Présentation du livre

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Je regarde le plafond. Les veinules de lumière qui glissent sur la peinture blanche à mesure que les voitures défilent devant la fenêtre et dévient les rayons du soleil. La tête posée contre la paroi, je perds mon regard dans les dessins qu’ils esquissent. Je me laisse emporter par les songes qu’ils élèvent dans mes pensées, croyant me perdre dans un univers second quand ils soulèvent l’ombre d’une forêt.
Mes bras reposent contre mon corps, ma jambe droite est relevée. Assise sur mon lit, les couvertures enroulées autour de mon corps, je laisse mon esprit vagabonder. Au loin derrière la musique épique que chante mon ordinateur, je perçois les cris d’un enfant, les rires de sa maman, comme des échos qui rebondiraient sur les murs et viendraient s’échouer telles des vagues éperdues.
Je peux les sentir, leurs sentiments. Je peux les éprouver, leurs émotions. Un poing dans la poitrine, ce sont leurs vies qui s’inscrivent à mesure que mes yeux se perdent dans leurs souvenirs. Leurs peines, leurs joies, leurs détresses, leurs effrois, ils n’ont de secret pour moi. Aussi nu que s’ils m’avaient offert tous leurs secrets, ils dévoilent leur histoire.
Mais à mesure que je découvre l’ampleur de leur grandeur, la puissance de leurs paroles, la beauté de leurs cœurs, je reste figée d’impuissance. Sur le bureau, une feuille blanche attend. J’ai beau tourner la tête, j’ai beau l’observer, les images qui dansent dans ma tête ne font que s’échapper. Je ne peux pas transmettre, je ne peux pas transcrire tout ce qui brille dans le ciel et ce qui existe. Les sentiments et les émotions sont si intenses que tout perdrait en sens en quelques mots. Si je pouvais, je mettrais mon cœur sur cette feuille, le sang qui pulse aurait de bien meilleures couleurs, j’en suis sûr.
Alors je reste immobile, à m’enivrer de tout ce qui luit, dévastée de ne pouvoir partager avec la même justesse et la même harmonie ces gens et ces vies. Pourquoi écrire ? Quand la magnificence ne peut être traduite, ne peut-on préserver les sentiments d’origines ? Même si peu comprennent la beauté d’une phrase en langue ancienne, son histoire se perd dès lors qu’elle change de langue. Plutôt que de la détériorer, certains feront tout pour la préserver. Elle restera alors un mystère pour tous ceux qui ne chercheront pas à comprendre, mais pour ceux qui s’en donneront la peine, elle ne sera jamais plus belle que dans sa forme originelle.
Cette image persiste dans ma tête. Je ne cesse de me demander, s’il serait bon d’écrire, d’essayer de traduire pour qu’à défaut de vivre, tous ces gens puissent lire. L’angoisse est profonde, car si je ne peux transmettre ce que j’ai ressenti, à quoi bon manquer l’essentiel de l’expérience ? Je souhaiterais partager c’est sûr, la profondeur de leur tristesse, la déchirure dans leur intonation. Sous les feuilles vertes, la beauté de leurs vies se teint de mille nuances. J’aurais beau écrire milles mots pour décrire tout ce que je ressens, rien ne sera jamais plus beau à mes yeux, que ces veinules de lumière au plafond, et ces cris en échos.
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Nicolas SORANZO