de charité de saint Vincent. Pourtant, pendant qu'on leur construisait une maison, qu'elles avaient paru consentir à habiter, les Filles de la Charité rencontraient une autre occasion de pratiquer leur dévouement. Elles firent informer l'Évêque qu'elles ne seraient pas disponibles pour Montréal. Mgr Bourget mit du temps à croire qu'il avait
imprimer à l'œuvre grandiose qu'une veuve sans prétention et sans aucune vue d'intérêt personnel lui avait mise entre les mains. C'est ainsi que lui vint la pensée de créer dans son diocèse ses propres Filles de Charité, rattachées si possible à celles de Monsieur Vincent, mais en tout cas entièrement imbues de son esprit.
Madame Gamelin, pour sa part, ne laissait encore voir aucune inclination pour la vie religieuse. C'est ici, je pense, un tournant crucial de sa carrière charitable. Cette femme, qui a livré, peut-on dire, toute sa vie à la misère des besogneux, qui de toute sa générosité a voué tous ses moments depuis quinze ans à édifier une œuvre qui lui vaut l'admiration et les applaudissements d'une ville entière, n'a-t-elle pas craint de voir ses privations, ses travaux et ses peines lui glisser des mains? Car les âmes, même trempées, conçoivent de l'attachement pour leurs œuvres. Sa vie indépendante, sa maturité de femme d'action, son éducation, ses goûts et ses habitudes semblent interdire son intégration à la communauté qui prendra sa place et elle ne peut s'attendre qu'on s'accommodera de l'importance acquise par elle dans ce mouvement de charité. Quelle femme n'aurait pas été inquiète, ne se serait pas demandé ce qu'il adviendrait d'elle-même, encore dans la force de l'âge, et même de son œuvre, entre des mains étrangères?
Or bien consciente des intentions de son évêque, elle ne manifeste aucun souci de sa personne ni aucun doute intéressé sur l'avenir de son œuvre. Bien simplement - naïvement dirait-on, si on ne la savait intelligente, avisée et prudente - elle se laisse entraîner comme aveuglément et sans remontrance par l'ardeur du prélat. Il lui suffit d'avoir perçu que l'avantage de ses pauvres, et de tant d'autres miséreux qu'elle n'a pas encore atteints, se trouve sur cette voie. À quoi servirait de s'occuper d'elle-même? Elle a déjà

emboîté le pas à l'évêque en dissociant sa personne de son œuvre par l'incorporation légale et par la donation pure et simple de tout ce qu'elle avait de propriété dans l'asile. Elle mendie en personne pour construire une maison destinée à une communauté inconnue et étrangère. Elle quémande humblement et sans succès des subsides publics, donne elle-même 200 dollars de ses biens, soutient sans faiblesse, organise et réglemente ses «vieilles», sur le plan domestique et sur le plan religieux. Est-ce qu'on la taxera d'inconscience? C'est au plus profond de son incertitude qu'elle s'engage par vœu privé au service des pauvres pour toute la ¬vie, le 2 février 1842. Cet écrit mériterait d'être ici reproduit. Faute de place, indiquons les dispositions essentielles. La Servante de Dieu s'engage 1° à «vivre le reste de (ses) jours dans une continence parfaite»; 2° elle fait vœu d'être la servante des pauvres autant que ses forces pourront le permettre; 3° d'être vigilante dans ses conversations ; 4° d'écarter de ses habits et d'elle-même ce qui a l'air de luxe et de parure. «Je veux me donner à Dieu; qu'il fasse ce qu'il voudra de moi. Je m'y soumets avec résignation». Voilà madame Gamelin en profondeur, à ce moment critique de sa vie.
Le Seigneur a d'autres desseins
Et elle reste ballottante à tout vent de la Providence qui souffle encore sur les projets du prélat. Celui-ci reçoit l'avis que les Filles de la Charité ne viendront pas de France. Tenace, il pousse sa pointe. Il rassemble sept jeunes filles qu'il forme en noviciat, le 25 mars 1843, dans la maison de madame Gamelin. Il leur donne un directeur et maître des novices en la personne de son vicaire général, M. Jean- Charles Prince, qui prend charge d'elles à tous égards, même pour la distribution des fonctions domestiques. Madame Gamelin n'a pour tâche que de les guider dans

leurs travaux. Elle demeure à part, celle qu'on appelle Madame, ou en confidence la Séculière, presque une étrangère. Mais elle participe à leurs prières, à leurs exercices, même à la coulpe, à la grande confusion des novices intimidées. A-t-elle songé, la grande dame, que ces jeunes filles lui prendraient sous peu l'autorité des mains, qu'elle deviendrait elle la fondatrice, un meuble embarrassant dans la maison qu'elle habite; dans toute l'opération charitable, une roue de surplus?
On fait grand état aujourd'hui de l'énergie des entrepreneurs renversant sans considération tous les obstacles nuisibles à leurs plans arrêtés. La grandeur de madame Gamelin est d'un autre ordre. Son œuvre était fondé sur la foi. C'est Dieu qui déblaie les obstacles. Ni la fidélité de la fondatrice, ni la clairvoyance de Mgr Bourget, qui voyait toujours en elle la pierre d'assise de l'asile, ne furent frustrées. Le Dieu fidèle répond infailliblement à la fidélité humaine. Une novice, Mlle Paiement, ne parut pas à M. Prince avoir les dispositions exigées. Elle quitta la maison, le 8 juillet 1843. Madame Gamelin s'offrit pour la remplacer. On réfléchit et on pria. La résolution fut prise. Mais avant de la publier, Mgr Bourget imposa à la Servante de Dieu un voyage aux États-Unis, pour visiter les établissements des Filles de la Charité, et surtout pour obtenir d'elles les règles de saint Vincent de Paul, qu'on n'avait pu avoir de France. Le voyage eut lieu du 11 septembre au 6 octobre 1843. Il eut un succès complet. Le 8 octobre, madame Gamelin revêtait l'habit des novices et prenait rang parmi elles, sans distinction.
Sans marchandage!

La novice de 44 ans, réduite au statut de ses compagnes beaucoup plus jeunes, sous l'austère férule de M. Prince, est pourtant sans le savoir et sans le prétendre leur modèle à
toutes. Ce n'est pas du 8 octobre 1843 qu'elle est dans toute l'acceptation du terme la servante des pauvres, un titre que Mgr Bourget, dès 1841, conférait aux Dames de Charité dans un règlement dressé pour elles: «Elles n'auront d'autre nom que celui de Servante des pauvres et elles se feront gloire de le porter». Et des pauvres de Jésus-Christ, qui a proposé: «Soyez miséricordieux, comme votre Père est miséricordieux». Car depuis longtemps madame Gamelin ne sait rien refuser aux enfants chéris du Père. Il n'y a pas de corvée qu'elle n'accepte pour eux, même hors du cadre de son asile. Elle a étendu sa sollicitude, non seulement aux femmes âgées, mais aux orphelins, aux prisonniers, aux mourants, aux prêtres invalides. Son asile ne l'enfermait pas, et en 1841, elle y accueillait encore le dépôt des pauvres pour l'est de la ville. Elle a pratiqué le programme que Mgr Bourget résume en 1842: «essuyer les larmes des affligés, instruire les ignorants, prodiguer ses peines et ses travaux pour les infortunés, sans avoir égard aux plaintes injustes des pauvres et à la critique injurieuse de certains riches: voilà ce que nous qualifions de charité héroïque». Charité ouverte, dont l'envergure ne peut être mieux exprimée que par un état de l'œuvre de madame Gamelin, à la veille de son entrée au noviciat: «Les œuvres de la maison consistent à loger, nourrir et vêtir les vieillards infirmes, orphelines et autres personnes de l'Asile, à visiter les pauvres et les malades à domicile, veiller les malades, visiter les prisonniers et consoler ceux qui souffrent, enfin à se prêter à toutes espèces d'œuvres de charité. Nos services et œuvres ne se bornent pas à la ville; ils devront s'étendre à la campagne quand nos supérieurs le jugeront bon». Et cette attention aux «Supérieurs», comme aussi son exacte docilité à la conduite de son évêque, font de madame Gamelin non seulement une servante des pauvres, mais une servante des pauvres dans l'Église, véritablement fondatrice des Sœurs de la Providence, sans avoir conçu le projet de les grouper

et sans avoir écrit leurs constitutions, simplement parce qu'elle fut la première Sœur de la Providence et le modèle à reproduire par toutes.
La Providence, une réalité
Sœur de la Providence, ce nom si heureusement forgé par le consensus populaire, correspond à une réalité à la fois nouvelle et étrange: il faut s'y arrêter un moment La prudence des siècles passés ne jugeait pas réaliste de lancer une opération même spirituelle sans une fondation, c'est-à-dire un placement fructueux ou des biens fonciers assurant chaque année au moins l'essentiel de l'entretien de ses agents, d'une part, et pourvoyant d'autre part, au moins pour l'essentiel, aux frais des services. Madame Gamelin n'avait pas compté avec son état de fortune pour modérer ses entreprises. Elle les avait estimées à leur urgence assurée que Dieu, la Providence, fournirait les moyens. Voilà la base économique sur laquelle est établie à la fois la communauté naissante et l'œuvre ramifiante de cette bienfaitrice universelle. L'avenir est laissé à la grâce de Dieu qui verra à procurer le pain dans la huche, le beurre dans la tinette et les hardes dans les offices, au moyen des aumônes déposées avec mesure à la porte. Quand aux services ils sont assurés par le personnel, les sœurs et aussi les infirmes, dans la mesure des forces de chacune. «Alors, dit la Chronique, commencèrent les durs travaux outre le service d'une quarantaine de personnes dont se composait l'asile. Le lavage de l'Évêché fut pris, afin d'augmenter le petit revenu; les Sœurs avec quelques infirmes en faisaient la besogne. Au printemps, les novices firent le bardas et nettoyèrent leur asile, ainsi qu'une maison de louage appartenant à madame Gamelin, afin d'en retirer un prix plus élevé; puis une autre maison voisine faisant partie de la corporation de l'Asile; enfin le couvent neuf. Les personnes

du dehors, voyant les novices faire ainsi le ménage dans plusieurs maisons, leur demandaient si elles s'engageraient pour faire le leur. Elles auraient été contentes, disaient-elles de s'en servir. Quant à la nourriture, les Sœurs mangeaient la même que celle des vieilles, c'est-à-dire les restes d'un hôtel. Le thé aussi était le reste des Sœurs de la Congrégation, qu'on leur apportait dans de grandes chaudières, Au souper, c'était de la soupane de farine d'avoine avec de la mélasse. Celles qui n'étaient pas capables de faire tout le repas avec de la mélasse et de la soupane prenaient un peu de beurre en le ménageant». Voilà le régime économique pratiqué au jour le jour, avec la seule assurance que la Providence pourvoirait, mais qui n'exemptait personne de se dépenser sans compter pour Dieu et pour les pauvres, sans se reposer non plus sur quelque autre instance publique et terrestre se reconnaissant une responsabilité dans l'affaire.

