La spirale de la vie

Ecrit par
fargeix jacques
marcel perier



Toute la philosophie d’extrême orient est contenue dans ces quelques mots d’un verset du Tao Te King :
Le Sens engendre l’un.
L’un engendre le deux.
Le Deux engendre le trois.
Les trois se manifestent comme tous les êtres possibles.
De toutes choses l’envers est obscur.
De toutes choses la face est la lumière.
Le flux de force leur donne l’harmonie.*
Tao Te King, Lao Tseu, verset 42
Toute littérature autour de cette philosophie est inutile à celui qui en a compris le fondement. Mais l’esprit de l’Homme, son désir de connaissance le pousse à noircir des milliers de pages pour en trouver la signification.
Le processus de pensée de l’Homme occidental est à l’opposé de cette philosophie, par son raisonnement analytique. C’est la raison pour laquelle, malgré sa simplicité, elle lui est difficile à aborder.
Pour bien comprendre cette philosophie, la connaissance est plutôt un handicap. Et ce pour la raison simple que la connaissance fait naître des principes de pensée (une morale, une éthique, une logique propre), qui nous emprisonne dans des certitudes, des dogmatismes.
La philosophie extrême orientale est la moins dogmatique et la plus accueillante qui soit, justement parce qu’elle n’autorise aucune barrière, n’implique aucune convention. C’est la philosophie de la Liberté par excellence.
Ce sont les hommes qui, à la lumière du Principe Unique peuvent trouver une solution à tous leurs problèmes, lorsqu’ils connaissent la nature Yin
ou Yang des choses. L’action vient de l’Homme, pas de ces deux forces, qui restent des forces neutres.
Cependant, il faut savoir que chaque solution trouvée n’est que provisoire, car cette philosophie nous explique qu’il n’existe aucune réponse définitive. La compréhension du Principe Unique, de l’équilibre entre Yin et Yang nous oblige à nous remettre en question en permanence. Il n’y a aucun repos pour celui qui raisonne et agit selon ce Principe. Il demande une réflexion permanente et ne tolère aucune faiblesse. Mais il nous ouvre tous les horizons, nous éloigne de l’asservissement, nous rend fondamentalement libres et maîtres de notre destin. Lorsque nous prenons conscience de ce sentiment de liberté, tous les efforts que nous avons à fournir nous paraissent en fin de compte dérisoires

* les versets du Tao Te King sont extraits du « Tao Te King » de Richard Wilhelm, traduction de l’allemand par Etienne Perrot ; éditions Librairie de Médicis.

Mes paroles sont très faciles à comprendre,
Très faciles à pratiquer.
Mais nul sur terre ne peut les comprendre,
Nul ne sait les appliquer.
Les paroles ont un ancêtre,
Les actes ont un maître.
Parce qu’on ne les comprend pas,
On ne me comprend pas.
Ce qui fait ma valeur,
C’est justement d’être si rarement compris.
C’est pourquoi le Sage se revêt d'habits grossiers, Mais dans son sein il cache un joyau.
Tao Te King, Lao Tseu, verset 70.




Le Principe Unique
de la philosophie d’extrême orient est vieux de plus de 5.000 ans. La naissance de ce concept est mal connue. Elle est attribuée à un empereur chinois mythique appelé Fou Hi. Mais sans doute, comme toute théorie universelle, elle a été élaborée sur une grande période par plusieurs hommes restés anonymes.
Cette philosophie est le fondement de toutes les religions monothéistes qui se sont développées dans le monde.
On retrouve dans la nature et dans tous les phénomènes deux forces antagonistes que Fou Hi a défini en deux termes génériques : Yin (la force centrifuge, dilatatrice, réceptive) et Yang (la force centripète, constrictrice et créatrice).
Ces deux forces, bien qu’antagonistes, sont complémentaires. Ce qui signifie que l’une ne peut exister sans l’autre, rien ne peut être complètement Yang ou complètement Yin. Tout est en proportion variable Yin et Yang. Elles sont comme la face et le dos de la main.
L’univers visible et invisible, le comportement humain, la vie sociale… Tout, absolument tout ce que nous pouvons imaginer, et même au-delà est régi par ces deux forces.
Ces deux forces, traduites dans la vie courante par des termes opposés (Le chaud, le froid ; La lumière, l’obscurité ; La vérité, le mensonge…) ne sont en fait que l’expression d’une seule et même entité, appelée Universalisme unificateur. Cette notion d’universalisme (le Sens, l’inexprimable) peut être représenté par une spirale logarithmique et a été nommée dans son interprétation dans le
monde réel Tai Ki ou Taikyoku en Chine, ce qui signifie le grand faîte.
Il est extrêmement difficile de définir la nature exacte de cet universalisme unificateur. Toutes les notions qu’impliquent les termes qui lui sont attribués pour le nommer ne sont que des approximations. Il n’a ni début ni fin. Il est à la fois présent et absent. Il englobe tout et est présent dans chaque chose. Il ne connaît ni l’espace et le temps, mais agit dans l’espace et le temps. Nous ne pouvons même pas dire qu’il est par la non existence est aussi dans sa nature. Il est à la fois insaisissable et à la portée de tous. Chercher à le qualifier exactement est impossible. Nous ne pouvons que sentir sa présence par notre intuition. C’est pourquoi la philosophie d’extrême orient est aussi une croyance.
Le Sens que l’on peut exprimer n’est pas le sens éternel.
Le nom que l’on peut proférer n’est pas le nom éternel.
Lao Tseu, Tao Te King, verset 1.
La règle essentielle de cette philosophie est l’absence de dualisme. « Le dualisme est un système philosophique ou religieux qui admet deux principes, comme la matière et l’esprit, le corps et l’âme, le bien et le mal, et que l’on suppose en lutte éternelle l’un contre l’autre » (définition du Larousse).
Or, Yin et Yang, bien qu’antagonistes, se complètent (ils sont antagonistes par leur nature, et non par l’action qu’ils impliquent). Il n’est nulle notion de lutte éternelle. C’est là toute la différence entre une philosophie dualiste et la
philosophie du Principe Unique d’extrême orient. Ce caractère non dualiste est absolument crucial pour bien comprendre l’essence de cette philosophie.
Georges OHSAWA, d’origine japonaise explique cette philosophie dans son ouvrage « Le Principe Unique de la philosophie d’extrême orient » Ed. Jean VRIN.
Dans un autre de ses ouvrages « L’Ere atomique et la philosophie d’Extrême Orient » (Ed. Jean Vrin), Georges Ohsawa a établi douze théorèmes dominant le monde physique :
- Yin et Yang sont deux pôles qui entrent en jeu quand l’expansion infinie se manifeste au point de bifurcation (lorsque le Sens (image de la spirale) se manifeste dans le monde physique symbolisé par Tai Ki).
- Yin et Yang sont produits continuellement par l’expansion transcendante.
- Yin est centrifuge, Yang est centripète. Yin et Yang produisent l’énergie.
- Yin attire Yang, Yang attire Yin.
- Yin et Yang, combinés en proportion variable produisent tous les phénomènes.
- Tous les phénomènes sont éphémères, ce sont des constitutions infiniment complexes et constamment changeantes des composants Yin et Yang. Toute chose est sans repos.
- Rien n’est totalement Yin, ni totalement Yang, même le phénomène le plus simple apparemment. Chaque chose contient la polarité à tous les étages de sa composition.
- Rien n’est neutre. Yin ou Yang est en excès en chaque cas.
- La force d’attraction est proportionnelle à la différence des composants Yin et Yang.
- Yin repousse Yin et Yang
repousse Yang. La répulsion ou l’attraction est inversement proportionnelle à la différence des forces Yin et Yang.
- Avec le temps et l’espace, Yin produit Yang, et Yang produit Yin.
- Tout corps physique est Yang en son centre et Yin en surface.
Ces théorèmes concernant le monde physique peuvent être étendus à tous les phénomènes, même immatériels (sociologie, étude du comportement, Histoire, économie…). En fait, Georges OHSAWA a appliqué au monde physique les lois universelles de la philosophie d’extrême orient. Ces règles s’appliquent quelle que soit la matière étudiée.
La philosophie du Principe Unique est essentiellement une philosophie pratique. Sa base est la dialectique. Lorsque l’on connaît la nature Yin ou Yang de toutes choses ou phénomènes, le raisonnement dialectique intuitif nous apporte une réponse à toutes les questions que nous pouvons nous poser en fonction de notre expérience.
Cinq lectures importantes pour aborder la philosophie d’extrême orient :
-« Patience dans l’Azur », Hubert REEVES (pour la connaissance de l’évolution du monde physique au cours des temps, et de l’origine de la vie).
- « Au péril de la Science », Albert JACQUARD (qui nous met en garde contre les « vérités » scientifiques).
- « Le manuel d’Epictète » (pour connaître le comportement à adopter selon que les choses dépendent de nous ou non).
- « Le principe Unique de la Philosophie et de la Science d’Extrême Orient » et « L’ère atomique et la Philosophie
d’extrême Orient » de Georges OHSAWA.
- « Le Tao Te King », de Lao Tseu.

