Présentation du livre

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L’impossible pardon

L’amour platonique est tout aussi dévastateur qu’un amour vécu. Est-ce que la femme que j’ai aimée m’a fait souffrir uniquement parce que je suis du même sexe qu’elle, ou bien l’a-t-elle fait car elle s’est sentie atteinte et gênée par mon amour ? C’était une de mes professeurs, durant trois ans. Elle est plus âgée que moi. Cela a dû y faire également.

Tout commence en mars 2006, ou presque. Je vois mon amour futur seulement une heure dans toute une journée de mars. Je ressens l’amour mais je ne m’en rends pas compte. Je sais seulement que lorsqu’elle parle de sa matière, elle en parle avec passion et enthousiasme. Cela me charme et me convaincra d’adopter sa matière, à la rentrée de septembre 2006.
Arrive donc la rentrée de septembre 2006, elle se retrouve ma professeur principale pour l’année. Je sais dès le départ que dans sa matière elle est la seule de l’établissement à l’enseigner, et que je pars donc pour au moins 3 ans avec elle. Tout va vite, nous commençons à parler quelques minutes en fin de cours de temps à autre, c’est agréable. Mais trop vite je me rends compte de ce que je ressens. J’ai déjà aimé plusieurs fois, à ce moment-là, pas de femmes néanmoins, mais les symptômes sont toujours les mêmes en amour : vous vous sentez rougir au côté de la personne aimée, vous peinez à respirer, votre estomac est noué d’angoisses, vous avez chaud, vous cherchez à vous dépasser et à vous démarquer aux yeux de la personne aimée, moi cela passait par être la meilleure élève de la classe durant 3 ans. Que de délicieuses sensations ! En décembre 2006 je lui offre un porte-clés avec l’inscription « meilleure prof » ; nous nous disputons également par la suite, je lui fais un mot dans les heures qui suivent afin de m’excuser, en cette veille de vacances de Noël. En avril 2007 ensuite je fais une confidence à ma professeur de l’ordre du privé, qui fait mal. Elle est alors là à me consoler du mieux qu’elle le peut, me tenant la main, tandis que je pleure. Je suis déjà sur une mauvaise pente avec elle. Pire encore, en juin, 2007, je lui écris une lettre où sont lisibles entre les lignes mes sentiments. Je ne sais pas pourquoi mais sur le moment je ne réalisai pas la gravité de cet acte.

Mais à présent il est bien trop tard pour regretter. Malheureusement mon amour pour elle a déjà été, à ses yeux, confirmé. Le doute et la gêne doivent la gagner, et ce dès la rentrée de septembre 2007, comme me le confiera une professeur en mars 2008. Je lui écris un poème et le lui donne en mars 2008 justement. C’est là qu’elle se confiera à ma professeur principale, qui elle-même me parlera du mal-être de ma professeur. Or ce que je ne comprends pas très bien c’est que la première intéressée ne peut pas en parler, comme si elle craignait quelque chose, alors qu’elle aurait dû me dire d’arrêter de m’imaginer des choses, d’arrêter de l’aimer. Elle avait le pouvoir, l’autorité, le droit et le devoir de me dire tout cela, à cause d’une hiérarchie établie entre nous par nos statuts, à cause de l’âge, enfin à cause de la sexualité. C’est à se demander si elle n’a jamais senti un regard aimant sur elle, tant elle craint toutes ces choses, et s’enferme dans le mutisme. Tout professeur a un jour senti un regard aimant d’un élève sur lui, que l’élève soit du même sexe ou non que le professeur, on doit faire face à cette situation et y mettre fin, ce que n’a pas fait ma professeur. Est-elle homophobe, craint-elle mon homosexualité ? A-t-elle peur de moi pour cela ? Ou alors elle s’accroche tant bien que mal à des valeurs morales que prône notre société, à savoir l’hétérosexualité, qui écrase la minorité, l’homosexualité, et cela est rassurant pour elle…

Quoi qu’il en soit, un autre conflit arrive dans l’année scolaire 2007/2008, ainsi qu’un autre dans l’année 2008/2009, tous deux augmentant chaque fois en gravité. En 3 ans nous nous sommes affrontées 3 fois, et plutôt durement. Durant l’année 2008/2009 je n’ai fait que payer le prix, ma redevance envers elle, à cause de la gêne, du mal-être que j’ai provoqués en elle.
Elle m’a notamment menacée de porter plainte contre moi pour harcèlement. Elle ne l’a pas fait et je lui en suis reconnaissante.
Elle a fait mon coming-out, c’est-à-dire a annoncé mon homosexualité à mes parents, à la suite du conflit et de la menace citée précédemment. Cela fut véritablement injuste.
Quoiqu’elle ressentit à cette époque-là pour moi, elle n’avait surtout pas à faire ça, elle a éteint la flamme de l’amour pour allumer celles de la guerre et de la haine. Elle m’a privé d’un moment avec mes parents, c’est comme si elle avait dérobé mon cœur, brûlé pour l’ouvrir, afin de faire cette déclaration à mes parents. Je me sentais véritablement trahie, moi qui avais éperdument confiance en elle depuis 3 ans. L’amour que j’avais pour elle était immense, depuis ce temps, tout comme ma haine le fut sur le moment, immense, et aussi vaste que le désert du Sahara.

