Présentation du livre

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Prologue.

Point de vue de Tarik.

Une semaine. Cela fait plus d'une semaine que nous sommes ici. Plus d'une semaine sans dormir. Plus d'une semaine sans répit. Nos nuits passées en séances d'entraînement forcées nous épuisent. Mes paupières sont lourdes. Vraiment. J'ai peur de m'écrouler lamentablement, entraîné par le poids de mes paupières, si je baisse la tête. C'est uniquement pour cette raison que je garde la tête haute. Pas par dignité. Par peur.

Je déteste cet endroit. Moi qui aime la foule, je déteste me dire que tous ces jeunes qui m'entourent sont là pour leur plus grand malheur. Je déteste penser que mes quatre amis les plus proches sont ici, pour leur plus grand malheur aussi. Ça me fait froid dans le dos.

Notre arrivée... Je me souviens encore de notre arrivée... Et seule la mort pourrait me faire oublier! Nos yeux bandés aiguisaient tous nos autres sens. Nous étions nus. Ils nous avaient tout pris. Et moi qui aime la proximité avec les gens, le fait que nos "ravisseurs" nous touchent me répugnait. Après une fouille très poussée, il nous fournirent une tunique en toile de jute. Pour la première fois, je comprenais vraiment ce que voulait dire "être vêtu comme un sac à patates". Ils nous laissèrent pieds nus. Nos pieds furent vite en sang. Et les entraînements nocturnes n'aidaient pas. Maintenant j'ai compris. Leur but est de nous rendre plus forts. Ce que je ne comprends toujours pas, c'est "pourquoi?".

Ce jour là, je m'étais promis de ne pas leur faire le plaisir de changer. J'ai vite compris qu'au moment même où j'ai fait cette promesse, j'étais déjà changé. A tout jamais.

Melville, qui auparavant ne pouvait s'empêcher de faire le pitre, n'avait plus le cœur à rire. Maximilien est désormais devenu impassible, à défaut d'être indifférent à ce qui se passe autour de nous. Et surtout, il est malheureux. Comme nous tous ici. Même les mauvais qui ont la chance d'être du bon côté. J'en suis certain. Judicaël pourrait d'ordinaire manger un cheval. Ici, il ne mange plus. Et il ne parle plus. Andréa, qui était l'effronté de la bande, a refusé, par peur, de plonger dans une piscine, lors de notre première entraînement de jour, à peine une heure après notre arrivée. Ils l'ont emmenés. Je ne l'ai plus revu depuis. J'entends parfois ses cris de douleur. Je ne peux pas réagir. Aucun de nous ne le peut. Ça me lacère le cœur. Nous avons perdu nos droits en même temps que notre statut d'êtres humains. Une seule règle : survivre...

Mais à quoi bon survivre si c'est pour rester cloîtré dans le malheur? Je suis déterminé. Je vais désobéir. Quitte à être puni. Je dois savoir. Je dois demander des nouvelles d'Andréa. Ils nous ont pourtant prévenus : pas de questions!

Quand (je ne peux me résoudre à dire "si") Andréa sera de nouveau avec nous, nous pourrons nous échapper. Tout tenter, en tout cas. Avec Tamara, Lyra et Gloria. Nous les avons rencontrées ici, au nez et à la barbe des gardiens, le premier matin. Nous sommes devenus proches. Autant qu'on peut le devenir dans un tel endroit... Au moment de dormir (quand ils nous permettent de dormir), je pense à elles pour ne pas sombrer. Elles ne sont pas assez proches de moi pour que ça me déprime de les savoir ici, mais assez pour me donner de l'espoir. On s'est rencontrées là. C'est tout. Point barre. Je ne les connais pas en dehors. C'est différent pour Max, Andréa, Melville et Judicaël... Alors au moment de dormir, je détourne mes pensées d'eux.

Mais quand j'entends les cris de douleur d'Andréa... J'espère qu'il sera bientôt de retour. Nous devons fuir. Coûte que coûte. Et advienne que pourra...

Une semaine. Nous avons survécu à une semaine d'horreur. C'est impensable! Le prochain objectif est de survivre une semaine de plus. Jusqu'au retour d'Andréa... Je ne peux vouloir retrouver une vie normale sans lui à mes côtés. Je ne tenterai pas de fuir sans lui ou l'un des autres...
Chapitre 1.

Point de vue d’Andréa.