Madame Gamelin était la quatorzième entrée au noviciat, le 8 octobre 1843. Il restait treize novices à la veille de la première profession. Celle-ci eut lieu le 29 mars 1844, fête de Notre-Dame-des-Sept-Douleurs, patronne du nouvel institut. Bien qu'elle n'eût que six mois de noviciat, la soeur Gamelin fut appelée la première à la profession avec les six plus anciennes: les sept seront tenues pour les fondatrices. Le noviciat écourté de Sœur Gamelin éveillera un scrupule. en M. Prince, à la veille de son élévation à l'épiscopat. Mgr Bourget, dans une brève note, se fait fort de pacifier sa conscience, mais il n'a pas dit par quels arguments. Il reste que le prélat, reconnu par les religieuses comme leur fondateur, manifestait clairement par sa conduite à quel point la sœur Gamelin demeurait à ses yeux la pierre d'assise de l'institut commençant. La cérémonie de profession débuta par la lecture du mandement degr Bourget, daté de ce jour, instituant les Sœurs de Charité. Puis madame Gamelin s'avança la première et fit profession entre les mains de son évêque. Suivirent les six autres par ordre
d'âge. Et M. Prince fut nommé supérieur ecclésiastique de la communauté et confesseur des religieuses.
Le même jour, Sœur Gamelin, première professe, rendait authentique par sa signature le registre des délibérations du conseil de la communauté et de l'admission des novices. Le lendemain, première assemblée de ce conseil, les sept professes élisent Sœur Gamelin comme supérieure et distribuent les autres offices. De ce moment, nous dirons Mère Gamelin. Mais ce n'est encore qu'une élection provisoire, puisque le coutumier des Hospitalières de Saint-Joseph reçu avec les règles de saint Vincent de Paul, stipulait que l'élection aurait lieu le premier mardi d'octobre pour un terme de sept ans. C'est pourquoi la délibération sera reprise le 1er octobre 1844, avec le même résultat. Mère Gamelin ne remplira pas tout à fait le premier terme, décédant le 23 septembre 1851.
Regards sur l'avenir

Pariant ainsi sur la Providence, Mgr Bourget avait en main un instrument assurant la perpétuité des œuvres charitables dont il pensait remplir son Église diocésaine. Dans le mandement d'institution des Sœurs de Charité, il réglait que la Maison de la Providence serait le centre de l'association diocésaine de charité, fondée par lui le 25 janvier 1842. Les religieuses devenaient les administratrices de l'Asile de Montréal, pour les femmes âgées et infirmes, partageant le beau titre de Servantes des pauvres donné aux dames de l'association. Dès ce moment s'établit entre les sœurs et les dames laïques une communauté de vue et d'action qui sera sans nuage. Si les Dames voyaient à procurer des moyens à la charité, les religieuses payaient de leur personne pour «visiter les pauvres et soigner les malades à domicile et faire d'autres œuvres de charité selon qu'il plaira à Dieu de le leur inspirer».
Mère Gamelin, jeune professe malgré son âge, restait sous la tutelle attentive du supérieur ecclésiastique, M. Prince. L'usage sera d'ailleurs établi de garder un certain temps les nouvelles vouées avec les novices, pour achever leur formation spirituelle. M. Prince ne manqua donc pas d'éprouver la supérieure. Elle avait laissé aux murs du parloir de l'Asile les portraits de son mari et d'elle-même, souvenirs d'une union vertueuse et heureuse. Le supérieur le lui reprocha sévèrement. Les portraits disparurent, au point qu'ils n'ont jamais été retrouvés. Un jour, madame Gamelin sort un mouchoir de sa poche devant M. Prince. Il est en soie. Le chanoine s'en offusque. "Désormais, du coton», dit-il d'un ton très sec.

L'éventail des œuvres de Mère Gamelin s'ouvrait encore. M. Prince, dès avant la profession, avait proposé de recevoir des orphelines. Une salle encore inachevée leur fut préparée dans l'Asile. Le 1er mai 1844, on en reçut dix. Quelques dames promirent une pension mensuelle de deux dollars pour chacune; la maison en prit une a son compte. L'initiative répondait à un besoin réel, car un an plus tard on en logeait déjà cinquante. On les éduquait, les instruisait et leur enseignait les travaux féminins qui leur permettraient de mener plus tard une vie honnête.

À l'automne de 1844, on admit des dames ou demoiselles pensionnaires, désireuses de vivre dans la paix et la piété. Les pensions étaient vues comme un moyen d'aider les autres œuvres. Mais les pensionnaires, participant à la vie pauvre de la maison, ne manquèrent pas d'aider au service. Les sœurs ne leur épargnèrent ni les soins ni les égards. Les Chroniques les montrent d'une attention extrême à la mort de Mlle McCord, une protestante convertie, pensionnaire et bienfaitrice. Mère Gamelin avait autrefois recueilli un prêtre paralytique resté sans ressources. En 1844, elle destina un côté de l'étage de la maison où était le noviciat, pour recevoir d'autres. Quatre y habitèrent, aux services desquels on ne manquait
pas de faire appel dans les cas d'urgence. Cette année aussi, la communauté perdit son supérieur ecclésiastique, M Prince, qui fut nommé par Rome coadjuteur de Mg Bourget. Ce dernier prit en main la direction des religieuses et il nomma M. Alexis-Frédéric Truteau chapelain de l'Asile
Mère Gamelin initiait ses jeunes sœurs et aussi les novices aux œuvres qu'elle pratiquait depuis longtemps: à la visite des pauvres, aux services qu'elle leur prodiguait dans leurs besoins, à l'assistance des malades, aux veillées auprès des mourants, aux ensevelissements des morts. Elle les habituait aussi à quêter en leur faveur auprès des familles à l'aise. Plusieurs centaines de personnes étaient ainsi assistées chaque semaine, disent les Chroniques: Chaque fois qu'un service nouveau exigeait une compétence particulière, on s'efforçait de l'acquérir. On envoya des sœurs à l'hôtel-Dieu, pour apprendre à soigner les malade
Quand la Providence y met la main

L'Asile et la communauté croissaient en même temps mais dans la privation et la pauvreté. En 1845, on abritait quarante vieilles et plus de cinquante orphelines. Il y avait dix sœurs professes. L'espace commençant à manquer, on résolut de bâtir une des deux ailes prévues dans le plan primitif. Le travail commença au mois de mai et fut terminé au mois d'octobre. Il coûta au-delà de mille louis. En juillet 1845, Mère Gamelin acheta une maison voisine du jardin de l'Asile, pour en faire l'habitation des prêtres, jusque-là gardés dans la grande maison. Elle fut appelée l'hospice Saint-Joseph. Une sœur professe en fut l'hospitalière et une vieille lui servit de compagne. Le noviciat croissait rapidement. En septembre 1845 s'y trouvaient six novices et dix- sept postulantes, en plus de trois jeunes professes. Les vingt-six, plus la maîtresse et l'assistante, étaient entassées dans une chambre de quinze pieds sur douze. L'air étaient
insalubre et les jeunes femmes étaient toutes plus ou moins malades. Les appartements durent être réaffectés. Les femmes âgées furent montées au quatrième étage de l'aile neuve. Les orphelines, au nombre de cinquante-huit, occupèrent l'ancien local des vieilles. Les travaux surabondaient. Neuf sœurs se trouvaient arrêtées par la maladie. Les autres étaient surchargées. Il fallut adoucir la règle. La communauté ne se leva plus qu'à cinq heures du matin. Mgr Prince redevint supérieur et M. Augustin-Magloire Blanchet remplaça M. Truteau comme chapelain.

Déjà, d'autres besoins réclamaient l'attention de Mère Gamelin. Aucune institution ne s'occupait des insensés à Montréal. Quand on était forcé d'en enfermer, on les envoyait à Québec. On demanda à en placer trois chez Mère Gamelin, en octobre 1845. Celle-ci y consacra la maison du jardin, autrefois habitée par le premier prêtre recueilli. Elle fut réparée. Et on y logea un homme, Antoine Vinet, et deux dames, Martell et Castell. Sœur Brady fut chargée de leur soin.

