MAHABALIPURAM, MON AIMEE.

Ecrit par
beaumelle jacques
lepescalune

LE DEPART POUR MADRAS (CHENNAI).

Parti de Nice, de bon matin, j’arrive à Roissy Charles de gaulle plusieurs heures avant mon enregistrement à la compagnie d’aviation OMAN AIR LINES. Assis sagement avec ma valise en ABS, je fais connaissance d’un commercial en champagne à la retraite qui habite Reims. Il attend son avion pour le Brésil où il a fait la connaissance d’une belle retraitée (photo à l’appui) qui était ni plus ni moins que procureur de la république au Brésil. Il me parle avec enthousiasme de ce pays que je ne connais pas, il y a soit disant dix femmes pour un homme, un rêve pour ce retraité seul. Il me raconte qu’il l’a faite venir l’été dernier sur la Côte d’Azur, le séjour sur Saint-Tropez s’est bien déroulé puis ils sont arrivés à Nice en Juillet. Notre belle brésilienne a trouvé ma ville salle, je n’avais jamais eu ce regard sur la baie des anges. Pour me rassurer ou plutôt s’excuser il me montre en diaporama sur son Ipod les photos qu’ils ont prises ensemble au Brésil; un pays très urbanisé, des avenues rectilignes propres sans mégots de cigarettes ou papiers au sol, pas de poubelles visibles devant les immeubles. Les images de son appartement sont tout aussi cleans vaste cuisine, salon moderne, appareils électroménagers du dernier cri. En fait beaucoup d’appartements visités pendant son séjour sont à l’identique à celui-ci, tous les immeubles ont des parkings sur le dessus en hauteurs au contraire de la France où ils se trouvent généralement en sous-sols. Fini les clichés sur le Brésil : un pays pauvre où vous vous déplacez avec votre pistolet à la ceinture, la cuisine est très appréciée et de nombreux restaurants vous proposent leurs spécialités au Kilo (on prend ce que l’on veut dans l’assiette puis ont fait peser). Mon retraité avait payé un repas pour huit personnes à peine quarante euros, boissons non comprises. Il m’explique avant de prendre son avion qu’il avait rompu avec cette brésilienne parce qu’elle était trop pratiquante, il fallait aller à la messe tous les jours. Mais il y retournait avec la ferme intention de trouver sa femme pour finir ses vieux jours.
Nous nous séparons après les échanges d’emails, je pars vers ma zone d’enregistrement, puis j’embarque sans oublier le passage obligatoire de la fouille qui tourne souvent au ridicule, j’ai du poser ma ceinture sur le tapis de sécurité car elle contient mon argent dans la doublure du cuir.
L’ARRIVEE EN INDE

Une dizaine d’heures d’avion et une escale à Mascate capitale du Sultanat d’Oman, m’amènent à ANNA INTERNATIONAL CHENNAI AIR PORT. Pendant le temps passé en l’air, j’ai révisé mon itinéraire sur le guide du PETIT FUTE, sur l’Inde du sud, les autres années j’embarquai avec chaque fois un nouveau guide (le Routard, le Lonely planet, et autres).
*PETIT FUTE, Country Guide, Inde du Sud, www.petitfute.com.

Mon ami Jagathesan (trente ans) est venu m’attendre avec son frère conducteur de taxi, une rose à la main et un énorme sourire tel un phare dans cette masse indienne parquée devant les barrières de l’aéroport. J’ai connu Jagathesan lors de mon premier voyage, je recherchai une propriété pour faire de la chambre d’hôte en Inde. Jaga m’avait été conseillé par un français qui lui donnait des cours d’art martial, à cette époque là et il m’avait présenté une propriété dans son petit village de Pattipullam non loin de Mahabalipuram. Je retrouve ma valise ce qui ne s’était pas produit lors de mon dernier voyage (les valises étaient arrivées quelques jours plus tard) je change vingt euros à un taux exagéré, 62 roupies pour un euro, la moyenne de mon séjour était à 69 taxe comprises. Le trajet pour aller à Mahabalipuram soit 60 kilomètres est assez dur, la vieille ambassador rapiécées n’a pas de clim mais j’estime que c’est une mise à l’épreuve obligée pour arriver chez mon ami. Je suis accueilli par la famille de Jaga (diminutif bien plus pratique) comme un prince. Un repas m’est offert, une feuille de bananier remplie de riz épicé, des morceaux de poulet et des œufs durs préparés à leur façon, la sauce servie en marge est toujours cuisinée avec des feuilles de curry que la maman de Jaga va tranquillement piquer sur l’arbre du voisin. Sa famille vit toujours dans cette parcelle de terre bordant la route qui mène à Mahabalipuram, le village se nomme Patipullam, il est à 10 kilomètres prés des ruines de Tiger Cave où des fouilles archéologiques ont mis à jour les traces des premières civilisations de la cote. Le père de Jaga, ancien danseur est le personnage le plus respecté du village, il reçoit sous le grand arbre les habitants qui ont besoin de son soutien pour des démarches administratives, médicales ou spirituelles. Il est très fier de sa famille, de ses enfants et petits enfants venus me recevoir à mon arrivée. Après le repas, les petits enfants me font la parade de leur savoir faire, ils sont tous adeptes du Kung-fu et me font allégrement des grands écarts sur le sable, pendant que d’autres dansent et chantent. Je vais chercher ma valise et là tous attendent. J’ai ramené dans mon sac à dos des chocolats (rochers Ferrero) et des tablettes de chocolat blanc qui commencent à se ramollir d’ailleurs, des biscuits et des bonbons. Je les distribue, il n’y en aurait jamais assez, puis j’ouvre ma valise elle contient que des vêtements pour les enfants, je les leur confie et la famille s’empresse de les soigner à l’intérieur.
Je suis crevé par le changement d’horaire et le voyage, il n’est pas tard mais la nuit est là, je m’aperçois que le néon acheté et placé par moi-même quelques années plutôt, ne fonctionnait plus surement depuis quelques dizaines de mois déjà. Nous partons entre hommes nous coucher dans une maison située deux rues plus loin. Je la reconnais elle est toujours aussi salle, elle est louée par la famille pour garer la voiture et les motos des Hero Honda. Deux bergers allemands sont attachés au bas des escaliers, ils sont vraiment dangereux et je n’ai qu’une peur c’est de me faire mordre, j’y échappe de justesse. Il n’y a pas de toilettes, la zone pipi est derrière la maison, la nuit par prudence il vaut mieux faire depuis la terrasse. Le seul lit sans matelas m’est destiné, les autres frères se reposeront autour de moi par terre ou sur le pallier de la maison. Je me faufile dans le sac à viande au tissu japonisant confectionné par ma copine Dany couturière à Castagniers dans les Alpes Maritimes, et je m’endors rapidement sans berceuse. Je suis réveillé deux fois par le chant des coqs, en pleine nuit à croire qu’ils ont un décalage horaire eux aussi. Des chiens ont aboyé toute la nuit ainsi que le chant des oiseaux nocturnes mêlé aux bêlements des biquettes.
Premier jour :
A LA RECHERCHE D’UN HEBERGEMENT.

Au petit matin, Jaga m’offre un tchaï, délicieux lait de chèvre aromatisé avec un thé des Nilgiris et bouilli surement plusieurs fois. Il me propose de m’amener à quelques kilomètres de là, dans un ashram tout proche. Arrivé en motos, l’endroit est au bord de la mer très calme et entouré d’une enceinte de brique d’un mètre quatre-vingt. A quinze mètres de là, se trouve un distributeur de billet perdu ici au bord de l’océan indien, ce qui sans conteste sous entend une activité spirituelle rentable. Nous attendons devant le pavillon d’entrée pendant trois quart d’heure, je ne sais pas qui ? J’en profite pour visiter le superbe jardin pelousé et fleuri, piquant au passage des graines d’arbuste que je compte semer en France. Finalement le jardinier nous explique que le concierge est absent ce matin (c’est lui que nous attendions !). Nous repartons sur le village et nous dirigeons vers Tiger cave, face à l’océan et au bord de la route se trouve un hôtel, la façade est dominée au premier étage par un balcon de deux chambres.
* KBV RESIDENCY, ECR Road, Elanthoppu (near Tiger Cave)

L’hôtesse à l’accueil (en fait la propriétaire) me propose une chambre au premier avec vue sur l’océan, c’est génial il y a des boutiques et un arrêt de bus tout à coté.
Jaga est en pleine discussion avec la proprio, et me dit que pour six milles roupies payées d’avance j’ai la chambre. J’accepte, et nous montons déposer ma valise vide et mes affaires de toilette, c’est la chambre 213. Peinte en rose clair, carrelages en vitro céramique veinés de la même couleur, deux fenêtres modernes coulissantes l’éclairent. La salle de bain avec cuvette européenne est carrelée de céramique ; de nombreux robinets et des seaux en plastique (usage ablutions indiennes de rigueur) dispensent l’eau chaude faite par un petit chauffe-eau de dix litres (geyser). Le lavabo sur pied est de couleur turquoise surmonté d’un petit miroir agrémenté d’un tube néon. Un lit double est casé dessous l’une des fenêtres, dans l’angle une télé le domine, un interphone pas en état de marche et un ventilo (appelé fun en Inde) complète l’équipement électrique.
Nous redescendons Jaga et moi, et décidons d’aller à Mahabalipuram, il veut que j’enfourche la moto, je fais tout pour l’en dissuader, faisant semblant de ne pas savoir la faire démarrer. Je n’aime guerre conduire dans le pays, les routes sont truffées de nids de poules, la conduite tamoul fait plus partie du sport et de la psychologie en même temps. Les quatre-quatre derniers modèles fleurissent dans tout le pays et le grand constructeur TATA propose chaque année des véhicules moins chers et de plus en plus perfectionnés, reste à voir l’état du parc routier qui est loin de suivre cette avancée.
Quelques kilomètres nous séparent de Mahabalipuram, nous quittons la grande route de Chennai à Pondichéry, l’entrée de la bourgade n’a pas changé, les alignements de sculptures en argile grossièrement peinturlurées en rose et bleu, sont de plus en plus en mauvais état (la commune devrait les refaire, c’est une mauvaise image pour une ville dont les sculpteurs ont fait d’elle sa gloire). Après les grands complexes hôteliers de la périphérie, les petites boutiques prennent place jusqu’au centre. Nous passons le check point qui ne sert à rien si ce n’est qu’a foutre un peu le bordel, car les bus et autres camions zigzaguent dangereusement à ce passage. La petite ville est en plein travaux de tout à l’égout, cela fait deux ans que cela traine. Les récentes pluies diluviennes pendant quatre jours en ont fait un bourbier qui n’empêche pas les mendiants de vous harceler. Les boutiques des kashmiri ne sont pas toutes ouvertes, mon ami commerçant du kashmire, Mansoor marié à Simone, une hollandaise, n’était pas arrivé. Je rencontre deux suissesses" les catherines" à la terrasse d’un salon. Nous buvons une bière ensemble, elles me racontent avoir été échaudées car elles avaient l’intension d’acquérir un petit bien vers Köchi et s’y sont refusées au vu des tracasseries administratives. Je les quitte pour faire un petit bonjour à Frida, propriétaire d’une guesthouse. Elle n’est pas à la maison, mais sa seule fille Emilie m’accueille avec des larmes aux yeux (de joie) elle a un nourrisson dans les bras, une fille, le premier garçon que j’avais vu bébé, a déjà cinq ans. Frida a fait de gros investissements, la terrasse qui me servait de chambre à ciel ouvert, a été dotée d’une charpente recouverte de palmes donc cela fait trois chambres. Une petite salle de bain commune est construite dans le jardin. Celui-ci a été cimenté ce qui supprime quelques moustiques et rend le petit déjeuner plus agréable. Il était courant que Frida passe avec les mains et les seaux pleins de bouse de vaches, pour fumer ses plantes pendant le petit déjeuner.
* ERWIN DANUSSI COTTAGE, 32A, Thirukulam Street, Mamallapuram-603 104
#61481;04114 242 738

Je retourne en mini bus à Tiger Cave (l’arrêt de bus de mon hôtel) surprise du jour : il n’y a pas d’électricité. J’aperçois de la terrasse des ouvriers qui jouent les acrobates sur les poteaux, cela dure une bonne heure et la nuit commence à tomber. La propriétaire me fait parvenir une bougie, mais je n’ai pas à l’utiliser. Je prends une bonne douche d’eau froide à vingt degré, puis je me jette au lit.
Deuxième journée :
EN RECONNAISSANCE.

J’ai bien récupéré mon sommeil malgré les bruits toujours présents en Inde. Pas de petit déjeuner, ce matin à l’hôtel mais la petite boutique au bord de la route fait mon bonheur.
J’apprends que le tchaï est servi le matin vers sept heure et l’après midi vers dix huit heure, quelques biscuits font l’affaire de consistant. Je traverse la route très fréquentée en journée pour aller à la plage, prendre quelques photos. Il fait chaud mais supportable, je croise de fines silhouettes portant des fardeaux sur leurs têtes, les indiennes en sari ramassent le bois pour le feu de leur cuisine, la cuisinière est souvent constituée de petit foyer à même le sol. Les hommes rentrent de la pêche, sur leur barques en résine (dons des humanitaires lors du Tsunami de décembre 2005). Les plus âgés restent sur la plage pour coudre les filets tout en fumant un biddie d’autres plus techniques continuent à tailler des troncs d’arbres pour faire leurs embarcations. Ils me proposent d’aller à la pêche avec eux demain matin vers 4 heures, je pense y aller.
Apres cette ballade, je retourne à la ville, fidèle au mini bus j’arrive vers treize heures. Je me dirige droit vers le Nautilus (restaurant tenu par Jean Jacques).
* Restaurant LE NAUTILUS, 4 Ottava Cross Street,

Je commande un lemon soda. Il me remet rapidement, fidèle au village, il me raconte les péripéties de la mise en tout à l’égout de Mahabalipuram. Les travaux sont terminés, il reste à faire le macadam, et donc pour lui c’est chaque jour de la poussière de partout. Je lui présente l’édition 2010/2011 du Petit Futé sur l’Inde du sud, il est agréablement surpris des commentaires, il me précise que les trois quart des français viennent chez lui avec le guide du Routard en main. Je rejoints la plage que j’avais vue en piteux états lors du Tsunami, les vieilles barques en bois bariolées sont toujours sur la plage, celles en résine ont pris le dessus entre ruminent toujours des vaches et des chiens très maigres. Les hôtels et des restaurants se sont agrandis, repeints et relookés, il manque la vieille roue bariolée symbole du drapeau indien. Avec de nombreuses photos je reprends le centre du village, Je me fais accoster devant chaque boutique kashmiri, j’achète dans l’une d’entre elle, une chemisette rayée et un pantalon plus en harmonie avec le local. Pour arroser tout ces achats je vais boire une bière au Moon Rackers (chez les trois frères qui détiennent à ce que l’on dit, la moitié du village).
* Hotel, Restaurant MOONRAKERS, 17 Othavadai Street,

Je vais changer cinquante euros chez le même commerçant qu’hier, la fidélité dans le commerce ça paye, il me refait le même taux avantageux.
* PRITHVI, 69, East Raja Street, Mahabalipuram.

En fin d’après midi je regagne l’arrêt de bus devant la boutique de Patrick, on y trouve des pâtisseries, biscuits et autres sucreries indiennes, il y a toujours autant de mouches. Jaga arrive à moto, je lui offre une pâtisserie que je viens d’acheter, j’enfourche la Honda et nous rentrons.
La tenancière de ma résidence me propose un Puri, galette poêlée avec sauce aux pois chiches épicés, c’est super bon. Je l’informe que je dois aller à la pêche demain très tôt, aussi je dois sonner pour pouvoir sortir (on viendra m’ouvrir).
Troisième journée :
LA SORTIE DE PECHE.

Trois heures quarante cinq mon téléphone me réveille, j’enfile un short et mon K-way rouge dans lequel je range mon appareil à photos soigneusement emballé dans un plastique transparent contre l’eau de mer. Mauvais présage, j’oublie les fleurs jaunes tressées achetées dix roupies, en sortant de chez Patrick. J’entends les moteurs deux temps qui tournent à plein régime au loin. Je presse le pas et j’arrive sur la plage, là deux gamins me disent qu’ils sont déjà partis, à ce stade du questionnaire je décide de rester pour assister au lever du soleil. Un petit chiot vient me rejoindre, les enfants sont repartis se coucher. Chaque jours de trois à onze heures c’est le même rituel, les pécheurs lancent leurs bateaux en résine aidés par les enfants, qui repartent se coucher jusqu’à l’heure de l’école. Puis c’est le défilé des hommes du village, brosse à dents dans la bouche, ils viennent faire leurs ablutions et autres besoins. Un seul d’entre eux vient me saluer, il m’avait déjà vu la veille (même sur une plage déserte, il y a toujours quelqu’un qui vous observe en Inde). Je fais quelques photos et galère, je n’ai plus de batteries, elles étaient neuves. En revenant à la résidence je découvre un ensemble de petites maisons en dur qui ont été construites avec les dons d’une assos du Lion’s Club International. Plus loin une petite jardinerie ou un pépiniériste local, toutes les plantes sont cultivées dans le sable, hibiscus et croton. Je regagne ma chambre 213. L’hôtel n’est pas si isolé que cela, tout autour derrière les clôtures en mur de briques peintes avec des publicités en Tamoul se cachent plusieurs petits villages, celui qui est contre se nomme ELANTHOPPU, plus agricole, à deux kilomètres DIVANERI, celui des pécheurs et plus au nord PATTIPULAM le village de Jaga. Deux villages tsunami ont été construit, l’un prés de Divaneri pour les pécheurs l’autre que je viens de traverser prés d’Elanthoppu. Les anciens villages de palmes touchés par le tsunami ont été délaissés sur les parties basses de la plage et sont frappés de mauvais sort, donc abandonné. Dans cette partie de l’Inde j’ai pu voir le résultat des collectes faites lors de la catastrophe de décembre 2005, je rappelle que l’Inde n’avait pas accepté l’aide humanitaire internationale et j’ai souvent entendu dire en France que cet argent n’avait renfloué que les assos caritatives.
Je pose le K-way dans ma chambre puis je reprends le mini bus pour un aller à Mahabalipuram à sept roupies. Je dois acheter des accus et un chargeur, dans la première boutique venue. J’entre dans cet espèce de bazar de bricolage, les jeunes au comptoir me proposent un modèle à 700 rps, j’ouvre mon porte feuille je n’ai que 600, je leur dis que je reviendrai demain. Tiens je vois une autre boutique peu après, une jeune dame en sari me décroche un blister poussiéreux, un petit coup de chiffon pour le dépoussiérer et me le propose à 525 rps avec les accus. J’achète dehors six petits beignets épicés pour 8 rps, trois bananes pour 5 rps et un coca pour 15 rps. Je saute dans un rickshaw famille confortable mais à 10 personnes je n’ose bouger les pieds, l’ambiance très parfumée est due à ces dames fleuries qui m’entourent. Des passagers sont venus se loger sur les marches pieds et à coté du conducteur, le tarif groupe est variable en fonction du nombre de personnes, là j’ai donné 50 rps.
Soirée cool en perspective, sur ma terrasse de dessine au crayon, fais mon rapport écrit de la journée tout en fumant un " bedees " qui se prononce ici bili. Dodo rapidement car je me suis levé très tôt.
Quatrième journée :
TRAVAIL DE DESSINS ET CROQUIS.