Me voilà seul. Si seul. Dans un cachot sombre. Avec pour seule compagnie… de l’eau à perte de vue ! Et moi qui ne voulais pas plonger… je suis servi ! De l’eau ! De l’eau! De l’eau ! Encore et toujours de l’eau ! Je suis mort de froid. Et de peur. Surtout de peur. Je m’agrippe au mur. Un mur de pierre grise. De toutes mes forces. Les jointures de mes mains sont blanches. Je suis impuissant face à toute cette eau dégoulinante de peur. Je frisonne. Mon cerveau gèle en même temps que mon corps. Je ne veux pas m’enfoncer plus dans cette eau glacée. C’est au-dessus de mes forces. Je refuse ! En plus, je ne sais pas nager… J’aimerais partir. Être n’importe où ailleurs plutôt qu’ici. Mais fuir m’est impossible. Et si je me laissais couler ? Non, ils me laisseraient crever comme un chien… A bien y réfléchir, j’aurais dû plonger quand ils me l’ont ordonné…. et me laisser couler. La mort est douce. Si douce. A côté de ce qu’ils nous font endurer. Mais non. J’ai eu peur. Une fois de plus. Et je suis vivant. La douleur dans mes ongles me le reproche.

Des bruit des pas. L’inquiétude monte. Et soudain le silence. Où sont-ils ? Derrière la porte ? Je n’arrive pas à savoir !

La porte s’ouvre. Mes yeux, eux, se ferment. Je cesse de respirer. J’ai peur. Encore et toujours.

– Andréa ? C’est moi, Tarik…

Ce n’était qu’un murmure, mais il me donna un sursaut de courage et d’espoir. J’ouvris les yeux et respirai à nouveau. Je parvins, non sans difficulté, à sourire. Il était bel et bien là, ce n’était pas une hallucination, mes oreilles ne m’avaient pas joué de mauvais tour. Pourtant, mon sourire mourut. Si seulement il avait la possibilité de nous faire sortir… Mais aucun espoir n’était permis. Dans ce lieu, l’espoir mène tout droit à la mort !

J’ai toujours admiré Tarik. Il a toujours su lire dans mon regard tout ce que je tais. Même dans cette situation, il sait. Il se retourne vers l’homme qui se tient derrière lui.

– Pourquoi ?

Sa voix s’est enraillée. J’aime quand sa voix part. C’est qu’il est émotif. Dans ces moments là, j’ai toujours l’impression que c’est son cœur qui parle. L’homme doit être un insensible. Il garde le silence. C’est un insensible. Sinon, pourquoi nous garderait-il captifs ? Moi qui ai toujours cru en l’Homme… Mes pensées sont soudainement interrompues par ce qui se passe autour de moi. L’homme pousse Tarik. Ce dernier perd l’équilibre. Et tombe… à l’eau ! Un vent de panique souffle en moi. Mon esprit balance un flot d’obscénités : « Merde ! Merde ! Merde ! Putain ! Merde ! Sors la tête de l’eau, ducon ! Merde ! Putain ! Merde ! ». Je cesse de m’agripper à la pierre. Je tombe à l’eau à mon tour. « Non mais quel crétin fini ! Merde ! Putain ! Merde ! ». Je coule. Et sombre lentement dans l’inconscience. Le flot mental d’obscénités cesse.

Tarik est à mes côtés. Nous a-t-il ramenés à la surface ? Sommes nous morts tous les deux ? Apparemment non. L’homme, qui a dû s’absenter durant mon « absence » est de retour avec un second homme. Ils tiennent… Que tiennent-ils au juste ? Ils nous jettent hors de l’eau. Je reçois une ruée de coups : dos, hanche, bras, jambes… tout y passe ! Je sais désormais ce qu’ils tenaient à la main. Des fouets. Je ferme les yeux et me sens partir. A nouveau. Tout n’est que douleur et cris de désespoir. Puis à nouveau « l’absence ».

Point de vue de Tarik.

J’ai vu. Dans ses yeux. Le courage et l’espoir. Puis le désespoir. La peur. Et l’atroce douleur. J’ai vu la pluie de coups. Incessante. De plus en plus violente. Et moi je suis là, impuissant, à regarder sans rien dire ni faire… J’ai vu la mort, dans son regard. Comme dans l’eau, quand il a sombré. Comme ami, je fais pitié. Et pourtant ce n’est pas l’envie de le secourir qui manque ! Il est à terre. « Absent ». Encore une fois. Les coups continuent de s’abattre sur lui. C’est d’une innommable cruauté !

L’un des hommes pose un regard mauvais sur moi. Depuis que nous sommes ici, nous sommes des animaux. Il me crache au visage avant de me siffler comme un chien et de m’adresser la parole.

– Toi, là, la merde de poule, retourne dans ta chambre !

J’ai l’envie soudaine d’être impertinent et de lui rétorquer « Mais de quelle chambre parlez-vous ? ». Je me mords la langue pour ne pas céder à la tentation. Mon esprit, lui, ne se retient pas : « Tu parles d’une chambre… c’est un putain d’cachot, connard ! ». Tremblant comme une feuille, j’ouvre la porte. Une larme s’échappe et vient mourir sur mes lèvres lorsque je la referme, Andréa toujours à l’intérieur du cachot.