L’individu est un corps Yang doté d’un esprit Yin. Il existe cependant une différence
Fondamentale entre le corps et l’esprit. Le corps est éphémère et l’esprit est éternel.
Nous sommes un corps matériel fait de connexions chimiques et électriques qui capte et canalise l’intelligence qui elle, est universelle (qui n’appartient à personne en particulier).
Il est donc important que le corps fonctionne bien pour capter au mieux cette intelligence, et ce quel que soit l’environnement de l’individu ou sa déficience d’origine héréditaire ou maladive.
Le corps est une usine chimique qui fonctionne plus ou moins bien selon notre comportement alimentaire, et le carburant qui permet à cette usine de fonctionner est la nourriture. Nous sommes physiquement ce que nous mangeons. Il est donc important de manger sain et équilibré. Sans aller jusqu’aux extrémités macrobiotiques proposées par Georges Ohsawa, il faut quand même connaître la nature Yin et Yang des aliments que nous absorbons. Faire en sorte que la qualité des aliments soit la meilleure possible, car des denrées polluées par trop de produits chimiques en altèrent la nature Yin ou Yang.

- Les céréales (riz, blé, et à degré moindre maïs) sont de nature Yang.
- Ce qui a une couleur tendant vers le rouge et plutôt Yang.
- Ce qui tend vers le vert est plutôt Yin.
- Ce qui est rond est Yin.
- Ce qui est carré (stable)
est Yang.
- Ce qui contient beaucoup d’eau ou est creux est Yin.
- Ce qui est plein ou sec est plutôt Yang.
- Les poissons des fonds (carpe) sont de nature Yin, les poissons de torrent (truite) sont de nature Yang.
- La viande d’un herbivore est plutôt Yin, et la viande d’un oiseau plutôt Yang.
Il est parfois difficile de connaître la nature exacte d’un produit. Prenons l’exemple de la tomate : une tomate est rouge, donc Yang. Or, elle est ronde (Yin), sa consistance est faite de beaucoup d’eau (Yin). La tomate est donc un produit à dominante Yin. Tous les fruits sont Yin. Mais on peut les « yanguiniser » en les faisant sécher ou saler. Si on ajoute du sucre à un fruit, on augmente sa nature Yin, ce qui n’est pas recommandé.
Ce qu’il faut savoir, pour bien équilibrer son alimentation, c’est que nous devons privilégier la nourriture de nature Yang, et de préférence d’origine végétale (essentiellement les céréales complètes). Nous devons cuisiner de manière à yanguiniser les produits la plupart du temps trop Yin.
Il ne faut pas faire l’effort d’entretenir son corps pour qu’il soit beau, mais dans le but qu’il fonctionne le mieux possible. En général un corps bien entretenu est jugé beau, mais ce n’en est que la conséquence. Et la beauté du corps dépend essentiellement de la nourriture que l’on consomme, éviter le plus possible tous les artifices vendus sur le marché.
Lorsque l’on vit dans un environnement pollué, il est encore plus essentiel de se
nourrir sainement et d’une manière équilibrée, car nous serons mieux protégés des agressions extérieures. Mais il vaut toujours mieux vivre dans un environnement sain.