Tiens ce matin je peux avoir un petit déjeuner, café indien (en fait c’est un thé aromatisé avec une cuillère à café de Nescafé) des toasts de pain de mie ainsi qu’un peu de confiture horrible qu’ils appellent "jam" sachant qu’ils ont beaucoup de fruits et du sucre de canne, ils pourraient faire mieux ! Aujourd’hui je ne bouge pas des villages (Divaneri et Elanthoppu) un peu de marche cela ne me fera pas de mal. Une ballade sur la plage déserte pour commencer, trois indiens vont sur le bord de l’océan faire leurs besoins, culs baissés en commun et grand lavage à coup de déferlante salée. Il commence à pluvioter, je vais dans le village où les gamins jouent avec leurs chiots. "Welcome, Welcome, your country ?" Éternelles questions copiées collées qui leurs permettent d’engager la conversation. La pluie redouble et les pécheurs m’invitent à me mettre à l’abri dans la salle communale. Une dizaine de fishermen jouent aux cartes assis en tailleur, je prends place sur un tas de filet consciencieusement rangé et je commence à les dessiner. Pendant mon travail, j’entends leurs commentaires que je pense comprendre "bouges pas, il te dessine" et je vois le gars qui s’immobilise, d’autres esquivent un regard pour essayer de se reconnaître dans le dessin. Je mets quelques détails perso : une montre, une médaille, un détail de la chemise ou la marque du T-shirt, cela fonctionne. J’ai oublié que nous sommes samedi, les enfants ne vont pas en classe et vu le temps couvert, les hommes ne sont pas partis à la pêche.
La pluie s’est arrêtée, je retourne à la résidence. Je reprends mes fusains, ce qui me fait penser au commerçant qui me les a vendus. Il m’avait montré la boite de fusains (charcoal pencil) je lui en demande un seul, il me dit que cela se vend à la boite, OK je la prends. Revenu à la chambre, j’en ai trouvé simplement huit à l’intérieur, sur la boite je lis dix pièces, bizarre. Pluie toute la journée, je fais un peu de lessive à la main, efficacité de la savonnette bleue acheté sur les conseils de la caissière du supermarché. Les cols de chemises redeviennent nickel, je fais comme les indiennes pendant les pluies j’étends mon linge. Je redescends au village me dégourdir un peu, les enfants se baignent dans un petit gat dominé par une petite chapelle, ils me proposent de me baigner avec eux, ils barbotent sur des morceaux de polystyrène blanc. Je n’y vais pas mais je prends quelques photos. Il se fait tard je m’aperçois que les chambres se sont louées pendant mon absence. La pluie doit avoir quelque chose d’aphrodisiaque car les couples qui se sont réfugiés ici pour ne pas se mouiller, ne sont pas venus seulement pour voir la télé brailler dans la chambre. Au rez de chaussée la patronne m’offre un peu de pate de coing "maison " avec le tchaï demandé. La nuit est tombée depuis longtemps, j’allume la télé pour voir la chaine Star Moovies, un film avec Jodie Foster "Min’s Island" version anglaise que je n’ai jamais vu. Le film est coupé plusieurs fois par des pubs de Maggi, ils veulent faire manger des pates au Masala à un milliard d’indiens ! Et aussi des pubs de Tata Docomo, communications toutes azimut de l’empire Tata. Pendant ce temps la pluie tombe grave.
Cinquième journée :
DIMANCHE A MAHABALIPURAM.

Apres le petit déjeuner, en route pour la ville en rickshaw, Mahabalipuram est bien trempée, nous évitons les nids de poules remplis d’eau, les touristes recouverts de plastiques colorés et les indiens bariolés arborant des parapluies en mauvais état. Je me pause au Nautilus pour commander une salade niçoise accompagnée d’une sauce liquide dite mayonnaise. La salle est remplie de groupes de touristes anglais, français, hébreux et autres routards tatoués. Je profite de cette pause pour continuer mon carnet de croquis, les serveurs se montrent très attentifs par mon travail au fusain. L’après midi je vais revoir le shore temple au bord de la plage, il est plus propre, les commerçants ont bordé la seule voie d’accès du parking au temple. Il y a toujours beaucoup de mendiants et des vendeurs de pieuseries. Un enfant tente d’attraper un T-shirt accroché dans les branches d’un arbre, il y arrivera certainement. La pluie redouble, je me refugie sous l’auvent d’une boutique, le bonhomme me demande si c’est un design de France ? Je dis oui, en fait c’est un cadeau que je destine à Frida la propriétaire de la guesthouse (le tissu léopard et annoté de made in china). Je passe au cyber café relever mes emails (je ne l’avais pas fait depuis mon arrivée). Le clavier n’est pas azerty, et les marques sur les touches les plus utilisées ont disparues, je patauge un peu mais les nouvelles sont envoyées à la famille. Une petite éclaircie je file au super market, là au moins tous les prix sont affichés, je fais une razzia sur les biscuits chocolatés et lactés, je prends une grosse bouteille d’eau minérale et un paquet de cigarettes à 20 rps.
* TRY SUPERMARKET, 9 G.K.M Road, Mamallapuram.

Il est dix huit heures retour à l’hôtel pour sept roupies. Je prends une douche un peu chaude et je m’installe devant la télé, au programme ce soir un film avec Norman Friedman « Le contract » exécuteur recherché par le FBI et les siens.
Sixième jour :
TIGER CAVE

Je descends de ma chambre assez tôt prendre mon coffee tea, Jaga son frère et un ami à eux arrivent. Je leur offre un tchaï et deux lemon juce, l’ami verse un peu de thé dans la sous tasse et le boit d’une gorgée, drôle façon de le refroidir ; cela nous amuse beaucoup. Ils veulent avoir de mes nouvelles, c’est très sympas ; j’ai remarqué que lorsqu’un indien vous prend en charge, il ne vous lâche plus.
Après leur départ à trois sur leur moto, je file au bord de la mer, avant Divaneri je me fais accoster par un contremaitre à Tiger cave. Il m’explique les fouilles entreprises pour dégager l’ancien temple et restes du village enfouis sous le sable. Il me montre l’hôtel des sacrifices mis à jour ainsi que les piliers de granit avec les inscription et symboles des anciens résidants (un trident gravé). Un monolithe central est entouré d’un mur d’enceinte en brique autour duquel devaient tourner les pèlerins en faisant leurs prières. Le contremaitre me fait comprendre que Mahabalipuram est composé de deux mots dont le second signifie sacrifice (pas seulement des poulets et cochons !) Je le laisse pour aller vers le village, il me réclame des roupies bien sur pour ces infos. Le village Divaneri est à cheval sur l’ancienne route délaissée par les véhicules, c’est un village de pêcheurs, les bateaux en résine sur la plage le démontrent. Des dames me proposent un tchaï que j’accepte, elles me conduisent dans leur maison en dur où je suis présenté à toute la famille sauf le mari qui est décédé il y a trois ans lorsque son bateau de pêche s’est retourné. Il a laissé deux petits orphelins dont le dernier de quatre ans. Je suis invité demain à treize heures à déjeuner. Deux kilomètres me ramènent à la résidence où je savoure des petits biscuits au lait. Après-midi, je dois finir les dessins commencés puis petite sieste obligée car il fait chaud. J’en ressors pour aller acheter des bananes et de l’eau en bouteille, les gamins chahutent toujours dans la piscine, un gugusse tout peint me propose ses massages. Je file vers l’épicerie du coin, une petite boutique de quelques mètres carrés dont la façade ouvert est remplie de sachet divers accrochés à des cordes. Je fais la queue car il y a eu un arrivage de petites courgettes et des pommes de terre, les affaires marchent bien pour le commerçant un peu grassouillet. Des oiseaux ont nichés dans des emballages coincés contre le store de l’échoppe. J’achète ma ration de bananes et d’eau, il est plus de dix huit heurs et le soleil est déjà couché. Plus loin, une petite salle éclairée me permet de voir les enfants faisant leurs leçons autour d’un personnage très sérieux. La douche du soir clôture cette journée bien remplie.
Septième jour :
VACHE RENVERSEE

Ce mardi matin à six heures, j’entends des grands coups de freinage et un choc. Je me lève précipitamment pour voir depuis le balcon terrasse, une vache est allongée sur la route et un bus bondé est arrêté à coté. Un grand rassemblement se forme, des villageois et des passagers du bus, la circulation est intense à cette heure ci et cela crée un embouteillage. Rapidement une patrouille de police arrive devant l’hôtel et gère le trafic. La pauvre bête vit encore, elle lève désespérément sa tête, le train arrière à l’air mal en point, on la tire sur le bord de la route. Un second bus vide arrive pour récupérer les passagers, je pense qu’il recherche le propriétaire du bovin car les dégâts du bus sont importants (la pauvre vache va couter cher à son proprio). Au bout de trois heures, tout ce petit monde s’est évaporé, seule marguerite ne bouge plus sur la chaussée, et les corbeaux commencent à s’y intéresser de près, cela va faire un bon barbecue. Je descends prendre mon petit déjeuner, tiens ce matin il y a rupture de toasts, je me passe de confiture ; par la baie vitrée je vois un rickshaw à plateau sur lequel on est en train de charger la vache. Une semaine est déjà passée, je commence à me sentir bien. Le fait de parcourir les villages et dessiner les habitants dans leurs occupations journalières, m’apprends plus sur la vie de tous les jours. Ces journées à dessiner font qu’ils me reconnaissent et viennent plus facilement me raconter leur vie et leurs préoccupations. Ils me demandent souvent pourquoi je reste dans leurs villages et non pas dans les grands hôtels ?
A treize heures pétantes je passe dans la ruelle où les femmes m’ont invité à manger, je suis vite posé sur une chaise en ABS bleu ciel au gencode encore posé dessus. On me présente le gendre qui parle un bon anglais, il travaille au village dans un restaurant, les dames me préparent sous mes yeux un Fish rice assorti d’omelette et d’un lait caillé. Elles m’offrent un collier en bois de santal, en remerciement je leur offre des savons Gallimard de la Cote d’Azur, des échantillons de parfums et des biscuits pour les enfants, j’essaie de glisser un billet de cinquante rps mais elles n’en veulent pas. Je suis raccompagné par la grand-mère qui vend des foulards et des colliers sur la plage, elle ne parle pas anglais mais on se comprend très bien. Les pécheurs ont ramené du poisson plein les filets et cabas, je fais quelques photos, je leur montre les dessins terminés la veille, c’est l’attroupement autour, je n’ai plus en main mon carnet de croquis. S’en suit un échange de cigarettes et même du cannabis, ils ont le sens de l’accueil! Je commence à prendre des couleurs sous le soleil. Vers dix sept heures je retourne au petit temple à coté de la résidence, quelques photos au coucher de soleil pour tester mon petit Sony. Soirée télé par la suite, tout en mangeant quelques bananes jaunes et noires je regarde un film en français (noir et blanc) nominé aux Howard américains. L’histoire d’un israélite arrivé en France qui pour gagner beaucoup d’argent participe à une roulette russe avec une dizaine de concurrents, je crois que le titre est TZAMETI, c’est très dur, dur, je ne l’ai jamais vu.
Huitième jour :
SCULPTEUR villageois

La propriétaire de la résidence est partie en ville, je saurai par la suite qu’elle est malade. Le cuistot n’a pas la clé où se trouve la confiture, hier je n’avais pas de toasts aujourd’hui c’est la confiture ! Mon ami Jaga vient me chercher pour aller à Pattipullam son village, pour une visite guidée motorisée. Les propriétés sont achetées, les pataugeoires et les prairies ont des éruptions de centres touristiques, plantations d’espèces végétales exotiques, murs en béton pour protéger les chantiers. Nous nous mettons sous l’ombre d’un superbe Banyan (figuier indien aux racines aériennes) j’ai commencé la lecture du livre sur les Muralos des peintres Mexicains, pendant ma lecture Jaga discute avec un confrère sorti d’on ne sait où, je lui dis que s’il voulait me laisser seul je le rejoindrai dans l’après-midi. Quelques pages de lecture plus loin, de la musique m’appelle, c’est une cérémonie, genre anniversaire du décès d’un membre de la famille. Je ne prends aucune photo, respect oblige ; à chaque petit temple, ils marquent une pause et allument des petits morceaux de graisse, récitations et cantiques chantés en musique au son des tambours. Je me fais interpeller par un sculpteur qui me prie de bien vouloir venir chez lui. Il me montre les dessins de ses cours du soir à l’école, quel travail précis, chacun est noté de 22 sur 25. C’est un défilé des photos de ces réalisations en granit, puis il me fait une démo de ses talents de dessinateur, je partage sa feuille de papier sur laquelle je dessine son épouse venue nous rejoindre. Ils veulent à tout prix m’offrir un repas je l’esquive en disant que je reste un mois ici et que je ne manquerais pas de revenir. Revenu chez Jaga, je fais un petit tour du jardin, citronnier, cocotier et autres dont le fameux arbre à curry qui se trouve chez le voisin. Je fais quelques boutures que je plante non loin des toilettes à la turque. Il n’a jamais eu l’idée d’en transplanter, le sol est sableux mais j’ai du mal à me servir de la bèche indienne (son manche de quarante centimètres est parallèle à la lame). Je souhaite que dans quelques années nous aurons là un superbe arbre, si les vaches ne broutent pas cet arbrisseau d’ici là ; c’est bientôt la sainte Catherine où tout bâton prend racine. Retour en soirée à moto.
Neuvième jour :
LES VANNIERS de Mahabalipuram

Je dors de mieux en mieux, en fait je m’habitue au bruit de la route, petit coup d’œil de la terrasse au soleil levant et toilette. Pendant ce temps je n’ai pas remarqué qu’un singe est entré dans la chambre, il essaie de me piquer mon parapluie de poche, mes cris le font partir. Dorénavant je fermerai les fenêtres coulissantes pour éviter ce genre de problème. Le breakfast est complet ce matin, quel bonheur. Je fais un rapide tour du village puis je prends le bus 588 à 7 rps pour Mahabalipuram. Il fait chaud ce matin et je longe les rues coté ombre ce qui me donne l’obligation de dire bonjour à tous les commerçants. Devant le resto français Le Nautilus, des vanniers refont les fauteuils du restaurateur, je les prends en photos et je réalise un dessin en attendant ma salade composée à un euro. L’un d’entre eux a quatre vingt huit ans, bien que chétif est plein d’énergie. Je me pense que si notre président voyait cela, il serait ravi ! Les serveurs apprécient mon dessin ainsi que des israélites américains. Je finis tranquillement mon repas, j’ai un rendez vous avec Jaga à quinze heure au cyber café. Bien sur il n’est pas à l’heure, c’est souvent le cas en Inde, en fait nous nous sommes croisés dans la foule. Nous passons deux bonnes heures entrecoupées d’une panne d’électricité, je dois lui faire un site web pour son assos. Le problème est qu’il veut tout mettre dedans : l’association caritative, son activité de professeur de kung-fu, le tour opérator ainsi que l’entreprise d’assurance nouvellement créée de son frère. Ce sera difficilement crédible pour les internautes. A la sortie je paye simplement 35 rps, ce n’est pas cher. Nous nous quittons, je vais boire un lemon soda chez un sculpteur, il veut toujours me vendre un bouddha d’un mètre de haut et me l’expédier en France.
Dixième jour :
PREMIER PAS A PONDICHERY

Je devais aller à Pondi au début de mon séjour, car je devais faire une procédure à l’encontre d’une commerçante qui ne m’a jamais envoyé la marchandise dont j’avais versé un acompte de mille euros, il y a cinq ans.
Il n’y a pas de bus direct pour Pondi depuis le centre de Mahabalipuram, il faut rejoindre le croisement avec la grande route de Madras et de là prendre les bus " express " plus de deux heures de route, 66 rps le trajet aller. J’arrive en début d’après midi, je prends tout droit Bahadur Shastri Street qui dessert le quartier français après le canal. Je dois me trouver un hébergement car je souhaite y rester deux ou trois jours. Première adresse rue Labourdonnais, je suis à la recherche d’Anusha, la maison où elle faisait ses opérations commerciales, a changé de locataire depuis quatre ans. Je me dirige plus loin voir son frère, il possède un restaurant français assez coté à Pondi, je passe devant la maison d’hôte de Mme Le TIROU, Calédonienne retirée en Inde. Elle est absente, je m’y arrête tout de même pour boire un lemon soda bien frais et bien cher (50 rps). Je fais connaissance de quelques français, je leur demande s’ils connaissent des chambres à louer. Une jeune fille me conseille d’aller tout droit au bout de la rue Labourdonnais. Chambres pour touristes, panneau bleu qui en dit long, un compatriote Mr Gérard Louis m’accueille et me propose une chambrette au premier étage, la chambre numéro 2.
* VILLA LABOURDONNAIS GUEST HOUSE,
25 rue Labourdonnais. Pondichéry. #61481;0091 9245196393 Email : gelobo@rediffmail.com.

Très bavard, nous faisons vite connaissance et me propose un café noir (le pied). Je lui raconte pour qu’elle raison je suis venu à Pondi, ville où Isabel, ma prof de dessin avait acheté une maison. Il la connaissait et l’avait fréquenté pendant près de vingt ans car la maison qu’elle louait avec sa mère était située dans la rue (aujourd’hui un hôtel a été construit). Il s’en suit une heure d’histoires sur le vécu d’Isabel, ce qu’elle me disait et la réalité bien différente vue par Monsieur Gérard Louis. Une fois mes affaires posées, je vais au restaurant " le Club " retrouver le frère d’Anusha, pas de chance il est en France actuellement mais on me donne le téléphone du mari d’Anusha. Je fais téléphoner par un indien qui me passe aussitôt le tél, on me raccroche au nez dès les premiers mots de français, bon, affaire à suivre…
Onzième jour :
L’ARMOIRE MAGIQUE.

Bonne nuit passée dans la chambre n°2, Monsieur Gérard m’a donné une savonnette, une serviette de toilette et un rouleau de papier hygiénique. La petite salle de bain est tout juste propre et donne sur la coursive qui distribue les chambres. Il y a un frigo et une petite armoire dont les étagères sont remplies de livres laissés par les touristes. Cette armoire sera déterminante pour la suite de mon séjour en Inde, parmi toute la documentation laissée par les occupants, un dépliant sur OOTY attire mon attention " The Queen of Hill stations extends You a royal Welcome "OOTY l’abrégé de UDHAGAMANDALAM est une ville de plus de 200 000 habitants située à 2240 mètres d’altitude dans les montagnes NILGIRI. Cette chaine de montagnes « les Ghats occidentaux » sépare du nord au sud le Kerala et le Tamil Nadu. Sa particularité est d’être le lieu privilégié des cultures de thé et de café. Je prends cette doc pour aller au petit déjeuner, La femme de Mr Gérard me dit bonjour, c’est leur fille (une dizaine d’année) qui me demande ce que je veux pour déjeuner : un café noir assorti d’un œuf au plat, des toasts et confiture maison, je demande la permission de prendre le dépliant. Je règle 400 rps pour ma nuitée et je repars en ville. Rue Nehru je fais les magasins, je m’arrête en particulier devant une vitrine où je vois mon appareil à photo Sony, par curiosité je demande quel est son prix 8000 roupies, sur les Trois Suisses je l’ai acheté 6000 roupies ! Dans un autre magasin d’accessoires de cuisine en métal, j’achète un "LOTA" (genre de petite théière avec un bec relevé servant à faire des inhalations d’huiles essentielles). Je vais prendre des photos le bazar du marche GOBER, il est déjà quinze heures et je dois revenir à la station de bus. Je trouve facilement mon bus au quai n°3 qui s’apprête à partir, je m’assieds coté ombre, il y a toutes les vitres de ce coté, heureusement, car après une heure de trajet nous traversons un orage. Dans ce bus bondé, toutes les personnes sont mouillées par la pluie qui tombe drue, qui plus est le chauffeur oublie de s’arrêter à Mahabalipuram je lui demande de stopper à Tiger Cave, il s’excuse et me laisse à l’arrêt.
Revenu à l’hôtel, je passe un samedi soir au calme.
Douzième jour :
LA FETE FORAINE.