On essaima pour la première fois en 1846, au mois de mai. Une terre et une maison avaient été offertes à la Longue-Pointe, à condition d'enseigner aux enfants tout en y tenant un refuge. Ces charges furent acceptées. Comme on n'avait pas d'eau à l'Asile, sinon celle que l'unique domestique charroyait du fleuve, la maison de la Longue-Pointe devint le lieu du lavage pour tout le linge de l'Asile et celui de l'Évêché. Deux sœurs s'y rendaient une fois par mois sur une charrette chargée de sacs et lavaient sur bord du fleuve, faisant sécher sur la berge. Peu après la Longue-Pointe, les sœurs furent invitées à ouvrir un refuge de vieillards à Laprairie, dont le curé était un jésuite. Elles occupèrent une maison de l'endroit en mai 1846. Mais en juillet, le feu dévasta le village. Mère Gamelin y accourut aussitôt. Elle trouva les deux sœurs sur le quai avec leurs
pauvres. Faisant monter les infirmes dans son bateau pour les transporter à l'Asile, elle logea les sœurs au couvent des Sœurs de la Congrégation, en attendant la réparation de leur maison à demi brûlée. Mère Gamelin l'acheta, la fit refaire et y relogea ses religieuses avec leurs pupilles.
L'année de la grande épreuve

Mqr Bourget était parti pour l'Europe en 1846 , après avoir fait la visite de la communauté, à laquelle il avait recommandé avec beaucoup d'insistance la vertu de simplicité. II revint le 27 mai 1847. Ce fut l'année de la grande épreuve. Au début de l'été, plusieurs navires avaient déversé sur les berges de Montréal des milliers d'immigrants irlandais, avec qu'on pensât à les arrêter en quarantaine à la Grosse Ile. Le typhus faisait rage parmi eux. On les entassa dans une voûte à la Pointe-Saint-Charles. La place manquant, on bâtit treize hangars, qui furent connus sous le nom de «Sheds». On y plaça des lits, sur lesquels on étendit des paillasses, occupées parfois par quatre ou cinq couchés ensemble. Plusieurs restaient dehors, faute d' abris. On tirait les morts du milieu des malades pour les enterrer. Les Sœurs Grises furent les premières à accourir de I 'Hôpital Général, qui était proche. Mais après quelques semaines, plusieurs religieuses étaient prostrées par la maladie dont quelques-unes moururent. Le 18 juin, I 'Évêque demanda aux Sœurs de la Providence, alors au nombre de 52, novices et postulantes comprises, si elles iraient au secours des Sœurs Grises. Toutes s'offrirent. Mais le médecin n'en choisit d'abord que douze parmi les plus fortes. Mgr Bourget ne permit pas à Mère Gamelin de se joindre à elles. Les Hospitalières de l'hôtel-Dieu furent aussi appelées et dispensées du cloître par Mgr Bourget; elles se. portèrent au secours des malades le 2 juillet suivant. Mais bientôt Sœurs Grises et Sœurs Hospitalières durent se retirer et les filles de
Mère Gamelin demeurèrent seules aux Sheds. Sans autre assistance, elles levaient, couchaient, lavaient et changeaient les malades. La mort en moissonnait jusqu'à soixante par jour. Trente-quatre Sœurs de la Providence se dévouèrent auprès des malades entre le 26 juin et le 27 septembre. Malgré les précautions prises pour éviter la contagion, vingt-sept sœurs, novices et postulantes, contractèrent l'épidémie, neuf furent administrées, trois moururent. Mère Gamelin se vit dans l'obligation de diminuer graduellement le nombre de ses religieuses aux Sheds, puis de les retirer.

À la mort des parents, les enfants restaient abandonnés dans ce pandémonium. Le gouvernement offrit de payer leur pension à qui voudrait les prendre. Mère Gamelin, à la demande de Mgr Bourget, accepta de recevoir les garçons. Elle emprunta la maison de madame Nowlan. Le 11 juillet, six grandes charrettes en emmenaient de 140 à 150, dont un né de quelques heures, un autre de deux jours. Une sœur, à l'avant d'une voiture, en tenait quatre dans ses bras. Mère Gamelin acheta vingt bottes de paille qu'elle fit étendre sur le plancher pour les coucher, dans la maison sans lits, sans meubles, sans linge, sans ustensiles. Ils pleuraient presque tous, plusieurs déjà malades. Ils moururent en grand nombre. Quatre sœurs en eurent soin, avec deux ou trois infirmes et quatre filles. Il fallut bâtir un hangar, la maison n'étant pas assez grande. Cela devint un hospice organisé et régulier. L'épidémie assoupie et les sœurs du Bon-Pasteur qui avaient recueilli les petites orphelines ne pouvant plus les garder, Mgr Bourget décida de réunir ces 74 abandonnées, aux petits garçons déjà sous la garde de Mère Gamelin. Celle-ci loua une grande maison délaissée par les mêmes religieuses et y mit tous les enfants. Ce refuge fut connu sous le nom d'hospice Saint-Jérôme-Émilien. Monseigneur fera en 1848 une campagne pour trouver desparents d'adoption, en sorte qu'au mois de mai, la maison louée put être remise à ses propriétaires.

Si nous nous sommes étendus sur ces tragiques événements qui ébranlèrent profondément une communauté ne possédant encore que trois ans d'expérience religieuse c'est qu'ils encadrent et permettent d'évaluer une épreuve personnelle qui à nos yeux révèle la stature spirituelle de le Servante de Dieu. On imagine facilement combien toutes ces improvisations nécessaires autant que charitables, se bousculant l'une l'autre, ont pu déranger le cours régulier de la vie communautaire, dans une maison surpeuplée et encore mal adaptée aux besoins de l'œuvre, au surplus voisine immédiate de l'Évêché et trop ouverte à l'observation d'un patron souverain et exigeant, Mgr Bourget. L'Évêque avait la plus haute idée de la vie religieuse, une idée qui frise à certains moments l'idéalisme, du moins aux yeux de ceux qui ont à la vivre de l'intérieur. Cette inspiration a valu à Mère Gamelin et à ses filles une direction animée d'un souffle puissant et profond de spiritualité, mais aussi quelques duretés du prélat qui sont pourtant effacées et recouvertes par sa très grande et constante affection, invariable jusqu'à sa mort.

Ajoutons à cela que Mgr Bourget, tout audacieux qu'il fût, demeurait angoissé. Ces anges de charité qu'il rêvait pour l'assistance des pauvres de son diocèse, était-il en mesure de leur insuffler l'esprit qu'il percevait à travers les récits de la vie et des œuvres de Vincent de Paul? Obligé de s'en faire lui-même l'interprète, à la place des héritiers directs du grand serviteur des pauvres, ne risquait- il pas de fausser le message, au détriment non seulement des filles qu'il avait engagées dans l'aventure, mais aussi au préjudice de la réputation de l'Église? Les exigences de Mgr Bourget à l'endroit de ses filles de prédilection dérivent en partie de cette angoisse et lui ont fait parfois perdre de vue la patience, qui est une dimension et de la foi et de la charité.

Les visites des «Sheds» n'étaient pas encore finies, le 26 septembre 1847, que s'ouvrit la retraite des sœurs. Entre
les instructions et les exhortations, Mgr Bourget recevait chacune des sœurs, les écoutant exposer l'état de leur âme, entendant leurs insatisfactions et leurs griefs, en prenant note. L'une ou l'autre lui laissait un écrit, où ses remarques s'alignaient. Rien que de régulier dans le procédé. Mais il y avait la Sœur Vincent! La Sœur Vincent était cette Madeleine Durand, qui à 26 ans en 1835 s'était jointe à madame Gamelin pour prendre soin des femmes âgées. Brave fille, dévouée, ne refusant aucune besogne si humble ou si dure qu'elle fût, elle avait été une aide inappréciable. Sachant à peine écrire, elle avait aussi peu d'éducation. Madame Gamelin n'avait cependant pas hésité à la mettre en tête des grandes dames ses collaboratrices, quand elle leur avait fait cession pour l'Asile de toute propriété qu'elle pouvait y avoir. Madeleine fut l'une des sept novices mises en 1843 sous la direction de M. Prince, six mois avant madame Gamelin. Elle fut donc l'une des sept premières professes. À l'élection des officières, elle fut désignée comme assistante par ses compagnes. À ce titre, elle remplaçait la supérieure en ses absences et l'avertissait aussi charitablement de ses torts. En 1846, le conseil, envoyant la maîtresse des novices à la Longue-Pointe, lui confia encore cette charge. Toutes ces attentions étaient trop pour la tête de la bonne Madeleine. Elle se crut l'héritière présomptive de Mère Gamelin, ce qu'elle démontrera à l'élection de Mère Caron, allant jusqu'à accuser Mgr Bourget de l'avoir écartée en manipulant les suffrages.

Avant et durant la retraite, Sœur Vincent n'en eut jamais assez, par des entrevues, par des lettres répétées et reprises, d'exposer ce qui allait mal partout, ce qui allait mal au noviciat par la faute de la supérieure, d'ajouter, d'expliquer, d'aviser, de suggérer les interventions, de les exiger même, pour la plus grande gloire de Dieu uniquement, et non pas pour sanctifier les autres en oubliant de se corriger elle-même, comme M. Prince l'avait laissé entendre. Monseigneur
apporte chez lui la liasse de notes, de lettres des sœurs, des missives répétées de Sœur Vincent. Il compose le tout en une lettre à Mère Gamelin, du 13 octobre 1847, dont l'original est perdu, mais dont il a laissé le brouillon. Nous ne pouvons rapporter le texte. Mais elle commence ainsi: "Je me suis convaincu... que vous redoutez souverainement les rapports que pouvaient avoir avec moi vos sœurs... Je pense qu'il est prudent pour moi de cesser tout rapport avec votre communauté. J'en abandonnerai exclusivement le soin à Mgr le Coadjuteur..." Suivent vingt-deux paragraphes de reproches directs: Vos sœurs vivent dans un malaise extrême provenant de la crainte que vous leur inspirez... Les novices sont souvent témoins des reproches amers que vous faites aux professes... La crainte que vous inspirez à vos officières leur ôte le zèle qu'elles devraient avoir... Vous passez pour jalouse de vos sœurs... Vous scrutez trop avant l'intérieur de vos sœurs... On se persuade que vous parlez trop... Vous entretenez des antipathies scandaleuses., La nourriture n'est jamais assez bonne pour vous... Il vous reste beaucoup de l'esprit du monde... Vous n'êtes pas régulière dans vos observances... Vous ne connaissez pas par expérience les durs travaux... Vous êtes très souvent absente de la communauté... Les conseils que vous tenez font pitié. Et cela continue, sans nuances, sans excuses, sans essai de compréhension, pour finir par le commencement:: «Maintenant, je vais donner à d'autres communautés les moments de loisir que je prodiguais si volontiers à la vôtre».

