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La naissance n'est pas tout

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Certains naissent dans des roses, d'autres dans des choux. Tout le monde sait ça. La cigogne dans certaines régions ramène aussi des nourrissons. Donc, on le voit, il y a bien des manières de venir au monde. De façon plus prosaïque, un grand nombre de bébés, pour des raisons de commodité, sortent directement de l'utérus de leur maman. L'auriez-vous cru ? Ce n'est pas une généralité, mais c'est une coutume qui tend à s'universaliser.

Pour ma part, n'étant pas d'une prime jeunesse, je n'ai pas connu cette dernière méthode, trop moderne. Comme oiseaux à hautes pattes, dans ma région, volaient surtout de beaux hérons bleus qui n'ont pas la réputation de posséder d'exceptionnelles qualités de nourrice au contraire de leurs cousines blanches et noires. En conséquence, s'il m'est arrivé de planer, ce ne fût jamais suspendu au bec d'un grand échassier. Il est vrai que je suis issu du règne végétal, mais je ne le suis point d'une fleur ou d'un légume. La rose ayant la réputation d'être réservée à l'accueil des filles, ce que je ne suis pas, ce n'est pas par l'une d'elle que je me suis éveillé au monde. Quant au chou, ma foi, un Gainsbourg s'en était servi si bien avant moi et il en avait fait si amplement la promotion que jusque dans les limbes où je me trouvais, je l'avais entendu le chanter. C'était une sorte de publicité chose à laquelle je suis allergique depuis toujours et même avant, la preuve.

Comme il faut bien naître lorsqu'on y est expressément invité, la nature imposant là aussi ses lois, je me suis bien malgré moi plié à sa volonté. Mais, étant donné que j'ai l'esprit plutôt rebelle, enfin, j'en avais un à cette époque lointaine, j'ai décidé de ne pas me comporter comme le premier venu et de naître d'un champignon. Attention, pas de n'importe quelle espèce non plus. Pas question, pour moi de me satisfaire d'un bolet rond mignon, d'une oronge malicieuse, d'une coulemelle à grand pied, ni même d'une belle amanite tue-mouche si mortelle soit-elle quoiqu'on la dise plus hallucinogène que meurtrière. Non ! C'est un autre de leurs pareils qui me séduisit, surtout par sa forme évocatrice, j'ai nommé l'extraordinaire phallus impudicus.

En me découvrant, mes parents ne se précipitèrent pas, c'est la vérité, car si le splendide spécimen de satyre puant par lequel j'avais été transposé correspondait à l'image que je me faisais de la vie, il n'en allait pas même pour eux. D'autant, que comme son nom usuel l'indique, il émane de ce champignon des effluves odorants qu'on qualifie rarement de fragrances. Qu'en savais-je moi fragile fœtus que ça pue un phallus impudicus. C'est la réalité pourtant. Il me reste d'ailleurs, témoin de mes origines, une odeur qui par chance s'atténue avec le temps , mais qui n'en est pas moins assez fétide ; suffisamment pour convier à ma table des nuées de compagnes bourdonnantes aux saisons chaudes et qui m'importunent bien plus que le commun des gens. Petite et noire ou grosse et bleue, la mouche est mon amoureuse.

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Nicolas SORANZO