Présentation du livre

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Chaque jour, il est là. À la même heure, le même endroit, la même posture. Le même banc. Il arrive dans une marche lente en parcourant le monde de ses yeux fatigués et s'assoit à sa place dans cette même lenteur. Il a le temps, de toute façon. Le temps d'admirer les joyaux de la Nature avant que tout ne soit détruit par les erreurs de la Bête humaine. Avant que le présent appartienne aux vestiges du passé et que tout ne soit plus que souvenirs. Le temps de voir les arbres naître et mourir, le temps de voir les enfants grandir et vieillir. Le sien, il ne le compte même plus. Trop d'années sont passées; elles ne tiennent même pas sur les doigts de la main. Durant toute une vie, il aura été le spectateur du monde, sans une seule fois prononcer le moindre mot. Il n'en a pas besoin. Regarder lui suffit.

L'homme est assis là, balayant du regard le parc qui se réveille sous les rayons lumineux du soleil. Il sent la chaleur lui caresser le visage, et ferme les yeux un instant. Dans le noir, il perçoit les langues de feu qui essaient de traverser ses paupières sans jamais y arriver, et sourit en entendant les oiseaux qui commencent à gazouiller. Ces matins-là, il les vit depuis presque soixante ans. Chaque matin se ressemble, mais ils sont pourtant fort différents. La sensation qu'il ressent est une chose unique, une chose que même le temps ne pourrait enlever. Comme un trésor qu'il garde enfoui dans son cœur, une cage qu'il laisse enfermée à double-tour mais qu'il rouvre chaque matin. Afin de revivre dans cette bulle qu'il a forgé jour après jour, semaines après semaines, mois après mois. Il aime voir l'évolution de la vie sans en être l'acteur. Le monde tourne sans lui, et c'est peut-être mieux ainsi. Quand tout ne lui est que silence, regarder lui suffit.
Il rouvre enfin les yeux et fait face à une nouvelle scène. Ses lèvres ridées se plissent à nouveau en un sourire. Le soleil levé se cache encore derrière les collines voisines et semble jouer avec le temps. Le temps d'une vie. Qui repart et qui revient. Qui jamais ne s'en va définitivement. Un vent plein de douceur commence à faire son apparition et fait balancer de droite à gauche les hautes herbes près des arbres. Un bruit de portail. L'homme n'a même pas besoin de tourner la tête pour savoir qui va arriver. Elle se pointe toujours à la même heure. Huit heures précises. Elle pousse devant elle une poussette et s'en va s'installer sur un banc en face de lui. Le bambin doit avoir quatre mois, tout au plus. Il voit déjà ses petits bras s'agiter pour attraper le vent et capturer un ennemi invisible de ses mains menues. Elle lui sourit timidement, et il lui répond de même. Ici, les mots ne gouvernent pas le monde et n'influencent pas les plus jeunes. Ici, seule la réalité existe. Seule la beauté est préservée du mal qui l'entoure. Et cela, il n'a pas besoin de le dire. Regarder lui suffit.

Peu à peu, le parc se remplit d'enfants qui jouent et rient, sous son regard bienveillant. Ils l'observent de temps à autre et retournent à leurs occupations. Parfois, une douce mélodie lui remplit les oreilles. Des notes joyeuses et énergiques, des notes qui racontent le mal et le bien, des notes qui sont la réalité et l'avenir. Cette mélodie s'appelle la vie. C'est la musique de la vie qu'il entend. Celle qui traverse les générations depuis le début et qui continue à perdurer. Que l'Homme déforme, sans le vouloir. Qu'il brise à petit feu. Cela, il ne veut pas le voir. Il veut être celui qui se souvient et qui espère que ses souvenirs seront futurs pour que Beauté et Harmonie écrivent cette partition qu'est la vie. Pour que le temps ait encore quelqu'un avec qui s'occuper. Tout cela, il l'observe sans un mot. Regarder lui suffit.
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Quand tout n'est que silence...

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Nicolas SORANZO