Monseigneur était-il las et déprimé ce jour-là? Il s'était dépensé en personne aux «Sheds» tout l'été. C'était lui qui avait conduit à Mère Gamelin la caravane des petits garçons irlandais. Il avait lui-même pris la contagion. Des prêtres de l'Évêché avaient contracté le typhus. Son vicaire général en était mort. Mère Gamelin laissa passer un jour au reçu de la lettre. Le temps de prier et de goûter l'amertume des
reproches. Le 16 octobre, elle répondit. Voici le ton: «Je vous suis bien reconnaissante des avis que vous avez la charité de me donner par écrit - Ma première pensée a été de me décourager et de m'imaginer que c'est impossible de se corriger de tant de défauts - À la réflexion, il faut travailler coûte que coûte et faire les plus grands sacrifices, puisque Dieu le veut - Tout ce que je puis dire, c'est que mon intention n'a jamais été mauvaise et que c'est faute de m'examiner assez strictement que j'ai donné tant de malédification à mes filles - Oubliez le passé; je suis une bonne fois résolue à ne plus vous contrister - Veuillez bien ne pas nous abandonner à nous-mêmes - Pour une, ne laissez pas toute la communauté en souffrir - C'est pour mon bien spirituel et c'est en père que vous me châtiez». Nulle dénégation, nulle apologie, nul dépit ou abattement, nulle accusation en retour. Mais une foi invincible: «Cette communauté est toute naissante et imparfaite, mais l'ouvrage du Seigneur se fera malgré notre indignité. Pour moi, je me reconnais bien indigne de la gouverner». On est toujours en présence de la même grande âme - ce qui n'empêche pas les infirmités humaines - centrée définitivement sur Dieu et son service, sans apitoiement sur elle-même.
La tempête s'apaise
L'expérience enseigne que ces moments de crise sont féconds pour les âmes trempées. La réponse de Mère Gamelin a certainement fait l'impression la plus profonde sur l'Évêque. Plus jamais il ne l'affligera personnellement d'une rebuffade pareille. Il reprochera encore bien des fois aux sœurs leurs imperfections, mais à la communauté directement, non à la supérieure. Le reproche le plus cuisant et le plus sensible pour les sœurs sera d'avoir méconnu leur mère, de ne l'avoir pas assez aimée et respectée. Et pour ce
motif, il leur fera plusieurs refus humiliants. Il se reprenait peut-être lui-même de sa dureté. «Je l'ai beaucoup fait souffrir», dira-t-il. Mais rien n'a égalé dans son esprit l'admiration qu'il fera paraître en de multiples occasions et jusqu'à sa mort pour le caractère de Mère Gamelin.

Mgr Bourget n'abandonna pas la communauté. Mère Gamelin poursuivit ses travaux. Le jour même où elle écrivait à Monseigneur sa remarquable lettre, elle ouvrait un orphelinat de petites filles à Laprairie. Comme elle l'a fait chaque année depuis l'ouverture de l'Asile, elle accueille en retraite les Dames de Montréal. L'hospice Saint-Jérôme- Émilien, pour les orphelins irlandais est encore en pleine opération. Les orphelines de l'Asile s'accroissent de trois nouvelles, que la supérieure reçoit gratuitement. Quatre autres sont reçues, dont la pension est payée par des Dames. Les orphelins les plus infirmes de Saint-Jérôme ne trouvant pas de parents adoptifs, Mère Gamelin les prend en charge. Un événement merveilleux est à l'origine d'un nouveau projet charitable. C'est la guérison d'une novice irlandaise, Sœur Patrice, qui se remit soudainement, le 17 mars 1848, d'une maladie que les médecins avaient prononcé être un cancer. Mgr Bourget, en reconnaissance, offrit à l'archevêque de Québec les services des filles de Mère Gamelin, pour soigner les Irlandais encore malades à la Grosse-Île. Il y eut correspondance à ce propos entre les deux prélats. Le conseil de l'Asile désigna sept religieuses pour cette mission, dont Sœur Patrice. Mais elle n'eut pas lieu, les malades ne requérant plus un tel secours ou le gouvernement ne se souciant pas de faire davantage pour eux.

Les rapports de la communauté avec l'Évêque continuaient dans la cordialité. Le 3 avril 1848, Mère Gamelin sollicitait une visite pastorale, qui n'avait pas eu lieu depuis deux ans et demi à cause du voyage en Europe de l'Évêque

et des épreuves du typhus. Mgr Bourget l'accorda. Elle eut lieu du 14 au 19 avril. Monseigneur procéda comme d'habitude, exhortant, recevant les sœurs, prenant des notes. Sœur de la Conception fit une liste de remarques sur la discipline. Sœur Vincent fut de nouveau insistante pour faire triompher ses vues particulières. Dans le mandement qui suivit, le 19 avril 1848, le prélat adopta un bien autre ton qu'en octobre précédent. Il s'adressait à la communauté. Il soutenait l'autorité de la supérieure. Surtout, à la demande de celle-ci, il voulut bien expliquer ce qu'était la simplicité, une vertu qu'il avait inculquée dès le début aux sœurs. Cette visite régulière fut répétée en 1850; et en 1851, une visite générale des communautés en tint lieu. Dans le mandement de 1850, Mgr Bourget ne parla pas de discipline, mais il fit un historique de l'œuvre depuis le début, pour inciter à l'action de grâces.
Vers d'autres misères
Les dernières années de la Servante de Dieu furent dominées par deux projets, qu'elle pourra seulement amorcer, mais qui seront les réalisations les plus glorieuses de ses filles: l'œuvre des sourdes-muettes et celle des insensés.
On ne s'était jamais beaucoup inquiété des sourds- muets en notre pays. On estimait leur nombre à 700 au Bas- Canada. Depuis une douzaine d'années, on les abandonnait complètement. Il y en avait dans l'hospice Saint-Jérôme- Emilien, logeant les orphelins irlandais. Le 27 novembre 1848, l'abbé Irénée Lagorce, s'étant familiarisé avec les initiatives déjà prises en Europe, commença à leur faire l'école, aidé par un sourd-muet nommé Reeves. Mère Gamelin exhorta ses sœurs à aller entendre les leçons. Une novice, Albine Gadbois, en fit sa spécialité. En 1851, elle commença elle-même à enseigner trois sourdes-muettes. Le
grain de sénevé deviendra un grand arbre, l'Institution des Sourdes-Muettes, qui verra passer 3 800 élèves et que les sœurs quitteront seulement en 1978.
La compassion de Mère Gamelin eut toujours les malades mentaux comme objet privilégié. On se rappelle que son mari lui avait laissé en héritage un idiot, qu'elle garda jusqu'à son dernier soupir. Jusqu'en 1833, les aliénés de Montréal étaient enfermés dans des loges spéciales à l'Hôpital-Général de Montréal. Les Sœurs Grises ne pouvant plus les garder, ils furent alors logés à la prison commune, avec les détenus. Cela affligeait Mgr Bourget. En 1842, on parlait de les séparer des prisonniers, tout en les gardant dans la prison. En 1844, on demanda pour eux par requête un refuge particulier à Montréal. Mais en 1845, la décision fut prise de les envoyer à Beauport, près de Québec. On a vu que Mère Gamelin en recueillit dans la maison s'élevant dans le jardin de l'Asile. Mgr Bourget, l'exhortait, le 19 mai 1846, à poursuivre cette œuvre de dévouement. Il y revenait le 19 avril 1848, invitant les sœurs à se préparer pour rendre les services adaptés à ce genre de maladie. L'année suivante, Mère Gamelin présentait à Louis-Hippolyte Lafontaine un plan de grande envergure: la construction d'un asile d'aliénés et un voyage à faire à Boston et à Baltimore, afin d'apprendre à conduire une telle institution. Le gouvernement resta muet. Mais en 1850, le conseil de l'Asile acceptait une maison pour les aliénés et nommait même les sœurs qui la tiendraient, à l'Industrie. Ce projet n'aboutit pas, mais Mère Gamelin fit elle-même un voyage aux États-Unis dans ce but, étudiant sur place une œuvre aussi nécessaire. Elle n'attendit plus les subventions publiques, puisqu'elle gardait déjà dans ses diverses maisons 39 aliénés. Elle ne verra cependant pas la création d'une maison spéciale. Ses filles la formeront à la Longue-Pointe en 1852, avec 17 aliénés. Elle n'auront de secours des gouvernements qu'en 1873.