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La philosophie d’extrême orient nous dévoile la simplicité de la nature de toutes choses. Yin et Yang sont la traduction de l’universalisme unificateur dans le monde réel (Tai Ki ou Taikyoku).
Si j’éprouve un grand mal,
C’est que je suis une individualité.
Si je n’étais pas une individualité,
Quel mal pourrais-je éprouver ?
Tao Te King, Lao Tseu, verset 13.
Il faut se garder de tout égocentrisme. L’égocentrisme entraîne systématiquement une erreur de jugement. L’intelligence par laquelle nous nous exprimons n’est pas propre à un individu, elle est universelle. Seul notre corps physique est unique. Le sentiment est universel. Chacun de nous « pioche » dans l’intelligence universelle une de ses caractéristiques nommée sentiment. La peur, la joie, la mélancolie, tous ces sentiments sont communs aux hommes. Notre réaction face à ce sentiment fait que nous croyons qu’il est personnel. Mais c’est une erreur de jugement.
Si quelqu’un se remémore un passé heureux alors qu’il traverse une période difficile il éprouvera de la nostalgie. Et cette nostalgie entraînera de la tristesse et de la mélancolie. Il régira de manière personnelle et se laissera dominer par ce sentiment. Il se mettra en position de faiblesse. Cette situation de faiblesse est
uniquement due à son égocentrisme. S’il ne se comporte pas en égocentrique, il comprendra que la tristesse est un sentiment que tout un chacun peut éprouver. Il comprendra que ce sentiment n’est pas propre à lui. Il se sentira de ce fait moins isolé et il pourra réagir. Il dominera ces sentiments. Réagir en individualiste est se mettre en position d’esclave. Réagir en universaliste est adopter une position de maître. Il en est de même pour tous les sentiments.
Le sentiment, dans son sens le plus général est l’unique valeur qui devrait être attribuée à l’intelligence. Un chercheur scientifique, par exemple, doit principalement sa découverte à l’intuition (pris dans le sens « j’ai le sentiment que ». La connaissance qu’il a acquise ne lui sert que d’outil pour parvenir à ses fins. La connaissance n’est pas l’intelligence, au contraire, elle s’en éloigne.
Le sentiment est universel, la connaissance est personnelle.
Le savant, de même que l’érudit n’est donc pas un individu supérieur aux autres en intelligence. Il ne fait que bien utiliser ses capacités personnelles dans le domaine où il travaille. S’il sort de son domaine de compétence, il n’est pas forcément capable de faire face aux problèmes qu’il rencontre. En fait, il se spécialise. C’est le lot de tous. Personne n’a de compétences dans tous les domaines. Chacun adopte un comportement personnel en fonction des problèmes qu’il s’est donné à résoudre.
La classification des hommes, quelle que soit la méthode,
quel que soit le motif, est à proscrire. Il s’agit d’un réflexe discriminant, donc individualiste. L’homme est Un.
« Il est pour le moins surprenant que le » coefficient intellectuel » ait été pérennisé, alors que chacune de ses composantes correspond à un abus de langage » Albert Jacquard : « Au Péril de la Science ».
Le comportement est une résultante de notre capacité ou non à apprécier un fait. Entre là la notion de jugement. Le jugement est personnel et n’ai jamais équitable. Si nous jugeons ce qui est beau ou laid, ce qui est bien ou mal, ce qui est vrai ou faux, nous tombons systématiquement dans l’erreur. Car la beauté peut être perçue comme la laideur par un autre ; la vérité comme un mensonge par un autre ; la bonté comme un mal par un autre. Ce ne sont là que jugements personnels qu’il faut dans tous les cas et en toutes circonstances considérer comme tels.
Quand chacun sur terre tient le beau pour le beau,
Cela implique d’emblée la laideur.
Quand chacun sur terre tient le bien pour bien,
Cela implique d’emblée le mal.
Lao Tseu, Tao Te King, verset II
Nous devons éviter les jugements personnels.
Si l’on a compris que la connaissance est personnelle et non universelle, que le jugement est personnel et non universel, et surtout que le sentiment est universel et non personnel, il devient possible d’adopter un comportement juste. Il faut considérer que toutes les qualités et tous les défauts de la nature humaine sont présents en chacun de
nous. Et il est de notre choix, de notre choix seul d’adopter les uns ou les autres.
Si nous continuons à nous considérer comme des individus uniques parmi d’autres individus, si nous ne renonçons pas à notre égocentrisme, nous adopterons systématiquement un comportement lié à notre jugement personnel. En ce cas, que nous fassions de bonnes ou de mauvaises œuvres, nous demeurerons dans l’erreur.
Sortis de notre égocentrisme, nous mettons en avant un sentiment universel.
Pour acquérir ce sentiment universel, il existe trois règles fondamentales :
- Être droit dans ses actions, et libre et tolérant dans ses pensées.
- Considérer les comportements des hommes dans la société comme des faits sans surtout les juger.
- A une action personnelle, ne pas demander de contrepartie. Les actions bonnes ou mauvaises amenées à leur terme sont un fait. Se lamenter ou les louer ne sert strictement à rien.
Juger un homme pour un crime particulièrement odieux (jugement personnel) ne sert à rien car le crime a bien été commis. Si l’on adopte un sentiment universel, et non un comportement individuel, on s’orientera nécessairement vers la prévention, et non vers le jugement des choses accomplies. Si l’on veut répondre à la violence par la violence, on augmentera l’insécurité. Si on répond à la violence par la sagesse, on rétablira un équilibre et on parviendra à la sécurité. La sagesse consiste à comprendre pourquoi la violence est apparue et chercher à y remédier. Si on
supprime la cause de l’injustice, les révoltes n’ont plus de raison d’être.
La violence est de nature Yang, la sagesse de nature Yin.
Selon la philosophie d’extrême orient, Yang repousse Yang. Deux Yang sont irréconciliables. C’est la raison pour laquelle répondre à la violence par la violence ne fait qu’augmenter la confrontation. Tandis que la sagesse, de nature Yin, est une réponse équilibrée à la violence, car Yang et Yin s’attire pour tendre vers la neutralité. Une réponse trop Yin n’est pas souhaitable, car Yin à l’excès attire Yang, et dans cet exemple, la violence reprendrait le dessus. Il faut savoir trouver la juste mesure tout en restant ferme. C’est cela, la sagesse, une réponse adaptée à une situation précise.
Juger un homme mauvais parce qu’il a commis un crime ou louer une autre personne qui a entrepris une bonne action est exactement la même chose. Dans un cas on se place au-dessus de lui (on est meilleur que lui), dans l’autre on se situe au-dessous de lui (il est meilleur que nous). Dans un cas il s’agit d’un comportement despotique, dans l’autre un comportement d’esclave. Et dans les deux cas il s’agit d’un comportement individuel.
Si nous adoptons un sentiment universel, personne n’est meilleur que nous et personne n’est inférieur à nous. On adopte un sentiment de responsabilité. Juger est un comportement fataliste. Ne pas juger nous rend maître de notre destin.
Est-ce à dire que les criminels ne doivent pas être jugés ? Si c’est par un
homme en tant qu’individu, non. S’il s’agit d’un professionnel de la justice qui agit en tant que tel en fonction des lois édictées par une société démocratique, bien sûr cet homme doit être jugé. Être un bon juge professionnel, c’est avant tout se garder d’une opinion personnelle, quel que soit le cas jugé. C’est la base d’une justice sereine.
Dans la vie de tous les jours, certains de nos comportements relèvent du même processus. Médire sur quelqu’un qui n’a pas un comportement conforme à notre point de vue, c’est se considérer meilleur que lui. C’est un jugement personnel. Ce comportement est la base de l’intolérance, du racisme, et des conflits (comportement despotique). A l’inverse, si quelqu’un vous juge mal, vous ne devez pas lui répondre par le mépris, car là aussi vous aurez un comportement individualiste puisque vous vous situerez au-dessus de lui. De même, si vous admirez une personne pour telle ou telle raison, vous adopterez un comportement individualiste puisque vous vous mettez en situation d’infériorité.
Il faut chercher à comprendre l’autre. Vous devez le respecter. Le respecter et non l’admirer, le respecter et non le haïr, quelles qu’en soient les raisons.
L’excès Yang dans notre comportement correspond à l’arrogance, et l’excès Yin à l’humilité. « L’humilité est la forme la plus élevée de la vanité (et donc de l’arrogance) » dit le poète. Ce peut être tellement vrai. L’excès en Yin mène à l’excès en Yang.
Il ne faut pas vouloir être, mais
être.
L’homme est par sa nature individuelle seul responsable des actions qu’il entreprend. La conscience universelle, appelée aussi sentiment - intuition, est une réserve dans laquelle nous puisons sans cesse en fonction de notre nature individuelle. Tous les sentiments, impressions sont la conscience universelle. C’est ce que nous en faisons qui fait que nous ne réagissons pas tous de la même manière. Nous appliquons selon nos propres réflexes, consciemment ou non, des agrégats de la conscience universelle.
Notre comportement est intimement lié à l’acquit, à notre environnement social. Nous existons par les autres. A nous de rechercher notre voie en s’ouvrant vers l’extérieur pour tordre le cou aux préjugés.
Plus nous tendons vers l’individualisme, plus nous devenons prisonnier de notre conscience propre ; et plus nous serons ballottés par des sentiments contradictoires. L’individualisme appelle la soumission, et que nous soyons puissants ou misérables, il nous pousse vers la condition d’esclave (esclaves de nos sentiments, esclaves de biens matériels, esclaves d’une entité déifiée, esclaves du pouvoir pour le conserver).
Pour sortir de cette situation de subordination, il faut rejeter notre individualisme et notre égocentrisme. Il faut se responsabiliser, ne jamais rejeter nos erreurs sur les autres.
Penser : « Les choses accomplies sont », et non « les choses sont arrivées parce que ». Parce que lorsque les choses sont arrivées, il est trop tard. C’est
avant qu’elles n’arrivent que nous aurions dû agir pour les éviter ou les contrôler. Il est naturel de penser que prévenir une mauvaise action est un acte de civilité, mais il est tout aussi vrai qu’une action bénéfique non contrôlée peut nous nuire. Réfléchissons bien à cela.
Nous devons ignorer les récompenses pour une action, et refuser les honneurs. De même, il faut rejeter l’animosité pour une action néfaste faite à notre encontre, et refuser de se venger si quelqu’un nous nuit. Dans l’esprit de la philosophie d’extrême orient, tout le monde est responsable individuellement de toutes les actions entreprises par les autres. Si nous sommes l’objet d’une injustice, il ne faut rechercher qu’à rétablir notre bon droit dans la juste mesure.
Si nous rejetons notre égocentrisme, nous ne serons plus jamais heureux ou malheureux (vouloir être heureux c’est admettre que le malheur peut nous atteindre), malades ou bien portants (si nous estimons avoir de la chance d’être en bonne santé, c’est admettre que la maladie peut nous atteindre). Il faut se situer au dessus de l’un ou de l’autre. Dans ce cas, nous resterons sereins même s’il nous arrive quelque malheur, sereins même si l’on est atteint par la maladie. Si nous parvenons à la sérénité, le malheur ne nous touchera plus, et nous serons beaucoup mieux armés pour soigner notre maladie. Si l’on est atteint d’une maladie incurable, nous resterons sereins face à l’échéance de notre mort.
La santé de l’esprit est
l’adoption du sentiment universaliste, la santé du corps est l’adoption d’une hygiène de vie conforme à son bon fonctionnement.
Mais personne, personne n’est absolument parfait. Nous sommes tous sujets à des faiblesses. Le but n’est pas de rechercher la perfection, elle est hors de notre portée. Il faut aller dans le sens de la perfection tout en sachant que nous n’y parviendrons jamais. Vouloir rechercher l’illumination, souhaiter atteindre le nirvana est le plus sûr moyen de ne jamais y parvenir, car notre volonté se transforme en désir, et le désir est un sentiment personnel, sans compter le sentiment d’orgueil (d’arrogance) que cela implique. Contentons-nous d’être des humains parmi les humains.
Il faut faire la différence entre la faiblesse subie et la faiblesse consciente. La faiblesse subie est le pendant de notre individualisme. Cela veut dire que nous refusons une responsabilité et que les évènements nous dominent. La faiblesse consciente peut être considérée comme un relâchement temporaire. Nous avons conscience de notre état de faiblesse, mais nous l’assumons pleinement.
La faiblesse subie doit être systématiquement rejetée, la faiblesse consciente doit être considérée comme une nécessité pour se reposer de nos efforts. Vouloir être parfait et sans aucune faiblesse est impossible. Vouloir être parfait aboutit automatiquement à un sentiment de supériorité, et donc à l’individualisme. Il est encore plus dangereux d’avoir pour obsession la perfection que
d’être faible, car nous n’y parviendrons jamais.
Pour parvenir à un état de sérénité et de bien être, il n’est pas nécessaire de vouloir entreprendre de grandes choses. Au contraire, c’est souvent le meilleur moyen de ne jamais arriver à ses fins.
Il faut dans un premier temps faire du mieux possible ce qui est à notre portée, et par graduation, entreprendre des choses plus importantes si nous en ressentons le besoin (mais attention, besoin = désir = individualisme). Il faut de toute façon ne jamais entreprendre quelque chose tant que nous n’avons pas la conviction de pouvoir y parvenir. Il faut maîtriser. La maîtrise est la conséquence de la responsabilité et de l’effort. Rien n’est fatal dans quelque entreprise que ce soit, même les plus grands subissent des échecs.
Si notre volonté faiblit suit à un échec, il existe un moyen efficace pour remonter la pente :
1) Prévoir une période de relâchement où rien d’important ne devra être entrepris.
2) Durant cette période, vivre d’une façon extrêmement régulière et disciplinée (levers et couchers à heures fixe, repas pris régulièrement…).
3) Effectuer les petites choses de tous les jours comme s’il s’agissait de grandes œuvres à entreprendre (prendre soin de son corps comme s’il s’agissait d’un bien précieux ; faire le ménage et toute autre tâche domestique comme si c’était l’œuvre de votre vie ; A son travail, effectuer les tâches comme si tout reposait sur vous). Pour apprendre à se respecter et respecter les
autres, ne jamais laisser de la nourriture dans son assiette (on méprise la nourriture qui nous fait vivre). Prendre, déposer et se servir de tout objet usuel avec respect (ne pas les maltraiter, ne pas les jeter sans soucis de savoir s’ils peuvent encore servir, sinon le faire avec regret). En règle général, il faut prendre conscience de tous les gestes que l’on fait quotidiennement, même les plus anodins, et non les faire machinalement. C’est un excellent exercice pour la mémoire, par ailleurs, car vous retiendrez ce que vous faites en pleine conscience et à contrario oublierez les gestes accomplis avec négligence.
4) Ne jamais reporter les affaires que vous pouvez conclure aisément à un autre jour. Très important.
5) Eviter par tous les moyens les conflits avec qui que ce soit.
En suivant ces conseils, vous retrouverez le moral et serez à même de bien analyser votre échec précédent. Vous serez alors capable soit de reprendre votre projet, et dans de meilleures conditions, soit d’accepter le fait qu’il est hors de votre portée et qu’il avait été ridicule de s’y attacher. Alors vous pourrez entreprendre autre chose plus à votre portée.
Mais n’oubliez surtout pas que pour mener à bien une tâche, le but ne doit jamais en être soit une meilleure situation financière, soit l’admiration des autres, où n’importe autre bénéfice quelconque. Vous devez avancer dans votre projet par la responsabilité et l’effort pour parvenir à un travail bien fait, de la même manière
que vous avez effectué vos tâches routinières durant votre période de relâchement. Si votre projet aboutit, les éloges ou autres bénéfices financiers pourront vous être accordés, mais ils n’en seront que la conséquence. La conséquence, pas le but. Si vous comprenez ça, tout peut vous être permis.
Si nous ressentons le besoin d’un relâchement dans nos efforts, ce relâchement ne doit être que temporaire. Nous devons éviter de nous complaire dans nos habitudes, car il s’agirait là d’une démission. Un homme qui n’ambitionne aucun projet (matériel ou spirituel) adopte une attitude Yin à l’excès. Cette attitude trop Yin entraîne une violence Yang en retour. La faiblesse nourrit la force, et dans ce cas, nous nous sentons agressés à la moindre situation qui nous oblige à sortir de notre torpeur. Cette violence ne vient pas des autres, elle est en nous. Elle est imaginaire. La force de l’habitude nous déresponsabilise, nous rend hostiles à tout effort. Elle nous isole et nous rend vulnérables. Nous ne maîtrisons alors plus rien. C’est le signe inquiétant d’un comportement individualiste à l’excès.