Ce Dimanche, pas de petit déjeuner car je me suis levé un peu tard, je cours vite au bus qui arrive, direction de Mahabalipuram. Beaucoup de monde, car le weekend, les indiens visitent souvent en groupe ou en famille. Des petits forains se sont installés sur la plage dominée par les temples, ces manèges colorés sont d’une autre époque mais les indiens s’amusent comme des fous. Les odeurs de grillades de poissons frais parfumés de Masala se mêlent aux odeurs de pop corn sucrés, des vendeurs de chapeau style cowboy en cuir côtoient les marchand de bulles de savon pour les gosses. Quelques sadous font leurs ablutions dans le ghât (marches en pierre autour d’un bassin) un peu laissé à l’abandon, à coté de l’INDECO HOTEL, une des plus agréables résidences de la ville ; cette chaine est le reflet du patrimoine indien, le hall regorge de documents et mises en scènes sur la vie en Inde.
* INDECO HOTEL MAHABALIPURAM, Shore Temple Road, www.indecohotels.com #61481; (442)744 3914
Il y a beaucoup de monde, touristes européens ainsi qu’asiatiques sont assaillis par les mendiants vendeurs de foulards et colliers en bois de santal. Les commerçants installés en permanence toute l’année les repoussent de temps à autre, mais ils reviennent à la charge. Je fuis cette foule pour déjeuner au Nautilus (assiette de riz, curry et lemon soda). Les tables sont toutes occupées, des bretons commandent des énormes langoustes (lobsters) que le serveur présente vivantes avant de les faire cuire. Au bout d’une heure, je vais ramasser mes Emails au cyber café, j’envoie des photos à la famille et complète mes pages sur Face Book. Tout va bien en France il caille. Je reprends le bus pour ma chambre 213, arrivé à la maison je regarde un film "White Ballon" l’histoire d’une petite fille (afghane ?) qui fait tout pour s’acheter un poisson rouge, mais sur son chemin elle perd le billet que lui avait donné sa maman, le film est adorable. Dans la nuit des indiens sont arrivés à l’hôtel, le cuistot leur a préparé un repas qu’ils ont pris sur ma terrasse, un peu d’animation pendant la nuit m’a tenu éveillé.
Treizième jour :
PETITE FETE RELIGIEUSE.

Mes voisins de chambres étaient partis tôt ce matin lorsque je me suis réveillé. Je ne prends pas le petit déjeuner à la résidence mais à la petite échoppe du bord de la route. Un tchaï bien chaud servi dans un gobelet en plastique (c’est le pied) La petite famille qui vit derrière le comptoir est composée d’une jeune fille de toute beauté, d’un garçon de 14 ans et des parents. Ils veulent voir mes dessins que je présente sur le champ. J’en profite de photographier la jeune fille et la maman, pendant les exclamations et les rires, ils me demandent de les dessiner ce que je ferai un peu plus tard. Je passe plusieurs fois dans ces petits villages et chaque fois je trouve de nouveaux petits métiers à croquer, de nouvelles occupations à photographier. Quelques dames en sari jouent à la carambole, elles misent quelques roupies, cela ne leur plait pas que je les prenne en photo, aussi je me fais discret pour les cadrer. Le chant des oiseaux et surtout le cri des corbeaux gris et noir, est interrompu par des haut parleurs, je vais voir ce qui se passe. Un dais de toile colorée a été monté au bord de la route, un électricien ajuste les néons colorés et les haut-parleurs supplémentaires sur les frêles bambous. Les indiens me disent qu’une fête religieuse aura lieu, je ne sais pas quand. Les bus des écoliers déversent autour de moi, les enfants avec leurs cartables sur le dos. Ils veulent tous one photo please !
Je retourne à ma chambre, mais pas pour longtemps, peu de temps après la musique redouble ainsi que les pétards, je vais jeter un coup d’œil. De jeunes prêtres en carmin officient autour de la population assise à même le sol, des offrandes de fleurs et de nourritures ont été posées et distribuées à tous, ainsi qu’à la statue du dieu vénéré aujourd’hui. Je ne fais pas de photos, respect oblige de leur coutume (je m’imagine toujours en France, rentrant dans une église pendant la messe et commençant à prendre des photos devant le curé ! la bronca que cela ferait).
Quatorzième jour :
POSTAGE.

Mardi matin, les bruits d’une pelleteuse, me réveille assez tôt, je vais vite voir ce qui se passe au dehors. En effet une pelleteuse est en train de faire des travaux de terrassement sur la parcelle d’à coté soit disant pour faire des boutiques ; les chèvres se demandent ce qui se passe, alors que les trois vaches continuent de crotter à coté. Ma toilette terminée je prends le bus pour Mahabalipuram, comme je dois remplacer le néon rouillé posé il y a cinq ans, je vais acheter un hublot étanche pour extérieur avec une lampe économie d’énergie. Vers treize heures je pars manger un chapati au restaurant populaire indien qui est sur la place des arrêts de bus,
* Le MAMALLA BAVHAN, East Raja Street (à coté de bus station).

Je paie 35 rps le plat, que je règle au caissier avant de consommer. L’ambiance locale est garantie, deux lavabos en fonds de salle vous permettent de vous laver les mains, droite et gauche même si la droite vous sert uniquement à prendre la nourriture. C’est assez bruyant mais j’y suis aux heures de pointes, les indiens n’hésitent pas à cracher ou éructer à coté de vous, il ne faut pas s’en inquiéter. Dés sorti je fais un petit tour, les commerçants me laissent tranquille ils savent que je reste plusieurs semaines ici. Je passe au cyber café, il fait une chaleur terrible, à mon avis il fait plus chaud dedans que dehors, je profite d’un téléchargement très lent pour aller fumer sur le devant de porte. Je file à la poste faire partir mes cartes postales, elle est située dans la petite ruelle avant l’office de tourisme. Il y a du monde et je fais la queue pour acheter mes timbres (pour la France, je dois mettre quatre timbres, 12 rps) puis je m’assois sur le banc d’école. A coté de moi une indienne range soigneusement une grosse liasse de roupies sous les yeux du public désintéressé. Il est de coutume en Inde, de respecter la monnaie papier, les commerçants vous refusent souvent un billet déchiré ou maculé. Sur la tablette d’écolier une espèce de coupelle remplie de gelée sale avec une vieille brosse à dent sert à coller les timbres sur les cartes et enveloppes. En sortant je passe chez Patrick acheter du pain d’épices et je prends le bus 508 pour Elanthoppu. Soirée TV en perspective (Sister Act) pour se détendre.
Quinzième jour :
UN ANNIVERSAIRE QUI ROULE.

Ca y est, j’ai cinquante neuf ans, et je me suis enrhumé, faut le faire avec trente degré. On frappe à la porte de la chambre, c’est Jaga ; il pensait que nous devions aller à Pondi, je lui offre un jus de fruits pendant que je prends mon petit déjeuner. Nous retournons en bus chez lui, ou toute la famille me salue. Je rebois un bon tchaï et je remplace le fameux néon par le hublot. Le papa de Jaga me prépare une tisane (ou soupe) avec des herbes dont il connaît les pouvoirs astringents. Les battements des bugadières locales résonnent autour de la maison, elles lavent le linge ou plutôt écrase le linge sur leur pierre à laver, femmes et jeunes filles ont toutes les taches de la vie familiale le nettoyage, les courses, l’éducation des enfants et la cuisine. J’ai donné cents roupies au plus jeune des frères, il est revenu avec un sac plein de poissons et de crabe. Le repas préparé par les sœurs et la maman est délicieux, il y a trop à manger, omelette, œufs durs et beignets de légumes. Avec mon ami nous sommes les seuls à manger, la gente féminine nous regarde en souriant, je prends très peu, pour ne pas le vexer, mais un peu de tout. Il en restera pour les prochains jours. Jaga me demande quand est-ce qu’il pourra venir en France, ce que je sous-entends quand pourrai-je lui payer son voyage ? Je ne peux lui répondre franchement. Je retourne à l’hôtel pendant que le papa fait sa sieste, je ferai pareil dans la 213. En fin d’après-midi j’entends encore les haut-parleurs brailler dans le village, ce n’est pas mon anniversaire que l’on fête mais un autre dieu. Trois gosses jouent aux billes, les autres regardent, je me fends de 10 roupies chez le petit commerce du coin et je reviens distribuer 20 billes, le championnat est lancé. Là dessus, arrive un autre groupe de minots apparemment moins favorisés, comme je n’ai plus de billes je donne la dernière pièce de 5 rps au plus petit, il a 5 ans et je lui demande d’aller en chercher chez le commerçant. Il revient avec plus de billes que moi, il est tellement chargé que son short rapiécé tombe à chaque pas. Qu’elle loyauté pensai-je ! Je lui donne deux billes (bolli) comme aux autres et ils partent ravis, jouer. J’assiste à une petite cérémonie devant une statue d’un dieu, les enfants reviennent me serrer la main avant d’aller chez eux. Allez, ce soir soirée télé et Pepsi-Cola frais. Vers vingt et une heure Jaga vient m’apporter un baume pour le rhume, il me masse le crane avec cette pommade camphrée genre vick. Je lui avais parlé de mon voyage éventuel à OOTY, il me ramène les horaires des trains et le prix des billets, je l’en remercie et lui souhaite une bonne nuit.
Seizième jour :
BELLE RENCONTRE.

Promenade sur la plage de bon matin, j’y croise deux jeunes anglaises au teint opalin et un blanc accompagné d’un chien, nous nous saluons mais rien ne se passe. Je vais à Divaneri, le petit village des pécheurs que j’ai déjà dessiné jouant aux cartes. Je me hasarde dans les rues bétonnées, toutes les maisons sont neuves comme un village vacances, la générosité des allemands, suisses et hollandais a été concrétisée après le tsunami. De nombreuses plaques, des peintures sur les murs et les barques des pécheurs témoignent de cet élan de solidarité. Quelques clichés après je regagne le petit village de SALAVAN KUPPAM qui se trouve de l’autre coté de la route, il n’y a aucune maison sur le bord, il faut marcher un petit kilomètre pour trouver enfin un terrain de sport et les maisons du village protégées par les palmiers et cocotiers. Plusieurs plans d’eau sont bordés d’habitations colorées avec jardinets et statues. Un grand ensemble scolaire de six ou sept bâtiments et rempli d’élèves qui étudient dans un silence rompu par les corbeaux. Les maisons sont récentes en granit et marbre, devant chacune trône souvent un quatre quatre Suzuki ou Tata, des motos et vélos complètent les entrées de jardins.
Je prends beaucoup de photos, un monsieur m’interpelle. Assis dans un grand fauteuil en vannerie il me propose de m’asseoir et de prendre un thé. Il se présente, il est sociologue, sa fille de trois ans est dans les bras de son épouse qui est vite venu avec le thé. Nous parlons de nos familles et de la vie en Inde, je ne sais pas ce qui arrive à ce moment là, peut être j’ai zappé dans notre conversation en anglais, certains mots, mais il me demande si je veux me marier avec une indienne. Etant moqueur à mes heures je lui réponds (Why not !).Mais je rajoute que cela doit être difficile pour un étranger de se marier avec une indienne. Il me propose de rencontrer une de ses amies divorcées, comme moi ; sans attendre ma réponse il passe un coup de téléphone. Trois minutes après je vois arriver une superbe femme en sari jaune qui arrive entre les rayons de soleil qui traversent l’ombre des cocotiers. Je suis ému et en même temps gêné. Elle s’appelle LEEMA, enseignante elle donne des cours de couture pour une association caritative, dans les villages environnant. Elle parle mieux l’anglais que moi (ce n’est pas un exploit). Nous nous donnons un rendez-vous le lendemain à douze heures, pour un petit lunch, elle me demande avec sourire si je préfère un repas européen ou indou, je choisi le second. Je remercie mon sociologue de cette venue, puis je les quitte tout bouleversé en les remerciant mille fois. Je pense : jacques qu’est-ce que tu fais ? C’est peut-être mon cadeau d’anniversaire que je n’ai pas eu hier ? Cela va trop vite en Inde parfois. Je rejoints ma chambre, il y a du monde, des indiens se sont arrêtés pour prendre leurs repas. Pendant que je dessine, l’un d’entre eux me branche sur la religion, commercial à Chennai, il connaît un artiste peintre qui réalise des tableaux en osmose avec la spiritualité, du dessin à la couleur tout a un sens divin. Il m’ouvre son ordi pour me présenter le site de cet artiste. Peut-être je le rencontrerai en décembre à Chennai ? Bon un peu de repos car aujourd’hui cela fait beaucoup d’événements qui me bousculent, je dois passer une bonne nuit.
Dix-septième jour :
PREMIER REPAS INTIME.

Ce vendredi s’annonce bien, il fait beau, les corbeaux se heurtent à la baie vitrée de la chambre, un peu comme le film de Hitchcock, "LES OISEAUX". Je pense que les baies vitrées légèrement teintées font office de miroir, au lever de soleil les corbeaux foncent dessus cet horizon rouge. Grande lessive personnelle, slips et T-shirts sont lavés au savon lemon, cela sent bon. Ma toilette faite, je rejoints Leema, la petite couturière, je la trouve dans le local qui lui sert d’école de couture. J’offre à toutes ces dames des échantillons de parfums français et des savons Gallimard, je dessine au tableau noir quelques motifs de broderie indiens, cela les fait rire. Nous partons tous deux vers sa maison, l’une de ces habitations du tsunami, elle me fait remarquer que le village est différent de Divaneri, en effet sur l’arche que je n’avais pas vue, il y a marqué : TSUNAMI NAGAR, nagar ce suffixe veut dire village. Je pose mes tennis comme elle quitte ses tongues sur le pas de l’entrée, la première pièce en ciment lissé comme les autres, lui sert de cuisine et de salle à manger, au milieu trône une machine à coudre singer en bon état. Deux autres pièces dont l’une créé pour la cuisine, sert à Leema de rangement pour tous ces tissus et vêtements qu’elle confectionne, l’autre est sa chambre. Un escalier extérieur conduit à la terrasse, dessous se trouve la partie sanitaire. L’eau commune est à l’extérieur, un jardinet de pierre accueille le linge à sécher. Elle a acheté quelques morceaux de poissons qu’elle me prépare avec du riz et des légumes, elle porte une robe blousante à motifs géométriques noir et blanc, une rose rouge épinglée à l’épaule. Le réchaud à gaz est posé à même le sol, elle fait la cuisine accroupie en faisant attention de ne pas salir le parterre. Pendant ce temps les voisines passent et repassent devant l’entrée, elle a bien entendu tiré le rideau de la porte d’entrée mais la brise me laisse entrevoir ce petit manège de curieuses. Elles ne sont pas dupes, les chaussures laissées à l’entrée signalent la présence d’un homme. Leema me montre une série de photos (lors de son engagement), elle me les explique. Avant d’entamer le repas nous nous lavons les mains dans le jardinet, elle est toute souriante. Je la remercie de cet agréable moment, elle m’explique qu’elle doit partir donner d’autres cours de couture. Nous nous laissons, en nous donnant rendez-vous pour dimanche après-midi. Retournant par le village des pécheurs, deux enfants m’appellent par mon prénom, ils veulent revoir mes derniers dessins, récupèrent mon carnet et redessine sur leur cahier l’un d’entre eux. Pendant ce temps je vais me baigner à la plage toute proche. A la résidence je me rafraichis d’un Lassi (boisson à base de lait caillé aromatisé et sucrée), après un petit tour dans le village je regagne ma chambre 213. Pas de télé ce soir, car il y a un problème avec le câble.
Dix-huitième jour :
PAS DE CASH.

Pas de plan précis pour cette journée, je pars de bonne heure à Mahabalipuram, je me ballade tranquillement dans ARJUNA’S PENANCE, le plus grand bas-relief du monde creusé à même la roche. Il y a toujours du monde, des diseurs de bonne aventure, des mendiants beaucoup de singes et des chèvres omni présentes sur les rochers glissants qui paraissent ventousées comme les geckos sur les murs. Je vais prendre mon lunch au Nautilus, assiette de riz, végétables et lemon soda. Je dessine une nouvelle esquisse pendant qu’à l’extérieur, on goudronne la rue, le patron du restau doit être content. Dans la salle les serveurs posent des embouts en plastique sur les fauteuils récemment réparés. Au shore temple, je fais le tour des étals pour trouver des petites voitures en plastique, je négocie en prétextant que j’ai seulement quarante roupies, en fait je n’ai plus d’argent. J’achète mes voiturettes avec mes quelques billets, puis je me dirige vers le seul DAB du village, ma carte bleue en main celui-ci est OUT. Je vais aussitôt chez PRITHVI, il est fermé, je trouve un autre commerçant mais comme il ne me connaît pas il faut mon passeport Avec ma clé USB qui ne me quitte jamais (pour cause j’ai tous mes documents scannés soigneusement rangés) je fais imprimer une copie de mon passeport en disant au commerçant que je reviendrai lui payer après avoir retiré du cash. Ceci fait, j’y retourne payer mes dettes et je prends trois bananes, une bouteille d’eau et des biscuits pour la soirée. Je la passe devant WALKYRIE, le dernier film de Tom Cruse, je m’envoie aussi quelques pubs de X Instinct, Docomo, Maggi, Garnier et la marque de Coca-Cola "7up ".
Dix-neuvième jour :
POULET DOMINICAL INDIEN.

Grisaille de bon matin, agrémentée de chants chrétiens et des coassements de corbeaux, je m’envoie avec toujours autant de plaisir, mes toasts, jam et coffee tea. Fil conducteur du jour, aller manger un poulet Biryani chez Leema (poulet cuit vapeur avec du riz parfumé par le curry épicé qu’elle fait faire). Toilette oblige pour un rendez-vous galant, je me rase de prés et me parfume avec du Yves Rocher. En route pour Tsunami nagar, ce n’est qu’à un kilomètre, elle m’accueille tout en faisant cuire son poulet dans un cuit vapeur qui laisse passer la vapeur par le joint trop âgé. Je l’aide en coupant les oignons rouges en petits morceaux, elle ajoute du sel et du caillé et cela fait une excellente entrée (du raita). Leema m’explique que tous les ustensiles de cuisine ont été achetés à un prix très bas. Vers quatorze heure trente nous allons prendre un rickshaw, chacun a son rickshaw préféré, et son tél sur son portable, mais nous attendons une bonne demi heure sous le soleil. Comme c’est dimanche, celui-ci a bien mangé et fait la sieste : traduit du tamoul par Leema ! Dés notre arrivée, elle me conduit à la boutique où elle achète habituellement ses tissus, la boutique est placé sur la rue principale face au réservoir d’eau (tank), je choisis deux lungi (pièce d’étoffe portée à la taille, mais passée entre les jambes pour le dhoti) un rouge sombre et un bleu ciel qui est la couleur adorée par Leema. Nous rencontrons des personnes qu’elle connaît, je pense qu’elle n’aime pas se montrer en public, surtout avec un européen. Elle est distante et je me tiens à un mètre d’elle, sans faire preuve de familiarité. Quelques emplettes dans la rue principale, des fruits et deux pommes puis je reprends avec elle, un rickshaw à douze ! Nous prenons un thé au café chez elle, quelques mots gentils clôturent cette après-midi et pars vers le bord de mer. Cette dernière particulièrement agitée a empêché les pécheurs de sortir ce matin, je leur donne un coup de main pour monter les bateaux plus haut sur les dunes, le temps et gris mais il ne pleut pas. En revenant à l’hôtel, des gars sont en plein lavage de leur gros 4X4, ils ont pris des chambres pour deux ou trois nuits. Je fais vite connaissance car j’ai appris qu’ils se rendent à OOTY, je leur montre ma brochure, ils me disent que la route est coupée après COIMBATORE (cela est situé entre CHENNAI et KOCHI au pied des montagnes NILGIRI). Les récentes pluies diluviennes ont entrainé des villages, voies ferrées et routes, ils doivent y séjourner une semaine pour du négoce avec Singapour. J’ai déjà fait acheter mes billets de train par Jaga et je commence à m’inquiéter sérieusement sur le devenir de ce voyage. A la télé ce soir un film d’animation primé au festival de Cannes "WALTZ WITH BACHIR" c’est génial, il est en hébreux, sous-titré en anglais.
Vingtième jour :
VISITE CHEZ BABA.