La fondatrice développait cependant ses charités. En octobre 1848, elle acceptait d'envoyer des sœurs à Sainte Élisabeth, près de Joliette, pour y tenir une école et un refuge de vieillards. Mgr Augustin-Magloire Blanchet, nouvel évêque de Walla-Walla, lui réclamait des sœurs pour son diocèse. En 1850, elle accepta une nouvelle maison à Sorel. On lui en demandait aussi pour Arichat, au Nouveau- Brunswick.
Mère Gamelin n'avait pas une forte santé, malgré son activité débordante, et peut-être à cause d'elle. Mgr Bourget avait refusé de la laisser s'exposer aux atteintes du typhus en 1847. En juillet 1848, une provision de fromage gâté imprudemment servi par la cuisinière, empoisonna les trois quarts des sœurs pendant la retraite annuelle. Il fallut interrompre celle-ci et la supérieure fut l'une des deux plus malades. On était sans défense contre les contagion devenues mondiales par le développement des communications. En 1849, le choléra se déclara à Montréal. Un sœur en mourra à Laprairie. Mère Gamelin demanda de s'y dévouer directement, ce que Monseigneur refusa encore Mais les sœurs reprirent généreusement leur service de 1847. Mère Gamelin emprunta de nouveau la maison de madame Nowlan et en fit un hôpital appelé Saint-Camille. Il y passa 138 malades en trois mois, dont plus de soixante moururent. Dans la ville il y eut 523 morts. Encore une fois, l'orphelinat Saint-Jérôme-Émilien recueillit les orphelins laissés par les décès. La maladie, semble-t-il, continua de serpenter dans la population. Car deux ans après le fléau, Mère Gamelin en mourait elle aussi.
Mission accomplie
Elle venait de faire une deuxième visite en une seule année à ses sœurs de Sorel. Puis elle visite celles de Sainte-Élisabeth du 10 au 12 septembre 1851 En partant,
elle leur dit: «Adieu mes chères filles. Je vous vois pour la dernière fois». Le 23, s'éveillant à quatre heures du matin, elle se sentit malade. Elle dit à sa compagne de chambre: «J'ai le choléra. Je vais mourir». Et elle demanda d'être portée à l'infirmerie. Ce fut une émotion indescriptible dans la maison et au-dehors. Mgr Prince la confessa. Mgr Bourget lui donna le viatique. Après les prières des agonisants, elle fit un effort pour dire quelques mots a l'évêque. «Humilité, simplicité, charité. Surtout charité». Ce dernier mot s'éteignit avec sa vie. C'était son testament
111
Portrait de Mère Gamelin
Son vrai visage


Il ne reste qu'un portrait authentique de Mère Gamelin. Ceux qui ont eu la faveur, surtout à cause du vêtement religieux, tendent parfois à s'en approcher, l'ignorant le plus souvent, surtout ceux qui la présentent en femme grasse à double menton. Le vrai portrait est une peinture de Vital Desrochers, exécutée le 20 avril 1843 et commandée par Paul-Joseph Lacroix, bienfaiteur de l'Asile. Les novices groupées depuis un mois dans cette maison en avaient fait la demande à ce dernier. M. Lacroix a authentiqué Iui-même le tableau de son écriture et de sa signature, le 20 avril 1843. Madame Gamelin, en costume féminin laïque, a posé pour ce portrait. Elle y apparaît avec l'air sérieux qui était alors de rigueur en ces occasions solennelles. Cela a fait considérer la peinture comme trop sévère. Mais les témoins qui ont connu la Servante de Dieu ont été unanimes à déclarer que ce seul portrait reproduisait les traits véritables du personnage. La méticulosité du peintre dans le rendu des vêtements est aussi un gage de sa fidélité et de sa compétence. Car on a conservé une pièce de la robe qu'elle portait ce jour-là. Le détail du tissu est reproduit avec une exactitude étonnante, non moins que le vaporeux de la coiffe, la délicatesse du ruban et la minutie des broderies de la collerette.

Mère Gamelin était plus grande que l'ordinaire des femmes de notre pays. On le sait par ses vêtements religieux

conservés. Voici ce que révèle la peinture. Débordant la coiffe, ses cheveux noirs divisés au centre recouvrent le front et leurs bandeaux lisses enveloppent les tempes. Le front n'est ni trop haut ni trop bas. Il domine des yeux cernés par la fatigue et les veilles. Le nez est droit et assez fort, se terminant nettement en pointe. La lèvre supérieure est plus haute que la normale, ce qui avec les commissures rabattues des lèvres donne au bas du visage une gravité accentuée. Au reste, la lèvre inférieure et le menton sont très harmonieux et la rondeur de la gorge réunissant les deux joues n'étonne pas chez une femme de 43 ans. L'effet le plus étrange du portrait est reproduit par une certaine asymétrie de la bouche, jointe à un contraste trop rapide de lumière et d'ombre d'un côté à l'autre. Mais si l'on ne fait attention qu'à la moitié supérieure, on est frappé par la beauté des yeux, qui paraissent bruns.

L'impression la plus nette que produit cette femme aux beaux yeux est celle de la dignité. La dignité fut probablement à la fois son privilège et sa croix. Son privilège, car elle lui a valu l'ascendant qu'elle a évidemment exercé sur les personnes de sa classe sociale et sur les chefs ecclésias-tiques, l'affection dont ses protégés l'ont payée de retour, la fascination même qu'ont éprouvée pour elle ses jeunes sœurs. Mais en même temps sa croix. Car dans la vie quotidienne, la dignité ne se porte pas constamment sans paraître de la hauteur. On peut comprendre par là pourquoi les vertus d'humilité et de simplicité ont pris pour elle un sens approfondi. Car elles peuvent facilement être travesties au nom de la dignité. L'humilité s'enlise alors dans les protestations creuses; la simplicité devient condescendance. Cette antinomie n'existe pas pour la charité, qui échappe aux faux semblants et qui anoblit toutes les démarches.

Mère Gamelin fut une grande dame. Non pas par son instruction, mais par son éducation. Elle a toujours su tenir
son rang, sans déchoir. Elle eut un savoir-faire spontané, des manières posées et avenantes, les attentions et les délicatesses d'une femme bien née. Elle eut de l'amabilité, que d'abondants témoignages attestent, de l'entregent qui rendait sa compagnie désirable, une sensibilité affective qui lui a attaché tous ceux qui l'ont approchée; le nombre de ses amis, l'unanimité de leurs témoignages le démontrent C'était aussi une femme entreprenante. Docile à l'égard de ceux qu'elle reconnaissait pour ses supérieurs, elle s'épanouit progressivement comme une femme d'autorité, d'initiative, dès qu'elle revêtit des responsabilités. Elle a toujours et sans effort, tout au long de sa vie, concilié une parfaite soumission à l'autorité avec une liberté d'initiative et une fécondité d'intervention incomparables. En un mot, pour employer un de nos plus heureux canadianismes, elle fut une femme fiable.
Observations d'un graphologue en 1892
Nous ne résistons pas ici à l'envie de citer les observations d'un graphologue sur quelques pages d'écriture de Mère Gamelin. Elles concordent si exactement avec ce que les documents historiques nous ont révélé, qu'il nous serait impossible de les formuler plus expressivement:
Intelligence généralement pratique, avec une certaine dose d'idéalisme et de talent créateur.
Esprit très lucide, vif, porté naturellement à la simplicité et à la sobriété dans l'expression de la pensée.
Le jugement est sain et solide.
La volonté est forte, sans rigidité, au besoin déterminée, très persévérante, jamais découragée, mais au contraire entreprenante et confiante dans la réussite.
La bonté est très large; la sensibilité aussi développée que possible. L'égoïsme étant complètement nul, le dévouement' devait être complet.
Les qualités affectives sont donc très développées.
L'orgueil est nul.
La générosité, bien caractérisée; elle est même prodigue
La franchise est complète; l'âme est non-seulement loyale, mais ouverte, limpide et communicative.
La vivacité devait être naturellement très accentuée. Nature vive, spontanée, qui se domine et se discipline, il est vrai mais où l'on retrouve toujours l'élan instinctif et l'impulsion vive. La prudence, qui était marquée, devait faciliter la discipline de la vivacité d'impulsion.
Les traits dominants de cette écriture sont: la simplicité, la franchise allant jusqu'à la candeur, la sensibilité très imressionable, le dévouement, la vivacité, enfin le courage que rien n'abat.
Physionomie spirituelle
Ces qualités, vu son destin particulier, ne furent pas pour Mère Gamelin sans revers. Songeons que cette veuve charitable, à quarante-deux ans de son âge, démontrait déjà une vertu de charité qui eût suffi à faire naître I'idée de la proposer comme modèle aux femmes chrétiennes. Sa charité, parfaitement réglée déjà, était éminente et quel autre critère plus élevé peut renverser l'estimation qu'on fait par celui-là? Elle était parvenue à ce point dans l'exercice indépendant de l'activité d'une femme du monde, comme on dit, d'une chrétienne de même condition que la plupart des femmes baptisées. Si nous avons à relever maintenant les défauts pour achever ce portrait, ce sont les imperfections mises en lumière par la vocation religieuse, qui auraient passé ina- perçues dans une vie séculière. Or celle-ci demeure après tout la tradition ordinaire des chrétiennes. Ce n'est pas parce que Sœur Vincent n'avait pas la stature humaine de Mère Gamelin que ses reproches à sa supérieure manquaient

de fondement. Les imperfections qu'elle a vues, d'autres les ont attestées aussi. Et Mgr Bourget ne les lui a pas cachées, comme on l'a vu. Il faut donc les prendre au sérieux, sans les exagérer.

