La Quête de La Puissance Lunaire (1ère partie)

Ecrit par
Gejooquien

AVANT-PROPOS

Dans un autre temps, dans un autre monde à la fois très différent et très proche du nôtre, La Grande Glaciation est le nom qu’on a donné à un énorme dérèglement climatique qui a cerné de pôles glaciaires un ensemble d’îles tropicales, ce qui y a créé des diversités de paysages qu’il est normalement impossible de trouver en une seule et même région. Cet endroit fabuleux a été surnommé « L’Archipel des Dieux » car il aurait été fondé par des divinités ressemblant beaucoup à celles de la mythologie gréco-latine et à la tête desquelles on trouve Goz, dieu du ciel équivalent à peu près au Zeus vénéré dans l’Antiquité par les Grecs.
Presque deux siècles après La Grande Glaciation, exactement mille-neuf-cent-quatre-vingt-deux ans plus tard (date qu’on peut aussi écrire dans l’Archipel des Dieux 1982 ap. LGG), une reine nommée Lalla Couletzky donne naissance à son premier enfant, un adorable petit garçon qui portera, comme son père, le nom de Karl. Karl Romaric est alors roi de Kagas, la capitale de Géjooq. L’île de Géjooq est aussi appelée l’Ile de Goz dans l’Archipel des Dieux car c’est la première qui aurait été fondée par le dieu du ciel. Peu de temps après la naissance de son fils et héritier, Karl de Kagas et sa femme meurent dans de mystérieuses circonstances, soi-disant foudroyés par les Séroïmes, les trois déesses du destin.
Karl « Junior » est alors élevé par son grand-père, Igor Couletzky, que tout le monde surnomme l’Ancien de Kagas. En plus d’être le père de la défunte reine Lalla, Igor est aussi Sage de Géjooq. Un Sage est un être qui, selon les croyances de l’Archipel, a été choisi par les dieux pour veiller sur le territoire dans lequel il vit, grâce à des pouvoirs magiques qu’il tire de ses connaissances en alchimie. L’alchimie est une science occulte qui consiste à mélanger des ingrédients de natures très diverses, ce qui est nécessaire à l’invocation de sortilèges plus ou moins puissants. C’est un peu comme de la sorcellerie. Entre de mauvaises mains, ces pouvoirs peuvent être dévastateurs. L’Ancien de Kagas fait partie des Grands Sages, un groupe d’alchimistes triés sur le volet et dont la mission est justement de veiller à ce que leur savoir ne soit pas utilisé à mauvais escient. Pour y parvenir, ils se rassemblent régulièrement lors d’un événement exceptionnel appelé « Réunion des Sages ».
La Réunion des Sages est placée sous la férule du tout-puissant maître des dieux, le grand Goz, et a lieu tous les soirs de pleine lune.
Pendant vingt ans, l’Ancien de Kagas élève son petit-fils, le seul héritier du trône de Géjooq, en lui inculquant les valeurs fondamentales qui sont les siennes. Karl de Kagas devient un beau jeune homme, apprécié par ses sujets pour ses qualités de cœur et son esprit chevaleresque, bien qu’encore un peu immature en certaines circonstances. A plusieurs reprises déjà, Karl a effectué avec succès des missions importantes dont l’a chargé son grand-père, sur différentes îles de l’Archipel des Dieux. L’Ancien de Kagas et le peuple de Géjooq savent donc déjà qu’ils peuvent lui faire confiance.
Tout se complique lorsque l’Ancien tombe malade. Igor a beau être Sage de Géooq, il n’est pas immortel et, comme tout être humain, il est soumis aux affres du temps qui passe. Grâce à lui, Karl a appris beaucoup de choses et a même été initié à l’alchimie mais, aussi Roi et Sage qu’il soit, le jeune homme n’est pas en mesure d’éviter à son grand-père de mourir. Il ne le sait pas encore mais le décès de son grand-père risque de changer sa vie bien plus qu’il ne le pense. Voilà une partie de son histoire…


