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Chapitre 1 : La chute d’illusions


La nuit tombait sur la ville, et les lueurs dorées s'envolaient peu à peu dans le ciel.
Les nuages s'assombrissaient, tandis que les lumières resplendissaient. En bas, la Lune était à peine visible, alors qu'ici, loin des habitations et de la population, elle dominait tout le ciel. Il ne pouvait décrocher ses yeux de celle-ci, et seule la voix de son ancienne élève le ramena sur terre.
« Nous sommes arrivés, dit-elle de sa voix flûtée. »
La voiture s'était stoppée depuis une bonne dizaine de minutes devant l'entrée de la villa.
Le chauffeur était sorti pour ouvrir la portière au Généralissime, mais ce dernier était déjà sorti de l’automobile. L'édifice de son hôte était construit en pleine nature, parmi la végétation et les bêtes, comme s’il cherchait à se dissimuler. On les a immédiatement invités à entrer : une fois dans la salle à manger, toutes le personnel s’est abaissées en signe de respect, afin de l’accueillir. Monsieur Yie Jie était ravi que Maître Muratake vienne chez lui pour le dîner. Quel plus grand honneur que de recevoir le ninja le plus puissant de tout le pays ? Ce dîner reposait évidemment sur l'idée d'un futur contrat entre l’État et l'entreprise qu'il détenait. Malgré le fait qu’il venait à peine d’obtenir ce titre, il semblait déjà prêt à assumer ses responsabilités. Sa fille Lili était à ses côtés, car il tenait absolument à ce qu'elle le rencontre. Un homme tel que lui ne se voit pas tous les jours. Peut-être même qu'il pourrait arranger un mariage.
« - Je suis ravi de vous voir Maître Muratake.
- Moi de même Monsieur Yie Jie, répondit-il.
- Voyons, appelez moi Fang. »
Le dîner débutait à peine que Lili s’ennuyait déjà. Elle était en train de rêver éveillée. Son père l'avait forcée à venir. Elle n’arrivait toujours pas à croire qu’il l’avait réellement forcée à rester à cette table pour écouter cet étranger papoter et parler de choses qui ne l’intéressaient en rien. Bien sûr, les affaires de l'entreprise comptaient énormément pour elle, mais elle connaissait ce contrat sur le bout des doigts. En effet, la jeune et belle héritière se savait déjà prête à reprendre l’entreprise de son père. Toutefois, il fallait avouer que s’il était possible de supprimer cette pratique consistant à dîner avec ses futurs clients, elle serait ravie. L’ennui possédait peu à peu son esprit et commençait à l’agacer. Cela faisait une bonne demie heure que sa meilleure amie était censée venir, et pour l'instant aucun signe d'elle. Lili ne supportait déjà plus le caractère morne et sans vie du Généralissime. Il y a à peine une heure, son père lui faisait une leçon sur la politesse et les règles de bonne conduite, alors que son invité n'a touché à aucun des plats aux prix vertigineux qui lui étaient proposés. Trop pudique, il ne désirait pas dévoiler son visage caché par un masque noir qui lui arrivait jusqu’au début des joues.
Elle regardait discrètement sa montre nouvelle génération pour ne pas risquer les cris de son père.
« Je suis là, avait envoyé son amie. »
La future patronne se releva immédiatement, attirant tous les regards sur elle. L’invité d’honneur fixait la jeune fille d’un regard vert, suivi du regard inquiet de son accompagnatrice à la chevelure noire, et enfin de celui de son père qui s’était arrêté de parler. Quelques grains de riz étaient venus se coller contre ses commissures et retombaient dans son plat. Le visage de sa fille s’était déformé sous le dégoût tant elle avait honte de son père. Les gardes, dissimulés par leur silence dans la salle et dont la présence s'était presque effacée reprirent vie pour identifier la source de perturbation. Elle a dû faire croire à un léger malaise qui l’indisposait, avant de s’en aller. On a entendu ses talons claquer sur le sol jusqu’à ce qu’elle rejoigne sa chambre, juste au-dessus. Gêné, Fang s’est excusé auprès de ses invités, et a reprit leur discussion. Il était persuadé qu’elle était partie rejoindre Kotonoah, comme à son habitude. Contrairement à sa fille, Kotonoah, elle réussissait à créer et maintenir une discussion avec des personnes de tranches d’âge différentes de la sienne. Malheureusement, lorsqu’elle n’appréciait pas une personne, elle était encore pire que Lili.

« - Alors, la file d’attente était comment ?
• Il n’y en avait pas.
• Sérieux quand je t’envoie acheter, c’est tranquille ?
• Y avait des gens. Mais ils m’ont laissé passer.
• Laisser passer ou tu les as poussés ?
• Poussés, a t-elle lâché avec un grand sourire. »

Même si elle privilégiait la parole, Kotonoah était intimement persuadée que tout pouvait être réglé par la force. Elle était bien trop déçue par les gens pour leur faire confiance et leur parler lorsqu’ils étaient désagréables. Et puis si elle avait patiemment fait la queue, Lili aurait pu attendre jusqu’au Couché du Soleil Rouge (1) pour ses beignets. Beignets au miel qui rendaient la jeune fortunée complètement folle, l’empêchant de suivre une alimentation correcte. Kotonoah avait fini par lui poser des questions sur le repas : elle était intriguée par ce nouveau venu. Elle n’a jamais entendu parler de lui auparavant ni dans les médias, ni dans les tournois nationaux ou internationaux, et on dit de lui qu’il est le plus puissant de tous. Qu’avait-il donc fait pour mériter ces incroyables mérites ? Peut-être était-ce son clan qui lui donnait cette réputation. Ou autre chose peu recommandable. Elle écoutait toutes les rumeurs qu’elle pouvait entendre à son propos, mais aucune ne la satisfaisait. Persuadée qu’elle ne le supporterait pas comme beaucoup de personnages politiques, elle a préféré ne pas entrer par la porte pour ainsi éviter de se présenter. Elle avait un mauvais pressentiment.
Alors que sa meilleure amie lui parlait encore de la tenue détestable de l’autre invitée, Kotonoah observait la sombre nuit. Le bleuté de cette dernière était encore plus profond ces derniers temps, comme si toute la lumière aux alentours s’y engouffrait.







1.Couché du Soleil Rouge : Un jour, lorsque le sang tombera telle une pluie sur les forêts, que l’écume des mers sera aussi dure que la roche, et que les racines des arbres seront noyés dans de la poudre d’os, alors le Soleil prendra une teinte si rouge, que les initiés en perdront presque toutes leur énergie.
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Kotonoah et le chevalier aux yeux émeraude

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Nicolas SORANZO