Je me place en chien de fusil, sur le sol de ma « chambre ». La solitude me pèse. Plus qu’avant. Ils nous ont séparés à notre arrivée ici, et l’on ne peut se voir que lors des entraînements forcés. J’ai eu une chance monstre. J’ai réussi à échapper à la vigilance des gardes pendant l’entraînement de cette nuit. J’ai immédiatement rejoint Andréa. J’aurais pas dû. Ils ont passé leur colère sur lui. Et maintenant je… il… et s’il venait à mourir ?

J’ai plus que jamais besoin de compagnie pour ne pas penser à « ça ». J’en viens à attendre impatiemment la séance de nuit d’entraînement forcé. Je me vide de toutes les larmes de mon corps en me répétant que c’est ma faute… et s’il meurt… non, non, je ne veux pas y penser !

Je m’endors. Comme ça. En chien de fusil. Les larmes aux yeux.

De longues heures s’écoulent…

Point de vue de Melville.

Autorisation de rentrer dormir. Enfin ! J’étais impatient. Dans une vie passée, je n’aurais jamais accepté de dormir à même le sol. Mais nous n’avions pas le choix. Avec l’habitude, je finissais par trouver ça confortable. Mes muscles courbatus s’étaient adapté. Et puis… L’épuisement… Les séances d’entraînement forcé… Les pieds en sang… Tout cela aidait à être impatient de dormir, même sur un sol de pierre froid et granuleux qui vous égratigne à chaque mouvement.. Cette journée a sans doute été la plus douloureuse et éprouvante que nous ayons eu à vivre depuis notre arrivée. Flexion… Extension… Flexion… Extension… Ça a duré des heures. Et le sourire sadique de l’autre connard… J’aurais rêvé de lui arracher les yeux à la petite cuiller ! Mais j’avais les muscles en coton…

Cette séance de torture est terminée. Et je suis devant la porte de ma « chambre ». Je n’en reviens pas. Je pose ma main sur la poignée et…

Melville hésite à ouvrir la porte, il pense à Andréa.

Point de vue de Maximilien.

Nous sommes tous choqués. Mon visage reste impassible et indifférent à ce qui m’entoure. Intérieurement, je me répète inlassablement que tout va bien… même si tout va mal. Je dois faire naître l’espoir dans les cœurs. L’espoir mène tout droit à la liberté !

Je repense à la séance…

Andréa est emmené de force. Et ça me fend le cœur. Je continue énergiquement les flexion / extension. En souriant autant que faire se peut. « Faire naître l’espoir dans les cœurs… L’espoir mène à la liberté… Faire naître l’espoir dans les cœurs… L’espoir mène à la liberté… ». Flexion . « Faire naître l’espoir dans les cœurs… ». Extension. « L’espoir mène à la liberté… ».

Du coin de l’œil, je vois Tarik tenter de s’éclipser. Je décide de lui donner un coup de main.Je me mets à crier en tapant dans les mains pour attirer l’attention.

– Allez, les gens, plus d’entrain ! Flexion ! Extension ! Flexion ! Extension ! Oui, c’est ça ! On continue ! Flexion ! Extension ! Flexion ! Extension !

Mon action a l’effet escompté, et je vois Tarik s’éclipser discrètement tandis que les gardes se rapprochent de moi avec un regard mauvais. La peur me tord les entrailles, mais je continue malgré tout.

– Allez, du nerf ! Flexion ! Extension ! Flexion ! Extension !

L’un des gardes me fais signe de m’approcher. Je m’exécute en prenant garde de laisser un mètre de distance entre nous.

Il soupire et murmure :

– Aux grands maux les grands remèdes…

Il claque des doigts puis me montre du doigt. Son coéquipier s’approche et m’agrippe le bras. Il a une poigne de fer.

– Au QG. Maintenant ! ordonne le premier garde,répondant à la question muette du second.

« Ça sent le roussi pour moi ! Ohlala, bon sang, qu’est-ce qui m’a pris ?! J’aurais été utile… Tarik doit être avec Andréa, maintenant ! ».

Mon esprit s’agite ainsi pendant qu’ils me traînent dans ce qu’ils appellent le QG…

Point de vue de Judicaël.

Ils l’ont emmené de force. Lui aussi. Je ne veux pas les perdre un à un. C’est décidé, je serai le prochain ! Mais pas aujourd’hui. Il a fait resurgir en moi cette petite lueur toute fragile et chancelante qu’on appelle espoir. Je ne sais pas s’il s’est rendu compte de tout ce qu’il a accompli aujourd’hui ! J’ai vu naître des sourires timides sur une multitude de visages qui avaient oublié comment faire. J’ai vu naître des étoiles dans leurs yeux. J’ai vu l’énergie les prendre aux tripes. J’ai vu les flexion / extension se faire sans moue de douleur. J’ai vu… J’ai vu… J’ai vu… J’ai tout vu !

J’espère qu’il ne va pas trop souffrir. Et Andréa non plus…

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Nicolas SORANZO