Présentation du livre

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I


Mon nom est Edward Joseph Hewitt. Je ne vois pas d'autre issue à ce monde. La folie qui m'habite, qui me hante, qui me tue, a fini par avoir raison de moi. C'est pourquoi j'écris cette lettre, c'est pourquoi j'écris mon destin.
Je suis né dans le comté de Camdall, il y a trente-deux ans. Chaque année, en même temps que je fête mon anniversaire, je célèbre le jour de la mort de ma mère. Je ne savais pas dire "maman" que je l'avais déjà tuée. Mon premier meurtre. Bref, je n'ai malheureusement pas connu ma mère ; pire, j'ai connu mon père.
Mark Hewitt sentait bon la bière Barnes, la moins chère du marché, la même que celle bue par tous les clochards que vous croisez dans la rue. Oui, mon paternel était porté sur la bouteille : sans doute le seul point commun qu'on ait partagé ensemble. Je ne vous évite pas le stéréotype de l'enfant battu - à coups de canette en verre au mieux, de batte de base-ball au pire. Mes cicatrices vous diraient qu'il y avait encore mieux mais surtout bien pire.
Mon père a quitté ce monde à l'âge de quarante ans seulement. Je trouve que c'est jeune pour faire le grand voyage, mais que voulez-vous. Quand la folie, l'amertume et la rage vous tiraillent, vous êtes la victime plus que le bourreau, non ? Je me fous complètement que vous me preniez pour un fou. J'adore écrire, et j'adore davantage écrire ce qu'il me plaît.
Mais revenons à mon vieux paternel mort si jeune. Je me souviens de mon dix-septième anniversaire comme si c'était hier. Il ne m'offrait jamais de cadeau, que ce soit pour mon anniversaire, Noël, et je ne parle pas des bonnes notes que je ramenais. Cette année-là, il m'en fit un et c'est précisément pour ça que je m'en souviens si bien.
J'écrivais une histoire. Je répète que j'adore écrire... Je pense que les mots ont un pouvoir bien plus important qu'on ne le pense. Je crois sérieusement que les mots peuvent rendre la vie ou donner la mort. Même si je rédigeais tout et n'importe quoi à l'époque, je restais certain que cela avait un sens. Si ma mémoire est bonne, je racontais l'histoire d'un serial-killer en puissance ce soir-là.
C'était un samedi, mon paternel est rentré parfaitement sobre ce qui est assez rare pour le signaler. Grand, costaud, Mark Hewitt ne travaillait plus depuis la fin de son service en Corée. Un haut-gradé qui touchait un sacré pactole pour ses opérations de guerre et tapait toujours dans la fortune laissée par ma mère, fortune qui aurait dû me revenir - du moins en partie.
Alors, mon papa chéri est rentré de je-ne-sais-où et m'a adressé la parole sans même m'insulter. Il m'a clairement demandé de partir, de tailler la route, de dégager, de disparaître. Pour la première fois de ma vie, ce qui me servait de père m'autorisait à sortir ! Et sans obligation de retour ! Que demander de plus ? J'étais aux anges... Et pas au bout de mes surprises...
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Nicolas SORANZO