Le guide et le témoin le plus assuré à cet égard est Mgr Bourget lui-même. Ce prélat aux grandeurs multiples avait un sens raffiné des réalités spirituelles. Il savait fort bien que l'homme est sauvé par miséricorde et par grâce, non par sa justice originelle ou humainement construite. Et il a expressément enjoint à ses filles de prédilection, les Sœurs de la Providence, de ne pas faire de leurs sœurs défuntes des images d'Épinal, de rapporter de leur carrière religieuse non moins les ombres que les lumières. Or pour leur en donner un modèle, dès le lendemain de la mort de Mère Gamelin, il a lui-même fait son portrait, selon ce qu'il avait vu. Personne mieux que Mgr Bourget, témoin et même auteur des pires angoisses de Mère Gamelin, n'a plus franchement avouéI qu'elle était entrée dans la vie religieuse sans attrait, maisI uniquement par esprit de foi et de charité. «La seule pensée de l'habit religieux la faisoit frémir; et Notre-Seigneur lui commandoit intérieurement de le prendre. La pauvre nature avait beau lui représenter le ridicule dont elle alloit se couvrir aux yeux de ses meilleures amies, toujours la grâce d'en-haut la tourmentoit. Et une voix intérieure lui disoit jour et nuit qu'elle ne trouveroit le bonheur que sous cet humble habit et dans la pratique des vertus solides, mais sans éclat, qui seules peuvent en faire l'honneur. Vous savez combien enfin la grâce triompha sur la nature dans ce grand combat, qui fut long et terrible».

Devenue religieuse par appel de la foi, comment aurait-elle pu dépouiller d'un coup à 44 ans des comportements cristallisés par une longue indépendance? La vie religieuse est constituée d'attitudes complexes et de rapports préétablis par des traditions, que le jeune homme ou la jeune fille

contractent non sans douleur, mais efficacement, quand le goût de l'état de vie et l'ardeur de l'idéal adoucissent la souffrance. Les habitudes déjà prises par la fondatrice heurtaient ses jeunes sœurs. «Habituée aux éloges que le monde lui avoit prodigués, elle souffrit le martyre de se voir en butte aux murmures continuels dont elle savoit bien qu'elle étoit l'objet. Avec un caractère franc comme le sien, elle ne pouvoit se faire aux manèges et cachettes qui régnoient dans la maison. Elle marchoit toujours sur Ies épines, car elle s'appercevoit que toutes ses actions étaient mal vues et jugées sans miséricorde. Elle sentit vivement quelle n'avoit pas l'estime et la confiance de sa communauté. Elle crut intimement qu'elle ne faisoit que du mal».
«Enfin, Dieu lui ayant laissé, pour purifier sa vertu, une forte répugnance pour divers sacrifices qui lui parurent toujours incompatibles avec le bonheur qu'elle cherchoit, il s'ensuit que sa vie religieuse à été un temps de continuelles épreuves, et d'épreuves bien amères, à cause de son caractère et de ses habitudes».
Au terme d'une longue étude de Mère Gamelin, nous comprenons mieux à quel point ces paroles de Mgr Bourget sont l'expression d'une réalité profonde et terrible, comme il est donné d'en vivre dans la foi. Aussi la chroniqueuse de la communauté a-t-elle eu parfaitement raison de mettre en exergue une observation de Mgr Bourget, à la mort de la fondatrice: «Il est impossible de décrire la prostration qu'éprouvèrent les Sœurs, en voyant notre chère et vénérée Mère enlevée si soudainement après avoir gouverné la communauté pendant sept ans. Ce qui fit dire à Monseigneur de Montréal que si cette chère Mère était témoin de la douleur générale que causait sa mort, elle se détromperait de la pensée affligeante qu'elle avait de n'être pas aimée par la communauté». Et voyant le culte que le grand évêque va lui vouer tout le reste de sa longue vie, elle se serait

consolée aussi de la brutalité du geste qui lui avait jeté un jour tous ses défauts à la face!
S'il restait un doute sur la grandeur de cette femme, il s'évanouirait par la considération des compagnes que son exemple, son influence et son souvenir ont directement formées. En sept ans de supériorat, d'avoir suscité six très grandes figures dont le rayonnement a couvert les deux Amériques, cela ne peut être le fait d'une personnalité sans relief. Ce sont Mère Émilie Caron, deuxième supérieure, celle qui recueillit Mgr Bourget vieillard et pauvre, Mère Bernard (Vénérance Morin), émule de Mère Gamelin et fondatrice des Sœurs de Charité au Chili, Mère Joseph-du- Sacré-Cœur (Esther Pariseau), que la république américaine a honorée d'une statue au Capitole de Washington, Mère Thérèse-de-Jésus (Cléophée Têtu), fondatrice de l'oeuvre de Saint-Jean-de-Dieu pour les aliénés, Sœur Marie-de- Bonsecours (Albine Gadbois), première institutrice et fon- datrice de l'Institution des Sourdes-Muettes, Sœur Marie- du-Saint-Sacrement (Adèle Roy) fondatrice des Sœurs de la Providence de Kingston. Toutes ces plantes, qui vont ramifier sur le monde américain, ont été amoureusement cultivées par Mère Gamelin à l'Asile de la Providence, rue Sainte- Catherine, à Montréal.
Jusqu'à l'héroïsme
Femme de compassion
Mère Gamelin possède un trait commun avec les autres serviteurs de Dieu nés dans notre pays. Elle ne montre aucun goût pour la réflexion spirituelle et la spéculation sur l'expérience de Dieu; bien plutôt, elle s'est laissée approprier par Dieu à travers les efforts quotidiens, par l'acceptation au jour le jour de la volonté divine manifestée en détail, par les épreuves et les humiliations toujours récurrentes, par les bons propos inlassablement et fidèlement repris, par les purifications et les arrachements généreusement consentis, au milieu des aridités et de la fatigue, des lourdeurs d'une constitution maladive, de l'incompréhension de l'entourage, de la rigueur des directeurs. Spiritualité éminemment pratique, une union à Dieu croissante, qui est certes toujours l'œuvre de la grâce, mais qui ne fleurirait pas sans la fidélité du sujet, un approfondissement qui n'est pas au niveau du cerveau et des discours, mais qui transparaît dans l'opération journalière, une montée qui est celle du Calvaire bien davantage que celle du Thabor. Dans un pays où l'histoire nous a si longtemps maintenus dans l'effort des défricheurs, Mère Gamelin demeure une pionnière sur le plan spirituel.
Elle ne nous a fait part que d'une seule grâce, illuminative au cours de sa vie. Écoutons-là se raconter à elle-même, dans sa langue imparfaite: «...je me suis rappeler, la Vision que j'ai vu étant à l'agonie en 1838, j'ai vu la place qui m'était préparé dans le Ciel, et la Sainte Vierge me la
montras, et me dit, que je ne mourrai pas de cette maladie la, mais la Couronne, n'avois presque pas de diamant et cette bonne mère, me renvoya, me disant que j'avais à me¬ corriger des mes impatience et colère, que je manquait de charité et douceur à l'égard de mes Vieilles charité et douceur, et plus humble dans ma conduite, j'ai vu mes Enfants qui semblait vouloir m'attirer à eux et mon Époux au nombre des bienheureux». Il y avait dix ans alors qu'elle s'était mise au service des pauvres vieilles abandonnées, et qu'elle habitait la «maison jaune». À cette faveur, probablement on doit attribuer la remarquable absence de désespérance tout au long des épreuves et des abattements qui ont jalonné sa carrière charitable.
La spiritualité de Mère Gamelin ne s'est guère abreuvée, du moins directement, aux leçons grands maîtres spirituels. Elle est entièrement établie sur l'instruction catéchétique, sur les exhortations pastorales, aliment quotidien des fidèles, sur la direction spirituelle. Ses maîtres eux-mêmes ne sont pas des docteurs des voies divines exceptionnelles, ni même des lecteurs des grandes œuvres mystiques.Ce sont des pasteurs, préoccupés d'orienter dans les voies ordinaires de la droiture chrétienne. Des pasteur de leur temps, c'est-à-dire à l'occasion autoritaires, intransigeants, parfois rudes. Car si l'impatience envers une vieille infirme est digne de réprimande, la rudesse envers une âme de bonne volonté en détresse n'est pas plus excusable.. Mais cela n'a affecté, en Mgr Bourget particulièrement, ni la perspicacité, ni la solidité, ni même la sympathie admirative de leur direction. Nous aurons l'occasion d'en voir la preuve dans la conduite imprimée à la Servante de Dieu
Points d'appui
De son temps, Mère Gamelin le fut encore par ses dévotions. C'était une époque où l'on accordait une importante

efficacité aux industries pieuses, aux pratiques spéciales, aux saints patrons dont les attributs et les utilités étaient divers, aux confréries et aux ligues fomentant des exercices particuliers. Mère Gamelin ne fut étrangère à aucune initiative de son milieu à cet égard. De loin et au premier coup d'œil, on peut se demander si un tel encombrement n'embarrassait pas, plutôt qu'il ne servait les fins de la piété. Car ces choses s'attachaient le plus souvent à des aspects accessoires du culte divin. Cette impression n'est probablement pas juste, parce qu'on voit souvent ces dévots, par l'un ou l'autre de ces biais, atteindre au cœur même de l'objet essentiel de la piété, qui est Jésus-Christ, manifestation de son Père en notre monde et y opérant par l'Esprit Saint dans lequel il est un avec le Père. On remarque toutefois que les saints affectionnés par Mère Gamelin ont tous un même rapport avec sa vocation particulière, le service des pauvres, des petits et des souffrants, les préférés de Jésus: Vincent de Paul, Élisabeth de Hongrie, Jérôme Émilien, Jean de Dieu, Camille de Lellis.
Et la Vierge des Douleurs...
Il y a cependant une dévotion de Mère Gamelin qu'il faut détacher de toutes les autres, parce qu'elle a animé toute son œuvre et qu'elle l'a laissée en précieux héritage à ses filles. C'est la dévotion à Notre-Dame des Sept Douleurs. Voilà ce qui a joué un rôle décisif dans sa vie. Prostrée par la mort de son mari et de ses enfants, épouse et mère sans postérité, elle frôlait, une fois dans sa vie, l'abîme du désespoir, quand son directeur, M. Bréguier dit Saint-Pierre, lui fit présent d'un tableau de Notre-Dame des Douleurs. Contemplant l'immense compassion de Marie, qui communiait aux souffrances de son Fils perdu et retrouvait par là une maternité innombrable sur les pécheurs rachetés, madame Gamelin reconnut la signification de sa propre douleur. Elle