PROLOGUE
Succession

Karl était au chevet de son grand-père quand l’Ancien demanda au jeune homme de s’approcher de lui. En s’exécutant, Karl entendit son grand-père murmurer péniblement :
« Mon enfant, le temps est venu. Je vais bientôt mourir. Tu vas devoir te montrer très fort pour assurer ma succession. Prends le talisman dans le coffre et reviens. »
Docilement, Karl ouvrit le vieux coffre placé au fond de la chambre de son grand-père et prit le collier qui y reposait. Le bijou était en fait un assemblage de petits anneaux en or auquel pendant un magnifique croissant de lune en argent, aux reflets étincelants. Avec solennité, Karl le donna à son grand-père, mais celui-ci refusa de le prendre et referma la main de son petit-fils sur l’objet sacré.
« Il est à toi, dorénavant, chuchota l’Ancien d’une voix saccadée. Ce talisman est le symbole de ta nouvelle condition de Sage.
Sans lui, tu ne peux assister aux réunions des dieux. Garde le précieusement, Sage de Kagas. »
L’Ancien s’interrompit, pris d’une violente quinte de toux. Impuissant, Karl lui pressa la main en attendant avec angoisse qu’il se reprît. Il fallut quelques instants au vieil homme avant de pouvoir poursuivre son discours :
« J’ai foi en toi, mon enfant. D’ailleurs, Goz s’est lui-même adressé à moi lors de la dernière Réunion. Il m’a dit qu’il avait besoin d’un nouveau messager parmi les hommes, assez digne de confiance pour porter en lui toute la Puissance Lunaire et assurer ainsi lui-même la paix dans l’Archipel des Dieux. Le roi des dieux craint de nombreuses défaillances au sein de l’ordre qu’il a établi. Il pense que la Réunion des Sages ne suffira plus pour préserver l’harmonie du monde. C’est pourquoi il souhaite avoir un allié qui saura gouverner les hommes à l’aide de la Puissance Lunaire pendant qu’il s’occupera de son côté de gouverner les dieux. Il t’a choisi pour le représenter ici-bas. Roi et Sage de Kagas, tu es l’Elu. D’après Goz, tu es le seul homme pourvu d’un cœur assez solide pour relever le défi. C’est ton destin : tu as été choisi pour devenir le Mage de Géjooq et pour assurer la paix dans l’Archipel des Dieux au nom du tout-puissant Goz ! »
Lancé dans son élan, l’Ancien s’essouffla rapidement et tandis qu’il s’imposait un moment de silence pour calmer les sursauts de sa poitrine, Karl enregistrait peu à peu la portée de ses paroles.
« Avant d’être Mage, il te faudra encore beaucoup apprendre », reprit difficilement le grand-père de Karl.
Comme la voix du vieil homme se faisait de plus en plus faible, Karl approcha son oreille de ses lèvres d’où ne sortirent plus que des chuchotements :
« La première chose que tu dois faire pour devenir Mage de Géjooq, c’est partir le plus vite possible pour Ephade, l’île d’Aninis. La déesse de la chasse est aussi la reine de la Lune et, par conséquent, la seule divinité capable de t’initier au culte mythique de la Puissance Lunaire. Rends-toi à son Sanctuaire et fais-toi reconnaître à ses yeux. Si tu obtiens sa bénédiction, Aninis te confiera le secret de la Puissance Lunaire et tu pourras dès lors la perfectionner de sorte à ce qu’elle devienne assez forte pour te permettre de faire régner l’ordre au sein des hommes. »
Alors que le visage de Karl était littéralement collé à celui de son grand-père pour entendre sa voix mourante, l’Ancien ferma lentement les yeux et desserra l’étreinte de sa main. Il rendit l’âme dans les bras de son petit-fils.
Le lendemain, Karl organisa de magnifiques funérailles pour son grand-père et refoula courageusement ses larmes devant son peuple, désireux de se montrer à la hauteur des espérances des dieux. A l’aube du jour suivant, il prépara ses affaires pour voyager une nouvelle fois aux confins de l’Archipel des Dieux. Il s’apprêtait à rejoindre son équipage quand Agnès apparut au loin, portant un petit sac en bandoulière.
« Laisse-moi t’accompagner, mon ami, implora-t-elle. Je refuse de rester là à ne rien faire pendant que tu pars à l’aventure ! »
Tout en étant prêt à embarquer, Karl regarda son amie courir vers lui en souriant. Agnès était une magicienne qu’il avait rencontrée lors de sa dernière mission sur Miwé, aussi appelée l’Ile des Morts. Physiquement, elle était ravissante. D’épais cheveux noirs encadraient son visage de nacre et l’éclat bleuté de ses yeux lui donnait un charme irrésistible. Elle avait des lèvres fines, un menton volontaire, un corps plein de grâce. Moralement, elle était également dotée de nombreuses qualités : intelligente et volontaire, elle maîtrisait parfaitement la magie de l’eau que lui avait enseignée sa maîtresse Ondine. Quand Karl avait rencontré Agnès, elle vivait recluse sur un îlot où elle s’ennuyait, elle craignait de s’aventurer trop loin et de rencontrer les Barbares qui régnaient sur Miwé. Tous deux avaient rapidement sympathisé et Agnès avait insisté pour accompagner Karl dans ses aventures. Depuis, Agnès avait mûri et était devenue la meilleure amie de Karl. Quand elle arriva à sa hauteur, le jeune homme lui prit la main d’un air engageant et ils embarquèrent ensemble sur L’Igor, navire rebaptisé ainsi en souvenir du prénom du grand-père du Roi de Kagas.

