Présentation du livre

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noble dame. C'était un sujet tabou à vrai dire : on racontait qu'un grand mal la rongeait, mais nul ne savait de quoi il s'agissait. Personne ne l'avait jamais vue hors du Château, lequel était interdit d'accès à tout habitant de la Ville ou du Champ, sauf en cas d'invitation du roi.
Une silhouette survint à l'entrée de la maison avant de s'avancer doucement, calmement, timidement. Lorsqu'elle fut arrivée à la hauteur du peintre, la tête baissée, nul mot ne sortit de sa bouche. L'artiste chercha à la dévisager, ce qui n'était pas chose facile : la personne portait une capuche sous laquelle on devinait un visage enveloppé de bandes de tissu.
- Vous êtes la fille du roi ? demanda l'homme.
- Oui, répondit-elle faiblement.
- Très bien. Peut-être pourriez-vous retirer votre capuche pour débuter le portrait requis par votre père ?
- Je crains qu'il ne s'agisse là d'une mauvaise idée, émit la princesse d'un ton toujours aussi peu assuré.
- Doutez-vous de mon talent ? Ou bien êtes-vous magnifique, au point de ne pouvoir être représentée sur un tableau ?
- Hélas, ni l'un ni l'autre.
- Alors, sont-ce les rumeurs circulant en Ville qui disent vrai ? Celles qui parlent d'un mal dont vous êtes atteinte ?
- Vous me voyez là embarrassée par vos
paroles. Toutefois, puis-je avoir confiance en vous et compter sur votre discrétion ?
- Assurément.
Alors la dame souleva sa capuche et enleva les bandes de tissu de son visage, laissant apparaître une peau dégradée, défigurée : c'était la lèpre, une maladie peu répandue mais terrible car elle rongeait la peau. Hors de ce désastre survivaient de sublimes yeux d'un bleu clair comme le ciel et une chevelure blonde, semblable aux épis de blé étincelants en cette époque, peu avant que n'intervienne la Moisson, période de ramassage de la principale culture du royaume.
- Je comprends dès lors les raisons de votre dissimulation, reprit le peintre en tentant de cacher son dégoût.
- Tout comme je comprends que vous soyez horrifié, assura la princesse, perspicace. Tenez-vous encore à dresser mon portrait ?
- Certes. Votre père le roi m'a confié une mission, et ma vie en dépend.
- Alors vous courrez à votre perte. Je connais parfaitement mon père pour vous dire qu'il n'acceptera jamais votre tableau.
- Vous êtes bien sûre de vous. Le roi peut-il refuser mon œuvre si j'embellis votre visage, que je le rends plus chatoyant, plus radieux, plus pur ?
- Il la refusera car il hait la déformation de la réalité. Si la représentation de mon visage est truquée, il prendra cela comme une preuve de malhonnêteté venant de vous.
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Le Peintre et la Princesse

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Nicolas SORANZO