Présentation du livre

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" Parfois il suffit d'un petit rien pour faire basculer le cour d'une vie. Un coup du sort, un imprévu. Pour moi cela n'a rien du hasard. Mon destin je l'ai eu en main dès le départ. J'ai su tout de suite quoi en faire. Je l'ai modelé comme un artiste façonne son œuvre. J'ai franchi les étapes, surmonté les obstacles, j'ai écrasé mes adversaires. Je n'ai pas déplacé des montagnes, je n'en ai pas eu besoin. La faute à un talent inné que j'ai exploité dès mon plus jeune âge. Je n'ai pas eu à forcer. Je suis douée... je suis la meilleure, c'est un fait. Mon aventure ne fait que commencer je le sais au plus profond de moi. Ce soir je n' écris que la première page. J'en suis persuadée. Ça ne peut pas s'arrêter. "

Journal d'Anaïs, samedi 29 mai 2010, 15h00.


Je me concentre. Respiration bloquée, je chasse les images de mon esprit pour retrouver un semblant de sérénité.
Penchée en avant, la tête entre mes jambes, mes mains jointes comme dans une prière touchent presque le sol. J'attends calmement au rythme de mes battements de cœur. Je connais la suite. Le coach va bientôt arriver pour son discours d'avant match. Je prends une grande inspiration par le nez. Lente, régulière. J'expire par la bouche. Mon souffle se perd sur le carrelage du vestiaire que je regarde fixement en me demandant encore comment nous avons pu arriver jusque là.
Autour de moi pas un bruit. Toujours ce silence qui pèse dans le vestiaire avant chaque rencontre. La pression pour les unes, l'excitation pour les autres, la peur ou encore la hargne, qui font que chacune à nôtre manière préparons ce match dans nos têtes. Car nous sommes toutes conscientes de l'enjeu de cette rencontre. Et surtout nous allons en être les actrices.
Pour moi le vestiaire est un moment d'égarement. Cet endroit qui se situe entre l'avant et l'après match. Je n'y éprouve rien de particulier, mes sens sont au repos.
Le déclic se fait en entrant sur la pelouse. Les cris, les chants, le bruit des crampons sur le carrelage dans ce que j'appelle communément le couloir de la mort. Les consignes des arbitres. L'odeur du terrain. C'est celle du sang. Mes sens s'éveillent comme ceux d'un prédateur qui a flairé sa proie. Car comme à chaque rencontre je vais partir en chasse. Dans cette quête du but qui devient mon unique objectif. C'est une obsession, je suis comme un cheval de course lancé à pleine vitesse et dont le but est de passer la ligne d'arrivée en premier. Pour moi c'est marquer. Pousser le ballon au fond des filets. La manière ? Peu importe. Depuis la surface ou de l'extérieur. De la tête, d'une frappe enroulée, d'une reprise de volée ou d'un simple plat du pied. Dans mon esprit c'est simple. Marquer pour gagner. Je sais le faire, je l'ai toujours fait.
Et pourtant ce soir j'ai la boule au ventre. Est-ce que c'est l'endroit ? Est-ce que c'est la pression de l'évènement ? Je ne sais pas. Depuis que j'ai posé mes fesses sur ce siège j'essaye de comprendre.
Je relève la tête pour jauger l'atmosphère. La lueur des néons nous donne des teints blafards et pourtant les filles sont en pleine possession de leurs moyens. Elle paraissent sereines malgré leurs visages fantomatiques. En face de moi, Amélie, la gardienne de nôtre équipe. 26 ans, modeste fille de boulanger d'1m90, qui se plaint toujours d'être plus habile de ses mains pour faire des croissants que pour arrêter des ballons. Et pourtant... son parcours l'aura fait mentir jusque sur le bout de la langue. Son match en quart de finale restera une référence absolue, mais j'y reviendrai. A ma gauche, Cynthia, ma partenaire sur le côté droit. 1m95, une vitesse balle au pied absolument hors norme, impossible à rattraper quand elle est lancée. Son dernier sprint a été chronométré à plus de 35 km/h, plus rapide que Garret Bale le joueur du Real Madrid. Tout simplement phénoménal bien que ce soit sa seule réelle qualité sur le terrain. Courir et centrer c'est tout ce qu'elle sait faire, mais elle le fait bien. A ma droite Magalie, arrière centrale, le pilier de nôtre défense. Taillée comme un bucheron.
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La reine du stade

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Nicolas SORANZO