Jour de chance

Tiago aimait beaucoup voyager, particulièrement en avion.

Les sensations fortes l’avaient toujours attiré et il n’en avait jamais assez. L’été, il passait tout son temps sur sa planche de kite-surf et l’hiver, il ne quittait jamais ses skis. Le reste du temps, il se débrouillait toujours pour trouver un parc d’attraction ou un saut à l’élastique, histoire d’avoir sa dose d’adrénaline. Alors quand il s’agissait de voyager, il n’hésitait pas un instant. L’avion était la seule option valable. Le décollage et l’atterrissage l’amusait un peu, mais ce qu’il préférait, c’était les turbulences.

Aujourd’hui, Tiago n’avait pas le sourire. Le vol se passait beaucoup trop bien à son goût. Rien à voir avec son dernier voyage, pendant lequel la moitié de l’avion avait bien cru vivre son dernier jour. L’orage thermique qu’ils avaient traversé avait bien secoué l’avion, assez pour arracher un éclat de joie au jeune homme. Avec son visage dur et ses cheveux noirs, il n’avait pas l’air d’un rigolo. Réussir à le faire sourire n’était pas une mince affaire.
Pendant les deux heures de vol qui s’étaient déjà écoulées, il n’avait pas arrêté de penser à ses leçons d’hélicoptère. Encore quelques semaines à tenir et il pourrait voler librement dans les airs. Plus besoin d’attendre que l’action vienne à lui, il n’aurait qu’à déclencher l’animation lui-même.
Le pilote en herbe n’était pas inconscient, il avait simplement certains besoins difficiles à assouvir. Pour lui, ne pas avoir d’adrénaline pendant plus de deux jours était sincèrement difficile à supporter. Il était comme un drogué en crise, et il faisait son possible pour répondre aux étranges besoins de son corps.

— Voulez-vous un verre d’eau ? lui demanda l’hôtesse.

Tiago la regarda des pieds à la tête, et pensa qu’elle aurait pu lui apporter exactement ce dont il avait besoin.
Sa dernière expérience charnelle dans les toilettes d’un avion s’était très mal passée. Malgré les courbes rebondies de l’hôtesse, il préféra oublier l’idée.

— Non merci, répondit-il en détournant la tête.

Puis il plongea son regard par la fenêtre et caressa les nuages des yeux.
Soudain, un avion de ligne jaillit d’un gros cumulus droit vers sa fenêtre. À cette distance, le choc était inévitable, Tiago l’avait bien compris.

— Collision ! hurla-t-il à pleins poumons. Collision à gauche !

Il n’avait pas pu s’empêcher de sourire, et à la fin de sa phrase, il se mit à rire sans retenue. La vielle femme devant lui le dévisagea, l’air aussi intrigué qu’effrayé, mais il s’en fichait. L’émotion était tellement intense, tellement puissante, tellement enivrante !
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Nicolas SORANZO