Jaga m’invite pour manger chez lui, avant nous allons faire une visite à l’ashram de BABA, souvenez vous à mon arrivée, Jaga souhaitait me trouver une chambre et ce jour là, le concierge n’y était pas. Le jardin est toujours aussi beau, le jardinier taille à la machette, ils ont du progrès à faire en matière horticole. Je cueille quelques graines d’un arbre à fleurs jaunes, un genre de mimosa et d’un autre à fleurs roses comme de petites orchidées, le pré haut des prières, est de marbre blanc, l’autel est fleuri et décoré de statue de BABA, une grosse cloche en bronze et une chaine stéréo diffuse en continu des cantiques commençant tous par Om, invocation sacrée. Comme nous retournons chez Jaga, je lui dis que je vais rentrer à pieds par les villages. Tout au long de la route se succèdent des petits ateliers de bricolage, un récupérateur de cordes et sangles, un ferronnier et son poste à souder, des poissonniers et leurs poissons à même le sol sur des sacs de chanvre. Chez Jaga le repas est servi sur des feuilles de bananiers, ses frères me tendent une fourchette mais je n’en veux pas. Au menu : poissons, crevettes, œufs durs nature et soupe maison pour arroser l’ensemble, assorti d’une dosa (crêpe très fine à la farine de lentille). A l’accoutumée, les femmes et les enfants ne mangent pas avec nous, seuls chats, poules et corbeaux s’approchent de la table. Pendant ce temps, le papa fait ses dévotions à Buddha, nous allons nous refugier sous le grand arbre pour une petite sieste éveillée. Jaga veut me montrer le village de très pauvres situé au nord de Pattipullam, avec son association caritative ils s’en occupent. C’est à mi distance de l’hôtel, des mares résistent encore au soleil, des enfants repiquent du riz (assez rare de nos jours mais ce sont vraiment des démunis) les quelques habitations sont de terre, d’herbes et de bouse malaxées, le toit est en palmes. Il n’y a pas d’eau, pas d’électricité et vivent de l’élevage de poules, pintades et dindons blancs, quelques chèvres leur donnent un peu de lait. L’association caritative leur offre un peu de nourriture, des médicaments et de l’eau. On me raccompagne à la résidence, je reprends mon carnet de croquis, le jour faiblit, je vais au village d’Elanthoppu, Prés du dépanneur local (la boutique où l’on trouve tout !) des ouvriers montent un pylône relais d’antenne téléphonique de plus de vingt mètres de haut, ils travaillent pieds nus, sans protection seulement avec des cordes et des poulies. Ils ont confectionné un camp de toile en plastique bleu en guise d’hébergement, j’ai appris qu’ils sont payés à la tâche et qu’ils ont l’habitude de ce genre de travail.
Vingt-unième jour :
PLEINE LUNE, CE SOIR.

Sur le calendrier Tamoul, ce mardi premier décembre est marqué en rouge, Leema m’a invité à manger à midi. Dés le matin je vais boire un thé à l’arrêt de bus, qu’elle animation, des techniciens de partout, des bus, une voiture de police et un énorme groupe électrogène sur un camion. A première vue, ils viennent tourner un film dans la belle maison jouxtant la résidence ; il y a quelques jours ils étaient venus faire des repérages, aujourd’hui ce doit être le tournage de certaines scènes. On tire des câbles de toute part, des projecteurs sur trépieds sont installés, des pupitres techniques sont placés sous les arbres. Je ne veux pas trop m’éterniser, les enfants m’appellent pour que je vienne voir leur maison. Je suis conduit dans une propriété close par un grand mur, une grille me fais découvrir un beau jardin, des « arbres du voyageur », des fruitiers, des cannes à sucre des orangers, beaucoup de plantes rares que je n’ai pas l’habitude de voir dans les jardins, il y a une piscine et du personnel pour le service. Les enfants sont vêtus d’habits « du dimanche » bien propres, la jeune fille me présente aux parents, et au reste de la famille. La maman me montre le diplôme et la médaille que la jeune fille a reçue lors du festival de danse de Mahabalipuram, en décembre dernier. Bien que ce soit Férié aujourd’hui, les livres et cahiers scolaires sont ouverts sous la terrasse, je peux voir les appareils ménagers dans la cuisine, des robots marie pour faire la pate à beignets ou les galettes, des mixeurs et bien sur une télé écran plat. Le papa me propose un tchaï, je le refuse courtoisement car je suis attendu chez ma copine. J’arrive chez elle, il n’y a personne, elle est chez l’épicier du village, je m’assieds sur le devant de porte pour fumer un bidi, elle apparaît en sari blanc imprimé de motifs noirs avec un jeté de soie sur les épaules du même motif mais sur fond noir. Avec un grand sourire, elle me dit namaste, elle me dit qu’aujourd’hui c’est la fête des lumières, ce soir vers dix huit heures, toutes les maisons se pareront de luminions. Leema me prépare des dosa, galettes de farine de lentilles, la sauce est toujours hard ! Mais c’est très gouteux. Nous parlons un peu cuisine, elle a un petit problème à l’œil, je lui ai amené un collyre. Je la laisse se reposer sur son lit sans matelas et je repasserai après avoir été à Mahabalipuram. Presque tout est fermé, peut-être est-ce la fête des lumières ? Au Nautilus, jean jacques le patron me parle des nouvelles du monde, il est vrai que depuis un mois je suis OUT. Il y a eu un crash financier à Dubaï et les nouvelles de la crise mondiale ne sont guère rassurantes. Je lui dis que ce soir c’est une fête des lumières dans les villages, il n’est pas au courant et demande à son personnel qui le confirme. Il me raconte que depuis vingt ans qu’il est installé ici, quand tu poses une question, tu n’as souvent aucune réponse précise. Nous parlons des français qui viennent s’installer en Inde, ils ont des déboires parfois, car ils font confiance à la première personne venue, puis après arrivent les problèmes. Ma chance, me dit-il, est d’avoir rencontré mon épouse ici. Avant de repartir chez Leema, j’achète des feux de Bengale, je monte dans le bus 588 et arrive chez elle vers dix huit heures. Les sonos du temple sont à plein régime, les néons sont allumés et les bougies scintillent devant toutes les façades des maisons. Des dizaines de gosses font tourner autour d’eux des encensoirs remplis de braises, ce qui fait des trainées de braises telles des comètes. Dans le temple on leurs distribue de la nourriture chaude dans des feuilles de palme. Il tombe quelques goutes, cala n’arrête personne. Nous terminons avec Leema les restes du repas de midi, comme la pluie redouble, elle me propose de rester là ce soir, j’évite cela fera parler et j’ai peur des retombées qu’elle pourrait avoir. Entre de gros nuages, je cours à la résidence, dans la villa d’à coté les projecteurs sont allumés, protégés par des bouts de tôle. Une voix amplifiée, je pense au metteur en scène, ne s’arrête pas de la nuit. La pluie redouble sur ma terrasse, et je m’endors tout de même.
Vingt-deuxième jour :
SOIREE ARROSEE.

Un mercredi 2 décembre peut-être pas comme les autres, en règle générale il se passe toujours des imprévus dans ce pays. Il ne pleut pas et je profite pour faire un peu de lessive, j’ai tiré un fil de pèche récupéré sur la plage et j’étends mon linge sur la terrasse. Jagathesan vient me faire un petit coucou, je lui montre les lungi, il m’explique comment les porter, tout en rigolant. Il veut me présenter à sa grande sœur et à son beau-frère, que j’avais rencontré déjà il y a cinq ans. D’accord pour la fin de la semaine, le village agricole est après la ville de KANCHIPURAM, à deux heures de Mahabalipuram cette ville de deux cents mille habitants est célèbre pour ses tissages de soie ou de coton. Je prends mon breakfast pendant ce temps Jaga enfourche sa Honda. Je prends un rickshaw famille pris en sandwich entre les cheveux noirs parfumés de ces dames, et les sacs de poissons que charrient deux messieurs. Le soleil tape, je me réfugie dans la zone touristique, prés du musée de la sculpture, au pied du phare. Le bâtiment de ce musée est très sympa, il abrite plus de trois mille sculptures réalisées par les locaux mais cela ne m’intéresse pas. Les grands arbres abritent toujours autant de touristes que des chèvres, comme il y a plusieurs sentiers entre les gros rochers, qui grimpent au phare, c’est un endroit prisé par les jeunes couples qui souhaitent se tenir à l’écart. Vers treize heures je vais manger un thali plat traditionnel du sud qui est servi à volonté, et boire une 7up, bien fraiche, je salue un couple de routard français du nord, peu bavard. Je passe plus d’une heure au cyber café, l’ordi qu’elle me confie est très lent, je ne peux que lire la centaine de mails arrivés en deux ou trois jours. Bus 590 en direction de Chennai, je me fais déposer à Divaneri, un peu de marche et une siestounette sous les palmiers. A la tombée de la nuit, il se remet à pleuvoir gentiment, de nouveaux indiens sont arrivés dans la chambre d’à coté, pour passer la nuit. Nous partageons la terrasse, eux prennent leur repas chaud que leur porte le cuistot de l‘hôtel, je viens tirer quelques bouffées de bidi pendant les publicités qui coupent le film CONDEMNED (je l’ai vu en DVD en France). Ils me proposent de boire un verre de Brandy et de m’asseoir avec eux, ils ont toujours le sens de l’hospitalité. Nous faisons connaissance, l’un d’eux est plus qu’éméché et me ressert un autre Brandy, il va bien dormir, moi aussi.
Vingt-troisième jour :
VISITE DES RIZIERES.

Temps gris menaçant, le thé n’a pas été livré à la boutique du coin, je remonte à la résidence, pas de breakfast ce matin, mais l’adorable patronne me propose un Puri galette cuite qui gonfle lorsqu’elle est cuite, j’ai essayé plusieurs fois d’en faire mais elle ne gonflait pas, le petit truc dévoilé par une indienne, est d’y ajouter une cuillère à café de sucre dans la farine. Je m’en lèche les doigts au sens propre. Je lui demande si elle peut me faire laver mon jeans en velours noir, je prépare mon départ pour OOTY, il y fait froid. Elle le donnera à la voisine. Comme le ciel se dégage, j’en profite pour marcher sur la plage et regagner en coupant la route, le village retiré des « pauvres » comme dit Jaga. C’est une partie éloignée de Pattipullam, il y a quelques chaumières à la paille moisie, des maisons en dur, récentes, des boutiques dont un bijoutier avec sa balance pour peser l’or. Il y a toujours du monde chez ces commerçants là, ils servent plus d’office de mont de piété, pour gager les bijoux que de vente. Je croise un sâdhu très maquillé qui se prête à la pose, moyennant quelques roupies et un marchand de popcorn auquel j’achète trois paquets. J’arrive à l’improviste chez Jaga, il n’y a que son petit frère et le papa qui fait sa toilette au robinet de la rue. Jaga arrive de la ville, un document filigrané en poche, c’est un contrat, son grand frère a obtenu la responsabilité d’une agence d’assurance. Jaga me propose un lunch, j’esquive en disant que je repars faire des dessins. J’aperçois à la sortie du village du monde dans les rizières, j’y vais tranquillement, le paysage est extra plat, bordé de palmiers et petits arbres genre tamaris. Les cultivateurs, les ouvriers sont adultes, accompagné de femmes. C’est la pause déjeuner, ils sont tous réunis au bord des étendues d’eau, les plants de riz soigneusement empilés dans l’eau ont été répartis par les dames. Elles ont sorti de leur cantine en fer blanc, le repas de midi qu’ils prennent dans des assiettes en feuilles de palmes tressées (quel chic) je propose des bidi, ils font la provision. La pluie recommence doucement, je rentre. Tout en buvant mon Lassi, je note et retravaille certains dessins. Jean Jacques (le patron du Nautilus) me dira plus tard que je prends des risques à aller dans les rizières, car quand il y a des céréales, il y a des petits rongeurs et quand il y a des petits rongeurs, il y a forcement des cobras. J’en ai eu froid dans le dos.
Vingt-quatrième jour :
HISTOIRES DE SERPENTS.

Quelques goutes de pluie vite dissipées, ouvrent ce vendredi. Mon breakfast consommé, je prends le bus direction Mahabalipuram. Il faut que j’achète de la pommade au camphre, pour le dos de Leema. Comme tout bon vendredi qui se respecte un grand nombre de commerces est fermé, la pharmacie de service comme on dit chez nous, ouvre à quatre heures. J’achète une douille à baïonnette de rechange, pour mon ami Jaga, au passage je prends un ballon de foot, j’en ai bien remarqué avec un T-shirt bleu avec le numéro dix. Je mange au Nautilus, Jean Jacques me fait la compagnie et me met en garde sur les balades en rizières et les cobras. Il me raconte qu’une après midi, pendant sa sieste dans le jardin d’un ami, un cobra lui est passé sur la jambe. Son ami tétanisé lui dit de ne pas bouger, de toute façon il était pétrifié, l’animal a continué son chemin et il m’assure que les secondes sont très longues dans ces moments là. J’ai toujours ma seringue aspi venin, mais hier je ne l’avais pas prise sur moi. Je lui raconte à mon tour que cinq ans en arrière, je chassai les papillons aux superbes couleurs dans un jardin d’agrumes quand j’ai vu un serpent d’un très beau vert se balader de branches en branches, cela m’avait refroidi. Après avoir déjeuné je file au cyber café, Le computer est récent, je visualise mes messages, et j’écris aussi à l’ambassade de France à Pondi, au sujet de l’escroquerie dont j’avais été victime il y a cinq ans. Je retourne à la pharmacie, mais ils ne connaissent pas le pot vide de crème de massage que j’ai amené. Bredouille, je visite l’arrière de Mahabalipuram que je ne connais pas. J’y découvre l’église Sainte-Marie et son collège, ils préparent les fêtes de Noel (déjà). Je rentre chez Leema en rickshaw, elle me fait goutter des crabes et une omelette. La troisième assiette au sol sert de poubelle de table, elle est pleine de mes déchets, celle de Leema contient seulement quelques grosses pinces, elle a tout mangé. Pendant le repas elle me raconte avoir eu une dure journée, elle me montre ses quelques bijoux en or et des documents pour 19000 roupies (somme qu’elle a gagée à ce jour). Je l’invite à venir manger à la résidence demain vers quatorze heures, puis je repars dans l’obscurité. Je m’endors peu après le film de Depardieu et Reno, "TAIS-TOI".
Vingt-cinquième jour :
REPAS en RESIDENCE.

Samedi 5 décembre, grand soleil depuis ce matin, je fainéante au lit ce matin, je n’ai rien d’autre à faire que d’attendre Leema pour le déjeuner. J’ai réservé le repas au cuistot. Elle arrive à l’heure en rickshaw, toute de rose vêtue, la patronne de la résidence nous accueille et parle avec elle en hindi (ils la connaissent bien). Nous nous installons et le garçon nous porte un seul plateau, je pense en avoir commandé deux, Leema le lui dit. Il y a de trop à manger, mais cela ne fait pas peur à mon amie qui engloutit à pleine main ce thali. Elle ne veut pas du tchaï, elle retourne bosser dans son association de couturières vers quinze heures. A l’arrêt de bus elle plaisante (surement sur moi) avec la maman qui s’occupe de la boutique où je prends mon thé le matin. Depuis deux ans, Leema lui a confectionné cinq vêtements, c’est une de ses meilleures clientes. Petit tour sur la plage en solitaire, seules trois indiennes ramassent du bois sec pour le foyer. La journée se termine autour du temple, les enfants jouent toujours avec mes billes.

Vingt-sixième jour :
VISITE DOMINICALE.

Je me lève de bonne heure et je me prépare vite car Jaga doit venir me chercher pour aller passer la journée chez son beau frère. Le village de ce dernier, est à dix kilomètres de KANCHIPURAM, célèbre pour ses deux cents temples, dont l’un deux est perché sur un rock style les météores en Grèce. Il y a cinq ans j’avais gravi les centaines de marches pour me faire bénir et marquer sur le front d’un tikka ou tilak, point que les prêtres dessinent sur le front des dévots hindous. Nous arrivons en bus à Kanchipuram, puis nous prenons un rickshaw pour aller au village, sur une route aussi trouée qu’une dentelle bretonne. En compagnie d’une paysanne qui transporte un rouleau de gros tuyau d’irrigation, nous sommes bien secoués et souvent je bloque ce rouleau avec mes jambes pour qu’il ne s’éjecte pas du véhicule. Nous arrivons au milieu d’une fête, des arches de feuilles de bananiers sont mises sur la rue principale avec des images pieuses. Tous préparent des quantités de riz monstrueuses (des chaudrons de deux cents litres), les sonos amplifient les chants que les enfants répètent par cœur sous les dais de toiles colorées. La sœur de Jaga m’accueille avec un grand sourire, son mari tout aussi souriant me tend une chaise en plastique. La maison a été transformée, ils ont réuni les deux petites bâtisses par des murs en béton, les menuiseries sont posées mais pas encore scellées. Il me promet que je pourrai venir coucher chez eux l’année prochaine, le premier étage sera terminé. Repas du dimanche avec du poisson, du poulet et du bœuf, la feuille remplie de riz épicé, un très bon repas que j’apprécie. Le beau frère me donne des noix de coco que Jaga ouvre pour nous désaltérer. Les enfants du village rappliquent voir l’étranger, l’un d’entre eux s’amuse avec un gros scarabée doré qu’il fait tournoyer autour de lui au bout d’une ficelle. Après un café noir au gingembre, nous allons faire le tour de la fête, je suis invité à m’asseoir avec eux, je trouve difficilement une place au bord. Nous partons vers le fleuve dont le lit très vaste est à moitié plein, des femmes lavent le linge et des enfants pèchent à l’ombre d’un énorme viaduc qui conduit l’eau potable à Chennai. Les enfants me taquinent avec des histoires de « snake », je fais l’effarouché pour éviter ce sujet. Quelques pâtisseries terminent cette visite. Je donne avant de partir un billet de cent roupies à la sœur de Jaga, comme elle le refuse je le tends à ce dernier, pour qu’elle l’accepte. Le retour est un petit bonheur, nous prenons un petit bus arrivé là par hasard. Puis un second archi complet avec des indiens sur le marche pieds du véhicule, nous conduit jusqu’à Mahabalipuram. Un rickshaw me reconduit à l’hôtel, pour une douche chaude et une nuit plus tranquille.
Vingt-cinquième jour :
DERNIERE JOURNEE AU KBV RESIDENCY.

Journée de transition, je n’ai rien à faire aujourd’hui si ce n’est qu’un repas avec Leema et les ladies du village de pécheurs. Je prends mon petit déj à coté d’un couple de musli dont l’épouse quoique voilée, s’intéresse à mes dessins. Vers les treize heures je me rends à l’arrêt de bus, je patiente plus de trois quart d’heure, mais pas de Leema ; je pars donc à Mahabalipuram seul. Je vais retirer du cash puis je mange un thali au Mamalla bhavan, je vais au cyber café transférer trois cents photos sur ma clé USB, c’est plus sur. Je retire aussi des roupies chez Prithvi pour régler mes dernières notes, repas et boissons pris à la résidence. Je fais un petit tour d’adieu à Elanthoppu, je salue les commerçants, l’un d’entre eux m’offre des biscuits, les enfants me disent au revoir et me demandent si je serai là pour Christmas, je leur dis non.

