Présentation du livre

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La poignée, en pierre de lune, projetait alentour ses doux reflets bleuâtres. Inspirant un grand coup, le nordique saisit une seconde fois la clé du manoir et y pénétra. A l'intérieur, quelques bougies parfumées combattaient férocement l'obscurité, et les odeurs de lavande se mêlaient aux douces senteurs qui provenaient de la cuisine. Ne souhaitant pas s'attarder, Thorketil s'aventura à travers le dédale de couloirs, ne se fiant qu'à son instinct.
Alors qu'il n'avait effectué que quelques mètres, le parquet craqua non loin de lui. Dans un sursaut, le nordique ouvrit une porte à la volée, et, repoussant la porte, attendit silencieusement. Le garde, qui faisait sa ronde, s'engagea dans le couloir. Retenant son souffle, le nordique transpirait à grosses gouttes. Lorsque le mercenaire eut passé la porte, le jeune homme sortit de sa cachette et tira sa dague hors de son fourreau. Alors qu'il se rapprochait silencieusement de son adversaire, le parquet émit un nouveau grincement. Le garde se retourna aussitôt et dégaina sa lame dans la même seconde, puis engagea le combat avec son adversaire à travers la pénombre. Désavantagé par la courte portée de sa dague, Thorkektil fut rapidement submergé par les coups rapides que lui portaient son adversaire. Les repoussant tant bien que mal, le jeune homme continuait à reculer et faillit trébucher sur une latte de bois légèrement surélevée. Se rattrapant comme il le pût, il ne sut empêcher son adversaire de lui porter un coup au niveau des côtes et, bien qu'il ricocha sur son épaisse armure de cuir, il lui déclencha une violente douleur qui lui fit lâcher son arme. Le nordique, impuissant, se replia vers la chambre dans laquelle il s'était camouflé, mais le garde ne le laissa pas filer. Celui-ci repassa d'ailleurs à l'assaut et asséna un coup violent avec sa lame, que Thorketil peinât à esquiver. Ayant repéré sa seule chance de vaincre, le jeune homme continua de reculer jusqu'à une latte de bois presque totalement décrochée du sol. Alors que le mercenaire se rapprochait de lui, il saisit le morceau de parquet et frappa son adversaire au genou, qui grogna de surprise. Le nordique se releva rapidement après un ultime effort et abattit son gourdin improvisé sur la nuque de son ennemi, qui s'écroula au sol dans un grand râle.

