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A InSoo...




Elle se jurait de rire.






Assise en compagnie de sa solitude sur ce long canapé vide, elle regardait le sol sans en détacher son regard, sans ne prêter aucune attention sur ce qui l'entourait. Aucun bruit ne venait la perturber, personne ne venait lui parler. Désormais, il n'y avait plus personne pour se préoccuper d'elle, et elle se disait "Je pourrai bien mourir, moi aussi, et tout le monde s'en ficherait bien !". Elle évitait de montrer à son esprit son envie de se souvenir, car elle avait peur de se remettre à pleurer. Des larmes gelées, remplies d'amour perdu, coulaient à l’intérieur d'elle, venant lui torturer le cœur. Elle ne faisait que se recueillir, se disant que ce sera la dernière fois qu'elle viendra.

Elle ne pensait plus mais elle réfléchissait. Sa main droite serrait un stylo d'encre fine dont la mine était posée sur une feuille tâchée, elle-même posée sur ses genoux. L'inspiration n'était plus. Parfois, elle s'efforçait d'écrire, mais plus rien ne lui semblait bon. Elle n'aimait plus écrire, pensant que ses paroles étaient mauvaises, que ses idées étaient à abandonner. Elle se sentait lunatique, bête, livide. Ses sentiments passaient de la motivation au désemparement, au soucis. Elle ne prenait même plus le temps de se relire ou de corriger, car elle savait que ce ne sera pas bon. Depuis quelques temps, tout ce qu'elle écrivait ne plaisait plus... même pas à elle. Son style d'écriture tombait dans une euphorie infantile, et ses mots retournaient en enfance. Ses histoires, ses rêves et ses fictions n'intéressaient plus personne... Elle ne savait plus où placer les virgules, où mettre les points... Ah ! Qu'est-ce qu'elle pouvait détester son écriture, ses écrits !
Alors elle réfléchissait. Cette fois-ci, elle devait mettre sur papier son discours. Un cours discours, un discours provoquant douleur et tristesse qu'elle devra prononcer devant tout le monde, devant les endeuillés, devant le cercueil, pour prouver à quel point elle l'aimait. Malheureusement, son regard ne bougeait pas. Elle se mettait à haïr l'écriture, à haïr les écrivains, le papier, l'encre ! Elle leur en voulait car un jour elle pouvait très bien écrire des choses heureuses, et un autre jour, écrire des choses horribles. Pour elle, cet art n'était que nuisance, provocateur de souffrance affective, délaissement de sagesse, bêtise... Elle maudissait les passionnés d'écriture et de lecture, elle détestait tout !

La veuve d'amour secouait la tête, se sentant bien stupide de laisser passer dans son esprit des choses aussi ridicules. Le vide... Elle soupirait de chagrin, souriait de mélancolie douloureuse, hurlait de désir... Le désir de le revoir, le désir de le garder, le besoin d'être aimée par celui qui est mort.

Elle se levait lentement, sans geste brusque, laissant tout tomber. Le stylo rebondissait, éclaboussant le sol. Elle se trouvait face à un vieux tableau mal peint, mal choisit et mal cadré. Fait avec des doigts, on y voyait de longues traces creuses dans la peinture. Oui, elle revoyait cet instant de détente qu'elle eut avec John durant son enfance, celui où ils trempaient leurs doigts dans ce gluant coloré en riant aux éclats pour essayer de peindre une maison... De temps en temps, le doigt du petit garçon à la tête asiatique venait glisser sur la joue de son aimée, l'air canaille. Elle écoutait leurs paroles de gamin naïfs dire "On y vivre ensemble ! Comme ça, on pourra jouer à la bergère et son fils sans cesse !". Elle souriait. Oui, finalement, elle préférait se souvenir de lui en souriant plutôt qu'en pleurant. Elle affirma : "Alors... J'arrêterai de pleurer, ça ne sert à rien. Ça ne te fera pas revenir, mon amour...". Toutes ces larmes répandues n'étaient que passé. Elle se jurait de rire, même si, au fond d'elle, elle désirait tant mourir...
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Nicolas SORANZO