L’avion de ligne tenta une manœuvre d’évitement et bascula à la verticale. Le nez de l’appareil fondait toujours vers sa fenêtre, mais il essayait tant bien que mal de limiter les dégâts. L’impact était imminent. Tiago s’assura qu’il avait sa ceinture, s’accrocha à son siège et lâcha un long cri de joie.

L’aile de l’autre avion percuta la coque le l’appareil.
La carlingue transperça la paroi et s’écrasa contre la vielle dame.
Un jet de sang gicla sur son visage alors que l’aile continuait à découper son avion. En un éclair, tout était fini, et les deux morceaux tombaient en chute libre en direction des champs d’oliviers espagnols. Tiago ne s’était jamais senti aussi bien. Jamais il n’aurait pensé ressentir de telles choses en même temps. L’ultime expérience de sa vie était la plus grisante de toute son existence.

Tout d’un coup, le siège à côté de lui s’arracha, attiré par la dépression qui emportait les passages vers la mort. L’instant d’après, sa propre ceinture craqua et il se sentit partir en avant. D’un geste brusque, il se retourna, s’attrapa son siège et se hissa vers la rangée de derrière. L’attraction était énorme, mais il parvenait à la contrer. Ce n’était pas l’envie de vivre qui lui donnait des ailes, mais l’envie de continuer à ressentir ce qu’il ressentait.
Son siège se détacha à son tour, mais Tiago était déjà accroché au suivant. Pour se hisser vers le rang suivant, il s’agrippa à la jupe de l’hôtesse et la tira en arrière. Peu lui importait la vie des autres, étant donné que dans les restes de l’avion, tout le monde était déjà perdu. Une brochette de morts en sursis, voilà ce qu’ils étaient.
Quand il voulut avancer encore, il attrapa un accoudoir à deux mains, mais trois rangées de sièges s’arrachèrent en même temps. Il ne pouvait plus rien faire, la chute était inévitable. Aspiré par un vent invraisemblable, il fut projeté dans les airs, bien loin de la queue de l’appareil.

Tiago était seul, seul au-dessus d’un paysage sec et aride.
Il avait la gorge sèche, irritée à force de crier. Le pauvre mort en sursis hurlait de joie et de peur en même temps. À dire vrai, il aurait été bien incapable de faire la différence tant l’émotion était étouffante.
En regardant autour de lui, il voyait les débris matériels et humains s’écraser au sol.
Le sol était tout proche maintenant.
Il s’approchait à une vitesse incroyable.

Soudain, Tiago s’arrêta net, empalé sur un vieux lampadaire.
Au milieu du drame qui venait de se produire, un homme était mort avec le sourire, un homme était mort heureux.
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Jour de chance

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Nicolas SORANZO