**

Il prit quelques instants pour reprendre son souffle, palpant ses propres côtes afin de vérifier qu'aucune d'entre elle ne se soit fêlée sous le coup porté par le garde, qui gisait désormais à ses pieds. Talos le protège, sa douleur n'était que superficielle. Il fouilla brièvement le défunt et l'en délesta des quelques septims qui garnissaient son escarcelle, puis il sortit de la pièce. A nouveau dans le couloir, il récupéra sa lame et referma la porte de la chambre, avant de reprendre sa lente ascension à travers le manoir. L'épais tapis de velours, de couleur émeraude, absorbait les bruits de ses pas. L'odeur de lavande qui embaumait la maison devenait de plus en plus forte au fur et à mesure qu'il s'enfonçait dans la demeure. Autour de lui, la plupart des bougies s'étaient éteintes, l'obligeant à avancer à tâtons. Thorketil n'était plus loin, et il continuait à progresser. Au bout du couloir se dressait une énième porte, sous laquelle s'étendait la lumière qui provenait de l'intérieur. La fatigue avait peu à peu envahi son corps, et, malgré qu'une nouvelle confrontation ne l'effrayait pas, il savait que ses capacités physiques étaient amoindries. Après avoir vérifié une nouvelle fois que sa dague coulissait bien dans son fourreau, il saisit délicatement la poignée et poussa la porte de quelques pouces. Des bruits de mastication lui parvinrent, et, poussant un peu plus la porte, il découvrit le dernier garde. Celui-ci, affamé, était bien trop occupé pour remarquer la présence du jeune homme. Celui-ci en profita pour se faufiler discrètement à travers la pièce, et en sortit aussi vite qu'il y était entré, par la porte du fond.
Le nordique soupira de soulagement, et se retourna lentement. Après avoir jeté un bref coup d'oeil alentour, il comprit son erreur. Imprudent, il avait pénétré dans la chambre du Comte, lui qui souhaitait uniquement fuir la salle à manger. Un couteau se planta dans cette porte, à quelques pouces de sa tête. Il se retrouvait maintenant coincé entre le mercenaire et le Comte lui-même, qui avait déjà dégainé son épée en hurlant, avertissant son chien de garde, qui ne tarda pas à entrer dans la pièce. Thorketil bondit sur le côté, prenant ses distances. Le garde du corps le suivit de près et saisit sa hache d'armes, dont le double tranchant, qui brillait sous la lueur brillante des quelques chandelles présentes, aurait fendu un lingot d'ébonite. Il frappa le nordique, qui esquiva l'attaque d'une roulade.
Bien plus vif avec sa petite lame, il épuisa son adversaire en lui assénant une volée de coups de dague. Submergé, le mercenaire recula, et, dos au mur, il tenta une ultime attaque. Il souleva son arme de guerre au dessus de sa tête, mais Thorketil en profita pour le frapper à la cuisse. La lame déchira chair et tendons, perforant même l'artère fémorale, d'où jaillit un flot de sang qui éclaboussa les murs. Le fluide vital s'échappait de sa jambe et souillait le sol, lequel s'imprégnait de la couleur cramoisie du sang. Le garde hurla de douleur et s'écroula sur le sol dans un bruit sourd. Le jeune homme se retourna rapidement, et fixa le Comte Horatius qui le toisait. «_ Tu n'aurais jamais dû revenir, Thorketil. Tu as déjà eu de la chance de pouvoir t'échapper, il y a quelques années. Tu n'auras sans doute pas la même aujourd'hui, déclara le Comte de Bruma d'une voix glaciale.
_ Tu sais très bien pourquoi je suis là, Horatius. Il y a quatorze ans, presque jour pour jour, tu te tenais devant la porte de ce manoir. Corrompu par les trafiquants Khajiits, qui ont étendu leur trafic de skooma à travers tout Cyrodiil, tu as condamné à mort ma famille contre une bourse bien garnie ! J'avais onze ans ce jour là, et j'aurai été pendu comme mes frères et mes soeurs, si je n'avais pas pu m'échapper ! J'ai fais le serment, sur mon honneur, de revenir venger les miens !
_ Je n'avais pas le choix, et tu le sais très bien. Les Khajiits avaient la bénédiction de l'Empereur lui-même, je ne pouvais pas m'y opposer ! se défendit l'impérial.
_ Tu avais le choix, Horatius ! hurla le nordique. Il y a toujours le choix ! Mais ta soif de pouvoir t'as poussé à agir ! Tu as toujours voulu gouverner, et peu importe les conditions nécéssaires pour y arriver ! Tu ne diriges rien, tu ne fais qu'appliquer les ordres donnés par ces trafiquants ! Est-ce dont cela, pour toi, la vision du pouvoir et de la justice ? Condamner à mort des innocents contre de belles sommes ? Faire valoir la parole de simples trafiquants ? Suivre aveuglément les ordres d'un Empereur corrompu !?
Thorketil, fou de rage, serra plus fort le manche de sa dague, tandis que le garde, toujours au sol, gémissait encore, alors qu'il se vidait peu à peu de son sang.
_ Je n'avais pas le choix... chuchota le Comte, tentant de se persuader lui-même.
Le nordique s'approcha lentement d'Horatius, les yeux bouillants de rage. Un aura de haine l'entourait, tandis que l'impérial reculait lentement jusqu'à son bureau.
_ Cela fait quatorze ans que j'attends ce jour avec impatience... souffla le jeune homme.»
L'impérial, désespéré, redressa son épée. Thorketil, impassible, frappa son adversaire au poignet, qui se détacha du reste du corps et retomba sur le sol. Dans un cri, le Comte implora la pitié du nordique. Malheureusement pour lui, les profondes cicatrices qui étaient gravées au fond de son coeur ne s'étaient jamais refermées, et, ce soir plus que tout autre, il voulait en finir. Un éclair s'écrasa proche du manoir dans un grand fracas, éclairant la pièce d'une lumière blanche. Il leva sa dague et la planta dans la poitrine du Comte Horatius, qui le fixait, les yeux écarquillés. La pluie qui tombait au dehors s'abattaient sur les fenêtres tout comme les larmes de Thorketil coulait le long de ses joues. Pour la première fois de sa vie, le fardeau qui pesait sur ses épaules avait disparu.

***

Toute notion de temps lui sembla alors abstraite, et il ne parvenait pas, malgré toute sa volonté, à retenir l'ensemble des sentiments qui déferlaient dans son cerveau. Il resta là, à observer la pièce sans la percevoir réellement, comme un jeune aveugle cherchant désespérément à distinguer les détails qui l'entourent et qui lui échappent inévitablement. La cadence des gouttes qui martelaient les épaisses vitres de la fenêtres rythmait ses pensées, alors que le temps lui-même avait abandonné cette tâche qui lui est propre. Les seules images qui défilaient dans sa tête faisaient appel à ses plus profonds souvenirs. Il se voyait, encapuchonné, tremblant de froid et de peur, dissimulé par la foule qui s'était massé autour de la place marchande. Des cris d'indignation s'élevaient de la cohue, couvrant les pleurs et les gémissements des condamnés. De gros flocons de neige s'abattaient sur le sol, masquant partiellement le champ de vision du jeune garçon.
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Thorketil le Nordique

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Nicolas SORANZO