Présentation du livre

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Un sentiment de malaise m'envahit devant le funeste spectacle qui s'offrait à moi. L'environnement m'apparut si austère, presque dénué de la moindre trace de vie. Une terre calcinée s'étendait à perte de vue sous un horizon parsemé de tâches pourpres évoquant de grossières éclaboussures de sang.

Seule une végétation morne et à l'agonie subsistait sur le sol aride, regroupée en de grossières friches entrelacées de crevasses superficielles peu profondes. De temps à autre, une légère brise inquiétante soufflait sur la fine couche de sable et soulevait d'épais nuages de poussière. Ceux-ci virevoltaient ainsi en produisant un sifflement de mort à travers ce paysage accidenté.

Si une quelconque forme évoluée avait déjà arpenté ces landes désolées, voilà des âges que son règne était révolu. Une poignée de ruines cyclopéennes à l'architecture raffinée s'érigeaient au loin, sur les montagnes les plus élevées. Elles formaient les derniers vestiges d'un monde disparu depuis aussi longtemps que l'éternité puisse le permettre.

Malgré mon nez obstrué, mon esprit n'eut aucun mal à interpréter une odeur de souffre putride embaumant l'atmosphère. La vue avait comme pris le relais de l'odorat devant cette lourdeur poisseuse dont était emplie la grisaille spectrale surplombant toute forme de matière.
Nulle faune ne semblait survivre dans ce monde de ténèbres chaotiques. Seulement moi et ma curiosité maladive qui m'incitait à parcourir toujours plus loin les moindres recoins de cet univers tout droit sortit de l'imaginaire d'un esprit dérangé et nihiliste. Le trouble qui s'emparait de ma raison devant ce relief désincarné n'était rien en comparaison de la terreur que m'infligeait la vision de l'arc-en-ciel aux couleurs apocalyptiques qui hantait le ciel d'un grotesque sourire pernicieux. Même l'image éloignée de cet arbre monstrueux au tronc puissant étirant vers l'infini crépusculaire ses branches tentaculaires, me paraissait plus sécurisante.

Mais quelque chose me frappa lorsque je détournais mon regard sur le côté. La croûte terrestre accidentée avait laissé place au vide dans son plus simple appareil. Rien n'était plus à contempler, comme si mes yeux avaient été capables de percer les limites du monde. Puis, une nette traînée de couleur vive surgit soudainement du néant le plus complet.

Le peintre fit courir habilement son pinceau sur la dernière zone inachevée de son œuvre, soucieux de la parfaire. Appuyée sur son pupitre, la toile sinistre contrastait fortement avec la sobriété de la pièce à l'agencement rudimentaire. Après un dernier coup d’œil jeté à cette étrange fresque à l'aquarelle, je tournai les talons en direction de la salle d'exposition suivante.
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Celui qui remplissait le néant

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Nicolas SORANZO