Cet état de torpeur est très dangereux et nous devons réagir immédiatement si nous ne voulons pas tomber dans le désespoir ou la haine. Comment réagir ? Ce n’est qu’une question de volonté. Même si notre volonté est faible, elle est toujours présente. Nous devons raviver sa flamme, c’est une question de survie.
Il ne faut pas grand-chose pour que notre volonté renaisse. Le
premier pas est même extrêmement simple. Il suffit de noter sur une période donné tout ce que nous faisons d’une manière la plus détaillée possible (la semaine est le meilleur cycle de temps).
Sur la première colonne, vous notez tout ce qui a trait à l’entretien de votre corps, et sur la seconde tout ce que vous faites et qui dépend de votre volonté.
Si dans la première colonne, n’apparaît pas une régularité journalière (si vous sautez un repas, si vous grignotez quelque chose à n’importe quelle heure, si vous « oubliez » de prendre une douche - la propreté est importante -, si vous modifiez sans cesse vos heures de sommeil, etc.), alors vous devez y remédier. Car notre corps doit être nourri et entretenu de manière la plus régulière possible. Chaque jour de la semaine doit être organisé de la même manière.
Si vous avez du mal à remplir la seconde colonne, c’est que vous êtes dans une situation critique, car cela signifie que vous n’entreprenez rien. Mais il ne faut pas en être désespéré, car c’est dans cette situation qu’il est le plus facile de réagir. Cela ne vous demandera dans un premier temps que peu d’efforts. Plus la deuxième colonne est vide, plus il est aisé d’y remédier. Vous vous fixez des objectifs (lecture, visite de musée, promenade, invitation d’amis, cinéma, etc.). Mais attention, les loisirs doivent entraîner un effort. Regarder la télé en charentaises dans son canapé, par exemple, n’est pas une activité qui demande un effort et ne doit pas être
noté. Par contre si vous regardez une émission culturelle ou scientifique, et que vous fassiez l’effort d’approfondir le sujet en surfant sur Internet, cette activité devra être notée. Dans cette colonne, la régularité ne doit pas être de mise, au contraire. Vous devez vous organiser de manière à changer en permanence vos activités. C’est ce comportement qui « casse » les habitudes. « Casser » vos habitudes vous arme contre les imprévus, car vous vous y serez exercé, et serez plus à même de maîtriser la situation.
Le but est d’arriver à une première colonne régulière, et à une seconde colonne la plus remplie possible, mais avec des activités effectuées irrégulièrement. Alors vous aurez gagné, et vous vous rendrez compte que tout ira mieux. Vous aurez fourni des efforts sans même vous en rendre compte. Votre moral remontera, sans compter que votre entourage vous verra d’un œil plus favorable.
Mais il faut agir sans précipitation, ne pas chercher à remplir la deuxième colonne dans un laps de temps trop court. Et surtout ne pas entreprendre de projets hors de votre portée. Remettez ces derniers à plus tard, lorsque vous serez plus fort. Mais il y a tellement de choses simples à accomplir. Il faut avancer progressivement pour que votre volonté s’affermisse. Vous verrez que vous vous sentirez plus sûr de vous au fur et à mesure de votre progression. Vous aurez définitivement gagné lorsque vous oublierez ce classement en deux colonnes et ferez les choses
naturellement.
Le corps (Yang) demande une organisation structurée (Yang). L’esprit (Yin) une liberté totale (Yin). C’est la règle de l’équilibre entre le corps et l’esprit.
La conduite à adopter ne doit être imposée par personne d’autre que vous-même. Elle doit être le fruit de votre seule volonté. Il faut particulièrement se méfier des règles imposées par des mouvements à tendance sectaire.
Nous devons toujours nous mettre en situation de ne rien devoir à personne. Pas par manque de confiance, mais pour aiguiser notre sens de la liberté.
Pour cela, nous devons éviter de laisser place à toute critique. C’est pourquoi il est indispensable d’être intégré dans la société. Cultiver une bonne intelligence avec les autres nous permet de mieux être écoutés.
Autant les gens jugés « normaux » doivent être tolérants envers les marginaux, autant les marginaux doivent respecter les gens « normaux ». La normalité est importante pour une société harmonieuse.
Si nous nous conformons à ces principes, personne ne pourra jamais rien vous reprocher durablement.
Si nous nous exposons à des critiques alors que nous n’avons rien à nous reprocher, il s’agit alors d’une injustice. Notre attitude en ce cas est de rétablir un équilibre en combattant cette injustice. Mais nous devons écarter tout esprit de vengeance, de haine ou de rancune. Nous devons répondre aux critiques avec civilité. Se contenter de considérer que la personne qui nous critique commet une erreur de jugement
à notre égard.
Si nous sommes exposés à des critiques injustifiées, il ne faut jamais ni prendre les autres à témoin, ni les solliciter pour servir notre cause. Nous ne devons jamais nous justifier par les autres. Notre responsabilité exige que nous agissions seuls.
D’autre part, nous devons écarter toute colère, car cela signifierait que nous réagissons en individualiste puisque la colère nous domine (rapport maître - esclave). Les choses dites sous l’influence de la colère dépassent souvent notre pensée. Comme tout autre méfait, l’injustice doit être combattue sereinement.
Le bon moyen de répondre à une injustice est de se défendre en adoptant une position de subordonné. Nous devons rester calmes et exposer tous les arguments qui jouent en notre faveur, sans toutefois chercher à se mettre en avant. Pour éviter de se mettre en avant, il suffit de se défendre comme si nous avions à défendre une autre personne avec qui nous n’avons aucune attache. En agissant ainsi, de subordonné nous devenons petit à petit le maître. La plupart des gens violents sont désarmés devant une personne calme.
Mais il ne faut jamais chercher à prendre le dessus. Il faut savoir jusqu’où nous pouvons aller sans mettre notre contradicteur en position de faiblesse. Il ne faut jamais s’attaquer à ‘amour propre des gens.
Ainsi, l’équilibre sera rétabli et l’injustice réparée sans qu’il y ait ni animosité ni rancune.
Parfois la colère peut être nécessaire, mais ce doit être une colère
maîtrisée et non une colère subie. Une colère maîtrisée est très efficace, car les arguments donnés ne sortent pas du domaine du litige.
Il s’il s’agit là d’injustice que chacun peut subir dans la vie de tous les jours. Les grandes injustices, liées au despotisme par exemple, doivent être combattues avec plus d’ardeur, même par la violence, si nécessaire. Mais toujours à la même condition de ne haïr personne. Combattre l’injustice pour ce qu’elle est, et non par esprit de vengeance ou de haine. Car les choses accomplies sont, et n’arrivent pas parce que.
Qui connaît autrui est sensé.
Qui connaît soi-même est sage.
Qui triomphe d’autrui est fort.
Qui triomphe de soi est puissant.
Qui vient à bout de soi a de la volonté.
Qui sait se satisfaire est riche.
Qui ne perd pas sa place est stable.
Qui même dans la mort ne périt pas, celui-là vit.
Tao Te King, Lao Tseu, verset 33
Reconnaissons-nous dans les autres car nous sommes un seul corps et un seul esprit. C’est ce qu’enseigne l’église catholique.
Il n’y a pas de gens meilleurs ou moins bons que nous. Il n’y a pas de gens plus beaux ou plus laids que nous. Nous sommes tous représentés en chacun des autres. Juger les autres c’est se juger soi même, mépriser les autres c’est se mépriser soi même, aimer les autres c’est s’aimer soi même. Il n’y a pas lieu d’aimer ou de haïr. L’amour véritable n’est pas dans l’admiration que l’on porte à l’être cher, mais simplement l’acceptation de ses défauts
et de ses qualités, la simple conscience de se sentir bien avec lui. Dans ce domaine comme dans tout autre, il ne faut jamais juger l’autre, chercher à le rendre comme l’on voudrait qu’il soit, car notre comportement est dans ce cas une accumulation de principes. Les principes sont contraires à la loi de l’unité. Ils ont un caractère individuel. Il faut accepter l’autre comme il est. Chacun peut modifier sa personnalité, mais vouloir imposer à quelqu’un son propre point de vue relève du despotisme. Et le despotisme est une caractéristique d’un comportement individualiste.
Tel qu’il est enseigné dans toutes les religions monothéistes, Dieu a un comportement individualiste. Il juge. Il est même le juge suprême, ce qui est une circonstance aggravante. Dieu est de ce point de vue un despote. Celui qui parle au nom de Dieu ne parle qu’en son propre nom ou celui de l’institution religieuse qu’il représente. Celui qui agit au nom de Dieu n’agit que par sa propre volonté ou celle de l’institution qu’il représente. Imposer des rites au nom de Dieu n’est qu’un moyen de soumettre les individus et correspond à donc un comportement despotique (les rites ne sont pas forcément mauvais en soi, ils tissent un lien entre les individus vivant en société, mais ils doivent être acceptés par tous et non imposés). Défendre une institution ou tenter d’imposer sa vision de Dieu est agir en individualiste, même si l’on s’en défend. Dieu est une des nombreuses appellations de l’universalisme
unificateur. Ce sont certains hommes qui, par l’intermédiaire des religions, ont corrompu le véritable sens de la notion de Dieu dans le but d’asservir les peuples.
Celui qui croit en Dieu tout en rejetant les institutions est plus un philosophe qu’un croyant, car il ne cherche pas à faire du prosélytisme. Il a sa propre perception de Dieu.
Il n’y a pas de Vérité suprême traduisible dans notre monde réel. Il n’existe qu’un conglomérat de plusieurs vérités, quelquefois contradictoires, et souvent changeantes au gré des circonstances. La Vérité s’adapte. Toutes les vérités (Yang) font partie d’un tout. En ce sens, la vérité est égale au mensonge, ce dernier étant son pendant négatif (Yin). Un scientifique qui, par intérêt personnel ou pour défendre une institution établie, impose une vérité scientifique dont la preuve a été faite qu’elle s’est avérée fausse, transforme une vérité auparavant admise par tous en un mensonge. Le mensonge doit se transformer en erreur reconnue.
Yin et Yang sont deux forces antagonistes, mais complémentaires. De ces deux forces, nous avons cherché à établir des repères de valeur. Nous avons pour cela qualifié Yin et Yang par des termes antagonistes comme bien/mal, beau/laid, vrai/faux, grand/petit, gros/maigre, humide/sec, chaud/froid, droite/gauche, etc. Ces mots repères antagonistes doivent être vus comme deux états différents de la même chose qu’ils sont censés qualifier. Tout n’est question que de dosage. Beau et laid ne sont pas
deux termes opposés, mais expriment la même perception de deux manières différentes et antagonistes. C’est une nuance fondamentale. Opposer deux termes antagonistes signifierait qu’il existe un troisième terme qui en serait le juste milieu, et ce troisième terme, nous ne l’avons jamais exprimé. Ce qui est beau ou laid, l’est par rapport à quoi ? Ce qui est vrai ou faux l’est par rapport à quoi ? Ce qui est bien et ce qui est mal l’est par rapport à quoi ? Ce «quoi » du « par rapport à quoi » ne peut être défini exactement, car personne n’a la même perception du beau et du laid, du bien et du mal, du vrai et du faux.
La dualité est toujours définie par rapport à un jugement personnel. Il n’existe aucun étalon fixe et immuable qui permette de déterminer le qualificatif dualiste de quelque chose. Tout est relatif. C’est la base de la philosophie d’extrême orient. Tout est en perpétuel changement à l’intérieur de l’universalisme unificateur. Le beau peut devenir laid, le vrai peut s’avérer faux, le bien peut se transformer en mal, etc. Et vice versa. Cela signifie bien que nous parlons de la même chose en opposant ces termes.
Le raisonnement en universaliste peut être comparé à un mouvement en spirale qui va de l’extérieur vers le Centre (de l’origine vers le pôle) et inversement, sans rencontrer jamais de limites. « Tout est construit en spirale », nous dit Georges Ohsawa. La spirale logarithmique est une image qui traduit le mieux le sens de l’universalisme unificateur.
Il s’agit d’une figure qui tend vers l’infini au pôle et à l’origine.
Le raisonnement en individualiste, au contraire, impose des barrières. Le début et la fin, le caractère irrémédiablement dualiste des choses. C’est un raisonnement qui nous enferme dans un carcan et nous entraîne vers un sentiment de fatalité et d’impuissance.
Il n’existe pas de règles immuables qui permettent de dire que certaines choses sont vraies, et d’autres fausses. Depuis le début des civilisations, et même antérieurement jusqu’au plus lointain de l’humanité, les règles sociales ne cessent de changer, en fonction de notre évolution et des conjonctures. Il n’y pas et il n’y aura jamais de règles sociales qui puissent nous permettre de prétendre que la vérité est là, l’erreur est là.
Il en est exactement de même dans le domaine scientifique, car là aussi les règles changent en permanence. Un scientifique qui prétend qu’une chose est vraie parce qu’elle a été prouvée scientifiquement, a exactement le même comportement que l’homme d’église qui dit qu’elle est vraie parce que la bible l’a dit.
Le sage n’est pas savant, le savant n’est pas sage.
Tao Te King, Lao Tseu, verset 81.
Les scientifiques en ont pris conscience, car ils ont introduit au XXème siècle la notion de relativité et le principe d’incertitude. Cette perception des choses montre qu’ils vont dans le bon sens.
Que ferions-nous d’un monde ou tout serait figé éternellement ? Qu’arriverait-il s’il existait des règles
immuables ? Ce serait l’apparition de l’obscurantisme, l’arrêt de toute initiative, de toute évolution. Et ce qui n’évolue pas stagne et régresse. Voilà pourquoi il ne faut jamais penser qu’il existe des vérités définitives.
Ne jamais connaître d’erreurs, c’est considérer que nous sommes susceptibles de nous tromper en permanence. Avant d’entreprendre quelque chose, il faut se dire que nous sommes dans l’erreur en permanence. Adopter ce comportement est le plus sûr moyen de faire preuve de discernement. Même si l’on aboutit au résultat escompté, nous devons aussi considérer que nous sommes dans l’erreur. Il faut toujours se dire : « Je suis arrivé à une solution convenable, mais pas définitive ». C’est le plus sûr moyen de ne jamais être déçu et de demeurer serein, exempt d’arrogance (position individualiste de maître).
Un résultat n’est jamais définitif. Il peut être correct à un moment donné et dans des circonstances données, mais plus tard, ou dans d’autres circonstances, il peut s’avérer faux.
Toutes les lois, économiques, scientifiques, sociales, religieuses… sont revues, modifiées ou abandonnées en permanence. Les seules lois qui vaillent sont l’incertitude et la relativité.
Il s’agit là d’une règle de la philosophie d’extrême orient. Toute chose contient des éléments Yin et Yang en proportion variable dans l’espace et dans le temps. Yin ou Yang peut dominer à un moment donné, mais rien ne sera jamais stable en proportion Yin et Yang.
Cette règle
s’applique non seulement aux choses, mais au comportement, à la vie sociale ou tout autre situation non matérielle. Chacun peut s’en rendre compte tous les jours s’il y prête attention.
Il est indispensable pour que l’homme fonctionne, agisse et crée, d’imaginer un terme et son contraire (chaud/froid, vérité/mensonge…) afin qu’il se situe. Mais tous ces termes antagonistes doivent être traduits par Yin ou Yang (le chaud est Yang, le froid est Yin, la vérité est Yang, le mensonge est Yin…) Cette simplification est beaucoup plus efficace pour discerner ce qui va ou ne va pas dans nos entreprises ou dans notre comportement lorsque l’on connaît les règles de cette philosophie.
Il faut donc, à chaque situation à laquelle nous sommes confrontés, apprendre à reconnaître sa nature Yin ou Yang, en n’oubliant pas que Yin et Yang sont deux expressions antagonistes du même phénomène.
A un problème, Yin, il faut une réponse Yang, et inversement. D’autre part, la réponse doit être équilibrée (éviter l’excès). La juste mesure est gage de réussite.
Ce principe est efficace en matière de relation, mais aussi dans tout autre domaine. Un expérimentateur qui veut combiner deux éléments de nature Yang ou de nature Yin n’y parviendra pas, sauf s’il fait intervenir un troisième élément qui « Yinise » ou Yanguinise » l’un des deux produits. D’où l’importance de connaître la nature Yin ou Yang des éléments servant à l’expérimentation (voir la classification spectroscopique des éléments
dans « le Principe Unique », de Georges OHSAWA.