CHAPITRE PREMIER :
L’arrivée à Vélom

Le voyage jusqu’à Ephade se passa sans accroc. Outre la compagnie agréable d’Agnès la magicienne, Karl et son équipage bénéficièrent d’une mer calme et ils atteignirent Vélom, la capitale d’Ephade, au matin du quatrième jour de leur petite croisière. Le port de Vélom était réputé dans l’Archipel pour sa formidable hospitalité. Pour le plus grand malheur de tous, il apparut au moment du débarquement que cette réputation pouvait être mensongère. En effet, le port était en proie à la plus grande panique et les gens n’étaient pas loin de jeter des poissons à la figure des nouveaux arrivants tandis qu’ils accostaient, tant bien que mal. Alors que Karl essayait de comprendre à quoi rimait ce remue-ménage, Agnès lui indiqua du doigt un petit entrepôt au fond du port.
Un mur de ce bâtiment semblait pourvu de trois yeux maléfiques. De ces briques démoniaques émanaient des rayons glacés qui paraissaient désintégrer tout ce qui avait le malheur de se trouver sur leur trajectoire. Bon nombre de bateaux de pêches avait déjà été ravagé par cette monstruosité. Quand un des rayons vint détruire le pont d’un navire voisin, Karl décida d’intervenir avant qu’il ne fût trop tard. Alors qu’il se dirigeait vaillamment vers la source des problèmes des pauvres pêcheurs de Vélom, Agnès aborda un matelot dont les yeux exprimaient une terreur indicible. Le malheureux lui répondit en hurlant :
« La fin des temps est venue ! Le Sage de Vélom a perdu la tête ! Il s’est transformé en Faciès Mural, cette chose monstrueuse que vous voyez là-bas ! Nous allons tous périr de ses rayons ! »
Au bord de la syncope, le matelot devint soudain cramoisi et s’effondra dans les bras d’Agnès. Elle tenta désespérément de le ranimer pendant que Karl accélérait le pas jusqu’à Faciès Mural, bien décidé à lui régler son compte. Il fut accueilli par un souffle glacial émis par le mur diabolique. Karl l’évita de justesse et le combat commença.