Vingt-sixième jour :
EN ROUTE POUR CHENNAI.

Valise prête, je monte dans le bus pour Chennai, quinze roupies pour aller à la nouvelle station de bus qui est en périphérie puis deux cents cinquante pour le rickshaw jusqu’à l’hôtel Broad lands conseillé par le Petit Futé. J’y séjournerai trois ou quatre jours de façon à être sur place de bonne heure pour prendre le train en direction d’OOTY.
* BROAD LANDS18. Vallabha Agraharam St., Triplicane, Chennai.
#61481; (044) 2854 5573. broadlandshotel@yahoo.com.

C’est une très vieille bâtisse avec ses portes et fenêtres bleues surmontés de demi-lune façon paon ajouré de petites vitres décorées. Un dédale de petites cours et d’escaliers assez raides me conduisent à la chambre 28, au premier étage. La chambre est toute peinte en blanc de chaux, un carrelage marbré brun, met en évidence les menuiseries laquées bleues. J’ai choisi au plus économique, une chambre à un lit, le sanitaire étant sur le palier. C’est très calme, nous sommes dans le centre du quartier populaire de Chennai, TRIPLICANE. La fenêtre coté cour donne sur la grande mosquée, avec ses minarets ; je suis aux premières pour toutes les prières pour Allah ! Quelques touristes anglophones et des français sont mes voisins. Après avoir posé ma valise, je vais faire une reconnaissance du quartier, c’est endroit à majorité musulmane, donc animé de nombreuses boutiques, entreprises d’informatique et impression laser en très grands formats. Des indiens pieds nus assemblent des affiches monumentales avec des petits tubes de colle. Beaucoup d’entreprises de sérigraphie, mon ancien métier de jeunesse lorsque j’imprimais des T-shirts de Woodstock, pour les vendre au festival d’Avignon. Je déjeune dans l’un de ces innombrables cafétérias indiennes, d’un simple thali avec de l’eau pas fraiche. A force de tourner dans ces quartiers je finis par me perdre, heureusement que j’ai sur moi le porte-clé en cuivre du Broad Land. Je découvre aussi un grand stade, mais de cricket. Une fois à l’hôtel je me remets de cette longue balade en dessinant dans la cour ombragée. Le concierge sympas veut que je le dessine, il est beau ça aide ! Ici il n’y a pas à manger, c’est normal avec tous les restos et échoppes de bouffe qui nous entourent. Je m’achète des brioches roulées recouvertes de crème sucrée à la noix de coco. En passant devant le hall d’entrée, je vois une télé qui marche mieux qu’au KBV Résidency, mais je suis fatigué et je vais au lit de bonne heure.
Vingt-septième jour :
PROMENADE A TRIPLICANE.

Les hauts parleurs de la mosquée me réveillent à 6 heures, ils sont nombreux à se prosterner sur la pelouse aussi grande qu’un terrain de foot. Je me rendors car j’ai été enquiquiné comme on dit chez moi, par les moustiques ; dans le sud il n’y en avait pas. Vers 9 heures j’émerge, mon voisin américain a vomit toute la nuit, en plus de la diarrhée, une mauvaise nourriture en est la cause me dit-il. Il a vu dans la nuit un rat plus gros qu’un chat passer dans la cour, c’est le rat d’hôtel ! Après ma toilette, je prends le bus 32 (à 5 roupies, l’aller et 2 roupies le retour, je ne sais pas pourquoi ?) pour aller à CHENNAI CENTRAL, la gare ferroviaire de Chennai. Je viens confirmer mon trajet en train, mais on me dit que cela n’est pas nécessaire. A Triplicane, je me balade encore avec mon objectif tourné toujours vers ces petits métiers que chaque pas me fait découvrir. Dans le grand hôtel international d’à coté je me fais servir dans une salle sur climatisée, un black coffee sans sucre, et de la marmelade en sachet jetable accompagnée de toasts pour 32 roupies. Je dépose par la suite mes billets et passeport dans ma chambre, les français d’à coté sont partis laissant devant la porte un sac rempli de jaquettes de CD ou DVD, c’est trop volumineux dans le sac à dos ! Je me repose et l’après midi je m’évade à nouveau dans le quartier. J’ai pris la carte de visite du Broad Lands, cela est nécessaire car je me perds encore une fois, je suis bien sur TH Road mais cette artère doit faire 4 ou 5 kms. Mon repère est le STAR CINEMA, il est connu et à chaque fois les indiens me dirige vers celui-ci. Foison de photos et de croquis pris sur le vif dont un superbe rickshaw wallah très âgé en train de faire une pause. Le suffixe wallah marque le métier : tchaï wallah, vendeur de thé ; pani wallah, porteur d’eau. Je reviens à la maison, après avoir parcouru plus de 5 kms en tongues. Je m’assieds épuisé dans l’une des cours intérieurs et je dessine entre autre le vieux monsieur. Il est beau et fier, malgré sa maigreur cachée par un pliage à la grecque de son vêtement. Il assure avec ses grosses lunettes telles Jupiter sur son trône. Tout en dessinant, je racole toutes les anglaises des alentours, je suis en compagnie très british, échange réciproque d’emails, surtout l’une d’entre elles, est intéressante car elle aime l’art, l’autre rit sans arrêt et la dernière tousse comme la Traviata. Après la prière du soir (à 6 heures) je prends une douche agréablement bien venue, les tongues c’est à l’aise, mais les pieds le soir sont dans un état lamentable ! Pour la nuit j’ai acheté une spirale anti moustiques et quelques bâtonnets d’encens.

Vingt-huitième jour :
EN VOITURE SCHUMACHER !

Dimanche 10 décembre, 7h30 du matin, je vais déguster un Lassi au petit commerce voisin, c’est l’un des premiers moments agréables de la journée. Le local est étroit tout en longueur, et déjà plein de monde, le jeune homme me prépare mon Lassi avec un mixeur phénoménal, une petite hélice au bout d’un flexible relié à un moteur ? Peut-être de machine à laver (bon il n’y en pas beaucoup en Inde) la glace et le caillé sont mélangés et bien moussus. En l’appréciant fortement, je vois en face un salon de coiffure "le SUNBEAM SALON", la façade tout en miroir, cela me donne l’idée d’y refaire mon look. Je tente le coup il y a beaucoup d’indiens, c’est dimanche, et les six fauteuils en skye garanti sont occupés mais le boss me tend un siège en plastique, je n’attends pas et je suis installé illico presto sur le fauteuil. Les instruments sont rangés dans des vitrines à lumière violacée, cela me rassure. Un jeune coiffeur me fait la totale, coupe plus rasage au blaireau. D’une dextérité incroyable, il me coupe les cheveux gris en me dirigeant la tête d’un coup de petit doigt pour mieux me présenter à lui. Après son travail de coupe, j’ai droit à une brumisation du visage et une lotion parfumée. Viennent ensuite, alors que je m’apprête à me lever, une série de massages sur le crane, les doigts croisés du coiffeur venant tapoter mon front et la tempe ; puis un massage plus musclé sur la nuque avec la paume de ses mains. C’est la plus agréable partie de coiffure que j’ai eu et cela pour 20 roupies, j’ai donné je pense 10 roupies de plus.
En sortant, un jeune rickshaw wallah ne me lâche plus, il est très moqueur et dit s’appeler Schumacher, en réalité SURESH,
* RICKSHAW SURESH #61481;9841183982, appelez le, il est très bien.

Son véhicule est jaune Ferrari, il me demande de l’accompagner dans une ou deux boutiques, car chaque fois qu’il rabat des étrangers on lui offre une chemise. Devant sa gentillesse et son insistance, j’accepte de jouer le jeu, et nous voilà parti dans une course effrénée dans Chennai, j’aurai du m’en douter s’il se surnomme Schumacher ! Il me dépose devant un emporium, grand magasin souvent de l’Etat, je fais le tour des niveaux et surtout celui des pashminas Le terme Pashmina vient du persan pashmînah signifiant lainage ou étoffe de laine, et des tankhas. Bilal, l’un des garçons spécialisé sur les tissus anciens m’explique pendant une bonne heure, tous les secrets de ces peintures anciennes. Leurs prix sont hors de mon budget mensuel, sachant que je pars dans les montagnes, je lui dis que je reviendrai après les fêtes avant de retourner en France. Je m’achète un pashmina rouge bien chaud car je pense que j’en aurai besoin en altitude. En sortant de l’emporium, je vois que Suresh regarde avec insistance ma chaine en or autour du cou, il me demande combien cela peut valoir ? J’ai cette chaine depuis des années, elle n’avait plus à mes yeux une valeur sentimentale, et quelques part je me suis dit pourquoi pas la vendre. Il me dit que c’est pour offrir à sa fillette de trois ans, je dis OK pour 4 milles roupies. Il téléphone à sa femme et à la belle mère pour avoir un peu de cash, et nous voilà parti faire le tour de la famille. En route il s’arrête devant un bijoutier et en s’excusant il me demande s’il peut faire peser la chaine, question de confiance, j’accepte volontiers sachant que c’est bien de l’or. La réponse est rapide, il revient avec un grand sourire. Sa femme nous attend avec la petite fille dans les bras, et l’argent à la main. Lorsqu’il me ramène au BROAD LANDS, il est déjà 13 heures.
Je prends le temps de dessiner le concierge MAHENDRA KUMAR, puis je vais manger un "complete mea"l à 30 roupies au self d’à coté. Je feuillette le journal LE HINDU, quelques statistiques sur le commerce indien : les ventes de motos ont augmenté de 96%, les ventes de voitures plus de 42% par rapport à novembre 2008. La mortalité des enfants en régression heureusement, mais en milieu urbain. Tiens un quart de page sur une comédie musicale de France HIP, HOP dans le même esprit que le spectacle BAHARATI que j’ai vu deux fois à Nice. Je ne peux y aller car demain je me lève tôt pour prendre le train. J’allume ma spirale et me couche.
Vingt-neuvième jour :
OOTY, ME VOILA !

Réveil à 5 heures, SURESH a dormi toute la nuit dans son outil de travail, il me dit qu’il gagne environ 300 roupies par jour dans le meilleur des cas. Nous arrivons à l’heure pour prendre le KOVAI EXPRESS, j’ai la place 37 avec mon nom sur le wagon et sur mon siège, c’est rassurant ! Le wagon est climatisé, j’ai froid et je garde mon blouson en cuir. Une tablette sépare en tête à tête les 6 passagers, deux couples d’indiens et un commercial face à mon siège. Le trajet de 6 heures nous permet de faire connaissance, je parle de mon idée de monter à OOTY pour acheter des théiers, le commercial me propose de m’accompagner car il habite là haut. Il m’explique que cela sera compliqué pour moi de m’y rendre car les routes et voies ferrées ont été perturbées par des éboulements de terre suite aux gros orages d’octobre. Je lui dis que c’est OK, la suite me prouvera que j’ai bien eu raison d’accepter. Les quelques arrêts de train sont l’occasion d’une pause cigarette, en cachette car fumer sur un quai de gare donne droit à une amande de 200 roupies. Je mange deux fois des samossas bien chauds, avec du ketchup. Nous descendons à TIRUPUR bien avant COIMBATORE, un rickshaw nous mène à la station de bus, c’est pratique d’avoir un accompagnateur tamoul ! Après 50 kms nous arrivons dans une grande agglomération, je dois rester sur le quai à surveiller les bagages, je ne sais pas pourquoi. En fait il a récupéré sa petite voiture laissée chez des amis, et nous prenons la route des NILGIRI. Très vite nous prenons de l’altitude, la route serpente au milieu de grands arbres de plus en plus denses, des singes et des camions arrêtés, chaque virage me permet de dominer l’Inde du sud (un peu !) Nous franchissons les cimes et arrivons sur les hauts plateaux, l’air est plus frais, mais aussi agréablement parfumé de l’odeur des théiers. Mon conducteur me dis que c’est ce climat qui font les hommes plus robustes et en meilleure santé qu’ailleurs. A chaque borne kilométrique, des singes campent fièrement sur celle-ci, des petites échoppes pour routards et camionneurs sont à l’aguets sur les quelques parkings. Des parcelles de caféiers aux feuilles plus foncées, morcellent les champs de thé tenus à l’ombre par des arbres très hauts qui font office d’ombrelle, Oak silver trees. Mon commercial me dépose dans une bourgade vers 16 heures, je suis envahi par les écoliers et les lycéens qui sortent de leurs institutions. Mon conducteur me recommande auprès d’un indien qui va à OOTY, il lui dit de faire bien attention à ce que je prenne le bon bus. Je lui renouvelle de lui payer les frais jusqu’ici, il me refuse et me disant que peut être un jour je ferai de même en France. Le bus arrive quelques quarts d’heure plus tard, il est déjà complet, je réussis à poser ma valise et à me trouver une place, droit dans l’allée. 12 roupies le trajet, c'est-à-dire plus de 120 kms debout, mais le programme et le chemin prévu seront très contrariés. Des barrages de policiers, nous obligent à changer plusieurs fois de routes, pour prendre des déviations ou les bus ne passent pas d’habitude. Pour tous les virages en épingles, le chauffeur est obligé de s’y reprendre à deux fois, et les passagers sont souvent débarqués pour alléger le bus, un papy descend alors qu’il est surement plus léger que ma valise. Dans ces lacets des colis de marchandises tombent dans les champs, heureusement j’avais attaché ma valise par la poignée à une barre en fer. Le chauffeur arrête, et nous sommes tous à la recherche des colis, nous en trouvons un seul, les propriétaires des ballots sont laissés sur place car la nuit tombe. Dans un virage, une grosse branche brise la vitre arrière, les passagers reçoivent des bris de verres mais sans trop d’égratignures.
J’arrive à OOTY vers 20 heures, le bus aéré par le carreau, et l’altitude, il caille (7°) je suis monté en short mais j’ai la veste en cuir. Mon accompagnateur m’a conseillé d’aller au YWCA, facile à retenir, il est d’autan plus recommandé par le Petit Futé
* Y.W.C.A OF INDIA PROJECT Anandagiri, Ettines Road, Ootacamund- 643 001
#61481;(0423) 2442218 E-mail : ywca.agiri@gmail.com www.ywcaagooty.com

Un rickshaw m’y transporte contre son gré, car il voulait m’héberger dans un hôtel à lui. Je prends la chambre n°4 pour 300 roupies, il n’y a pas de monde, c’est un très bon prix pour une chambre double. La jeune fille de l’accueil me propose pour le lendemain un repas de noël à 150 roupies, je suis un peu étonné de la date, mais j’accepte d’y participer. Des sapins de noël décorés de guirlandes électriques, une crèche dans la bonne tradition et des tables de fête en rouge et blanc, cela me fais plaisir. Un catapultage sous la douche suit ma mise au lit, pour un repos bien mérité.

Trentième jour :
CHRISTMASS FEST !

Au petit jour je découvre cet ensemble hôtelier dominant la ville. C’est une grande propriété avec un bâtiment central, des bungalows annexes, une chapelle au milieu de parterres et massifs tous fleuris. Le jardin se rapproche plus de nos jardins européens, amandiers, abutilons, hortensias en fleurs, bambous, géraniums, fuchsias, dahlias, plantes grasses et bougainvillées font bon ménage. Des arbres sont travaillés en topiaire, en forme d’éléphant. La chambre N°4 au premier étage est au dessus de la réception. Un couloir sépare toutes les chambres des salles d’eau. Ma chambre est une belle pièce de 5m sur 3m aux murs d’un jaune blanc cassé (vraiment cassé) il y a une petite cheminée laquée rouge sang de bœuf, comme les menuiseries. Une petite fenêtre aux rideaux en vichy rouge, donne sur le parking. Un double lit avec trois ou quatre dessus de lit, une armoire, deux tables de chevets, un guéridon sur lequel sont posés deux verres, composent le mobilier très british. Ici pas de ventilateur, cela présage de basses températures, ni de moustiquaire, c’est bon signe ; le néon qui grésille est le seul équipement électrique avec une applique murale. Un grand poster de la forêt et le lac d’Avalanche décore le grand mur. Je prends dans le réfectoire, mon continental breakfast à 60 roupies et je décide d’aller au Rose Garden (plus de 3800 rosiers). Ce grand jardin vient de fêter son centième anniversaire. OOTY est une ville propre, c’est la première que je vois ainsi, des containers sont placés aux endroits ad hoc et le devant des commerces est balayé, des petites poubelles sont à portée des devantures. Le jardin des roses est tout prés du centre ville, il faut traverser les boutiques des ferrailleurs et autres artisans du bâtiment. Il faut payer un droit d’entrée d’une dizaine de roupies, et plus si vous avez une caméra (appareil à photo !) la caissière est armée d’une petite machine informatique à délivrer les tickets. Le jardin est sur le flanc de la colline, sur plusieurs niveaux, bien qu’en hiver de nombreux rosiers sont en fleurs, bien étiquetés. Les allées sont pavées de dalles hexagonales avec une rose en relief ; de nombreux panneau illustres par de brefs récits l’histoire des roses, mais aussi des interdictions de les cueillir. L’ensemble est très beau, et invite à y revenir lors du printemps, des leçons de tailles devraient être données aux jardiniers. Je voulais acheter des livres et de la documentation mais il n’y en avait pas. Revenant sur mes pas, je passe au marché tibétain, beaucoup de boutiques de fringues chaudes (et pour cause, le soir il caille). J’entends de la musique en ville, je vais voir ce qui se passe ; je me retrouve au beau milieu d’une fête tamoul, éléphant en parade, musiques traditionnelles avec trompettes, tablas, symboles et tambours entourés des fidèles. Le cortège est entouré de policiers pour gérer la circulation, et faire attention que l’éléphant avec des chaines ne marche pas sur les pieds de quelqu’un. Les fidèles en tenues ocre, jaune et blanche portent des coupelles ou brulent des encens et chantent allégrement.
Je repars au YWCA pour la fête de Christmass, un grand feu de bois est allumé devant l’hôtel, la sono installée diffuse des chants de noël. La soirée débute de bonne heure, la chorale composée du personnel de l’établissement, en habits de chœur comme dans Sister Act, un pasteur fait sa petite homélie, suivi par la chef d’orchestre. Des musiciens à l’accordéon, aux tablas et au synthétiseur harmonisent le tout. Puis tout bascule, à l’arrivée d’un père Noel indien au masque en plastique rigolo, il fait lever l’assistance pour danser avec lui, ceux qui jouent le jeu on droit à une friandise. Changement de musique, un « Happy Birthday » et un gâteau d’anniversaire est centré sur une table décorée de guirlandes. L’anniversaire est celui de Varun, un jeune brillant étudiant indien, le maitre de cérémonie nous propose de faire un petit loto : des petits papiers imprimés avec des grilles de loto, comme chez nous sont distribués pour 5 roupies l’un, et participent à faire monter les lots mis sur la table. Armé d’un cure dent, on troue allégrement les numéros énoncés. Tous les gagnants reçoivent un petit cadeau. Je me retrouve assis autour d’une grande table de touristes, une québécoise et son ami anglais, un étudiant français (Sébastien) faisant ses études en Inde et apprenant le Hindi, un couple de français de Bordeaux (Jessica et Antoine), un italien ( Francesco), une jeune française faisant la route seule (Juliette) ainsi qu’un indien parlant très bien et qui avait l’air de bien connaître le YWCA (Thomas), ce dernier nous servira un peu de guide. Le repas de Noel est servi dans la tradition, végétarien ou non végétarien, une dinde rôtie trône entre les deux buffets ; les boissons sont essentiellement non alcoolisées. Le DJ nous compile une série de danses tamouls, sur lesquelles nous prenons part avec le personnel. Oh ! Qu’elle nuit.
Trente et unième jour :
BOTANICAL GARDEN.