J’ai ensuite essayé de comprendre pourquoi elle m’a méprisé. Je n’avais aucunement le droit de lui parler, nous étions en décembre, après 2 mois de suspension de ses cours après l’incident, et ce fut ainsi jusqu’en juin 2009, ce mépris envers moi. Elle avait toujours un ton très sec envers moi, me parlait d’une façon hautaine quand moi je bredouillais tel un bébé apprenant à parler. D’accord c’était ma professeur, d’accord je l’aimais, mais j’estimais avoir payé ma dette d’une certaine façon comme l’administration ainsi que ma professeur l’ont jugé nécessaire. Alors pourquoi me faisait-elle encore souffrir, avec tout ce qu’elle avait déjà fait, la menace, le coming-out à mes parents, les sanctions ? Peut-être était-elle rancunière et n’avait-elle rien digéré ? Mais cela faisait des années que notre relation prof/élève était tendue voire pourrie à cause de moi, alors pourquoi en était-on là ?
Sans doute lui avais-je fait trop de mal au fil des années, et ce sans m’en rendre compte. Je sais maintenant que je me comportais en gamine toutes ces années avec elle, mais j’en étais une et je commençais à mûrir avec elle et à mon lycée dans le même temps. Moi-même je tentais déjà de me débrouiller avec mon homosexualité, qu’elle m’avait fait éclater en pleine figure lorsque je l’avais vue. Je ne pouvais gérer et mon homosexualité et mon amour pour elle à la fois, c’était trop à encaisser en une seule fois. C’est pourquoi j’ai été si immature malheureusement, et aussi ce qui fait, sans doute, sa rancœur, qu’à mon avis elle va porter en elle longtemps. Elle semblait véritablement meurtrie et autre. Depuis que je l’ai rencontrée je peine de plus en plus à la reconnaître, je doute que ce soit la même personne.

Et pourtant, après tout ceci, je l’ai revue, quelques mois après, et j’ai eu comme un choc de la revoir. Pourquoi ? Eh bien, jamais je n’aurais pensé retrouver exactement la même attirance envers elle que celle que j’avais ressentie la première fois où je l’avais vue. Je ne pouvais m’empêcher de la dévorer des yeux en me disant qu’elle était toujours aussi belle, toujours la même, en gros. Cependant, quand nous parlions, nous gardions une bonne distance entre nous, de rigueur après tous nos conflits, toute cette relation si bizarre et tendue à la fois. Il y avait comme un malaise des deux côtés, qui s’est toutefois estompé sitôt que j’ai dit ma nouvelle orientation scolaire. Au départ je voulais enseigner la même matière qu’elle, ce qui engendra toujours nos conflits, je pense, car cela prouvait que je m’identifiais à elle, et donc que je l’aimais. Enfin bon, j’annonçais ma nouvelle orientation scolaire, et cela a détendu l’atmosphère, et nous a fait sourire et parler d’un ton plus léger, et de choses plus légères. C’est seulement après l’avoir revue à présent qu’elle me pardonne, on dirait. Quant à moi, je ne sais plus quoi penser. L’aimerai-je donc encore longtemps ? En tout cas, je ne l’oublierai jamais, j’ai trop de souvenirs avec elle, bons ou mauvais d’ailleurs, pour cela, et puis c’est une personne que j’ai aimée d’un amour fou, alors je ne pourrai sans doute jamais l’oublier.
C’est pour cela que j’ai écrit ce texte ; pour me rappeler tout ce qui s’était passé, pour ne pas l’oublier, elle, pour ne pas oublier cette partie de ma vie qui dura 3 ans.
Peut-être ai-je aussi écrit ce texte court, dans l’espoir fou d’être un jour publiée, lue, et surtout par elle, afin qu’elle me pardonne, en connaissance de cause, car je ne saurai jamais si elle le fera ou non, mais avec ce texte j’ai bon espoir…Même si je n’écris pas un chef d’œuvre, je sais que j’écris avec le cœur, alors merci de m’avoir lue.
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Nicolas SORANZO