Présentation du livre

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Tous les matins je me réveille avec cette sensation étrange de venir d’un autre monde. Comme tous parents, les miens m’ont toujours donné l’impression d’être particulière, unique au monde. Ce qui est tout à fait normal étant leur unique enfant. Une jeune fille à la peau ébène, le visage fin et les yeux en amande. Je ne suis pas très grande et mes jambes en petit arc me font perdre quelques centimètres de plus. D’apparence assez ordinaire, ni trop maigre, ni trop grosse, j’arbore fièrement une touffe assez volumineuse de cheveux crépus. Mon caractère détaché des évènements et des personnes qui m’entourent ne dénote pas d’un manque d’intérêt pour les autres mais plutôt d’une trop grande sensibilité que je n’arrive que rarement à gérer.
C’est le début d’année scolaire et comme une grande partie des jeunes filles vivant dans les zones urbaines du Cameroun, je suis scolarisée. Toute excitée, c’est ma dernière année au lycée. Le soleil avait à peine montré ses premiers rayons que j’étais déjà toute habillée, devant mes parents leur signalant mon départ. Comme d’accoutumé, mon père me donne quelques pièces pour aller à l’école. La même somme à chaque fois. Il me fait un sourire avant de me souhaiter bonne chance pour ma nouvelle année. Il était par moment si attentionné ce qui contrastait avec son apparence à la fois mûre et sévère. Une ride se traça sur son visage déjà ravagé par le temps. Il avait dépassé la cinquantaine et ses cheveux blancs trahissaient de plus son vieil âge.
Enfin me voilà devant le portail du lycée. C’était un établissement si strict. Il ouvrait toujours ses portes à la même heure et les refermait pareillement. Je suis là, attendant dans ma toute nouvelle tenue qu’une personne puisse me reconnaitre, que quelqu’un me voit mais je restais invisible. Il m’est difficile d’aller vers les gens donc j’attends et à un moment, enfin les portes rouges sangs du lycée technique le plus réputé de la ville s’ouvrent. J’entre découvrir ma salle, je remarque un siège tout au fond, à la troisième rangée. La salle n’avait pas des chaises individuelles mais des bancs pour deux personnes. Je serai obligée de m’assoir avec quelqu’un me dis-je. Une crise de panique me veut surgir lorsque je reçois une tape dans le dos :
- Tu fais quoi debout toute seule, asseyons-nous
- Pauline, dis-je en lui sautant dans les bras, je suis si contente de te revoir
- Qu’est-ce-qui t’arrive, pourquoi tu restes planté là ?
- Je me demandais bien avec qui je vais devoir m’asseoir. Je ne veux être avec personne moi !
- Tu exagères Diana, enfin bref, comment se sont passé tes vacances
- Bien et les tiennes ?
- Pas trop mal, sauf qu’on ne t’a pas beaucoup vu. Qu’est-ce que tu fais toujours toute seule chez toi ? Je sais que ce n’est pas de ta faute mais tu devrais faire plus d’efforts pour t’intégrer cette année.
Une fois de plus j’entendais cette phrase, ces mêmes mots que mes proches me prononçaient depuis toujours. Au début ce n’était qu’une simple timidité selon les médecins généralistes qu’on me faisait voir, « en grandissant ça partira » répétaient-il à mes parents. Ils ne faisaient pas le lien avec mon jeune âge pour ma classe à cette époque. Sauter
quelques classes n’est pas non plus extraordinaire surtout au primaire. J’étais selon eux une petite fille calme et timide. Ce n’est qu’en 5e que les réponses devinrent plus claires. Je suis allé voir une psychologue à la sortie des classes. J’avais besoin d’avoir des réponses, besoin de comprendre ce qui n’allait pas chez moi. Ce jour-là pour la première fois je me trouvai devant une personne qui ne prenait pas mon attitude pour un caprice d’enfant, une personne prête à m’écouter, qui pouvait me donner de réelles réponses. Malgré ma vie en apparence parfaite (de gentils parents, une belle maison, pas de défauts physiques majeurs), je ne me suis jamais sentie bien. Au début j’étais une enfant joyeuse qui aimait aller à l’école et toujours bavarde. Mais plus le temps passait et moins je comprenais mes amis, ma maîtresse. Ce qu’ils disaient me semblait dénué de sens et les cours étaient sans intérêt à la longue. J’avais l’impression de ne pas avancer et que ça ne m’apportait rien. J’ai alors arrêté de parler peu à peu jusqu’au jour où je n’ai quasiment plus dit de mots. Je n’embêtais personne et personne ne m’embêtait. Pendant les cours et à la maison mon unique refuge était la bibliothèque. J’avais presque fini les livres de la bibliothèque de l’école et ceux de la maison avaient été relus au moins 3 fois. Tous les genres y passaient. Après avoir mis des mots sur ma peine devant cette dame à la chevelure argentée. Elle me demanda si j’avais déjà fait un test de Quotient Intellectuel. J’avais lu dans des bouquins de science certaines choses sur des personnes aux capacités intellectuelles supérieures mais je ne me sentais pas particulièrement concernée, mes notes n’étaient pas supérieures à celles des autres. Quoi que je ne prenais aucun plaisir et ne faisait aucun effort pour avoir de bonnes notes. Je passais le plus clair de mon temps à la bibliothèque au détriment de mes cours qui me semblaient monotones.
Elle me fit passer un test de Quotient intellectuel et le verdict tomba. Je faisais partie des 2% de la population mondiale considéré comme étant à haut potentiel intellectuel. En d’autres termes je suis surdouée. Sur le chemin du retour, je n’arrêtais pas de me demander si je devais ou non annoncer la nouvelle à mes parents. Ils ont toujours été si patients avec, je leur devais bien ça. Arrivée à la maison, je leur racontai alors dans les détails ma journée. Je fus bouleversée entre les larmes de ma mère et le temps d’arrêt de mon père. Je ne savais pas quoi penser, peut être tout cela ne leur plaisait pas. Je fus rassurée par la main de mon père sur mon épaule qui me dit me prenant dans ses bras qu’il était fier de moi. Ils étaient aussi soulagés que moi d’avoir enfin un début de compréhension. A cet instant là je me rendis compte du fossé qui allait continuer de se creuser entre mes parents et moi, entre la société et moi. Les choses ne changèrent pas beaucoup jusqu’à ce début d’année de Terminal.
Après avoir discuté avec mon amie, l’une des seules que j’avais réussi à me faire durant mes années d’études secondaires, j’entends une voix d’un grave prononcé témoignant de la maturité de son possesseur non loin. Me tournant pour découvrir d’où elle provenait, je me retrouve nez à nez avec un jeune homme. Son apparence laissait transparaître son âge plus élevé que le reste de la classe. Ses traits étaient durs et son regard laissait entrevoir un passé douloureux. Je me fais sortir de mes rêveries lorsqu’il répéta : « Bonjour, moi c’est Joachim, je peux m’assoir ? ». Je fis oui de la tête et lui laissa une place. Il ne dura pas, installa son sac à dos beige et s’en alla.
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Des larmes de sang

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Nicolas SORANZO