Dimanche ensoleillé, après le continental breakfast, je file en short et carnet de dessins au bras, au jardin botanique d’OOTY. Sur le trajet je fume une cigarette, un policier m’arrête pour me dire qu’il est interdit de fumer dans les rues. J’écrase ma cigarette dans un caniveau, mais je lui fais remarquer que des indiens fument au marché, il s’en va les sermonner et je m’esquive vite de peur de représailles. Au guichet il y a foule, je paie 15 roupies et 30 pour la caméra, le parc est immense, de nombreux indiens sont venus en famille promener. Plusieurs grandes serres bien entretenues sont illuminées de bégonias, orchidées, crotons très colorés. Des bassins entourés de massifs de cannas, arums sont délimités par des topiaires et statues. Je me pose à l’ombre d’un pavillon, pour dessiner une vue avec un vieux canon militaire. Les indiens souhaitent tous me prendre en photos en train de dessiner, je laisse mes groupies pour revenir vers la ville. Le grand champ qui sépare la résidence de la ville est un hippodrome, je ne l’avais pas remarqué, mais aujourd’hui c’est pire qu’à Vincennes, et les salles des paris sont combles, animés par les hauts parleurs qui annoncent les courses. Le quartier musulman est le quartier des négoces en tout genre, le marché fait suite à cet entassement de petites échoppes, des bijoutiers, au fabricant d’arrosoirs et réparateur de parapluies, j’y trouve de tout. Je rencontre les français avec qui j’avais passé la soirée, nous allons manger en ville. Les restaurants sont prêts à fermer, le personnel de l’un deux nous invite à entrer, il est à nos petits soins, nous choisissons du fried rice, végétables pour tous. C’est un moment très convivial, où nos échangeons nos péripéties, voyant les serveurs s’impatienter nous comprenons qu’il est grand temps d’aller se coucher.
Trente-deuxième jour :
A LA RECHERCHE DES THEIERS

Sitôt pris le petit déjeuner en compagnie des francophones, je monte dans le bus pour DODABETHA PEAK, un observatoire à plus de deux milles mètres qui permet d’admirer toute la région. Le bus me dépose devant le panneau publicitaire de cet observatoire, plusieurs rickshaws me proposent leurs services, mais je préfère la " jouer sportive", je fais le kilomètre et demi sac à dos, à une heure ou le soleil ne pointe pas encore son nez entre les eucalyptus et les mimosas certes énormes mais aux fleurs moins jolies que celles de Nice. La foret est très humide, un groupe d’indien m’invite à monter dans leur Toyota. Une tour domine ce panorama (pas de chance ce matin) qui est dans les nuages, j’attends que cela se dégage en faisant un dessin sur l’une des tables de pique nique du restaurant. Des barques en plastique en forme de canard, et de poissons aux couleurs flashies, sont posées là, je ne sais pas où est la rivière ou le lac ? La famille d’indien qui m’avait fait monter dans leur Toyota, se prend en photos dans ces animaux en plastique, je suis invité à la séance au milieu d’eux avec le plus petit dans les bras. Les brumes matinales dissipées, je peux admirer le panorama qui s’offre à 360°, des verts, des bleus des villages posés entre les théiers et les caféiers, des forets qui sont peux habituelles dans le Tamil Nadu. Je repose la question : où peut-on acheter des arbres à thé ? Un militaire me conseille de descendre à KOTAGIRI plus loin, à ce moment arrive justement un bus, il me dit de le prendre. Je n’ai pas le temps de plus réfléchir et je saute dans ce dernier. J’arrive une demi heure après dans la bourgade, c’est vrai qu’il y a de nombreuses serres, mais c’est de l’horticulture, j’aperçois une coopérative de thé, plus bas. Un grand ensemble de bâtiments style nos coopératives vigneronnes de chez nous. Je demande à l’office si je peux visiter ? Un petit bonhomme me fait entrer dans la manufacture. Tout le monde est en plein travail, des costauds enfournent des souches d’arbres dans la chaudière, je suis étonné que malgré la chaleur ils allument le poêle. D’énormes ventilateurs extérieurs propulsent l’air chaud dans des tambours, genre sèche linge, à l’intérieur sont séchées les tonnes de feuilles de thé. Nous passons au premier étage, en marchant sur des tas de thé en poudre (ici la poussière c’est du thé !) De longues tables grillagées d’une dizaine de mètres sont sous les toits, les feuilles d’Assam (thé de cette partie de l’Inde, qui veut dire corne de rhinocéros) sont mises à oxydation après la cueillette pendant une dizaine de jours. Les feuilles sont mises à hacher et un jeu de plusieurs tapis roulants amène les brisures obtenues dans d’autres machines à hacher en fonction de la qualité désirée. Un calibrage des moutures obtenues répartit les diverses qualités dans des sacs en toile. Une nouvelle cuisson dans une sécheuse permet d’obtenir des thés de différentes couleurs et surtout de gout. Les poudres sont ensachées dans de grands sacs de toile de jute. J’ai du mal à prendre des photos car il y a très peu de lumière, la chaleur est digne d’un hammam, les nombreuses femmes portent et gèrent les sacs en me faisant de grands sourires (je ne vois pas d’enfants travailler). Je les prends tous en photos et leur distribue une série de billets de 10 roupies. Tout cela est super, mais je n’ai toujours pas de théiers, on me dit d’aller vers CONNOOR au SIM’S PARK, c’est un parc d’attractions pour touristes. Avant de m’y engager, je prends un chicken Biryani très épicé, je demande un peu de raita pour calmer. En sortant, je vois un petit marchand de plantes, je lui demande des théiers, il me fait signe d’aller plus en bas. J’arrive dans un vallon très vert où l’eau coule abondamment, je m’adresse aux paysans qui me conseillent de monter à l’office, en haut de la colline par un petit escalier abrupt en briques rouges. Mon arrivée à l’office est terrible, je suis essoufflé, le contremaitre me demande de m’asseoir pour me remettre. Je lui explique ma recherche des théiers. Il sort de la maison et appelle quelqu’un de l’autre coté du vallon. Puis me demande de rejoindre cette personne en bas (dans ma tête, je pense il va falloir remonter après !) Il fait très beau, je suis sous les amandiers en fleurs, et toutes sortes de pommiers ; le monsieur très âgé me demande de le suivre, ce que je fais avec plaisir. Les cultures sont gérées par les femmes en sari, elles rient lorsque je passe devant. Au milieu des plants potagers, je reconnais des théiers, mon visage s’illumine (bien qu’il fasse soleil) mon guide me demande combien j’en désire, une dizaine lui dis-je. Après les avoir choisis, nous remontons avec mes colis ce petit escalier rouge, aidé par mon agile grand père. Le contremaitre me fait une facturette de 3,5 roupies le clone ; en haut de facture il y a imprimé "POMOLOGICAL STATION" STATE HORTICULTURE FARM, cela me rassure pour la douane française. Le vieux monsieur me propose de m’aider jusqu’à l’arrêt de bus, je le remercie de sa gentillesse et lui donne dans la main 30 roupies. Hélas c’est l’heure de la sortie des classes et je me retrouve au beau milieu des gamins qui se rient de moi avec mon sac d’où sortent les touffes de thé. Je laisse passer trois bus, en fait je ne peux y entrer avec mes colis, il y a trop de monde. J’arrive assez tard à OOTY mais heureux. Dans la ville je croise Jessika et son ami Antoine, Sébastien et Francesco, ils me proposent d’aller diner avec eux, je ne peux refuser, je pensai me coucher de bonne heure, c’est raté !


Trente-troisième jour :
SOIREE D’ADIEU.

Réveillé par le Menuhin à six heures, je fais ma lessive et ma toilette avec de l’eau très chaude. Hier soir, Antoine nous a parlé d’un café super sympas, le " ZAM ZAM Café "
* ZAM ZAM BREAKFAST, near YWCA #61481;978617718
Imaginez un bistro dans un atelier de mécanique, la terrasse surplombe les tas de pneus, et l’atelier du garage d’à coté. C’est un local allongé de trois mètres sur une dizaine, le chef cuisinier est au fond avec ses aides de camp, des miroirs décorent les murs. Le matin les écoliers viennent se passer un peu de crème sur les cheveux pour les rendre bien brillants, un bol commun est posé sur une étagère et chacun trempe ses doigts dans la potion magique avant de prendre le bus. Pendant ce temps je m’engouffre les 4 omelettes et le tchaï et je pars à pieds, pour le lac d’OOTY. Tout au long des deux kilomètres, il y a de nombreuses "nursery" entendez par là des jardineries, avec une gamme étendue d’abutillons et de rosiers, je prends en photo une superbe passiflore coccinéa, d’un rouge vermillon éclatant. Tout au tour du lac, il y a un Luna Park et de nombreux autobus sont déjà arrivés. Manèges forains, promenades en bateau sur le lac, promenades à cheval tout autour. Plusieurs boutiques de souvenirs proposent beaucoup de jouets de chine, et des bijoux fantaisie. Je regagne la ville, je passe devant la gare et je m’informe sur la disponibilité du train Le Nilgiri Express(ou Blue Mountains Express) Celui-ci est toujours bloqué à CONNOOR, la ligne n’a pas été encore rétablie. Revenu à l’hôtel, je revois Thomas l’indien veuf qui voyage sans arrêt entre la Suisse et le Québec. Jessika et Antoine bien sages étudient leur futur plan de voyage tout en regardant la télé. Je m’installe sur une table basse de style anglais, et je croque au fusain, les derniers sujets de ma journée. Sébastien, Juliette et Francesco nous rejoignent pour le repas du soir, Thomas propose que nous fêtions cette dernière soirée ensemble dans ma chambre. Nous nous y retrouvons avec quelques fonds de bouteilles, de whisky, de Brandy et de Pepsi cola. Discrétion oblige, nous cachons les cadavres pour ne pas éveiller des soupçons, cela ne se fait pas de picoler dans les chambres. Quelle soirée !


Trente-quatrième jour :
ADIEU CIGARES et TRAVESTIS.

Mercredi 16 Décembre, petit déj au Zam Zam Café avec Francesco et Sébastien, ils partent ce matin pour KOCHI, dans le Kerala, ils rejoindront Juliette partie hier. Après un chaleureux au revoir, je les laisse pour aller acheter les fameux cigares Spencer. J’ai beau faire Charing Cross de haut en bas, je ne trouve pas la superette indiquée sur le Petit Futé, plusieurs fois mes questions restent sans réponses, un gardien d’hôtel me dit qu’elle est fermée pour toujours, je me rabats sur les autres boutiques certaines vendent des cigares noirs aux parfums de clou de girofle, de noix de coco, de cerise ou de gingembre. J’en achète plusieurs qui seront appréciés pendant le reste de mon séjour en Inde. Il est 13 heures, les minarets résonnent dans la ville. Je flâne à la quête d’un livre sur les rosiers, dans la rue, je croise un indien habillé en femme, outrageusement maquillé de bleu, le ventre poilu, nombril à l’air, il m’accoste ; je lui donne quelques roupies et me pose sa main sur la tête pour me remercier. J’avais déjà remarqué plusieurs travestis dans la ville, j’avais lu dans une revue style "Femme Actuelle" que dans certains états comme le Kerala, il y a une grande fête qui rassemble tous ces indiens, je n’en sais pas plus sur cette coutume, toujours est-il qu’ils naviguent en plein jour, sans problème. Je rejoints le YWCA, pour préparer ma valise, demain retour à Chennai.
Je règle ma note d’hébergement, 230 roupies la nuit, ce n’est pas cher du tout pour ce séjour.
Trente-cinquième jour :
COIMBATORE JUNCTION.

Journée de transit, de bonne heure je monte dans le bus pour Coimbatore, quatre toasts omelettes au Zam Zam me feront tenir le coup pour ces quatres heures de voyage. L’autobus serpente au milieu des travaux entrepris pour stabiliser la route fortement endommagée par les orages de novembre. Coimbatore est une très grande ville qui sert de liaisons pour les trains et avions, de ce fait les hôtels sont toujours pleins à craquer surtout autour de la gare et j’ai du mal à me loger, je le comprends en me voyant arriver, ils se disent pour une nuitée ce n’est pas intéressant. J’en trouve un qui a une chambre de libre, télé et salle de bain en marbre pour 450 roupies, plus 22.50 roupies de taxe LUXURY ? la chambre est au sixième étage et domine un peu l’agglomération.
* HOTEL NAVEEN, 27, Devi Co lane, Opp. Railway Station. COIMBATORE
#61481;4392351
Au soir tombé, toutes les terrasses prennent vie, les personnels des hôtels sont souvent hébergés sur les terrasses entre les espaces techniques des ascenseurs et les turbines de climatisation. Il y a beaucoup de commerces autour de l’hôtel, j’achète des cabas en sacs de thé, imprimé au logo des Nilgiri. La nuit sera courte, je prends le Chennai Express à 6 heures. Ma place est réservée par Jaga.


Trente-sixième jour :
RETOUR A MAHABALIPURAM.

L’express n’est pas complet, tout au moins mon wagon climatisé. Au bout de 6 heures de voyage, le train s’immobilise pendant une demi-heure quelques kilomètres avant Chennai, sécurité oblige, j’en profite pour fumer un bili, alors que des indiens traversent les voies, pour faire du stop ou prendre un rickshaw au bord de la route. Lorsque je pose mes bagages sur la plateforme, il y a une foule énorme (ce doit être l’heure de pointe ?) j’ai beaucoup de mal à circuler avec ma valise à roulettes en Abs. Un rickshaw me charrie jusqu’à la gare de bus, je trouve le bus 115, cela me parle. Une heure de trajet jusqu’à Mahabalipuram, à chaque arrêt des enfants proposent des masques de Père Noel. J’avais décidé de loger chez Frida au ERWIN DANUSSI COTTAGE, elle n’est pas là, son gendre Pancha, professeur de fitness m’accueille ; la belle mère est au repos à Ooty, justement. Pancha profite de son absence pour faire quelques travaux de rénovation. J’ai la petite chambre du rez de chaussée. Emilie sa femme me présente la toute dernière de la famille, elle a quelques mois et pleure sans arrêt, elle a de la fièvre. Emilie est toute contente de me retrouver. Je veux prendre en photo le bébé mais Pancha me dit qu’il ne faut pas, tant que les douze lunes ne sont pas passées, il ne faut pas faire des images, cela est mauvais pour l’enfant. Je me couche de bonne heure, moustiquaire toute déployée et spirale anti mosquito allumée. J’arrose mes théiers avant de me coucher.
Trente-septième jour :
GAYATRI MANTRA.

Samedi 19 Décembre, première nuit chez Frida, les moustiques ne m’ont pas inquiété, je vais au Moon Rackers me restaurer d’un black tea sans confiture anglaise. A mon retour, Emilie me tend une coupe en fer blanc contenant du lait caillé, je le déguste avec du sucre de canne. Je profite d’aller chez le coiffeur, le copain de Jaga me tombe dessus dans le village et m’accompagne de force, chez leur coiffeur. La coupe et le rasage pratiquement 100 roupies, c’est très cher, mais je pense que j’ai du payer une coupe pour le copain, je verrai demain s’il est rasé de prés.
En sortant, je vois des vendeurs ambulants assis au bord de la rue principale, un jeune couple très avenant, ils me montrent diverses broderies dont un brocard pour le dessus d’entrée de maison avec des paons et des Ganesh brodés à la main (dieu de la prospérité, il se déplace sur un rat, je croyais que les éléphants avaient horreur des souris !) je l’achète sans en discuter le prix. Je croise deux françaises à qui je conseille les chambres de Frida. A la guest house, les hommes jouent au criquet avec les enfants, j’évite un retour de balle ; la démo dure pendant une demi heure. Je vais me reposer jusqu’à 15 heures, une siestounette comme l’on dit chez nous. La faim me tiraillant, je vais prendre un thali à 35 roupies au Mamallabavan. Sur la place, ils préparent le Festival de Danse, j’entends de la musique, je veux acheter ce CD, je demande au commerçant tout proche de l’écouter, sur sa vitrine il est inscrit : MUSIQUES CLASSIQUES. Comme il ne l’a pas en stock, il me le commande, je l’aurai demain. Il s’agit en fait d’un air religieux qui passe en boucle sur l’une des 56 chaines TV, basé sur un texte en sanskrit, le Gayatri Mantra, chanté par Anuradha Kavita Paudwal. Le vendeur en profite pour essayer de me refiler deux ou trois compils Tamoul.
Je flâne un peu dans Mahabalipuram avant d’aller me rafraichir d’un Lassi au Nautilus et par la même occasion reprendre le portrait d’une jeune tibétaine, mais il n’est pas terrible à mon gout. Un peu d’internet pour tenir au courant ma famille et mes amis, j’apprends qu’il neige à Nice, le débit des connections est très lent, je ne peux télécharger toutes mes photos. La nuit tombe déjà et les feux d’artifices des hôtels de luxe tracent de la couleur dans le ciel indien. Je fais quelques emplettes au Try Supermarket, papier cul et Pepsi, puis je regagne ma chambrette.


Trente-huitième jour :
25% CHRISTMASS RATE.

Je me lève tard (8h30) c’est dimanche, la marchande de caillé hurle à la porte de la propriété, je demande à Emilie si l’on peut s’occuper de mon linge à laver, il va rester pendant deux jours dans un seau en plastique. Pancha me dit que sa famille vient manger à la maison, cela ne me dérange pas, depuis mon retour je pense à Leema, mon amie que j’ai laissé depuis une dizaine de jours. En allant au petit déjeuner je passe pour la énième fois devant la boutique kashmiri "IDEAL ARTS" de Khursheed, il me propose un tchaï avec petits biscuits.
* IDEAL ARTS, 4 Thirukulam Street
Ayant travaillé pendant 25 ans dans la distribution, je veux l’initier au marketing (qu’elle idée j’ai eue?) je lui propose de marquer sur sa vitrine Moins 25% solde de Noel. J’explique qu’il devrait avoir plus de client que les autres, car lui au moins il affiche la couleur. De toute façon, une fois qu’un client entre chez lui il est de coutume qu’il négocie ses achats. Je suis assez convaincant car dans la matinée, je peints l’offre de Noel en blanc sur les vitres. Cela fait une petite révolution dans le quartier, les autres commerçants passent sans arrêt devant tout en se riant de la pratique. Certains en rigolant, voudraient que je marque 50% sur leur vitrine, mais c’est de la blague. Au fonds de moi-même je me dis, j’espère que cela va marcher, nous verrons cela dans quelques jours.
L’après midi, je mange d’une salade composée au Nautilus, chez jean Jacques. Un jeune français me tient compagnie, il doit se rendre chez son maitre de spiritualité dans le Kerala. J’appelle un rickshaw pour rejoindre Jaga et sa famille à Pattipullam, le ciel est menaçant et quelques gouttes de pluie rafraichissent l’atmosphère. Bien accueilli comme dab, je lui montre les photos et je les commente. Le papa est assis dans son fauteuil en plastique blanc, un parapluie ouvert au-dessus accroché à une branche d’arbre. Au bout d’une heure je les quitte, je n’ai qu’une idée, celle de retrouver Leema. Elle m’accueille les bras ouverts, et un grand sourire, nous prenons un Ginger tea pendant que la pluie tombe. Je me fais engueuler d’avoir raté le rendez-vous, il y a quinze jours. Son amie Ranjani, m’avait préparé un petit repas. Qui plus est, je lui avais offert le parapluie au motif de léopard, et un coup de vent malheureux l’a retourné, il est irrécupérable. Comme la pluie se transforme en orage je la laisse pour prendre le dernier bus, sinon je vais rester bloqué chez elle. Chez Frida, Emilie a reçu sa belle famille, j’arrive pour les présentations et ils me proposent de me joindre à leur repas, je n’ai pas faim du tout, j’accepte une pâtisserie pour leur faire plaisir. Je regagne ma chambre, il peut très fort.
Trente-neuvième jour :
VIVENT LES BRETONS.

