Présentation du livre

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– Alors ma chérie, tu t'es bien amusée à la serre ? demande ma mère.
Je ne réponds rien, ne sachant pas trop comment parler de ma rencontre avec Lys.
– Oh je vois, un nouvel ami ? Une nouvelle amie ? Devine ma mère.
Trop forte. Je me demande parfois si mes parents ont des supers-pouvoirs de télépathie, de divination ou un sens de l'observation hors-pair.
– Oui, je me suis fait une amie, dis-je. Elle s'appelle Lys.
À ces mots, mes parents manquent de s'étrangler. Ils échangent un regard avant de s'écrier en concert :
– Quoi ?! Tu es amie avec Lys ? Ne la fréquente plus ! C'est un ordre !
Même réaction que mes amis.
– Mais pourquoi ? Elle est très sympathique.
– C'est une enfant maudite, elle a des yeux rouges, prononce ma mère d'une voix étouffée. Elle porte sûrement malheur. Le Chef du village a même bannit ses parents il y a quelques années.
Le Chef... tout le monde l'écoute car c'est le plus vieux. Il a deux cent sept ans, et fait partie de la toute première Génération d'êtres humains. Il commande notre village, et donne des assemblées une fois par mois pour relever les difficultés de chacun, ainsi que pour constater l'amélioration ou la dégradation du sol terrestre. Pour le moment, plus je grandis, plus la terre que foulent mes pieds se fissure. Pas terrible comme Chef...
Mais on lui obéit quand même.
Et maintenant que j'y pense, j'avais déjà vu Lys auparavant. Parfois, à la serre, j'entrevoyais sa chevelure transparente non loin de moi. Elle cueillait des fruits, arrosait les plantes, tout en étant très discrète. À cette époque, je ne faisais pas attention, mais maintenant ça me revient. On l'a battait. Combien de fois j'ai entendu des pleurs dans cette serre, combien de fois j'ai entendu des cris, des injures... je n'ai jamais réagit. Je n'essayais pas d'entendre ses appels, je restais captivée par la végétation. Pendant que je m'amusais avec la nature, elle était haïe en raison de ses yeux.
– Ne vois plus cette fille, ordonne mon père. Sinon, je te priverais de serre. Tu resteras à la maison toute la journée. Compris ?
Je hoche douloureusement la tête, mais croise les doigts dans le dos. Je fini d'engloutir mon repas et file dans ma chambre. À ce moment, mon bracelet fixé au poignet gauche se met à clignoter. C'est le rappel.
Mais je n'en ai pas besoin, je n'oublie jamais.
Je me dirige vers ma table de nuit, et me saisis d'une petite fiole remplie d'un liquide rougeâtre. Je porte le goulot à mes lèvres et avale le contenu. Pas de goût. Pas d'odeur. C'est de l'Ambroisie. Une boisson dont j'ignore tout. Mais j'en bois tous les soirs. Pourquoi ? Eh bien parce que c'est comme ça. J'en bois. Tout le monde en bois, toutes Générations confondues.
J'ai bien demandé à mes parents quels en sont les effets, à quoi cela sert et pourquoi il faut en boire tous les soirs, mais à chacune de mes questions, ils ont répondus de la même manière : « Je ne sais pas, Asa. Tout le monde bois de l'Ambroisie, tu dois en boire. Il le faut. C'est comme ça. Maintenant, arrête de me perturber. »
Je soupire, ferme les yeux, et m'endors dans ma couchette-lit.





Chapitre 2


Je tourne en rond, les mains croisées dans le dos. J'attends depuis plusieurs minutes, juste devant la serre. Je viens de manger mon petit-déjeuner, juste après m'être réveillée. Je n'ai pas tardé à courir vers la serre, de bon matin. Ainsi, je suis sûre que je ne raterai pas Lys. Je veux lui parler sans que mes parents puissent le savoir. À cette heure-ci, ils doivent encore dormir. Il est tôt. D'ailleurs, il n'y a encore personne à la serre.
Je lâche un bâillement prouvant mon manque de sommeil, me frotte les yeux, mais continue de sillonner le sol poussiéreux devant l'entrée de la serre.
– Tu m'attendais.
Je sursaute de surprise, le sang battant furieusement contre mes tempes. Je n'avais pas vu Lys approcher, bien qu'il n'y est rien en vue pour la dissimuler. Je devais être tellement nerveuse que je ne regardais pas autour de moi, voilà tout.
– Allons vite à l'intérieur, me presse Lys.
Je hausse un sourcil. À voir l'empressement de mon amie aux iris pourpres, je devine que l'extérieur la gêne. Pourtant, elle est bien équipée, avec son masque à oxygène, sa veste et ses bottes. Elle ne risque rien. Le soleil ne peut absolument pas lui brûler la peau, bien qu'il envoie des rayons dangereux.
Je lui emboîte le pas. Je laisse mon matériel de protection aux portes manteaux de l'entrée, m'empare d'un arrosoir et m'avance vers les plantes. Comme je vois que Lys n'est pas pas disposée à engager la conversation, je me lance dans divers sujets :
– Quelle est ta couleur préférée ? Pour ma part c'est le vert.
– Je n'en ai pas.
– Ah. Et tu habites où ? Moi c'est la troisième maison à gauche, lui dis-je.
– J'habite l'entrepôt abandonné, à l'autre bout du village, m'apprend-t-elle.
– Oh. Et... tu as des frères et sœurs ?
– Non.
Elle me réponds le strict minimum, de sa voix si mystérieuse. Son ton est distant, sans pour autant être froid. Son regard profond comme l'océan semble dissimuler bien des choses. Mais je suis toujours incapable de la fixer dans les yeux, peut-être à cause de ses iris rouges, ou tout simplement parce que je n'arrive pas à affronter ses prunelles pourpres.
– Tu viens souvent à la serre ? lui demandé-je.
– Tous les jours. Mais c'est seulement hier que tu m'as remarquée.
Je me sens rougir quelque peu, et baisse les yeux. Tout à coup des éclats de voix me parviennent. D'autres gens viennent à la serre. Je reconnais la façon de parler de Zac. Je me mords la lèvre jusqu'au sang, laissant son goût âcre et métallique m'envahir la bouche. Presque aussitôt, je sens la blessure cicatriser.
Plus important, j'empoigne Lys par la manche et la dirige jusqu'à un gros buisson.
– Cache-toi, s'ils te voient je ne pourrais pas leur parler... et j'ai un truc à demander à mes amis, chuchoté-je à Lys.
Lys ne réponds rien, détournant le regard. Elle croise les bras et se dissimule entre les taillis. Néanmoins j'ai clairement vu dans son expression qu'elle n'aimait pas cela. Normal, je vais aller discuter avec des gens qui la pensent maudite. Je comprends qu'elle m'en veuille.
Je cours vers l'entrée de la serre. En effet, Zac, Réa et Emi déposent leur matériel de protection en dessous de leurs numéros respectifs.
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Nicolas SORANZO