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Une démocratie fonctionne mieux si la majorité et l’opposition se neutralisent.
Du point de vue de l’organisation politique, la majorité est de nature Yang, car elle légifère et dirige – elle agit. L’opposition de nature Yin car elle émet des propositions sans pouvoir les mettre en pratique et critique la majorité – elle a la volonté de défaire les actions de la majorité sans y parvenir.
Si la majorité est écrasante, les hommes politiques qui en sont issus ont tendance à se croire tout permis. Cette arrogance (Yang) entraîne inévitablement la chute, car Yang en excès aboutit à Yin en excès.
Si l’opposition est forte, cette arrogance des hommes au pouvoir disparaît et les mesures prises sont modérées, pour éviter une confrontation qui risquerait de leur faire perdre le pouvoir aux prochaines élections.
Pour bien gouverner, et longtemps, la majorité a besoin d’une opposition forte.
Une démocratie fonctionne bien lorsque l’opposition et la majorité sont modérées.
Du point de vue de la nature des mouvements politiques, le raisonnement est différent.
Dans une démocratie, il existe deux mouvances principales : la Droite et la Gauche. La nature de la droite est foncièrement Yang, alors que celle de la Gauche est Yin. En effet, la droite est issue des hommes de pouvoirs (patrons, financiers, etc.) et est le dépositaire de l’ordre établi. La gauche est issue du peuple
des travailleurs et lutte pour une meilleure justice sociale. Pour freiner les revendications des hommes de gauche, la droite utilise l’appareil de l’Etat par l’intermédiaire de la police et parfois des forces armées, qui sont des corps structurés (Yang). La gauche, quant à elle, essaie de parvenir à ses fins en utilisant la grève et les manifestations publiques qui sont des mouvements non structurés (Yin).
Dans une dictature, la force Yang est toute puissante. La gauche Yin est réprimée sévèrement. La droite connaît alors un excès de Yang. Mais Yang en excès mène inévitablement à Yin en excès. Ce mouvement Yin en excès prend la forme de révolutions (Yin) qui renversent les dictatures en place. Un excès de Yang est la raison principale de la chute des dictatures. Plus une dictature abuse de son pouvoir, plus elle est renversée rapidement. Si des dictatures ont duré longtemps, cela est uniquement dû au fait qu’elles ont adopté un comportement Yin, en instituant des lois sociales, par exemple.
Dans une démocratie, le principe est exactement le même, mais moins violent. La droite s’appuie toujours sur les pouvoirs régaliens de l’Etat, et la gauche sur le peuple. Cependant, la droite est ralentie dans ses ardeurs, et est obligée de composer pour conserver le pouvoir le plus longtemps possible. Si elle perd le pouvoir, c’est uniquement dû à sa rigidité et à son arrogance.
La gauche, lorsqu’elle prend le pouvoir, établit dans un premier temps des lois sociales conformes
à ses idées. Mais au fil des années, elle hésite de moins en moins à adopter des lois favorables aux puissances que représente la droite (le patronat), car ces dernières remontent en influence. Si elle s’obstinait à réformer la société sans tenir compte de cette montée en puissance, elle perdrait le pouvoir.
D’un autre côté, si la gauche oublie d’où elle vient (si elle adopte une attitude trop Yang), et adopte une politique de droite, elle perdra encore plus vite le pouvoir. C’est aussi vrai pour la droite a contrario si elle adopte une nature trop Yin.
Tout est question de nuance et d’équilibre. Cela s’explique par les règles de la philosophie d’extrême orient : Yang attire Yin et Yin attire Yang. C’est la raison pour laquelle, dans une démocratie saine et bien rodée, la droite et la gauche alternent au pouvoir sans qu’il y ait de crise majeure.
Pour que ce schéma fonctionne bien, il faut une droite et une gauche équilibrée. Lorsque ce n’est plus le cas, l’excès reprend le dessus. L’excès de gauche a tendance à nous mener vers une révolution, qui elle-même risque de se transformer en système totalitaire ; L’excès de droite mène à une dictature.
Lorsque la gauche, suite à un excès de Yang de la droite, réussit sa révolution, elle pourra avoir tendance, comme les dictatures de droite, à s’arroger tous les pouvoirs. En ce cas, l’équilibre sera brisé entre droite et gauche, la démocratie disparaîtra.
Les facteurs d’équilibre se feront dans ce cas à l’intérieur
du parti unique, et se traduiront de la manière suivante :
- Les dirigeants s’approprieront les pouvoirs régaliens (Yang).
- En contrepartie, ils institueront l’égalité sociale (Yin).
Si le pouvoir sait jouer de cet équilibre, il perdurera, même si la liberté d’expression n’existe plus.
Cependant, nécessairement, même après une dure répression, l’opposition ne sera pas totalement anéantie. Et cette opposition, de nature Yin (il faut là se placer du point de vue de l’organisation politique – cette opposition étant formée de gens de droite et de gauche), arrivera à renverser la dictature. Seulement, dans ce cas, elle le fera après une longue période durant laquelle elle devra s’organiser (se yanguiniser) face à la répression.
Après le renversement de la dictature de gauche, la forme politique devra être à nouveau appréciée en fonction de la nature des deux composantes du pouvoir (droite et gauche), puisqu’il n’y aura plus de parti unique, et non en fonction de l’organisation politique.
Aucune démocratie n’est à l’abri de ses tendances extrêmes. Il est donc essentiel que la droite modérée et la gauche modérée restent fortes.
Par ailleurs, la droite sera mieux placée pour imposer des règles à son propre camp, Il en est de même pour la gauche. Lorsque des lois doivent être promulguées, si le bon camp n’est pas au pouvoir, elles resteront lettres mortes. La gauche peut imposer l’austérité, la droite aura plus de mal pour le faire. Cela parce que la droite
(Yang), si elle veut se maintenir au pouvoir sera obligée d’adopter une nature Yin, et la gauche (Yin), une nature Yang. C’est une autre règle de l’équilibre des pouvoirs.
Dans le passé, le présent, et l’avenir de l’organisation humaine en société, ces règles seules ont été, sont, ou seront appliquées. Les anciens empires, fondés sur un ordre hiérarchique, étaient des dictatures de droite. Il est vain de croire en une société définitivement harmonieuse où il n’existerait plus aucun antagonisme. Une telle société serait le résultat de la fusion de Yin et Yang et donc un retour dans le monde immatériel de Wou Ki. Dans le monde matériel, cette fusion n’existera jamais, puisque la raison pour toutes choses d’exister est justement le dédoublement de Wou Ki en Tai Ki sous forme des deux forces antagonistes mais complémentaires Yin et Yang.
Il faut toujours chercher un équilibre entre ces deux forces. En matière d’organisation humaine en société, cet équilibre s’appelle la Démocratie.
Un très grand homme vient-il à gouverner,
C’est à peine si le peuple sait qu’il existe.
Un plus petit est aimé et loué.
Un plus petit encore est redouté.
Un plus petit encore est méprisé.
Tao Te King, Lao Tseu, verset 17.
Ce très grand homme n’est-il pas le peuple lui-même ?

