Présentation du livre

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A InSoo, qui n'est maintenant plus là pour lire mes écrits...






La vieille ombre.




"Amertume se balançait d'avant en arrière, elle se laissait porter par le mouvement répétitif de la chaise faite de paille solide pour essayer de se remémorer l'ancien temps, celui où la jeunesse lui courait tout le corps. Amertume avait les mains croisées, les doigts de sa main droite se mélangeaient avec ceux de sa main gauche, se collant entre eux. Elle sentait les rides tracer des traits prononcés sur son visage pâle et fatigué sans ne pouvoir les empêcher de creuser dans sa vie. Personne n'était là pour lui tenir la main, pour la réchauffer et la consoler. Elle discutait seule avec sa belle solitude. De temps en temps, des larmes coulaient, roulant sur sa peau froide, presque morte, qui venaient de différents sentiments, d'un mélange de sensations étranges... Des cheveux grisés par l'âge qui ne faisait que courir tombaient sur ses épaules lâches et arrondies, appuyant sur les blessures que lui avaient provoqués les fardeaux et les poids de sa vie. Et elle pensait...

Amertume regardait le fond de son âme, la trouvant bien vide. Cette tristesse enfantine revenait l'attraper de temps en temps... Son amour l'avait laissé là, seule avec le néant. Ses mains, dont les veines ressortaient fortement, tremblaient d'envie, elle ne sentait plus la peau de son aimé passer sous celles-ci. La vieille femme regrettait la retenue dont elle faisait preuve lors de sa jeunesse, avant la mort de son John, elle regrettait de ne jamais pu avoir profiter de son corps rempli d'amour qu'il désirait tant lui offrir... Elle se demandait pourquoi elle eut si envie de rejeter sans cesse ses avances d'enragé d'amour. Alors Amertume faisait promener ses yeux dans cette fenêtre qui l'éblouissait sans cesse, espérant le revoir, espérant qu'il soit de retour.



Une larme glissait. Cette larme dont la tristesse livide s'exprimait enfin, dont le manque se laissait répartir dans les creux de la peau de la vieille femme, tombait légèrement dans cette belle utopie, et Amertume l'écoutait couler lentement, comme si la larme pouvait lui murmurer la vérité qu'elle ne voulait point entendre. La vérité était qu'elle ne voulait plus vivre pour deux, qu'elle voulait mourir dans les bras d'un bel homme... Oui, elle aurait pu faire sa vie, mais elle avait honte, elle avait l'impression de le trahir, de le tromper... Tromper un mort qu'elle n'avait jamais épousé...

Son cœur battait fort. Parfois, rarement, elle sentait de l’excitation, celle que l'on a durant notre jeunesse, celle que l'on éprouve lorsqu'on on se trouve en face de l'être qui nous est le plus cher et que nous sommes sur le point de le faire... Son corps tremblant commençait peu à peu à la lâcher, se laissant porter par le balancement de la chaise sans ne pouvoir l'arrêter. Son esprit s’enivrait de refus trop désirés, sa tête lui devenait peu à peu douloureuse, et son vêtement la serrait. Durant un instant, elle vit un dieu inexistant, un dieu absent, un dieu vidé d'amour et de bon sens. Un dieu dont l'amusement se fait de mort et de meurtres, dont les joies viennent des âmes attristées par la vie dont il se nourri sans ne jamais se rassasier...

Du sang coulait de son nez, comme si elle fut possédée, et sa gorge crachait du sang. Le balancement cessa et la pâleur de la vieille personne devint mort. Oui, Amertume regardait son corps mort, là, qui se trouvait face à elle. Elle ne voyait qu'un tas d'os recouvert d'un peu de chair. Les jours passaient, et elle restait ici, face à son corps abandonné, attendant que quelqu'un vienne le ôter de la chaise pour l'enterrer ou le brûler... Mais personne ne venait. Amertume compris à quel point la vie peut-être horrible, à quel point la solitude l'avait collé. Oui, l'enfant grandit vite, perdant celui avec qui il lui fallait vivre, puis il devint vieux, avant de mourir seul..."

Je posais mon crayon. Ma main me semblait lourde. Je sanglotais silencieusement avant d'éclater en pleurs. Encore un de ces foutus jours... Encore un jour passé sans John... Comment donc pourrais-je faire mon deuil ? Comment allais-je le faire... ? Je fixais ma feuille d'un air stupide. Oui, je me voyais à travers cette vieille femme. "Non, John... Je ne veux pas mourir sans que personne ne s'en rende compte... Je veux juste vivre sans que ton souvenir me hante, je veux faire ma vie dans les bras d'un homme, un homme aussi bien que toi... Je ne veux plus penser à toi, je ne veux plus penser à un mort."
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La vieille ombre.

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Nicolas SORANZO