Présentation du livre

Note : etoilesetoilesetoilesetoilesetoiles

3 commentaire(s)

Une chaude larme coula sur le visage de l'enfant. Il régnait un froid austère qui gobait toute forme de réconfort. Cette larme, à peine avait-elle coulée qu'elle devenait aussi froide que le métal impitoyable qui avait tranché la gorge de ses parents, attaquant sa peau frêle avec autant d'implacabilité que la souffrance qui empoignait son cœur avec une détermination de héros, et transperçait de ses doigts fins la sensibilité de la fillette.
La larme quitta sa joue, abandonnant sa froideur transperçante pour laisser place au souvenir lancinant de la souffrance, cette même souffrance qu'elle avait ressentie en voyant l'abandonner sa famille, et entreprit une course folle vers le sol, miroitant dans la pâle lumière de la lune dissimulée derrière les touffus branchages, comme si l'astre divin lui-même ne pouvait affronter ce spectacle déchirant, avant de s'écraser, lourde de sens, sur le feuillage, avec un bruit étouffé qui tut les complaintes sourdes de l'enfant avortée dans sa jeunesse.
Dans le silence de la nuit, la douleur hurlait, se répercutait dans un écho inexistant, mais pourtant perceptible, sur les troncs droits, qui, immuables, observaient la scène de l'œil inexpressif du sage qui depuis des millénaires avait vu défiler sous son regard impuissant des générations de marcheurs, d'histoires et de souffrances indicibles, qu'il écoutait tous avec toute l'attention que l'on donne à ce que nous chérissons.
Réconfortée et effrayée par tous ces regards tournés vers elle, la jeune fille ne sut que faire. Elle voulut lever la tête pour savoir vers où elle se jetait, mais elle craignait que d'offrir ainsi son visage au regard scrutateur de ces gardiens du silence leur permettraient d'y voir le souvenir qui se rejouait incessamment dans sa tête. À chaque fois, elle voulait que ça se passe autrement, mais elle avait beau chercher à changer les faits, ses gestes restaient les mêmes, irréversiblement. Le sablier ne s'écoule que dans un sens.
Toujours, elle revoyait la scène avec une précision effrayante. Le silence des mots tus pesait lourdement dans la pièce, accentué par le seul bruit du feu qui crépitait dans l'âtre brûlant d'agir, le son n'étant que plus criant dans ce silence. Le craquement du bois se mourant se répercutait tel des coups de fusils dans la maison, que semblaient tirer les ombres menaçantes qui se profilaient sur le mur à l'autre bout. Elles étaient tellement discrètes et inoffensives que leur présence dans votre dos vous paralysait.
Elle regardait, encore et toujours, l'ombre de son père qui se déplaçait, s'avançait vers elle comme tous les soirs sur le mur de sa chambre, quand il venait lui faire ça pour son bien. Elle aurait aimé être assez courageuse pour affronter le regard de son père plutôt que de suivre du sien une ombre muette, ou bien trop lâche pour arrêter d'affronter des yeux cette menace silencieuse. L'ombre avançait encore, passant au travers de la sienne, et rejoignait la table de la cuisine où l'enfant était attirée par le scintillement du couteau dans lequel se reflétait l'astre divin, qui semblait lui montrer où était la voie. C'est toujours à ce moment-là qu'elle voulait changer les choses, ne pas avoir cette idée, mais le sable avait déjà coulé.
S'emparant du couteau, elle amenait la lame et son illumination de l'au-delà dans le cœur de sa mère innocente et libérée. Alors, le trop-plein de courage arrivait et elle affrontait les yeux vidés par l'alcool qui la fixaient, agenouillés, face à elle, suppliants, pathétique comme à son habitude. Alors, comme d'elle-même, la lame se dirigeait vers la gorge du condamné et glissait avec délicatesse sur la peau rugueuse de l'homme déjà sans vie.
Page précédente
Vous lisez :

Larme

page :

Création du site


Nicolas SORANZO