Présentation du livre

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Dans ma jeunesse, j'ai parcouru des mondes. Mon cher ami de la Faille aura beau me dire que personne ne voyage plus qu'un monacien, je ne changerai pas d'avis. Personne non plus ne pourra objecter que ce sont les livres-passeurs qui m'ont emporté loin d'ici : ces objets sont certes capables de vous envoyer dans des lieux qui n'ont jamais existé, mais ce serait à nouveau mentir, car je n'ai pas triché. Mes propres pieds ont foulé la terre des Arborides, des Valaux et du grand Océan. Ce n'est pas rien. Voyager, c'est libérer son âme, découvrir quelque chose d'autre, quelque chose de différent. Voyager, c'est être vivant, bouger, mûrir, s'enfuir du quotidien, échapper au gouffre de la routine, se sauver soi pour vivre, finalement. Peut-être que certains me contrediront, sûrement que mes enfants riraient aux éclats en se moquant de moi, mais je maintiens mon avis. Voyager, c'est vivre.

Alors, dans ma jeunesse, j'ai parcouru des mondes.

Un beau matin, je suis parti sans dire adieu, sans prévenir. J'en avais assez de mon travail, de ces gens hypocrites qui me parlaient toute la journée. Je voulais voir autre chose. Je voulais me sentir libre. Muni d'un sac à dos, je me suis mis en marche. Bien sûr, je ne nierai jamais que ce choix était ridicule, irréaliste. Je ne nierai pas non plus que le début fut ardu : on a beau vouloir s'enfuir, il n'en reste pas moins difficile de le faire. J'en ai bavé, lors de la traversée des grands marais de Rougecolline, j'ai crié plus d'une fois ma rage contre cette vase qui imbibait mes vêtements et me brûlait. Cependant, je ne regrette rien. Si c'était à refaire, je le ferais parce que j'ai pu contempler le lieu qui a changé ma vie.
D'abord, j'ai découvert les abysses de l'Entre-Deux, cet endroit dont on ne voit pas le fond. J'ai survolé les champs de Jupiter avec un de ces nouveaux engins volants, là où rôdent les plus grands félins du continent, là où on peut apercevoir les gigantesques narvals se balader dans les airs. J'ai erré par monts et par vaux, par soif de découverte, par envie de ressentir mon cœur battre, dans l'espoir de me sentir tout petit, parce que j'en avais marre de la folie des hommes, celle qui les porte à croire qu'ils sont les maîtres du monde, que rien ne leur échappe et qu'ils ont le droit de tout contrôler. Je voulais voir de mes propres yeux quelque chose d'inexplicable, au sens propre du terme : un phénomène que mon ami de la Faille Ulrich n'aurait pas été en capacité de comprendre, qu'aucun scientifique n'aurait pu démontrer d'une quelconque façon. En fin de compte, je cherchais la magie. La grâce. Un de ces moments qu'on ne vit qu'une fois, dont on ressort changé, et dont on ne peut parler car les mots sont trop faibles. Car, oui, l'écriture ne peut parfois pas décrire la réalité : elle est trop réductrice, trop simple, finalement. Il faudrait tellement plus...
Alors, j'ai continué mon exploration. Bon nombre d'indigènes, les Baolais notamment, me qualifiaient d'explorateur. Je leur répondais que ce n'était pas vrai. J'étais seulement un humain, rien de plus. Et rien de moins. Nous ne sommes pas grand-chose, quand on y pense.
Après avoir marché sur des milliers de kilomètres, j'ai finalement pris un navire pour parcourir le grand Océan. Pendant ce qui m'a semblé durer des siècles, un horizon bleu m'a cerné de toute part. J'ai vécu les tempêtes, les vents violents de l'automne, les gigantesques cyclones. J'ai pu contempler une baleine sauter au loin, ou des bancs de poissons volants. Cette période de ma vie fut une des plus joyeuses et des plus paisibles : l'immensité me berçait, j'allais là où la houle me menait, sans but réel.
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Nicolas SORANZO