Présentation du livre

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Le stress. C’est un peu ce que je ressens au début de chaque concert. Mais c’est un bon stress. Celui d’avoir peur de rater ce que l’on a construit petit à petit à la maison. Celui de voir les deux milles cent cinquante spectateurs qui sont venus nous écouter. Certains sont là juste pour faire plaisir à leurs oreilles. D’autres, parce que leur enfant y joue et que… Bah, c’est leur enfant, quoi.

Ça y est. Le technicien nous a fait signe de rentrer sur scène. Je vérifie d’un petit coup de doigt que mes cordes sont bien accordées. Ça aussi, c’est un stress. Qui aimerait monter sur scène en étant mal accordé ? Je marche, les jambes un peu tremblantes. Et là, je les vois. Ils applaudissent tous, sans exception. Je pense que ce sont leur sourire et leurs yeux curieux qui nous suivent qui me redonnent confiance en moi. Je jette un coup d’œil à mon amie, qui me fait un signe de tête encourageant.

Je suis assise, elle à côté de moi. Je continue de voir l’orchestre s’installer. Les trompettes. Les bassons. Les contrebasses. Les percussions. Tous sont présents. Et soudain, le silence. Le chef arrive. Le violon solo se lève pour l’accueillir et nous en faisons autant. Il salue le public qui l’a, lui aussi, accueilli avec un tonnerre d’applaudissements, et nous fait signe de nous rassoir.

Le hautbois et le violon solo restent debout pour donner un petit coup d’accord. L’un, pour les vents, l’autre, pour les cordes. Et ils s’assoient. Le chef balaye un peu l’orchestre du regard, l’air joyeux. Il nous fait passer qu’un seul message : « Éclatez-vous. C’est tout ce qui compte. Je vous fais confiance. »
Il lève sa baguette. Nous levons nos instruments, plus que prêts. Je veux tout donner. Ce concert est une chance unique. Un, deux, trois, quatre. Il baisse la main. Et la musique peut enfin commencer.

Au début, c’est assez lent. Une douce mélodie sort de mon violon. Mes doigts vibrent pour lui donner plus de résonnance. Bam. Le cor nous répond. Tout n’est qu’un amas de questions et de réponses. Le chef accélère son geste. Mon archet va de plus en plus vite. Mes doigts grimpent le long de la touche et effleurent à peine les cordes. Je sens une sueur froide glisser le long de mon dos. Mince, je me suis ratée. Je lance un sourire à mon amie qui me répond, amusée. Mais je continue. Rien ne me perturbe. Je suis dans ma bulle. Personne ne peut m’en faire sortir. Quoi que l’on puisse me dire, rien ne m’arrachera à la musique.

Voilà. Le morceau est fini. On se lève tous et fait face au public pendant que le chef salue. La séance photo est programme. Je souris, incapable de décrire le tourbillon de sentiments qui jaillit en moi. Bonheur, adrénaline. On se rassied. Le même manège pendant douze morceaux. Mais un manège à chaque fois un peu différent. Les notes m’emportent et font bouger mon corps à leurs rythmes. C’est comme ça tout le temps. C’est comme si… J’étais en transe. Mon cœur bat à une vitesse folle. Il tambourine contre ma cage thoracique. J’ai l’impression que l’on n’entend que lui. Soudain, ça se calme.

Le concert est fini. On retourne en coulisse en se disant nos meilleurs moments, tout comme les pires.
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Nicolas SORANZO