Lorsque le grand Sens est perdu,
Apparaissent la moralité et le devoir ;
Si les Etats tombent dans le désordre,
Apparaissent les fonctionnaires loyaux.
Tao Te King, Lao Tseu, verset
18.

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Dans toutes situations, dans tous phénomènes, dans tous comportements, dans toutes choses, la connaissance de la nature Yin ou Yang des éléments qui les composent nous mène toujours vers une réponse adaptée lorsqu’il y a déséquilibre.
Un homme est libre car il n’a de raison d’être que par sa conscience. Et personne ne peut violer la conscience d’un homme dans quelque situation où il se trouve (cela est justement dû à la dimension universelle de la conscience).
L’homme a la possibilité de résister à toute pression morale ou physique du point de vue de sa conscience. Tout le monde a cette capacité. Mais bien sûr, il n’en a pas toujours la force.
Dans l’organisation sociale où le marché domine, la résistance d’un homme est tous les jours mise à l’épreuve, et ce dans le but de lui donner le désir d’acheter. Beaucoup succombent. Si tant de gens cèdent à l’attrait de la possession matérielle, c’est qu’ils privilégient leur bien être immédiat et oublient leur sens critique ; C’est qu’ils n’obéissent qu’à leur instinct animal et donc régressent. La conscience est l’ennemi du pouvoir marchand érigé en système social, et c’est d’ailleurs pourquoi leurs représentants flattent les bas instincts des hommes, car ils connaissent la faiblesse humaine et s’en servent. Les confucianistes se méfiaient des marchands. L’intégration de la classe sociale des marchands dans la société chinoise a été très tardive. A Jérusalem, Jésus Christ a
chassé les marchands du temple. Les échanges commerciaux sont bien sûr nécessaires dans une société, ce qui est dangereux, c’est la domination marchande dans l’organisation sociale.
L’organisation sociale (Yang) doit avoir comme objectif le bien être des peuples (attitude Yin). Le système économique doit donc servir les peuples (attitude Yin), et non l’aliéner (attitude Yang), sinon, il y a déséquilibre et danger.
Prendre conscience des choses (Yin) est un acte de résistance contre l’instinct animal (Yang). Dans notre comportement, Yin s’inscrit dans la durée, Yang dans l’éphémère. Notre instinct (Yang) doit toujours être contrôlé par notre conscience (Yin). Si vous perdez le sens critique, de la juste mesure, vous ne serez plus qu’une moitié d’Homme. Vous serez livré à toutes les vicissitudes, et donc réduit à l’esclavage.
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Le Sens engendre l’Un,
L’Un engendre le Deux,
Le Deux engendre le Trois,
Le trois engendre toutes choses
Et le flux de force leur donne l’harmonie.
Tao Te King, Lao Tseu, verset 42.
Selon la Bible, Dieu créée d’abord les cieux et la terre. Puis, il sépare la lumière des ténèbres, le ciel de la terre. Au 6ème jour il crée l’homme (Adam) et la femme (Eve). Cela signifie que l’universalisme unificateur (Dieu, le Sens, l’image de la spirale logarithmique) engendre le 1 (les cieux et la terre encore unifiés (Wou Ki, la matrice de l’existant, la vacuité première, l’image du cercle vide (à ce
stade, l’existant n’est encore qu’une potentialité). Puis le 1 engendre le 2 (Tai Ki différencié par Yin et Yang, le ciel et la terre, la lumière et les ténèbres, l’homme et la femme, le départ de la création. Le 2 engendre le Trois, le Trois engendre toutes choses (se manifeste comme tous les êtres possibles) grâce au flux de force qui leur donne l’harmonie. Le Trois est le prolongement de la spirale logarithmique dans le monde réel, il n’est pas question de hiérarchie.
Le Sens et Wou Ki sont au-delà de notre perception, c’est pourquoi Georges Ohsawa considère l’origine de toute chose à partir de Tai Ki (voir son interprétation du verset 42 du Tao Te King dans « Le Principe Unique » au chapitre consacré à l’origine de la philosophie et de la science chinoise. C’est une position plus sage. Mais pour les peuples qui vivent avec la notion de Dieu, l’interprétation originelle à partir du Sens est plus naturelle.
La religion chrétienne affirme aussi que Dieu est en trois personne : Le père, le Fils, et le saint Esprit. Le Père est l’universalisme unificateur, le Fils est le principe Yang (incarnation de Dieu sur terre), et l’Esprit Saint le principe Yin (la conscience universelle).
Nous retrouvons donc dans la religion chrétienne une approche symbolique de la philosophie d’extrême orient.
Si nous voulons comprendre la signification de la religion chrétienne, c’est seulement à la lumière de la philosophie d’extrême orient. Les religions sont nées de la philosophie.
Ce sont les hommes qui en ont perdu le sens véritable, pour inventer toute une dialectique religieuse en rapport avec les mœurs et les superstitions de l’époque.
Les religions ont tendance à vouloir imposer (attitude Yang), alors que la philosophie a tendance à élargir notre champ de liberté (attitude Yin). Le système de pensée d’extrême orient est aussi une croyance, sous son aspect intuitif. Il s’agit d’une croyance alliée à la philosophie, donc un système de pensée complet qui est la clé de l’œcuménisme religieux allié à la philosophie.
Les religions se servent de la peur de mourir. Elle donnent un espoir aux gens qu’il existe une vie après la mort. Tout le monde est prêt à accepter n’importe quelle croyance qui leur donnerait espoir d’éternité.
Les religions se servent de cette faiblesse pour s’imposer. Elles imposent des rites et une conduite de vie conformes à leur vision des choses. Toutes les religions ont leurs propres rites, ce qui les met en compétition. Ce seul aspect devrait nous ouvrir les yeux pour comprendre qu’en fait elles se trompent toutes. Si toutes les religions connaissaient LA vérité, elles devraient nous indiquer la même voie pour parvenir à la vie éternelle auprès de Dieu. Si LA vérité était vraiment connue, la religion deviendrait inutile, car la croyance se transformerait en certitude, et la croyance est la raison d’être des religions. Plus de croyants, plus de religions.
Cependant, toutes prônent l’ascétisme et le jeûne pour
communier avec Dieu. On retrouve là un aspect des religions qui se rapproche de la philosophie d’extrême orient. Pour bien comprendre le Sens, nous devons rester humbles et se détacher des biens matériels ainsi que de la connaissance. L’ascétisme permet la réflexion car nous nous détournons de toutes contraintes. Le jeûne signifie en réalité se nourrir dans le but d’optimiser nos capacités physiques et intellectuelles. Un esprit libre de toutes contraintes et un corps sain permettent la méditation. La méditation permet la fusion du Yin et du Yang (de l’esprit et du corps) qui nous mènera à la vacuité première (Wou Ki), l’essence et la matrice de toutes choses, puis à l’universalisme unificateur.
La philosophie d’extrême orient, au contraire des religions monothéistes, avoue son ignorance de la nature de l’universalisme unificateur. Il s’agit d’une philosophie assise sur l’observation, qui nous permet d’étendre à tout autre phénomène nos découvertes intuitives.
La philosophie d’extrême orient ne considère pas plus que les religions la mort comme une fin. Dans l’esprit de cette philosophie, la fin n’existe pas.
La mort et la vie sont deux aspects antagonistes du même phénomène. La mort est Yin, la vie est Yang. La mort n’est que le passage de l’élément Yang vers l’élément Yin.
Jusqu’à 40 ou 50 ans, l’homme développe sa nature Yang. Il se bat pour creuser son trou et trouver sa place. Après cet âge, il commence à prendre du recul. Il devient plus serein et aspire à
la sagesse et au repos au fur et à mesure de son vieillissement. Il devient plus Yin. Sans le savoir, il se prépare à la mort. La mort est le grand Yin.
Mais il ne devrait pas en être effrayé, car Yin devient Yang à son extrémité. Cela signifie simplement que la mort est le début de la vie, comme la vie est le début de la mort.
Ce qui rend tristes les hommes face à la mort, c’est qu’ils réagissent en tant qu’individus isolés. C’est leur égocentrisme qui leur fait craindre la mort.
L’homme, en tant qu’entité physique, n’est qu’une infime partie de l’universalisme unificateur. Mais il est aussi esprit, et, en tant qu’esprit, il fait partie de ce tout ; Il possède le tout en lui. En ce sens, chaque individu est éternel pour peu qu’il rejette l’idée fausse de retrouver son intégrité physique après sa mort.
Après la mort de quelqu’un, la vie n’a pas cessé pour autant. Il meurt des milliers d’hommes chaque jour sans que nous en soyons traumatisés. Nous avons peur de la mort lorsque nous sommes concernés directement. Cette réaction est uniquement due au fait que nous réagissons comme une entité indépendante et isolée. C’est de cet isolement qu’il faut sortir si l’on veut accepter la mort avec sérénité.
A notre mort, nous ne faisons que quitter un corps devenu inutile et encombrant. Mais l’esprit demeure, le sentiment demeure, car ils sont universels. Un autre corps, lorsqu’il naîtra, captera cet universalisme unificateur. L’esprit Yin s’emparera d’un corps Yang.
Quelle importance que ce ne soit pas le corps que l’on a laissé ? Ne vaut-il pas mieux un corps nouveau, robuste, plutôt qu’un vieux corps fatigué ?
Mais la mort n’atteint pas que les gens âgés.
Si la cause est une maladie, c’est explicable, car le corps n’est qu’une usine chimique et toute substance ou parasite peut le détruire. La maladie, comme la mort est de nature Yin, car elle provoque un dérèglement ; Mais son origine peut être Yang ou Yin. Pour guérir, il faut bien connaître l’origine Yin ou Yang de la maladie, car si l’on tente de guérir une maladie d’origine Yin avec une médication Yin, on aggrave la situation. A une maladie d’origine Yin, un produit Yang, et inversement. Toujours sans excès. Le but est de retrouver un équilibre.
Si la cause est un accident, cela peut être dû à un comportement trop Yang. Mais cela peut être dû aussi à la fatalité. En ce cas, l’accidenté subit un excès de Yin sur une courte durée qui se traduit par la peur, l’angoisse, l’horreur de savoir qu’il va mourir (tous ces sentiments sont de nature Yin).
Celui qui respecte les lois de la philosophie d’extrême orient est plus à l’abri de la mort par accident ou maladie, car il adopte un comportement juste qui lui permet de les éviter.
Mais quoiqu’il en soit, Yin aboutit à Yang. La mort n’est jamais une fin, au contraire, il faut la considérer comme le début d’une nouvelle vie. Un homme qui a compris le sens de la philosophie d’extrême orient n’a pas peur de mourir.
La mort
redonne du carburant à la vie, et les deux sont absolument indissociables. S’il n’y avait pas de mort, il n’y aurait pas de vie. Rechercher l’éternité est une absurdité. Rechercher à vivre éternellement revient à vouloir être mort éternellement. L’échéance de la mort pourra être prolongée, avec les progrès de la science, mais l’issue fatale sera inévitable. Si la mort était éradiquée, il n’y aurait plus d’existence matérielle.
« Une étoile naît de l’activation des forces électromagnétiques au sein de vastes nuages galactiques » (Hubert REEVES, Patience dans l’azur). L’étoile brûle son carburant pendant plusieurs millions d’années, et à la fin meurt. Mais l’étoile meurt pour redonner la vie. Elle transforme au cours de sa vie les atomes primaires en atomes plus complexes. Ce sont ces éléments atomiques qu’elle libère au moment de sa mort qui sont à l’origine des briques de la vie.
La seule certitude que nous devons avoir, c’est que la mort aboutit à la vie. Le comment est inutile, et chercher à le connaître est vain.
L’erreur des religions monothéistes est d’avoir voulu individualiser la vie après la mort.
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La spirale logarithmique, que l’on retrouve dans certaines galaxies ou certains mollusques, est la figure qui représente le mieux le principe de la philosophie d’extrême orient.