Très vite, Karl comprit que le point faible de cette ignoble muraille résidait dans son œil central, celui qui lançait les rayons dévastateurs. Faciès Mural fermait tous ses yeux pour concentrer son énergie et quand il les rouvrait, l’œil central dirigeait un rayon glacé là où bon lui semblait. Ensuite, les deux autres yeux lançaient quelques éclairs sur les côtés puis se refermaient en même temps que l’œil central, resté inactif entre-temps. Le tout était donc de faire preuve de souplesse pour éviter le rayon glacé avant de se jeter sur l’œil central pendant que les deux autres lançaient des éclairs de chaque côté du bâtiment. Plusieurs fois, Karl sentit les rayons de l’œil central frôler son épaule et il fut blessé à de nombreuses reprises par des étincelles électriques venant des deux autres yeux. Toutefois, il sut suffisamment bien maîtriser son épée et son corps pour atteindre le point faible de Faciès Mural. Les vigoureux moulinets du jeune homme finirent par lui permettre de crever l’œil central dans une ultime attaque. Aussitôt, le triple regard de Faciès Mural devint vitreux et le démon qui habitait ce mur sembla disparaître. Alors que Karl reprenait peu à peu son souffle en pesant la gravité de ses blessures à l’épaule, une flamme maléfique se remit à briller dans les yeux du mur démoniaque qui parut alors reprendre vie.
Heureusement, Karl était endurant et il parvint dans un sursaut à bondir sur l’œil central de Faciès Mural avant qu’il eût pu suffisamment se régénérer avec l’énergie de ses deux autres yeux pour relancer ses rayons destructeurs. Abandonnés par leur leader central, les yeux de part et d’autre de celui-ci finirent également par se fermer définitivement. Faciès Mural n’opposant dès lors plus aucune résistance, Karl sortit triomphant de ce duel éprouvant.

Alors qu’Agnès rejoignait Karl pour panser sa plaie à l’épaule, Faciès Mural se transforma sous leurs yeux ébahis en un vieil homme pourvu d’une longue barbe aussi blanche que ses cheveux ondulés et vêtu d’une tunique pourpre. Il se présenta à eux comme étant le Sage Patrice, l’un des grands prêtres de Vélom. Tout en baissant honteusement la tête, il s’expliqua :
« J’ai voulu invoquer des forces divines peu appropriées à nous autres, pauvres mortels. Mon audace a été punie par les dieux qui m’ont métamorphosé en Faciès Mural. »
Patrice regarda tristement autour de lui et, en constatant les dégâts qu’il avait lui-même causés dans sa folie, il versa une larme. Pris de pitié, Karl s’approcha de lui, mais le sage l’écarta d’un geste de la main tout en disant :
« J’ai entendu parler de toi, roi de Kagas, et je connais donc ta valeur. Mais je ne mérite pas ta miséricorde. Je saurai assumer mes actes. En attendant, accepte ce modeste présent en gage de mon éternelle reconnaissance pour m’avoir fait revenir à la réalité, aussi dure soit-elle à supporter pour moi. »
Le vieil homme sortit alors d’une poche de sa tunique une fiole que Karl reconnut sans problème : il s’agissait d’une Potion de Vigueur qui pourrait une fois redonner toute son énergie vitale à qui la boirait. Tout en s’estimant chanceux, Karl accepta humblement le cadeau du Sage qui, reconnaissant un nouveau collègue digne de son rang, s’abaissa respectueusement devant lui avant de tourner les talons sans ajouter un mot. Un peu désemparée, Agnès fit un pas pour le rattraper, mais Karl l’arrêta en lui expliquant que Patrice tenait à réparer seul la faute qu’il avait commise, sans aucune aide extérieure. C’était une question d’honneur et de fierté qu’on se devait de respecter en gardant sa compassion pour soi. Sensible aux arguments de Karl, la magicienne hocha la tête d’un air impuissant avant de demander à son ami de bien vouloir la laisser le soigner.
Alors qu’ils revenaient vers l’Igor, Agnès et Karl entendirent plusieurs personnes exprimer leur soulagement de savoir que le Sage Patrice était revenu à la raison. La magicienne et son ami s’en félicitaient quand, soudain, le matelot qu’avait ranimé Agnès au moment où Karl affrontait Faciès Mural se présenta à eux en leur tenant ce discours :
« Mes amis, vous avez sauvé notre petit port d’un désastre sans précédent. Je m’appelle Hippolyte. Je ne suis pas riche mais, pour vous remercier, j’aimerais beaucoup vous inviter chez moi, où ma femme vous préparera de quoi vous redonner des forces après le long voyage qui vous a amenés jusqu’ici. Acceptez-vous mon invitation ? »
Après avoir échangé un regard complice, Agnès et Karl se montrèrent ravis de constater que les Vélomois étaient finalement à la hauteur de leur réputation en matière d’hospitalité. Ils finirent par accepter avec enthousiasme l’invitation du brave Hippolyte.
Chez le matelot, Agnès pansa la plaie de Karl, puis ils dégustèrent ensemble de savoureux biscuits préparés par la maîtresse de maison. Quand il fut rassasié, Karl demanda avant de les quitter si Hippolyte et sa femme avaient entendu parler du Sanctuaire d’Aninis. Le matelot lui répondit qu’il savait qu’un temple célèbre se cachait sur Ephade, mais il avoua aussi qu’il n’en savait guère plus : les habitants de Vélom considéraient un peu ce monument invisible comme une légende ne servant qu’à alimenter les contes de la région. Karl et Agnès remercièrent les Vélomois pour leur hospitalité avant de se remettre à visiter la capitale en quête d’informations.

