Présentation du livre

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Mon nom est 0914-F. Enfin, c’est mon nom de code, mon matricule. Ici, nos noms ne sont composés que de chiffres et de lettres. Je ne suis pas en prison, contrairement à ce que l’on pourrait croire. Laissez-moi vous expliquer, après tout je n’ai que du temps à perdre.

Avant, j’étais Ambre, une fillette de neuf ans, insouciante. J’étais heureuse, avec ma famille. Je vivais dans un hameau retiré, loin à l’intérieur des montagnes. Mais ils sont venus. Ils ont brisé mon bonheur. Je ne leur pardonnerai jamais. Ils étaient vêtus d’espèces de scaphandres, portaient des gants, et de grandes bottes jusqu’aux genoux. Ils sont descendus par dizaines de leurs camions, et se sont rués sur les habitants dans la rue. Ils ont commencé à forcer les portes des habitations. Je me souviendrai toujours quand la porte de la maison s’est ouverte en grand. Mes parents, affolés, m’ont dit d’aller me cacher. Ils sont descendus, à la rencontre de ces visiteurs intempestifs. Je ne les ai plus jamais revus. Les hommes en blanc m’ont emportée, saucissonnée avec des cordes, et balancée comme un vulgaire torchon dans un camion, avec d’autres habitants de mon village. Certains hommes avaient essayé de se défendre, et avaient été tués. La plupart des femmes et des enfants pleuraient. Je ne disais mot. J’essayais de comprendre. J’ai tout doucement fermé les yeux. Je ne sais aujourd’hui toujours pas combien de temps j’ai passé dans ce camion. Quelques heures ? Quelques minutes ? Quelques jours ? Je n’avais plus aucune notion du temps. Et enfin, le grondement du moteur avait cessé. Un gaz avait été diffusé par les aérations, car tout le monde s’est endormit. J’avais essayé de lutter, mais c’était trop dur.

Je me suis réveillée dans une pièce circulaire, blanche. Si blanche que la lumière se reflétant sur les murs et le sol m’éblouit. J’étais sur une table d’opération. Des personnes en blouses, visiblement des chirurgiens m’observaient.
J’essayais de bouger, mais mes membres étaient encore trop engourdis pour ça. Les larmes coulaient doucement de mes yeux. Je voulais crier. Hurler. Mais je n’y arrivais pas. C’était comme s’il y avait un poids énorme sur ma gorge, et que l’air ne pouvait plus circuler.

« Nous avons réussit ! »

« Après tant d’échecs… Je n’y croyais plus ! »

« Nous avons peut être enfin trouvé ce vaccin… Ce vaccin contre la mort ! »

Les chirurgiens parlaient au dessus de moi, et continuaient de me regarder. Puis ils se retournèrent, et sortirent de la pièce. Là une infirmière arriva. Elle me sourit, et m’aida à me lever. Nous marchâmes longtemps dans de grands couloirs, passâmes devant des centaines de portes… Nous nous arrêtâmes finalement devant une porte verte.

« On est arrivées ! Voilà, c’est là que tu vas vivre maintenant. »

C’était une espèce de maison, à l’intérieur même d’un hôpital. Nous étions 7. Trois adultes et quatre enfants. On nous expliqua plus tard, aux autres enfants et moi, que nous étions l’objet d’une expérience sur l’immortalité. On nous avait injecté un produit. Je n’ai pas compris en quoi il consistait. Mais il avait été rejeté par la plupart des personnes sur lesquelles il avait été testé, et elles étaient mortes.

Nous sommes donc les seuls survivants du village. Et l’on doit rester enfermés ici, dans ce lieu lugubre, jusqu’à notre mort. Pour voir si ce « vaccin contre la mort » ou « jeunesse éternelle » fonctionne.

Deux de mes camarades se sont donnés la mort. Le troisième est devenu fou. Maintenant, je suis seule. Je n’ai pas tenté de me tuer. Je veux savoir si l’extermination –oui, car c’en est bien une- de tout un village aura servit à quelque chose. On dirait bien que oui.

J’ai 247 ans et toujours un corps d’enfant.
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Nicolas SORANZO