comprit que la maternité de la chair, plénitude naturelle de la femme, n'épuisait pas les capacités de son sexe. Sa foi et son éducation l'avaient préparée à comprendre qu'une fécondité infiniment plus riche lui restait accessible. C'est alors qu'elle s'était levée et avait quitté sa maison, pèlerine du bon secours, pour recueillir et embrasser dans un amour élargi tous les abandonnés et les sans-soutien de sa ville. Méditant les douleurs de la Vierge, de station en station de la Passion, la vertueuse veuve éprouva l'efficacité infinie de la souffrance rédemptrice. Cette révélation l'anima désormais. Mis dans la confidence, Mgr Bourget ne put que seconder cette inspiration vivifiante. Car c'est en la fête des Sept- Douleurs de la Vierge qu'il établit la famille de la Providence, pour que chaque année l'action de grâce fût retrempée dans la compassion virginale. Mère Gamelin n'aura rien de plus à cœur que d'inculquer à ses filles ce mystère de mort et de vie, par lequel sa propre souffrance avait fleuri et porté ses fruits.
Constance dans l'action
Ce qui frappe, dans la vie de Mère Gamelin, c'est la continuité. Enfant compatissante aux pauvres, jeune fille serviable et responsable à l'égard de tout son entourage, épouse et mère fidèle, affectueuse, dévouée, matrone charitable, fondatrice et directrice d'un asile de femmes âgées et infirmes, instrument des bonnes œuvres d'un évêque aux projets illimités, pierre d'assise d'une communauté vouée au soulagement des misères les plus absolues, Mère Gamelin croît comme une plante merveilleuse, apparemment sans efforts et sans accident désastreux. Mais on n'en est qu'à la surface des choses. On devine aussi, par une perception globale, l'héroïsme d'une telle constance. Le service des déshérités est fécond en obstacles, en résistances, en dégoûts, en déceptions, en incompréhensions, en insuccès

au moins partiels ou apparents, qu'on ne surmonte que par la foi. Car la charité est renoncement et immolation, dont l'ultime limite est la mort, la mort inutile et insensée à qui n'a pas la foi, la mort rédemptrice et vivifiante à qui garde Dieu comme étoile polaire.
Une observation plus attentive et plus particulière ne tarde pas à révéler les blessures subies par cette vaillante amazone sur le champ de bataille de la charité, en même temps que l'héroïsme avec lequel elle les a supportées sans sombrer un instant dans le découragement ou dans l'amertume. D'autant plus vives qu'elles frappaient son cœur, elles lui furent portées par celui qu'elle ne cessait de vénérer et d'honorer d'une affection filiale et profonde, son évêque Mgr Bourget.
Madame Gamelin, malgré l'assistance inlassable des Dames ses collaboratrices, avait tous les droits de considérer l'Asile pour les femmes âgées et infirmes comme son œuvre propre. Elle y avait sacrifié en partie sa fortune; elle habitait avec ses protégées; elle leur prodiguait en personne et quotidiennement ses soins. L'Évêque le reconnaissait lui-même, louant la «vertueuse dame, qui employait tout son modique patrimoine à satisfaire l'attrait que le Seigneur lui avait donné pour soulager les femmes âgées et infirmes». Madame Gamelin n'avait d'ailleurs pas attendu l'intervention épiscopale pour démontrer son désintéressement. Pendant que Mgr Bourget était en Europe et ignorait ce qui se passait, elle consentait et participait à l'incorporation des Dames de Charité, qui lui enlevait, à elle, toute propriété qu'elle pouvait prétendre sur l'Asile. C'est après son retour, c'est-à-dire en novembre 1841, que le prélat dévoila ses intentions. Il avait vu à l'œuvre les Sœurs des Pauvres de saint Vincent de Paul. Il les avait invitées dans son diocèse. Elles avaient accepté. En arrivant, Monseigneur s'était réjoui de l'incorporation de l'association. Il confirma celle-ci comme organe diocésain de charité, le 6 novembre 1841. Et il

décida que les Sœurs françaises seraient les administratrices de l'Asile. On prit la résolution de leur bâtir une maison appropriée, à quoi les Dames de Charité collaborèrent sans hésiter avec l'Évêque.
Toujours debout
Mais qu'advenait-il de madame Gamelin en tout cela? Devenue anonyme parmi les autres Dames, elle contribuait activement à réaliser les projets épiscopaux. Mais n'était- elle pas évincée de l'œuvre? Une communauté étrangère, encore inadaptée au pays, possédant des traditions de deux cents ans dans la pratique de la charité, ne pourrait souffrir d'aucune manière que la fondatrice conservât la place occupée par elle dans l'Asile. Que dire? L'Évêque lui-même abdiquerait l'autorité directe sur l'œuvre. Car il était entendu que les Lazaristes, supérieurs canoniques des Sœurs de la Charité, les accompagneraient à Montréal. Et il est interdit de penser que la charitable veuve ait alors eu même la velléité de se faire religieuse de saint Vincent de Paul, ce qui l'eût réduite à l'état de sujétion, sans lui conserver son rôle. Car Mgr Bourget est trop explicite sur ce point: elle n'avait alors ni le désir, ni le goût, ni même la pensée d'être religieuse. L'Évêque lui-même, tout le temps que ce projet demeura debout, affecta de ne la distinguer en rien du groupe des Dames de Charité qui exécutait ses vues. Voilà la coupe de l'humilité que madame Gamelin but alors jusqu'à la lie, sans protestation!
Plus encore, c'est au cœur de cette obscurité, de cette nuit des sens bien comparable à celle des mystiques, que madame Gamelin, le 2 février 1842, voua à Dieu la continence perpétuelle, le service des pauvres dans toute la mesure de ses forces, la vigilance sur ses conversations et l'abolition du luxe dans ses vêtements: «Je veux me donner à Dieu:

qu'il fasse ce qu'il voudra de moi». C'est, je crois, ce qu'il faut appeler héroïsme. Dieu la prendra au mot.
Le signe divin ne se fit pas attendre longtemps. C'est au plus tôt à la fin de 1842, ou mieux au début de 1843, que Mgr Bourget apprit le désistement des Sœurs de saint Vincent de Paul. La maison qu'on leur préparait était déjà avancée. Elle deviendrait habitable au printemps. On y fera le mois de Marie en mai 1843, même avant l'entrée des vieilles. Mgr Bourget était aussi homme de foi. L'œuvre qu'il avait entrevue, sous la conduite d'une communauté, était nécessaire. Il ne crut pas devoir se laisser arrêter par un obstacle humain. La communauté, il la ferait naître. Il assembla donc sept jeunes filles dans la «maison jaune», toujours dirigée par madame Gamelin. Mais à quelle mère confier cette nouvelle famille? C'est là que Mgr Bourget eu besoin de madame Gamelin, nommément. Mais celle-ci n'avait toujours aucune perspective de vie religieuse. C'était là l'affaire de l'Esprit Saint. Et même un évêque n'a pas l'Esprit Saint à commandement! L'excellent prélat a franchement décrit cette situation, risquée pour lui autant que mortifiante pour la Servante de Dieu.
«Lorsque les premières Sœurs prirent le saint habit, elle s'étoit imaginée qu'elle seroit, en qualité de fondatrice, la mère de toutes, sans cesser d'être du monde, auquel alors elle ne songeoit nullement à renoncer. Je me souviens encore aujourd'hui comme au premier jour des cruelles angoisses par lesquelles je la fis passer, en prenant à tâche de la rendre étrangère à une œuvre qui l'intéressoit si vivement et en l'empêchant de faire aucun acte d'autorité. Cette tentation, dont la violence ne sauroit être comprise que de celles qui en furent les témoins, m'a toujours paruuneÎ des plus terribles épreuves qu'ait éprouvées votre petite communauté naissante. C'en étoit fait d'elle (la communauté), si elle (madame Gamelin) avoit résisté, comme elle auroit pu