Agnès et Karl approchaient du cœur de Vélom quand quelques rires tonitruants et des éclats de voix leur firent tendre l’oreille. En levant les yeux, Karl aperçut l’enseigne d’une taverne ayant pour nom La Cave de Vélom. C’était très évocateur. Etant donné qu’il ne savait toujours pas comment poursuivre leurs recherches, Karl convainquit Agnès de le suivre dans la taverne pour essayer d’y récolter de nouvelles informations.
A l’intérieur, la fête battait son plein. Karl ignorait ce qu’on fêtait, mais bon nombre de citadins et de pêcheurs étaient réunis autour des tables, une chope de bière à la main. Peut-être était-ce une manière de célébrer la disparition de Faciès Mural. Quoi qu’il en soit, Agnès constata avec désappointement que toutes les tables étaient occupées et que, par conséquent, elle allait devoir s’immiscer avec son ami dans un de ces groupes de joyeux lurons. Une femme parmi tous ces hommes, cela lui faisait un peu peur. D’un air goguenard, Karl l’incita à avancer dans la salle en lui expliquant qu’il était temps que sa crainte de la foule s’estompât.
Elle l’avait suivi car elle était en manque d’aventures, après tout. Or, selon toute vraisemblance, l’ambiance festive de Vélom était déjà pour l’ancienne solitaire qu’elle était une aventure en soi.
Agnès et Karl se faufilèrent au milieu d’un attroupement de villageois regroupés autour d’une grande table ovale, au centre de l’auberge. Deux hommes s’y affrontaient en se passant trois dés à tour de rôle. Karl comprit rapidement qu’ils jouaient au 421, cet ancestral jeu de dés consistant à tirer un 4, un 2, puis un 1, avant que ce soit son adversaire qui le fasse. Le plus trapu des deux hommes gagna la partie. Il leva alors les mains au ciel et afficha un sourire triomphant en s’exclamant :
« Il est presque impossible de vaincre Jean de Vélom ! Toutefois, je suis prêt à offrir le déjeuner à celui qui arriverait à me battre ! Y a-t-il de courageux volontaires ? »
Alors que les villageois faisaient le point sur leurs paris avec animation, Jean de Vélom reçut une belle somme d’argent du pauvre diable qu’il venait de vaincre aux dés. A en juger par son accoutrement, à savoir une chemise délavée et un pantalon troué, ce malheureux était certainement bien plus pauvre que Jean de Vélom qui exhibait ses bagues, son hermine et ses richesses sans aucun complexe. Cette injustice sociale et l’arrogance du gagnant décidèrent Karl à montrer à ce petit vaniteux qu’il ne fallait jamais être trop sûr de soi. Agnès tenta bien de le retenir mais, en même temps, elle savait pertinemment que quand son ami avait quelque chose en tête, il était souvent inutile d’essayer de le faire changer d’avis.

