En un battement de cils

Ecrit par
Artemis

Chut.
Ils pourraient t'entendre.
Ce jour là, je ne savais pas encore QUI pourraient m'entendre. En un claquement de porte, ma mère était déjà parti au boulot me laissant seule cachée sous l'escalier. C'est la routine , me dis-je sans cesse.


Inspire, expire.

Je n'ai point vu les rayons du soleil, senti la chaleur sur mon coeur de jeune égarée ou même frôler les feuilles d'un simple érable.

Par contre, je suis capable de me questionner, oh oui. Pourquoi suis-je obligée de somnoler sous une cage d'escalier? Pourquoi ne vais-je pas à l'école comme tout le monde? Ma mère... A-t-elle honte de moi?

C'est sûrement ça, elle a honte de moi. De mes différences, mais sommes nous tous différent?

Je ne lui en veut pas, je n'ai pas les forces de lui en vouloir.

Mes yeux changent de couleur et alors? Du rouge au noir, du violet au doré. Maman dit que s'ils me voient, je connaîtrais un triste sort.

Je garde mes yeux fermés depuis beaucoup trop longtemps maintenant. Par crainte de faire du mal à quelqu'un. Et non, je ne suis pas comme dans ces films de super-héros. Je n'ai pas de yeux laser.

Suffit de penser quelque chose et cela va se produire. Je peux tout. Tout, personne ne sait ce que cela veut réellement signifier. Chacun possède sa propre définition de TOUT.

Il y a eu ce soir de Décembre où que cette dame a eu la malchance d'être devant moi au moment où que j'ai découvert ce pouvoir. Ce don ? Non, cette malédiction. J'ai avalé son âme comme le dirais papa. Oui, papa. Père est mort à ma naissance. Maman refuse de me dire pourquoi. J'ai mon hypothèse, comme quoi l'âme de celui-ci a été transferer en moi.


Je décide de finalement dévoilé mes yeux à cette cage d'escalier. De toute manière, personne n'est là pour les admirer. À par la poussière et ces souris dont j'entend les petites pattes gratter le vieux bois.

Les yeux grands ouverts, je prends ce bref instant pour analyser cette petite pièce grosse comme un coffre de voiture.

Quoiqu'il n'y avait pas grand chose à voir. Noirceur. Toile d'araignée. Cette araignée qui a fondé sa petite maison au dessus de ma tête. Elle me fascinait, cela n'a rien avoir au fait que c'était la première créature vivante autre que l'humain que je vu. Elle est d'une intelligence à en couper le souffle, sa toile fine comme de la soie, ces petites pattes travaillantes qui se déplacent gracieusement pour prendre soins de ne pas abîmer sa demeure. Sa toile est sûrement plus solide que notre cage d'escalier, mais il est préférable de ne pas lui annoncer.

Autant cette pièce me rappelait que je connaîtrais jamais le vrai monde, autant elle me donnait ce seul brin d'humanité qu'il restait en moi. Le fait de vivre sous un toit, plutôt une cage d'escalier, mais cela me convient.

Je referme délicatement mes yeux. Les garder ouvert m'affaibli. Les muscles de mes paupières se sont usées à force de ne pas les utiliser. Je demanderais à maman de m'acheter des lunettes fumés.

Comment je connais ce que c'est des lunettes fumés? Simple, maman adore raconter des histoires et m'en raconte à chaque soir avant de monter à sa chambre. Parce oui, en haut de l'escalier nous appartient, mais je n'y mets jamais le pied.

Revenons aux lunettes fumés, maman me racontait l'histoire d'un vieil homme qui voulait adopter un chien. Le vieux monsieur était aveugle et avait besoin d'un canin pour le guider. Maman m'a expliqué que ce monsieur portait des lunettes de fumés pour pas que les gens voient sa différence. Comme moi, dans le fond. Sauf que je ne peux cacher ma différence à l'aide de lunette.

Pourquoi le monsieur voulait se cacher? Je suis sûre que ces yeux étaient beaux! Ou peut-être n'en a-t-il pas? Peut-être suis-je aveugle comme lui et maman me l'a caché.


Je pense , je dis bien , je pense qu'il n'est pas très tard. Je ne connais pas l'horloge et je n'en ai jamais vu de toute façons.

Mon choix est fait et en un battement de cil la petite porte de cette petite pièce s'ouvre non pas sans laisser un grincement strident.

Je dépose délicatement, toujours les yeux fermés, le bout de mon pied nu sur ce que je pense être un parquet.

Cette sensation de chatouillement m'émerveille. Je sens chaque brin de tissus frotter sur ma peau. Doux. Oui, maman m'a parlé de cette sensation de douceur et c'est bien cela.

J'ouvre les yeux une autre fois et il est trop tard pour les refermer.
Un homme, enfin je pense, vient en plein dans mon champ de vision.

La dernière chose dont je me rappel est cette bombe de fumée qui m'a tourmenté la tête. Je pense avoir perdu connaissance. Sûrement un policier ou un jugeur qui m'a enlevé.

Un jugeur est quelqu'un qui vient kidnapper les gens différents et juger s'ils peuvent rester dans la communauté ou doivent quitter. Aucun doute que je ne peux pas rester.

Je t'aime mère, je t'aimais,
ta fille.
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