le faire, n'étant alors qu'une dame du monde à qui la
Religion ne pouvoit faire la loi comme à une religieuse qui s'est liée par le vœu d'obéissance. Car nécessairement, tout se débandoit et il s'en suivoit une honte accablante, et d'avoir commencé à bâtir une nouvelle communauté et de voir tout s'écrouler en peu de jours. Or cette honte rejaillissait avant tout sur l'Évêque et ensuite sur celles à qui il avoit donné l'habit sans assez de réflexion, et nullement sur votre Mère à qui le monde assignoit tout naturellement la première place dans cette fondation. Le monde, qui juge des opérations divines à sa manière, n'eût pas manqué de jeté le blâme sur ceux qui sembloient méconnaître les anciens services d'une dame si estimée pour ses bonnes oeuvres"
Or c'est encore la vertu de Mère Gamelin qui sauva le tout: «Mais au plus fort de ses peines, votre mère eut le bon esprit de ne point s'épancher au dehors. Elle laissa ignorer à. ses amies le cruel chagrin qui la dévoroit. Elle se trouvoit maltraitée, mais elle n'en dit mot à ceux et celles qui auroient infailliblement pris fait et cause pour elle. Ces jours orageux furent un tems de dures épreuves pour la mère et les filles. La mère ne voyoit autour d'elle que des filles insubordonnées; et les filles ne voyoient qu'une mère désolée à cause d'elles. Que de cruelles angoisses pour toutes, à l'aurore du jour qui vit naître cette communauté».
On ne s'étonne plus de l'aveu que fera l'Évêque d'avoir «contracté une vraie obligation de révéler après sa mort les solides vertus que cachoit sa belle âme et que certaines infirmités spirituelles et corporelles ont tenues jusqu'ici comme ensevelies». Madame Gamelin, après avoir longuement consulté, sentit qu'elle aussi devait rejoindre les rangs des novices. On se souvient que Mgr Prince, coadjuteur élu, eut un scrupule de son noviciat écourté. Mgr Bourget s'était engagé à l'apaiser, mais sans dévoiler les raisons qui lui serviraient à le faire. Ces raisons, il les a déclarées
n''était pas responsable. L'avalanche de défauts que Mgr Bourget déclenche sur la tête de Mère Gamelin en ce fameux 13 octobre n'a guère d'autre source, justement que ce mépris de la sensibilité qui est un caractère de la direction à cette époque. Que l'indulgence de Jésus était loin, autant que son courage! Car Lui disait leur fait aux puissants et II n'accablait pas les faibles sans défense. Si on repasse le catalogue asséné par l'évêque à la supérieure, on voit que celle-ci pratiquait l'autorité sur ses sœurs comme on la pratiquait sur elle. C'était reçu. De ce désordre de la sensibilité naquit ce sentiment qui la tortura jusqu'à son dernier soupir, celui de n'être pas aimée par ses sœurs. Mais les «solides vertus» que Mgr Bourget trouvait «ensevelies» en elle n'en étaient pas touchées. N'est-ce pas elle, en plein désarroi de ses fautes étalées, qui ranime le courage de son épiscopal censeur? «Vos soins pour nos besoins spirituels ne nous ont point manqué. Ils n'ont pas encore porté leurs fruits. Ils mûriront plus tard, j'en ai Ia ferme conviction. Cette communauté est toute naissante et imparfaite, mais l'ouvrage du Seigneur se fera malgré notre indignité».

Conclusion
Fille d'un milieu modeste, où la foi et la pratique chrétiennes demeuraient vives, Mère Gamelin a parcouru les divers états de la condition féminine, montrant en chacun les vertus d'une femme chrétienne. Sa grâce particulière fut un ardent amour des membres les plus abandonnés du Corps du Christ. Héroïque dans sa foi, ce qui est manifesté par la continuité de son action, dans son espérance, ce qui est illustré par son invincible confiance en la Providence, elle le fut encore dans sa charité, féconde en œuvres de bienfaisance réalisées au prix d'un complet oubli de soi. Animée de ces vertus fondamentales, elle a sans cesse poursuivi la perfection des vertus morales, de force, de prudence, de justice et de tempérance, qui la conduisirent à l'immolation de la vie religieuse par la pratique parfaite de la chasteté, de la pauvreté et de l'obéissance.
Les Sœurs de la Providence sur les traces de Mère Gamelin

Conscientes que leur Fondatrice fut mandatée par le Seigneur pour une mission de charité qui compatit aux misères humaines, les Sœurs de la Providence veulent se porter encore aujourd'hui au secours de la misère sous quelque forme que ce soit. On les retrouve donc au service des pauvres, des vieillards, des malades, des étudiants, des prêtres retraités, des démunis, des sans-travail, des orphelins, des handicapés mentaux, des sourds-muets, des prisonniers, des immigrés, des cancéreux, des alcooliques, des drogués, des délinquants, des analphabètes, des... des....
En quelque pays que ce soit, la misère humaine est leur seul signe de ralliement. Aussi, elles missionnent aux États-Unis, en Haïti, au Chili, en Argentine, en Égypte, au Cameroun...
Le message de la Providence et de la Vierge de la compassion passe par les religieuses et leurs membres associés, selon que l'avait prévu la Fondatrice elle-même qui travaillait en intime union avec des laïcs, animés du même désir de soulager leurs frères et sœurs dans le Christ.
Émilie Tavernier-Gamelin à l'œuvre...
Elle adopte un malade mental et sa mère 1827
Elle visite les pauvres et les malades à domicile 1828
Elle recueille chez elle des infirmes et des
personnes âgées 1828
Elle ouvre un premier refuge 1830

Elle travaille en collaboration avec un groupe
de dames, parentes et amies 1831

Elle emménage dans un nouveau refuge 1832

Elle recueille six orphelins d'une même famille 1832

Elle répond aux besoins des pauvres par
des distributions de vivres et de vêtements 1834

Elle augmente le nombre de ses protégées
et s'installe dans un nouveau refuge 1836

Elle visite les prisonnières et les prisonniers 1836

Elle porte à 30 le nombre de ses protégées,
au refuge 1838

Elle accepte de recevoir une communauté
religieuse française pour assurer la permanence
de l'œuvre 1841

Elle quête au bénéfice de ses chers pauvres
en vue de construire un nouvel asile 1841
-------
Nous donnons ici le point de départ d'œuvres simultanées ou cumulatives, avec une date précise ou approximative, selon le résultat des recherches jusqu'à ce jour.
Elle ouvre un dépôt où les pauvres sont reçus, nourris, vêtus 1841
Elle reçoit 7 jeunes filles canadiennes pour les initier à 1843
l'œuvre de la Providence à défaut de la Communauté française

Elle accueille des jeunes filles en quête de travail et les 1843
forme au service domestique
Elle demande à devenir religieuse, et reçoit l'habit des novices 1843
Elle fait profession avec six autres novices 1844
Elle ouvre une salle pour accueillir les orphelines 1844

Elle inaugure l'assistance des malades et des mourants à domicile 1844
Elle reçoit des prêtres malades et infirmes 1844
Elle accueille des dames pensionnaires 1844
Elle ouvre une maison pour des malades mentaux 1845

Elle accepte une propriété à Longue-Pointe pour tenir une 1845
école et visiter les malades à domicile

Elle ouvre une nouvelle maison à Laprairie pour vieillards et 1846
orphelins
Elle ré-organise le service des pauvres, à domicile et au dépôt 1846
Elle s'intéresse à l'œuvre des missions lointaines 1846
Elle vole au secours des pauvres malades du typhus 1847

Elle reçoit 650 orphelins du typhus, dans la maison St- 1847
Jérôme-Émilien

Elle accepte l'école St-Jacques, privée d'institutrices 1847

Elle s'intéresse aux sourdes-muettes pour leur faire donner 1848
des leçons de catéchisme

Elle accepte une nouvelle maison à Ste-Élisabeth pour 1848
vieillards, orphelins, et la tenue d'une école
Elle se porte encore au secours des victimes du choléra 1849
à domicile

Elle ouvre l'hôpital St-Camille pour les recevoir 1849

Elle reçoit aussi les orphelins du choléra, à 1849
St-Jérôme-Émilien
Elle accueille des «filles vouées» dans l'asile pour aider au 1849
soin des personnes âgées
Elle ouvre une maison à Sorel pour l'éducation, et le 1850
soula¬gement des personnes malades et infirmes

Elle prévoit l'expansion de l'œuvre des malades mentaux 1850
Elle veut faire davantage encore en faveur des 1851
sourdes- muettes par l'œuvre de l'éducation

Elle meurt elle-même victime de l'épidémie du choléra 1851
Table des matières
Introduction . ............................................................5
Chronologie .............................................................6
Le milieu de vie d'Émilie Tavernier-Gamelin
La pauvreté connaît une recrudescence ............. ..7
Agents de la charit.................................................10
Les Sulpiciens à la tâche.........................................10
L'Évêque conscient des besoins de l'heure ...........11
Les Communautés religieuses déjà embrigadée»..13
Les laïcs s'ouvrent aux multiples appels . ..............15
L'État a d'autres vues et pourvoit à d'autres besoins. 18 L'organisation charitable se transforme ......................19
À besoins nouveaux, formes nouvelles d'assistance....21
Une priorité: la visite à domicil.....................................21
Le dépôt des pauvres....................................................22
L'œuvre de la soupe.................................................... 23
Il
La femme forte
Ascendance familiale .................24
Éveil à la vie, éveil à la compassion.....................................25
Une vie à deux très brève .................28
La route s'éclaire .................29
L'aide vient à point .................30
Table des matières
Introduction . ............................................................5
Chronologie .............................................................6
Le milieu de vie d'Émilie Tavernier-Gamelin
La pauvreté connaît une recrudescence ............. ..7
Agents de la charit.................................................10
Les Sulpiciens à la tâche.........................................10
L'Évêque conscient des besoins de l'heure ...........11
Les Communautés religieuses déjà embrigadée»..13
Les laïcs s'ouvrent aux multiples appels . ..............15
L'État a d'autres vues et pourvoit à d'autres besoins. 18 L'organisation charitable se transforme ......................19
À besoins nouveaux, formes nouvelles d'assistance....21
Une priorité: la visite à domicil.....................................21
Le dépôt des pauvres....................................................22
L'œuvre de la soupe.................................................... 23
Il
La femme forte
Ascendance familiale .................24
Éveil à la vie, éveil à la compassion.....................................25
Une vie à deux très brève .................28
La route s'éclaire .................29
L'aide vient à point .................30
En cliquant sur le bouton accepter, vous autorisez l'utilisation de cookies ou technologies similaires y compris celles de tiers sur notre site internet. Les cookies sont indispensables au bon fonctionnement du site et permettent de vous offrir des contenus personnalisés, d'analyser l’audience du site et de partager vos publications.
Paramétrer les cookies