A 5 heures du matin, Pancha monte sur sa Honda Hero pour aller ouvrir sa salle de gym. La pluie a cessé mais c’est trop noir avec des bourrasques de vent. Emilie me sort du frigo, le lait caillé sucré, je l’apprécie comme tous les matins. Après ma toilette, je vais voir Jaga dans le centre du village, il me montre la boutique que son frère ouvrira en début d’année, une agence d’assurances, ils ont posé la vitrine en alu, un gamin est venu mesurer et poser un film noir pour empêcher de voir de l’extérieur ce qui se passe dans l’office. J’en profite pour retirer un peu de cash, et aller au Nautilus manger une salade de thon et olives vertes. Après mon repas, je flâne un peu et dessine un musicien aux tablas. Je fais un petit tour sur la plage, la mer est agitée puis je regagne le cottage. Pancha fait visiter la chambre voisine à un couple de français de Rennes. C’est bon je vais pouvoir discuter avec Monique et Denys. Elle est un peu forte, joviale au cheveu long roux et toujours entrain de se préserver des moustiques ; lui soixante-huitard lui aussi, me fais penser à un marin breton, le visage taillé à l’opinel par les embruns, se roulant ses cigarettes avec maitrise. C’est leur premier voyage en Inde, ils me disent qu’à l’arrivée, ils ont failli repartir. Le premier choc passé ils se sont installés à Chennai pendant trois jours, et sont arrivés ici aujourd’hui. Nous nous racontons nos histoires de vie, il a vécu dans une communauté au Larzac, dans les Cévennes, il était potier et jardinier, puis il a repris un vieux rafiau en Bretagne. En fin d’après-midi je vais boire un tchaï au VILLAGE INN juste en face de la boutique de mon ami Khursheed, j’y rencontre un couple de français avec deux enfants, en transit car ils partent voir les réserves d’éléphants à KUMILI. Je vais dire bonjour à mon ami, mon élève en marketing, nous accrochons un couple d’indiens vivants en Afrique du Sud, pendant que la dame est à l’intérieur avec Khursheed, je discute avec le monsieur, un retraité de chez Nestlé à Pretoria. L’image de l’Inde est pour lui "son pays il y a soixante ans" il me dit qu’ils ont du travail ! Je rentre me coucher, il pleut à nouveau, tout est calme.



Quarantième jour :
CHAUFFONS LE GOUDRON.

Mardi 22 Décembre, la pluie a tombé toute la nuit se qui a découragé les moustiques mais pas les chiens errants qui ont concerté jusqu’au petit matin. En plus je n’ai pas mon lait caillé, qu’importe je vais déjeuner puis j’irai chez Leema, elle me manque. Deux autres français sont arrivés ce matin, c’est la saison ! Caroline et son fils Yoann, ils font un périple vers les montagnes du sud, nous nous séparons après les présentations avec les bretons. Je rejoints Leema vers 13 heures pour un riz Biryani sans viande et poisson, car les pécheurs ne sont pas sortis depuis deux jours. Elle me propose de manger le jour de noël avec sa famille, je suis ennuyé car Jaga a fait de même. Je ne sais que choisir aujourd’hui, Leema va donner ses cours de coutures et je vais sur la plage, faire une pause à l’ombre d’une barque. Un rickshaw me ramène à Mahabalipuram. La ville est en pleine effervescence, le goudronnage des rues principales doit être terminé dans deux jours pour le début du Festival de Danse. Je me souviendrai toujours lors de mon séjour à Köchi, que le macadam était fait par des gens âgés en tongues, tenant des bidons percés pour répandre le goudron liquide qui bouillait dans une énorme marmite quelques mètres plus loin (c’est vrai que dans le Kerala, Etat voisin, politiquement proche d’un socialisme des pays de l’est, tout le monde doit participer à la vie de la communauté !) Dans le centre des échafaudages sont montés en bambous, des arcs de triomphe sont hissés. Les autobus se faufilent entre les rouleaux compresseurs et les citernes de goudron chaud tout dégoulinant. Lorsqu’ils ont terminé une partie ils jettent dessus quelques pelletées de sable. Vers 19 heures je rejoints les bretons, Caroline et Yoann pour aller manger dans un restaurant prés de l’arrêt de bus. Monique et Denys nous font partager leurs souvenirs de Cuba, Caroline et son fils, leurs voyages au Japon et en Inde. Nous retournons chez Frida pour une nuit moins mouvementée enfin nous l’espérons !
Quarante unième jour :
INDIAN FITNESS.

Pancha m’a convaincu de venir voir sa salle de gym, une façon aimable de me dire qu’il faut que je surveille mon bide? Levé à 6 heures, je quitte mes tongues pour mes basquets et je vais voir son lieu de torture. Plus d’une dizaine d’indiens en pleine transpiration sont travail sur plusieurs machines à poids, abdos et rameurs. Les gars musclés, se contemplent dans les miroirs muraux ; des vitrines remplies de publicités et de médicaments pour faire grossir les muscles ou tomber les graisses, sont à disposition des adeptes. Ici on peut faire son marché, ce n’est pas la peine d’aller sur le web, les usines sont à coté. Je m’installe sur une machine à pectoraux réglée à 70 kilos, j’allège la bête à 20 kilos. L’entrainement se fait sur de la musique Tamoul remixée, ça me décoince un peu ; je teste un banc à abdos mais je n’insiste pas trop. Je rentre prendre ma douche chez Frida, Denys est déjà debout en train de fumer, nous allons prendre un café ensemble. Première tournée dans le village, j’achète un bracelet de pacotille pour mettre à ma cheville, le vendeur me dit que c’est pour les filles, c’est très mal vu ici quand c’est un monsieur qui le porte. Je n’insiste pas, je ne veux pas vexer. J’avais conseillé à Monique et Denys d’aller au village de pécheurs de Divaneri, ils en reviennent, ils se sont éclatés. Denys aimant la mer, ils ont parlé avec ceux-ci de leur passion commune, et ont été invités à manger du poisson. Quant à Caroline et Yoann, ils ont visité les temples de Mahabalipuram, ils ont une faim de loup et courent au restaurant. Dans la ville les travaux de goudronnage ne s’arrêtent pas même la nuit, la grande scène est montée et l’ambiance du festival commence à se ressentir, plus de touristes et de nombreux policiers arrivés en renfort. Nous retournons dans notre guest house, pour attendre un couple de Vannes que les bretons ont rencontrés cet après-midi. Nous allons manger sur l’avenue principale en choisissant un restau au hasard. Ce couple très sympas a adopté un petit malgache, nous racontons nos expérience en la matière (j’ai adopté aussi une petite coréenne, Marie-Pierre). Pendant le repas une troupe de pères noël défile entre nos tables en nous offrant des bonbons, c’est trop sympa. Nous avons passé une très agréable soirée.


Quarante-deuxième jour :
JOINT DE NOEL.


Il est 6 heures, il y a un peu moins de monde à la salle de gym je me fais du bien en me faisant beaucoup de mal, les abdos sont vraiment relâchés ! Je me dois d’être en forme pour mon comeback en France. Est-ce qu’une demi-heure par jour y suffira ? J’en doute. Je vais au GECKO CAFE prendre mon petit déjeuner, cela change un peu. Il est tenu par une espagnole, mariée à un indien (ancien cuisinier du nautilus).
* GECKO CAFE, 14 Othavadai Cross Street, #61481;+91 44 27 44 21 33
Email: mani@gecko-web.com

La terrasse couverte de palme donne sur le lac de Mahabalipuram, cette étendue d’eau qui faisait la fierté des commerçants riverains, il y a 20 ans, est très polluée car tout le monde jetait ses cochonneries par-dessus la fenêtre, et les déversoirs d’égouts sauvages n’ont pas arrangé les choses. Finalement un endroit où l’on se baignait jadis, avec un camping sur les bords, cet endroit est très dangereux et toxique. Le tout à l’égout devrait inverser la situation. Je dessine quelques marques pages avec des motifs de Kolam, (dessins fait à la poudre de riz ou de craie sur le devant des maisons). Je donne un coup de main à Pancha qui fait du nettoyage dans le jardin, le philodendron a pris beaucoup d’importance. Nous allons manger au Nautilus avec Monique et Denys, les amis bretons nous y rejoignent, tous sympathisent rapidement avec Jean Jacques qui est originaire de Quimper. Dans la soirée Yoann, le fils de Caroline me dit que ce soir il y aura une petite fête sur la plage, nous nous donnons rendez-vous vers 21 heures, il n’y avait personne. Comme c’est la veille de Noël, je me suis dit que je fumerai bien un petit extra, habituellement il y a toujours quelques mecs qui vous harcellent pour savoir si "You smoke ?" on comprend toujours que ce n’est pas du tabac. Ce soir pas un chat, pas un feu de bois ou de gais lurons grattant la guitare ou les tablas, terrains propices à des extases musicales. Je m’en retourne dans le village, il y a presque personne à 22 heures, sauf une mamie assez âgée qui me reconnaît, après avoir essayé de me vendre quelques colliers sur la plage, elle me dit qu’elle a de la bonne herbe. Je la suis dans les petites ruelles du secteur des pécheurs, on ne peut se croiser à deux et j’allume mon portable pour savoir où je mets les pieds. A l’intérieur de sa maison c’est un petit dépôt de tissus et autres choses à vendre aux touristes, elle me fait asseoir, me présente à son vieux mari et m’offre un thé, le papi me roule un joint pour me le faire gouter. Assis en tailleur sur des cartons à même le sol, j’apprécie cette bouffée, elle nous a fait du thé et me montre sa famille sur les albums à photos. J’étais cloué au sol, impossible de me lever, elle est bonne lui dis-je, tout en réclamant un autre thé pensant que cela dissiperait les effets. J’achète un petit sachet et je conclu en buvant un troisième thé pour essayer de décoller. Je suis arrivé à les quitter et à regagner ma chambre, ce soir là je n’ai pas senti les moustiques.
Quarante-troisième jour :
VENDREDI DE NOEL.

Je suis réveillé par les tireuses d’eau (ces femmes qui sous prétexte de venir remplir leurs seaux en plastique de l’eau qui est distribuée gratuitement le matin et le soir) qui papotent devant la guest house. Je repique dans un petit sommeil jusqu’à 8 heure 30, et je vais à la salle de gym. Je suis seul, la plupart des abonnés sont des commerçants ou des ouvriers qui sont partis à leur business. J’ai un peu plus de facilité pour les abdos. Denys m’attend pour aller prendre un café ce que nous faisons après ma douche. Pendant ce temps les femmes s’entrainent à porter le sari, quelques épingles par ci, par là et les voilà cent pour cent indiennes. Leema m’avait donné rencart à 13 heures, j’attends plus d’une demi-heure devant son vendeur de tissu, je lui demande s’il peut lui téléphoner, mais cela devient de la mission impossible. Je vais manger dans un des restaus mais l’affluence du festival fait qu’il faut que je mange rapide, les candidats pour s’asseoir a la table ne manquent pas. Ouverture du Festival à 18 heures, je me farcis trois quarts d’heure de discours politiques, toutes les places assises sont prises, je me réfugie coté scène, loges des artistes, je vois passer tous les acteurs et danseurs. A 20 heures je lâche le spectacle pour aller voir mes voisins de chambrée, nous décidons d’aller passer noël, chez Fabienne, une française de Grasse qui a ouvert depuis 5 ans un restaurant LE YOGI. Nous y restons jusqu’à 23 heures, elle doit respecter cet horaire de nuit. J’avais inauguré par un repas de noël, il y a cinq ans cet établissement qu’elle venait d’ouvrir avec son ami indien, elle vous sert toujours de la cuisine comme chez nous, avec de l’aïoli et des pates à l’italienne, et le summum pour l’époque l’un des rares vins que je pouvais trouver en Inde, le "Grover" issu d’un cépage le "Saint-Jeannet" du 06.
* LE YOGI, 19 Othawadai Street #61481; (0091) 9841 33 27 94.
Email: chrisledent@hotmail.com

Le repas excellent à l’accoutumée, nous a permis de passer une soirée très festive dans un cadre tibétain.


Quarante-quatrième jour :
TRISTE ANNIVERSAIRE.

Comme tous les lendemains de noël, il fait très beau, c’est un triste anniversaire, celui du Tsunami. Comment aurions pu nous méfier d’un océan calme, d’une plage chaude et d’un ciel bleu, les touristes font leurs méditations face au soleil levant après les ablutions faites par les indiens, la journée débute dans la paix. Pour moi elle a démarré à 6 heures 30 avec un saut à la salle de fitness, suivie d’un thé au lait au milieu des musiques et des fidèles déjà debout. C’est une journée sans grand événement, mais très agréable, un petit repas au Gecko café, omelette aux champignons arrosé d’un lemon soda. Je prends le temps de lire le livre d’or du restau, il y a beaucoup d’éloges d’étrangers et de français. Je dessine la vue qui s’ouvre sous mes yeux, le lac et l’animation qui est autour. Je vais voir une nouvelle fois mon marchand de Cd, les musiques commandées sont arrivées, j’en découvre d’autres, je fais mon plein avant de repartir en France, au l’horreur je parle déjà de repartir ! Je vais me retremper dans le festival vers 19 heures, c’est différent de la première soirée, cela tiens du spectacle de rue, lanceurs de feux, danses des paons "Peacok" et des cavaliers enfourchant des chevaux de carton pate, simulant des combats à cheval des maharajas ou des divinités toujours dans le tourment. Tout à coup je suis projeté en avant dans le public, une vache et son petit ont forcé le cordon de sécurité et se retrouve dans l’enceinte du festival, ils se cherchent une sortie, tout le monde rit sauf le proprio du bovidé qui essaie de sortir de cette galère. Je rejoins Caroline et Yoann pour un bon repas chaud, je me couche de bonne heure.

Quarante-cinquième jour :
PEINTURES FRAICHES.

La salle de gym est fermée, bien sur c’est dimanche, je ne vois pas le temps passer. A coté dans la même rue il y a une autre salle au premier étage, il y a quelques jeunes, le marie d’Emilie me dit que c’est une salle pour les étudiants de la concurrence. Je prends le thé sur le pouce avec quelques biscuits à la noix de cocos que m’a fait découvrir Denys. Je reviens au Erwin Danussi Cottage, je motive Pancha de repeindre la porte en métal toute rouillée. Du bleu anti moustique cher aux musulmans nous passons au vert émeraude, il me demande si je peux rajouter de pars et d’autre le motif croix "gammée" en rouge, chez nous c’est mauvais signe mais dans la religion hindou cette croix attire les bonnes énergies du cosmos. J’ai du mal à adhérer à cette notion, je lui recommande aussi de dessiner le gugusse du Guide du Routard avec la mention recommandé par. Je passe ma journée à faire les fonds et deux ou trois incursions dans la boutique ASIAN PAINTS pour me procurer la laque rouge, verte et bleue. Après ce petit travail caritatif, qui m’a fait boire quelques tchaï bien mérités, nous allons avec Monique et Denys au Nautilus, mais en cette saison il faut retenir sa table. Je leur propose le Gecko Café prés du lac, nous prenons un plat de penne, fromage et ketchup bien chaud, une soupe de coco et un poulet frites bien cuisinés. Petit à petit je rejoins la civilisation européenne avec le manger tout au moins. A notre retour, la chambre de la terrasse occupée par Caroline et son fils, est à nouveau louée à un français, Jean Pierre un grand gaillard de la Drome. Nous discutons un peu avant d’aller nous coucher.



Quarante-sixième jour :
MAISON RECOMMANDEE.

7 heures à la salle de gym, il y a beaucoup de monde, rien de tel que quelques efforts musculaires pour attaquer cette journée promise à finir la porte d’entrée. Je mange une omelette avec du thé, histoire de reprendre des calories. Monique et Denys prennent la route pour Pondi ce matin, ils me quittent en me promettant de venir en Bretagne l’été prochain. Ce sera dur à tenir comme promesse, je ne quitte jamais mon sud. J’ai terminé ma porte et je peints le logo voulu ainsi que "RECOMMENDED". Je dois marquer aussi EB 267 en lettres jaunes, Pancha me dit qu’EB signifie Electricity Bill, et le nombre c’est la référence du compteur. Je peints en noir N°32A, c’est la numérotation de la maison dans la rue. Vers 14 heures je vais au Nautilus, un fried rice et un lemon soda m’attendent. Je profite de ce moment de détente pour crayonner deux petits portraits de sâdhu. Pancha se propose de peindre le verso des portes vertes, il me dit aussi qu’il a commandé à deux peintres pour refaire les chambres et la façade, quel coup de fouet avant le a nouvelle année ! A 18 heures je me douche et je vais au festival de danse, le programme est un peu similaire à celui de la veille (c’est vrai qu’ils avaient raté la dans des paons et le lanceur de flammes avait failli mettre le feu à la scène). J’y vois Jean Pierre, mon voisin de la chambre du dessus, nous allons prendre un tali et un coca dans un petit restaurant indien tout en longueur, lavage des mains oblige, il préfère ce genre d’endroit populaire que ceux fréquentés par les touristes, il a raison.
Nous fumons au retour une cigarette améliorée par les herbes de ma mamie et roulée par Jean Pierre ; nous ne faisons pas de bruit car les deux françaises dorment dans la chambre d’à coté.

Quarante-septième jour :
MARDI 29.


J’ai réussi à entrainer Jean Pierre à la salle de gym, lui n’en a pas besoin réellement mais cela lui plait. La salle est vide, il y a seulement Pancha qui lit les news indiennes, nous faisons 25 minutes de poids et abdos. Un petit tchaï à la boutique d’à coté puis retour au bercail. Les peintres sont arrivés, je suis obligé de vider ma chambre, Pancha arrivé en Honda, me demande si le rose flamand me plait; avec le vert ce n’est pas vilain. Pendant le travail des peintres je me réfugie à l’extérieur pour finir mes lettres sur la façade, et poser le sticker du cottage sur la porte (le nom ERWIN DANUSSI COTTAGE a été fait pour 100 roupies à l’ordi en adhésif rouge, à la boutique laminograph du village, un petit gars avec son ordi vous confectionne toutes les lettres que vous voulez.) Au début de mon séjour, j’avais collé le signe OM (je ne suis pas supporter des marseillais !)sur mon appareil à photo, ainsi ils étaient moins réticents à être photographié. Pendant ce temps Jean Pierre est parti donner un coup de main à un pote corse rencontré dans le village. Il me racontera qu’il a posé des plaques de contre plaqué sur le toit d’une maison, avec des vis rouillées qui cassaient dés qu’il forçait un peu. Tout seul je vais au Gecko me rassasier d’une omelette et d’un lemon soda, je pense à Leema que je n’ai pas revue depuis noël, elle doit être inquiète. Je prends un rickshaw familial et me voilà à Divaneri, je trouve Leema entrain de papoter avec ses voisines. Le voisin a agrandi la maison pour en faire une plus grande de deux pièces de plus, il est du métier apparemment. Un petit papi refait au ciment un coin qui avait été cassé, il le refait avec précision avec du ciment que je ne trouve pas identique aux nôtres, je pense qu’il est plus sableux, mais d’un sable très fin. Cela me fait plaisir de retrouver ma copine, elle avait bien reçu mes emails, mais elle a un souci pour écrire en anglais. Je lui demande de venir au Festival de Danse de Mahabalipuram, ce soir, elle ne peut pas car elle doit voir John. Je me pense c’est qui celui là ? Pour faire vite, John est l’employeur de Leema, en fait c’est le boss d’une association américaine qui a débloqué quelques dollars pour financer ce projet de cours de couture aux indiennes défavorisées. Donc ce soir pas de Leema, je reviens en ville, pour la soirée consacrée à la danse classique. Ce que j’apprécie, c’est la précision des gestes des danseurs, les clins d’œil, grimaces et sourires, les maquillages sont divins. Avec Jean Pierre, nous allons manger un pakora crêpe de légumes, riz épicés à la gargote indienne, et je lui offre un véritable café noir prés du Nautilus. Nous branchons des allemandes et des françaises, puis nous allons nous coucher sans avoir oublié notre dernière cigarette de la journée, fumée entre quatre yeux.



