Présentation du livre

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Les yeux entrouverts, le souffle long et faible, je me réveille lentement sur le sol froid et humide. Je peine à comprendre où je suis, le corps tremblant allongé sur les pavés glaciaux qui me servent de couche, une petite flaque d'eau près de ma tête pour seule compagnie. J'ai si soif. Je m'en approche davantage, joins et tends difficilement les mains dans sa direction, paumes au ciel afin de former un récipient. Je recueille le liquide en douceur et le porte subtilement à mes lèvres arides, stériles, impatientes de retrouver un souffle de vie. Son absorption réchauffe mon corps transi. Je renouvelle l'opération, une fois, deux fois, trois fois, toujours d'un geste délicat, les yeux clos comme pour mieux savourer cette infime force que j'ingère. Dès que j'ai suffisamment repris mes esprits, j'observe les lieux : de la lumière provient d'une ouverture au plafond, barrée d'une grille de fer solidement attachée. Plusieurs piliers aussi larges que des armoires sont disposés çà et là dans la pièce. La salle semble d'ailleurs être assez profonde car je ne parviens en aucun cas à voir un mur, peu importe la direction vers laquelle mes yeux m'entraînent : en effet, une brume épaisse m'empêche de discerner le lointain. Mon regard se pose à nouveau sur les colonnes grises, seuls véritables repères environnants ; je m'aperçois qu'elles se suivent selon un plan circulaire, au centre duquel émane une faible lueur bleue. La curiosité me pousse à atteindre ce lieu précis. Je tente de me lever et de marcher, mais le manque de forces me contraint à ramper sur le sol inhospitalier. Si je ne sais toujours pas où je me situe réellement, je ne parviens pas même à comprendre comment j'ai pu me retrouver là. Je réfléchis trop, je crois. Malgré tout, j'avance courageusement à l'aide de mes avant-bras endoloris, meurtris. La lueur d'un bleu froid émet une lumière encore un peu plus forte, chaque fois que je m'en rapproche. Bientôt, je la vois illuminer le sol devenu semblable à de la glace, tant à la vue qu'au toucher, à tel point que je me demande si en réalité, ce n'en est pas. Je continue d'accéder à cette source de lumière, et je finis par distinguer sa provenance : une lanterne. Elle contient un cadenas verrouillé en son
sommet. Ma main, tantôt curieuse, tantôt hésitante, caresse l'objet à distance, avant de l'effleurer, puis de le toucher. A ce moment, j'entends depuis les profondeurs de la pièce des sons étranges et inquiétants, sourds, presque indescriptibles : de rares sortes de gouttes d'eau tombent du plafond et font écho au lointain, accompagnées de bruits inexplicables. La lanterne elle-même émet ce qui ressemble à des voix, et pas n'importe lesquelles : telles des violons, incapables de formuler des mots, seulement aptes à former leur propre langage musical, elles jouent fiévreusement une partition sinistre, teintée d'angoisse : elles me signalent un danger imminent qu'elles cherchent à fuir par tous les moyens. Le récipient de lumière, tremblotant, paraît désireux de s'évader et m'incite à l'imiter. Je ne peux pas prédire où le péril apparaîtra, mais il sera bientôt là. Les sons curieux issus des fonds de la salle gagnent en intensité, cette chose hostile vient me chercher... il vaut mieux ne pas savoir de quoi il s'agit. Mes sens sont en alerte : ma tête bouge sans cesse, mes yeux grand ouverts scrutent le moindre recoin, ma respiration est irrégulière, mon cœur bat la chamade, et mes bras et mes jambes sont secoués d'effroi ; mon corps tout entier tremble à présent, plus seulement de froid, mais de peur surtout. C'est là que je distingue des pas, lourds, lents, bruyants. Je m'abrite derrière l'une des colonnes, toujours en rampant. Je finis par croire, un instant, que je suis en sécurité, et pourtant, ça s'approche encore. Un pas. Deux pas. Trois pas. Chaque seconde, je devine ce mystère un peu plus près. Il est là, je le sens, il erre dans les environs, tapis dans l'ombre, et je redoute ses intentions. Je me concentre à nouveau sur la lanterne : c'est elle qui produit une source de lumière attirante, peu naturelle, intrigante. Dans un mouvement de panique, je la saisis et la lance sur le côté, en-dehors du cercle virtuellement dessiné par les piliers. L'objet atterrit suffisamment hors de moi, un bruit métallique indiquant la distance de l'impact. Je commence à me détendre, guettant à l'oreille le chemin qu'emprunte la chose ambulante. Je me rends compte immédiatement de mon erreur : cet être dont j'ignore tout, sauf l'existence, se dirige vers la lampe d'acier
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Jeu - La prison éternelle

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Nicolas SORANZO