Elle tourne indéfiniment autour d’un pôle sans jamais l’atteindre. Il s’agit d’une courbe infinie à son origine et à son
pôle.
L’interaction entre la force créatrice et la force réceptive correspond à la fusion du matériel et de l’immatériel. Cette double interaction, l’image de la spirale dans son ensemble, se traduit dans le monde réel par Tai Ki, symbolisé par cette image :

Le mouvement origine/pôle (extérieur vers intérieur) est un mouvement dynamique (YANG). Il y a idée de création. La spirale converge vers un pôle, mouvement centripète. Comme Yin produit Yang, l’origine est de nature Yin.
Le mouvement pôle/origine (intérieur vers extérieur) est un mouvement réceptif (Yin). Il y a idée d’évanescence. La spirale s’éloigne à chaque révolution autour du pôle, mouvement centrifuge. Le pôle est de nature Yang, puisqu’il produit Yin.
Dans la description de la matière, les fermions correspondent au pôle (Yang) de la spirale et les bosons à l’origine (Yin).
Les bosons (Yin) déterminent la nature des fermions (Yang). En d’autres mots, c’est l’énergie des bosons qui donne la masse à la matière. Et c’est le champ de Higgs qui permet aux bosons d’acquérir une masse.
Le champ de Higgs est « la masse virtuelle » de l’ensemble des deux forces avant qu’elles n’interagissent, c'est-à-dire avant toute réaction. Il faut l’imaginer comme la matrice où vont naître les forces qui permettront à la matière d’exister (la vacuité première, Wou Ki, l’image du cercle vide) :