Quarante-huitième jour :
MERCREDI 30 DECEMBRE.

La salle de gym est fermée ce matin, ce n’est pas grave, le thé est prêt avec nos petits biscuits à la noix de coco. J’achète des petits sachets de couleurs pour faire des tikka sur le front, je trouve aussi des planches imprimées en couleurs pour apprendre les noms des arbres, des fruits ou des fleurs (avec l’équivalent en anglais et Tamoul). Corvée de lavage et d’écriture, mon carnet de route se meuble de jours en jours. Dans cinq jours je retourne au pays !
Je vais chez le frère de Jaga qui va bientôt ouvrir sa boutique d’assurance moto, auto. Je lui propose de faire ses lettres sur la vitrine. Et me voilà peignant une façade de boutique en plein cœur de Mahabalipuram. J’en ai pour plusieurs jours, une première couche en acrylique puis lorsque cela sera sec, un couche à la laque. Jean Pierre se ramène avec deux françaises arrivées toutes fraiches de Paris, les deux "Emilie" nous les taquinons avec notre accent du sud de la France. Nous allons au petit restau populaire que J.P adore, prendre des plats très peu relevés" No spicy"
Elles aiment bien manger avec les doigts, cela fait un peu comme chez MacDo!

Quarante-neuvième jour :
REVEILLON AUTOUR DE LA PAELLA.


6 heures 30 j’appelle Jean Pierre pour aller à la gym, il est trop fatigué, j’y vais seul. La salle est pleine, beaucoup d’adolescents c’est surement les vacances de fin d’année ; ils passent plus de temps à se regarder dans les glaces que de se faire suer. Je retrouve mon grand gaillard de la drome autour d’un café servi debout. Il doit retrouver son copain corse pour préparer le réveillon de ce soir, je dois faire une paella monstre sur la plage avec Jaga. Je le retrouve pour aller faire les courses et acheter des sacs de riz pour les pauvres. Nous allons acheter du beef, ils en veulent à tout prix dans la paella, le boucher se trouve dans une petite ruelle vers l’église. Sur son billot de bois, il me découpe un bon kilo de barbasse (je ne sais pas si c’est du jarret ou de l’entrecôte ?) j’en ai une pleine poche en plastique noir. Nous laissons le boucher et ses mouches pour aller au marché acheter des gambas, le poissonnier me sort une caisse isotherme en polystyrène plus noir que blanc, il n’y en a pas assez aussi en attendant nous allons chercher du poulet, que l’on me découpe en petits morceaux sans avoir le temps de dire oui ou non. Nous allons acheter des tomates, poivrons et ail chez un copain de Jaga, il nous fait rajouter un ananas, des bananes et des pommes pour faire une salade de fruits. Nous achetons des kilos de sel, du Masala et de la farine pour faire des chappattis ; puis nous allons chez le grossiste en alcool à 2 kilomètres en dehors du village. Je dois acheter moi-même l’alcool, eux n’aiment pas trop se montrer avec cela, je rajoute deux petites bouteilles de brandy pour ceux qui éventuellement seraient tentés. La voiture, la vieille ambassador, est pleine de victuailles pour la saint-sylvestre, je les rejoints vers 16 heures. A Pattipullam, nous rajoutons une couche de fournitures de cuisine, du bois et des couvertures. Des enfants d’une quinzaine d’années, nous accompagnent, l’un est le fils d’un musicien, l’autre fait de la danse et du Kung-fu. Nous partons vers la plage, de l’autre coté de la route, j’ai peur que nous nous ensablions, une moto nous accompagne. Dés notre arrivée, nous faisons un feu de bois à l’abri des tamaris, il fait encore jour et je profite pour cuire mes viandes avec l’ail. Je cherche le beef, on me donne un pot avec une mixture liquide grasse dans laquelle baignent les morceaux de viande. Je retire tous les bouts de viandes avec une écumoire, je m’aperçois qu’on est loin de la quantité achetée, je me dis qu’elle n’est pas perdue. Les frères de Jaga ont eu la géniale idée de prendre une lampe de camping avec batterie, cela me facilite la cuisson, car la nuit tombe vite. Lorsque le riz est prêt, l’un des frères va distribuer au village, à la famille je pense, une grosse part de la paella que nous avons mise dans une grande casserole. Après le repas, les enfants nous font une démo de dans Taka kali et de musique effrénée à l’aide d’un couvercle de casserole et bâton de bois. Petite marche le long de la plage à ramasser des gros crabes que les enfants bloquent sur le sable en marchant dessus. Nous revenons au feu de camp pour une seconde ration de paella suivie de la salade de fruits. Vers minuit, une troupe de paysans, met le feu aux herbes basses autour des grands palmiers, peut-être la coutume de commencer l’année en brulant les mauvaises herbes, c’est impressionnant et inattendu. Nous essayons de nous endormir sous les tamaris, en écoutant les derniers délires du copain qui a aimé le brandy.





Cinquantième jour :
BONNE ANNEE.


Revenus en bus de Pattipullam, je prends une douche et je me couche. Je passe la journée entre ma chambre et le marchand de tchaï. Dans la journée un couple de parisiens Véronique et François reviennent de Pondichéry, ils connaissent bien Frida et sa guest house. En fait je les connais, il y a sept ans, ce sont eux qui m’avait conseillé d’aller à Mahabalipuram, nous nous étions rencontré chez Pytchaia Manet, l’un des frères du danseur Ravi Manet très connu en France. Ils s’installent dans la chambre terrasse à coté de celle de Jean Pierre. Je suis pas très en forme pour tenir la conversation, aussi je repars me coucher, je n’émerge qu’en fin d’après-midi pour aller au festival de danse. Les troupes présentées ce soir sont plus typiques du folklore indien, hautes en couleurs et costumes soignés surmontés de cornes de buffles ou de plumes de paons. Je mange avec Jean Pierre une galette de pois chiche et oignons assortie d’un Pepsi.
Cinquante-unième jour :
DIARRHEE CORSE.

A 7 heures j’appelle Jean Pierre, il est trop fatigué suite aux divers punchs qu’il s’est envoyés chez le copain corse pendant le réveillon. Je pense que cela est du surtout à la nourriture pas assez cuite qu’ils ont consommé sur la terrasse, je lui conseille de prendre rapidement un lait caillé, mais il n’aime pas trop. A la salle de gym j’ai plus de facilité pour faire mes abdos, tous me saluent le matin, c’est bon je fais parti de la communauté. Pancha et Emilie nous attendent pour 13 heures, nous somme invités à manger, poulet Biryani, sucreries sont au rendez-vous. Nous installons des nattes de plages dans le jardin, nous mangeons avec les doigts, Véronique, François sont à l’aise, Jean Pierre n’est pas trop en forme (faute au corse !). Je fais une petite sieste, puis je m’en vais voir mon ami Jagathesan, à la boutique de son frère. Il me présente un autre copain à lui, un bonhomme qui rédige un guide de voyage sur l’Inde. Je suis mis à la tache, il me demande de lui rédiger quelques pages sur les principales villes du Tamil Nadu, je lui en préparerai pour demain. C’est bien ce que je pensai, Jaga sous couvert de la boutique d’assurance de son frère, greffe dessus son activité de professeur de Kung Fu, son association d’aide aux orphelins et son tour opérator.
Il est déjà 18 heures je vais au festival, ce soir deux groupes très intéressants obtiennent des trophées : l’un est de la province d’Assam (d’où sont originaires mes théiers !) Les acteurs sont emplumés genre sioux et ressemblent plus à des polynésiens qu’à des indiens. Le second groupe est très beau, des musiciens et des danseurs en habits de soie interprètent des scènes du Mâhâbharata (Epopée en vers jamais écrite qui constitue le fondement de la littérature et de la mythologie hindoue). Une narratrice vous guide dans ces combats sur fonds de musique sur instruments anciens. François, Véronique et Jean Pierre me récupèrent pour aller à la cantine habituelle, nous faisons un peu vite car notre grand gaillard a toujours des préoccupations sanitaires urgentes à assumer. Je vais prendre tout seul une dernière bière au nautilus, je m’assois, je suis servi mais les clients qui arrivent après moi sont rejetés (fermeture à 11 heures obligatoire). Je repars me coucher, j’appelle Jean pierre sous sa terrasse pour savoir s’il a la force de me faire une cigarette, il descend rapidement. Y a du mieux !




Cinquante-deuxième jour :
PRIERES A BABA.

Dimanche 3 Janvier, j’étais invité à courir sur la plage avec les commerçants musli, mais je me suis rendormi jusqu’à 7 heures 30. Je propose à Jean Pierre de venir faire un au revoir à mon ami Jaga. Comme c’est dimanche, il y a un rassemblement au temple de Baba, nous décidons d’y aller, nous retournerons à pieds par la plage. Le frère de Jaga se joint à nous, je paie le bus à toute cette équipe en route pour une prière sacrée. J’ai parlé à Jean Jacques de cet endroit, il m’avait raconté qu’il y avait deux personnage se réclamant de la réincarnation de BABA, et celui du village serait l’authentique. Le temple est récent, le préau de marbre blanc est vaste, mais le rassemblement prévu par Jaga, n’y est pas. Une dizaine de couples sont assis après avoir posés leurs chaussures, et assistent à la cérémonie, encensoirs, fumigations, appels à la prière et tour de l’autel dans le sens des aiguilles d’une montre. Puis une cassette est diffusée par les hauts parleurs pendant que la cloche se met à sonner. De ce fait de nombreuses familles viennent des alentours pour venir prier, ce qui augmente les roupies dans la panière des offrandes. Jaga nous offre un calendrier à l’image de Baba et des petits livrets de prières commençant toutes par OM. Nous nous séparons de Jaga, je propose à Jean Pierre de faire la connaissance de Leema, son village est sur notre route. Elle nous accueille chaleureusement et nous propose de manger, JP à peine remis ne boit qu’un black coffee. Leema me montre l’autocuiseur neuf qu’elle a acheté, un peu grâce à notre rencontre. JP nous laisse en tête à tête et part sur la plage, je promets à Leema de venir la voir avant mon départ. Le mot départ est lâché, même en anglais cela n’engendre pas la joie. Je vais sur la plage où Jean Pierre se fait accoster tous les 50 mètres par des vendeurs de foulards et de colliers. Nous passons sur les plages des grands hôtels réservées aux touristes aisés, nous sommes reconnus par nos copines vendeuses de tissus, et nous n’arrivons pas à nous en défaire. Le festival a débuté, la première partie est composée de danseurs avec cheval en papier décoré autour de la taille, il y a du déjà vu, puis d’autres danseurs avec la fameuse dans du paon qui vient boire un verre donné à un spectateur du premier rang. Nous nous retrouvons au petit restau indien, je ne m’éternise pas de trop car demain je fais un aller retour à Pondichéry pour voir où en sont les plaintes que j’ai déposé.
Cinquante-troisième jour :
PONDI ME REVOILA.

Dés la sortie de la salle de fitness, je prends une douche et je fonce prendre le bus pour Pondi. Le bus est complet aussi je m’accroche à l’indienne sur l’avant dernière marche de la porte arrière, un indien est sur la dernière marche, il me presse contre un poteau, je ne peux pas bouger. Deux villages plus loin, je trouve une place assise, et j’arrive à 10 heures à la gare de bus de Pondi. Je descends à pieds l’avenue BAHADUR Street elle me conduit directo au quartier français. J’adore traverser ces quartiers, simplement les plaques de rues à la française me font rêver : rue Romain Rolland, rue Dumas, rue Suffren, rue Saint-Louis. Toujours à la recherche d’Anusha et n’ayant pas de réponse à ma requête, je vais à l’Alliance Française, rue Labourdonnais. Une jeune fille à l’accueil me fait rencontrer le responsable du centre ; il ne peut pas m’aider car cette démarche n’entre pas dans la vocation de l’Alliance, il me conseille de faire comme en France, porter plainte auprès du Consulat de France. Je sors de la superbe bâtisse coloniale à la française (ce genre de demeure coute environ 2 millions d’euros de nos jours, à ce que l’on dit) un rickshaw très âgé est assis sur le trottoir à l’ombre. Le Consulat de France n’est pas très loin, je peux y aller à pieds, mais je demande au papi de m’y amener, malgré sa maigreur il développe une force incroyable, au premier abord on dirait que Pondi est tout plat, en fait il y a beaucoup de faux plats que mon conducteur surmonte tout en crachant. Au Consulat, il faut faire la queue mais fort heureusement le bâtiment est climatisé. Le fonctionnaire à l’accueil me demande de faire une lettre à Monsieur le Consul de France à Pondichéry. Je mange dans l’un des innombrables restaurants qui sont autour de l’Ashram de la Mother, celui-ci à la particularité de proposer que du bio, des soupes, des salades, des pâtes et autres riz. Je rédige ma missive de plainte contre X et je la dépose vers 14 heures trente, le fonctionnaire ne veut pas m’apposer un tampon sur mon double, comme preuve de dépôt, ce n’est pas très grave, la démarche est faite (six mois sont passés depuis, je n’ai toujours pas de nouvelles !) Je vais acheter deux ou trois lungi (99.90 roupies l’un) au SUPER STAR, un magasin sur plusieurs niveaux rempli de tissus, rue Nehru Street, c’est l’artère la plus commerçante de Pondi.
* SUPER STAR, 114 A.J.N Street, Pondicherry. #61481;0413 2227746.

Je trouve aussi des Towel (23.90 roupies l’une) sorte d’écharpe en tissu assortie au lungi qui se met autour du cou, que je n’arrivai pas à trouver à Mahabalipuram. Mes lunettes ayant beaucoup souffert ces derniers temps je pousse la porte d’un opticien, toujours avec un grand sourire les vendeurs me proposent plusieurs montures, je choisi une monture (frame) style "Chanel", en fait c’est marqué dessus. Il me fait le test de contrôle pour mesurer ma myopie et me propose des verres de haute qualité adaptés à ma vue pour 600 roupies plus 500 pour la monture "Chanel", à ce pris là (16 euros) il n’y a pas photo, le seul problème est qu’il me faut revenir dans deux jours, ce n’est pas possible je serai en France, La prochaine fois je m’y prendrai plus tôt. Mon papi rickshaw qui ne m’a pas laissé à ma demande, me reprend pour me raccompagner à la station des bus. Le retour à Mamalla me parait plus long, en fait j’ai acheté de nouvelles tongues en cuir et j’ai une ampoule sur le dessus des pieds. La nuit est tombée lorsque j’arrive, je vois les copains français assis sur le trottoir, ils sont heureux de me retrouver, ils commençaient à se faire du souci à mon sujet. Ce genre de démarche peu plaisante, ne vous attire pas toujours des retours agréables. Pendant qu’ils vont surfer sur le web, je vais prendre une douche. Nous nous retrouvons autour d’un tali, de pakora arrosés de bières que j’ai achetées cet après-midi. Ici une bière coute 120 roupies au restau, 100 roupies au débit de boisson agréé et 55 roupies à Pondi car il n’y a pas de taxes, c’est un ancien comptoir français (donc ils connaissent notre penchant pour la bière !)
Cinquante-quatrième jour :
ADIEU GINETTE.

Je suis arrivé au bout de mon séjour, je vais une dernière fois à la salle de gym de Pancha. Véronique vient avec jean Pierre, pour voir ça, il n’y a pas qu’à Paris que l’on s’entretient le corps. Pendant mes exercices, j’ai du mal à ne pas rire, Véronique ne pouvant soulever aucun poids nous fait un reportage photos. Toute la salle est en émoi, une femme dans la salle de gym ! Ce n’est pas fréquent à Mahabalipuram, aussi tous la prennent en photo avec leur portable. Nous prenons un café et des biscuits à la noix de coco et repartons à la maison. Depuis ce matin c’est morose, cause stress du départ, rien ne passe dans les boyaux. Je range cinquante fois mes affaires et surtout mes théiers que j’ai pris soin d’arroser la veille ; je les enveloppe dans du papier journal, et je les rabats un peu pour qu’ils tiennent moins de place. Ils ont résisté depuis la descente des Nilgiri, je craignais qu’une vache sacrée me les broute pendant mon absence dans le jardin de Frida. Je vais à la boutique de Jaga, mettre la dernière couche à l’huile sur les lettres de la vitrine. Il n’a pas acheté les couleurs, aussi allons-nous y ensemble, le commerçant me donne le bill (la note) je l’a tends à Jaga car je garde mes dernières roupies pour le trajet. Pendant que je peints un indien maquillé comme le dieu singe Hanuman, me demande l’aumône puis s’en va. Une fois fini je vais dire adieu à Leema, je prends un rickshaw famille à plusieurs. Elle est habillée d’un sari rose pale brodé de brillants, elle me propose un sari pour offrir à ma fille Marie-Pierre. Je lui dis qu’elle est adorable mais je préfère qu’un jour elle le lui remette et lui montre comment le porter. Nous refaisons quelques photos et surtout je prends ces coordonnées web et téléphone, je lui promets de ne pas l’oublier. Je rentre chez Frida avec une barre à l’estomac, cela ne va pas s’arranger Véronique et Emilie sont en train de chialer allégrement. Pancha me raconte les problèmes relationnels qu’il a avec sa belle mère de 68 ans, adoptée par un blanc qui elle-même a adopté Emilie. Je vais me rafraichir les idées en prenant une douche, à la sortie je fais connaissance de belges qui viennent occuper les chambres que nous laissons François et moi, bien entendu ils sont très sympas (deux fois) Vers 19 heures une moto pétarade devant la maison, c’est Claudia une française rencontrée par Jean Pierre qui nous l’a ramène pour manger avec nous. Jean Pierre reste encore deux mois en Inde, Véronique et François partent vers 2 heures du matin cette nuit, je pars vers 5 heures aussi nous louons un taxi ensemble pour nous mener à Chennai. Nous allons au restaurant indien avec Claudia, Véro, François et Jean Pierre, son ami corse à l’accent de Toulouse, vient aussi, nous faisons une sacrée tablée. Avec la perspective du départ, l’ambiance est au rire mais crispée. Notre Jean Pierre nous fait un petit cadeau d’adieu, un pendentif avec un grain de riz dédicacé à l’intérieur, sur le mien il a fait marquer "Magic Jack". Nous sortons prendre notre dernier tchaï devant le restau, et là qu’elle surprise, je vois Leema venue spécialement du village me dire au revoir, une rose à la main. J’ai presque envie de l’embrasser, je la présente à tous, seul Jean Pierre la connait. Je ne raconte pas les bêtises auxquelles j’ai droit. A ce moment là un feu d’artifice crépite dans le ciel, c’est la totale, il y a même notre vache sacrée toute blanche, qui vient nous lécher une dernière fois, avec Véronique nous l’avions surnommée Ginette. Ils se sont donné le mot, ce soir ! Le taxi nous attend, je fais mes recommandations à Leema, en lui promettant de ne pas l’oublier. Bye, bye Mahabalipuram, à bientôt Leema, mon aimée.


Jacques BEAUMELLE
886 Quartier Saint-Roch
06830 GILETTE
jbeaumelle@aol.com
#61481; 06 33 23 46 55
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