Présentation du livre

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Ça ne m'étonnerait pas d'eux, ils ont beaucoup de cœur, surtout papa, peut-être à cause de ses lectures humanistes. Ils doivent être au super-marché de Vigneux à l'heure qu'il est. C'est là qu'il passe la majorité de leur temps, dans les centres commerciaux, un peu comme tout le monde aujourd'hui d'ailleurs: « Tiens? Qu'est-ce qu'on pourrait bien faire cet après-midi? _ Allons faire des courses! ».
Quand j'étais petite, ce n'était pas ainsi, on allait souvent se balader dans les bois, même quand il ne faisait pas beau, même l'hiver. On me vêtait chaudement, je prenais mon vélo et hop, tous en forêt. Faut dire qu'on habite à deux pas de Sénart. Je ne sais pas quand ça a basculé. Je crois que c'est à la suite de la grande tempête de mille-neuf-cent-quatre-vingt-dix-neuf. Y avait tellement de casse que la plupart des sentiers était obstrué de branches brisées et d'arbres abattus, sans parler de ceux qui se trouvaient en équilibre précaire, à moitié déracinés et penchant dangereusement ou retenu par un autre tronc, et qui menaçaient de tomber au moindre coup de vent. C'est là que mes parents ont pris l'habitude de faire les magasins. De toute façon je ne pense pas que j'aurais continué très longtemps à les accompagner sur les chemins forestiers. A seize ans, une jeune fille a autre chose en tête que de suivre papa et maman en promenade dans les bois, enfin si elle est à peu près normale.

Quand j'arrive dans la cuisine, par la fenêtre, je vois Jean qui referme le portail puis sa Cadillac disparait au coin de la rue. Je me fais un café au lait et ensuite je tourne en rond dans la maison, mon bol dans les mains, ne sachant que faire. Tout me semble inutile. Au bout d'un moment, j'allume la télé et je mets une chaîne musicale. Les clips défilent en sourdine pendant que je sirote le contenu de mon café et rêvasse. Un peu plus tard, je regarde l'heure à l'horloge du salon, douze heures quinze, c'est à cet instant que mon portable sonne. Malgré qu'il soit à l'étage, dans
ma chambre, je l'entends, j'ai mis la sonnerie à pleine puissance et puis, j'espère tellement un appel que je suis à l'écoute du moindre bruit. Mon cœur fait un bond et je manque de renverser sur moi ce qu'il reste du contenu de mon bol. Je détale et monte l'escalier quatre à quatre. Trop tard, lorsque j'attrape mon portable, la musique s'arrête. Je consulte le journal des appels, c'est mon chéri qui vient d'appeler. Je l'espérais tant. Ni une, ni deux, je le rappelle, depuis le temps que j'en avais envie et que mon respect des sacro-saintes conventions me l'interdisait. C'est vrai, quand on est une jeune fille bien élevée, on ne téléphone pas au garçon en premier, enfin pas au début, il faut savoir se faire désirer, après, bon, c'est cinq ou six fois par jour, au bas mot.
__ Tu m'as appelée?
__ Oui. Je me demandais... On pourrait peut-être se voir cet après-midi.
__ Bien sûr, (mon cœur s'affole) à quelle heure?
__ Tout de suite.
__ Tout de suite?... Mais je ne suis même pas ... Je viens de me lever.
__ Mais non, entends-je, je plaisante, je viens à peine de me réveiller moi aussi, je n'ai pas pris mon petit-déjeuner.
Il vient juste d'ouvrir les yeux et son premier geste est de sauter sur son portable et de me téléphoner. C'est pas beau ça?

Vers quatorze heures, il est devant le portail. J'ai passé une demie heure devant mon miroir à me maquiller et je suis assez contente du résultat. Lorsque je monte dans sa voiture il hésite et ne sait pas trop comment agir, moi non plus, un peu comme si nous étions redevenus des étrangers et qu'il nous faille nous réhabituer à notre présence. Nous nous observons l'un, l'autre, en souriant bêtement, tout étonnés d'être là. C'est moi qui rompt le silence en murmurant un bonjour que je veux tendre. Il ne répond pas, approche son visage du mien et me baise les lèvres. Je sens la chaleur monter en moi, je vibre, je flotte dans les airs. J'ai tout à coup envie qu'il aille plus loin, qu'il me prenne dans ses bras, me serre,
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AMOUR DE COSIE (suite)

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Nicolas SORANZO