C’est la masse virtuelle avant toute existence, mais réelle lorsque les forces entrent en jeu.
Lorsque les forces entrent en jeu, les bosons transforment, du fait de leur énergie, cette potentialité de masse que représente le champ de Higgs, en masse réelle.
La nature corpusculaire de la matière correspond à la force centripète (Yang). Une concentration de l’énergie première crée les particules (Yin produit Yang).
La nature ondulatoire de la matière correspond à la force centrifuge (Yin). Le pôle (de nature Yang) est en liaison avec l’origine par la transformation de l énergie des particules en ondes (Yang produit Yin). Ces ondes retournent à l’origine pour se transformer en énergie primordiale.
Il s’agit là des deux états de la matière (particule et onde).
Galaxie M51 en spirale logarithmique :

A tous les échelons de la spirale naît la matière. L’infiniment grand rejoint l’infiniment petit.
La mécanique quantique est une vision de la physique conforme à l’esprit de la philosophie d’extrême orient.
Cependant, la spirale logarithmique est infinie à son pôle et à son origine. Ce qui signifie que jamais nous ne parviendrons à expliquer la nature profonde de l’existant. Jamais nous ne parviendrons à approcher la main invisible qui est à l’origine des mouvements qui ont permis la création. Nous sommes des être finis, et en tant qu’êtres finis, l’infini nous est inaccessible. Mais toute recherche à notre échelle est possible, et il y a beaucoup à faire.

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L’économie fonctionne sur deux principes
fondamentaux : La production et la monnaie.
La production est de nature Yang.
La monnaie est de nature Yin.
La production équivaut à la force centripète de la spirale logarithmique. Elle correspond à l’extraction des matières premières, leurs transformations successives en produits finis, et le temps de travail nécessaire à chaque étape (les services sont aussi une forme de production. Il ne s’agit pas là de travailler pour créer un bien matériel, mais pour faciliter la vie des gens – l’immatériel concret que représentent les services est de nature Yang, car il s’agit d’une action à mener). Le lien entre la production de biens matériels et la production de services est le temps de travail.
La monnaie correspond à la force centrifuge de cette même spirale. De tous les éléments pris en compte pour l’élaboration d’un produit, ou permettant d’exercer un service, seul le temps est immuable et donc contrôlable. La monnaie, pour adhérer au plus près de la production, devrait donc être calculée en temps de travail (monnaie-temps).
La production et la monnaie sont la parité de l’universalisme unificateur en matière d’économie Cette universalisme unificateur correspond à la consommation. Si nous produisons et créons de la monnaie, c’est dans le but de permettre aux hommes de consommer. On ne crée pas de la monnaie pour acheter ou vendre, mais pour permettre de produire les biens dont nous avons besoin. Les verbes acheter et vendre devraient disparaître du vocabulaire
au profit du mot échange, cela changerait l’état d’esprit des acteurs économiques. La monnaie ne doit jamais être déconnectée de la production. Les institutions financières renommées pour l’occasion « industries » financières par certains économistes, nous leurrent en proposant des « produits » financiers qu’ils veulent faire passer pour des biens matériels ou des services à la personne.
La monnaie est liée uniquement à la production, la consommation est le moteur qui met en relation ces deux éléments fondamentaux de l’économie. En matière économique, la consommation correspond donc à Tai Ki.
La consommation est le moteur essentiel de l’économie.
La consommation nécessite la production (Yang) et l’échange par l’intermédiaire de la monnaie (Yin).
Le besoin de consommation tend vers l’infini. Nous avons besoin de produire pour satisfaire nos besoins toujours croissants. Et pour produire, dans un système d’échange, nous avons toujours besoin de la monnaie (la monnaie facilite les échanges par rapport au troc, par exemple).
Pour qu’une économie fonctionne bien le but est de rechercher l’équilibre entre la production et la monnaie. La monnaie doit correspondre le plus parfaitement possible aux besoins de la production, et c’est la consommation qui détermine l’un et l’autre.
Les échanges financiers sans lien avec une activité productive correspondent à une création artificielle de monnaie (bulle financière, Yin en excès).
L’excédent de production (excès de
Yang) ne peut être distribué (production de biens qui n’intéressent personne, obsolescence). Cet excédent existe lorsqu’il n’a pas été pris en compte les besoins réels des consommateurs.
L’excédent de monnaie entraîne l’inflation. L’inflation provient de l’argent produit artificiellement, c'est-à-dire sans correspondance avec la production de biens nécessaires à la consommation.
La première règle pour qu’une économie fonctionne bien, est de connaître le mieux possible les besoins en consommation.
La connaissance la plus parfaite possible des besoins permet une maîtrise la plus parfaite possible de la production, et une connaissance la plus parfaite possible de la masse monétaire nécessaire.
Mais comme dans tout autre domaine, il est impossible d’arriver à une maîtrise parfaite. Les besoins des consommateurs sont fluctuants, le progrès scientifique fait naître d’autres besoins, etc. Il y aura excès de Yin (monnaie) ou de Yang (production). Ce qu’il faut rechercher, c’est rendre ces excès maîtrisables. La monnaie-temps (monnaie liée au temps de travail à chaque étape de la production) facilite cet ajustement.
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En matière de consommation, comme il s’agit du moteur de l’économie, les règles du principe unique de la philosophie d’extrême orient doivent être respectées pour éviter une fuite en avant dans la démesure. Les acteurs économiques doivent être éduqués dans ce sens.
L’homme est lié à un milieu. Et ce milieu doit
être respecté. Si l’homme détruit son environnement par réflexe de domination (attitude despotique), il commet un excès de Yang. Et un excès de Yang mène à un excès de Yin, qui correspond là à sa propre destruction.
L’homme est né de la Terre, s’il détruit la Terre, il détruit le milieu qui lui a permis d’exister. La conséquence est qu’il se détruit lui-même.
L’existant peut très bien se passer de l’Humanité. Nous ne sommes qu’un rouage dans l’immense aventure de la vie.




L’Homme est-il si compliqué ?
Rien n’est plus simple que la nature de l’Homme.
L’Univers est-il si compliqué ?
Rien n’est plus simple que la nature de l’Univers.

Deux forces opposées, inutile de chercher plus loin
Forment l’unicité de leur caractère

L’Homme et l’Univers sont-ils si différents ?
Ils ne sont que prolongement et origine,
Origine et prolongement.

Ni l’Homme ni l’Univers ne connaissent au-delà de leur propre existence.
Bouleverser les astres, se creuser l’esprit,
Ne sont que vaines tentatives qui les écartent de la Vérité.

La Vérité elle-même n’a pas de sens,
Le perpétuel mouvement la rend évanescente.
Qui cherche la Vérité se heurte à d’autres certitudes,
Et son cœur jamais ne trouvera la paix.

Le regard que tu portes sur l’autre
N’est que le reflet de ta propre existence.
En cela, l’individu est égal à la multitude.

Apprends respecte et vis.
Profite de la vie selon ton
entendement,
Et rien ne pourra arriver qui te nuise.
Mais n’oublie pas !
Les autres et toi ne font qu’UN.

Un homme Juste n’a pas d’ennemis,
Il plaindra celui qui veut lui nuire
Sans en être affligé.
Mais ne te réjouis pas d’être un Juste !
Car tu nourriras le germe du mal.

La seule liberté qui te soit donnée sans limites
Est la capacité de jugement qui dirige ta conduite.

Mais comment devenir un Juste ?
Il n’est pas question là de supériorité,
La supériorité existe aussi dans l’injustice.

Détache-toi de tout ce qui t’entoure.
Détache-toi de toute influence
Sans chercher à être différent.
Détache-toi aussi de ta propre existence.
Alors seulement tu vivras en harmonie avec les hommes.

Un jugement personnel est forcément mauvais.
Si tu comprends cela,
Tu sauras apprécier les actions que tu dois mener.
Mais ne t’en enorgueillis pas, tu n’atteindras jamais le parfait,
Tu ne feras que l’approcher.

Deux forces opposées mais complémentaires
Agissent sur toutes choses.
Distingue les selon leur nature Yin ou Yang.
Trop de Yin est mauvais, trop de Yang est mauvais.
Un juste équilibre dans l’état ou dans l’alternance
Doit être recherché.

Cette philosophie qui vient du fond des âges
Doit être ton compas pour penser ou agir en juste.
C’est une philosophie transcendante,
Au-delà de toute individualité,
Au-delà de toute entité,
Au-delà de toute vérité.
Le
fondement de cette philosophie
Est l’incertitude.
L’impossibilité de figer nos pensées.

Celui qui assène une vérité
Est toujours un imposteur.
Ses desseins ne peuvent qu’être mauvais.

Qui parle au nom du peuple
Agit contre le peuple.
Qui s’exprime au nom de l’opinion publique
Affaiblit la liberté du peuple.

Heureux celui qui doute,
Son esprit ne peut que s’éveiller.
Malheureux celui qui croit être arrivé,
Il est le plus démuni des hommes.
Car rien, jamais, ne sera figé.
Cela est la seule vérité.

L’origine ? Le prolongement ?
Le prolongement ? L’origine ?
Tout n’est qu’Un,
Et change de nature en permanence
Sans que jamais il n’y ait une
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