Décidé à battre Jean de Vélom, Karl relança les paris et s’assit en face du joueur trop chanceux, les dés à la main.
« Tu me sembles bien téméraire, étranger, lui murmura Jean de Vélom avec méfiance. Toutefois, si tu gagnes, je te promets que tu ne le regretteras pas. Par contre, si tu perds, tu devras me laisser la moitié de ta bourse. Marché conclu ? »
Le joueur tendit une main à Karl que le jeune souverain hésita à serrer. En effet, il risquait quand même de perdre la moitié de ses pièces d’or. Profitant de ces instants d’hésitation, Agnès se glissa derrière son compagnon et l’exhorta à quitter la table avant que ce ne fût trop tard. Elle obtint l’inverse de ce qu’elle attendait, car Karl releva le défi de Jean après avoir regardé la magicienne avec l’air de la remercier de lui avoir rappelé qu’il n’aimait pas se considérer comme un lâche. Devant tant de fierté, la jeune femme se contenta de lever les yeux au ciel avec découragement.
Jean de Vélom eut l’amabilité de laisser Karl commencer et le jeune homme lança les dés avec nervosité. Au premier lancer, il obtint juste un 4. Jean de Vélom tira un 4 et un 2. Agnès et Karl échangèrent un regard anxieux avant que le jeune homme ne relançât les dés. Cette fois, il obtint un 2. Au second tour, Jean de Vélom retira un 4. Au dernier tour, les deux joueurs étaient donc en quête d’un 1. L’assemblée était devenue silencieuse, Agnès était sur le point de défaillir. Jean de Vélom et Karl firent leur dernier lancer en même temps. Ce fut Karl qui obtint le 1 de la victoire. Il poussa alors un hurlement de triomphe qui fit frémir la magicienne.
Epaté par sa performance, Jean de Vélom se montra bon perdant et il fut le premier à applaudir son adversaire. Il commanda ensuite un repas à l’aubergiste tandis que la foule s’agitait pour faire le point sur les paris. Une fois la question du déjeuner réglée, Jean de Vélom sortit de son manteau un collier d’ivoire avec un os en guise de pendentif. Sceptique, Karl observa l’objet avec méfiance et Jean sourit en voyant son visage se rembrunir.
« Tu penses que c’est ridicule, n’est-ce pas, étranger ? demanda le joueur. Ma foi, détrompe-toi : on dit que l’Os divin fait parler les gens dont on veut percer le secret. Jusque-là, il m’a porté chance. Il est normal qu’il te revienne maintenant que la Roue de la Fortune a tourné. Accepte-le, tu ne le regretteras pas. »
Finalement plus intrigué qu’inquiet, Karl accepta le cadeau de Jean tandis qu’Agnès continuait de voir en cet Os divin un objet maudit plus qu’un porte-bonheur. Quoi qu’il en soit, l’Os divin trouva une place dans le sac à dos du jeune souverain avant que le déjeuner ne fût servi. Le repas s’avéra succulent et Agnès se détendit au fur et à mesure que le bon vin coulait dans sa gorge. Repus, Karl et Agnès quittèrent Jean et La Cave de Vélom en début d’après-midi, sans toutefois avoir réussi à dénicher les informations qu’ils étaient venus chercher. Toutes les personnes qu’ils avaient pu questionner dans la taverne leur avaient répété la même chose : pour elles, le Sanctuaire d’Aninis était un lieu légendaire et inaccessible.
En cliquant sur le bouton accepter, vous autorisez l'utilisation de cookies ou technologies similaires y compris celles de tiers sur notre site internet. Les cookies sont indispensables au bon fonctionnement du site et permettent de vous offrir des contenus personnalisés, d'analyser l’audience du site et de partager vos publications.
Paramétrer les cookies