Objets trouvés

Ecrit par
Loupiote

« Depuis que je travaille ici, je suis encore plus parano. Je vérifie 10 fois par jour si j’ai mes clefs, mon portefeuille, ma carte orange, ma carte bleue, mon agenda, mon portable, s’exclama Jeanne, il faut que je trouve un moyen pour que ça me passe, c’est fatigant… Je ne vais quand même pas changer de boulot pour ça !!!! »

« Oh, ça te passera, c’est une question d’habitude, ne t’inquiète pas » lui répondit sa collègue.

« C’est fou toutes ces vies qui se retrouvent ici, sous forme d’échantillons, de petits morceaux, comme un puzzle. »

« Et tu n’as pas idée de la panique que peut provoquer la perte d’un morceau de puzzle, rigola sa collègue. J’ai vu des gens au bord du suicide, simplement parce qu’ils avaient perdu leur attaché-case ! »

« Eh, mais je les comprends, tu imagines, s’il y a des documents importants, la galère pour faire refaire ses papiers, les photos qu’on ne reverra jamais, le trèfle à 4 feuilles dans le portefeuille… »

« Stop, au secours, s’exclama l’autre, je vais mourir de rire ! Je t’assure qu’on arrive à gérer l’accueil de ces désespérés, et qu’on n’exige pas de formation de psychologue. »

« Mais n’empêche, … moi, je flippe et j’aimerais savoir ce qu’il y a derrière tous ces objets, comment ils ont été perdus, par qui, ce qui fait qu’on n’a plus pensé à eux au moment de quitter le bus ou le café où on les a oubliés… »

« Ok, tu devrais justement aller prendre un petit café, ça te remettrait les idées en
place, tu bouillonnes, on dirait… »

Jeanne se décida à se taire et suivi le conseil que venait de lui donner sa camarade. Elle se rendit au distributeur et le pria gentiment de lui servir un expresso sucré. Elle continuait à réfléchir à ce que représentait la perte d’objets familiers, indispensables, utiles ou simplement affectivement précieux. Il lui était arrivé de perdre ses clés, un porte-monnaie, des lunettes et c’est quelque chose qu’elle vivait très mal. Depuis qu’elle avait été embauchée au service des objets trouvés, elle était devenue encore plus sensible au phénomène. Elle trouvait bizarre tous ces objets qu’ils étaient stockés là, en attendant que l'on vienne les réclamer. Elle y voyait autant de drames personnels, de morceaux de vie.

En revenant à sa place, elle se mit à classer les formulaires remplis la veille par ces désespérés des objets fuyants. En temps ordinaire, elle se contentait de regarder les numéros, sans s’attarder sur le contenu et la description succincte. Là, elle prit son temps et détailla les documents. Portefeuille, clefs, parapluies, mallettes pleines de papiers divers et la nouvelle épidémie, les téléphones portables. Son bureau était situé pas très loin de la pièce dans laquelle on les entreposait et elle avait souvent sursauté au début, quand une sonneries, plus ou moins originale et plus ou moins mélodieuse, retentissaient. Dans le meilleur des cas, c’était le propriétaire qu’il avait eu l’idée de faire sonner son
téléphone pour essayer de le retrouver et il suffisait alors de le localiser et de répondre pour que l’affaire soit résolue. Il avait bien fallu adapter les méthodes de travail et aux technologies nouvelles et aux habitudes.

Comme par hasard, dans l’après-midi, elle entendit une sonnerie. Il n’y avait personne dans la salle. Elle chercha d’où venait l’appel. Un téléphone était allumé, parmi les derniers arrivés. Elle le prit et répondit.

Au bout du fil, une voix d’homme :

« allô ? »

« Oui, bonjour… »

« excusez-moi, qui êtes-vous ? Demanda la voix, j’ai perdu mon portable est je l’ai fait sonner, pour essayer de le retrouver… la voix hésitait, ne savait pas trop comment expliquer sa démarche.

« votre téléphone a été récupéré et envoyé au service des objets trouvés. J’y travaille et j’ai répondu quand il a sonné. »

« Vous voulez dire que je peux venir le chercher ? » Demande à l’homme, entre deux soupirs de soulagement.

« Eh bien oui, vous aurez bien quelques formalités à remplir mais vous pourrez le récupérer… » Répondit Jeanne en souriant.

L’homme se confondit en remerciements. Jeanne, de son côté, était très amusée de l’aventure. Elle se remit à son travail mais son esprit était occupé par sa conversation avec l’inconnu. Et si elle essayait de savoir qui s’était ? Il ne lui suffisait que de repérer qui venait chercher ce téléphone et elle pourrait peut-être en savoir un peu plus sur son propriétaire ? Elle
aurait ainsi un début de réponse aux questions qu’elle se posait. Elle nota les références sous lesquelles le portable avait été enregistré (en ne sait jamais…)

C’était plus qu’une façon de pimenter ses journées de travail. Elle était vraiment intriguée par le phénomène qui consistait à laisser derrière soi des objets personnels et indispensables. Comment cela arrivait-il
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