Présentation du livre

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Léna

Lentement, le sillage doré du soleil mourant s’évanouit au cœur des nuages froids et tristes. Muets comme des enfants mélancoliques, les oiseaux se sont tus ; seul le croassement rauque du râle des genêts vient troubler le lourd silence qui pèse, solennel, sur l’eau assoupie dans son lit tandis que le jour agonisant laisse échapper son dernier souffle.
Sur chaque rive, surgissant des bois obscurcis, les ombres grises de la Nuit, telle une armée de spectres, rampent sans bruit hors de leur refuge pour chasser l’arrière-garde des ultimes rayons du jour, encore attardés parmi les feuillages. Sur la pointe de leurs pieds silencieux et invisibles, elles passent au-dessus des herbes ondoyantes de la berge, puis traversant les joncs qui exhalent un soupir. Dans son palais fantomatique qu’éclaire la pâleur des étoiles, la nuit elle-même, installée sur son trône de ténèbres, étend ses ailes noires sur le monde assombri. L’heure est venue de son règne immobile.
Je lève la tête vers le ciel et je lui souris, presque malgré moi, tandis qu’une douce brise vient caresser ma joue et jouer avec les quelques mèches brunes qui s’échappent de ma tresse.
Doucement, je me laisse aller en arrière sous le regard bienveillant des étoiles. Un papillon vient se poser sur ma main un court instant avant de disparaitre dans la nuit…Le hululement des hiboux me berce, et l’herbe fraiche qui m’entoure me sert de cocon. Je suis sur le point de m’assoupir quand un bruissement de feuilles me tire à la dernière seconde des bras de Morphée. Je me redresse et ne tarde pas à apercevoir un groupe d’oiseaux qui vient de prendre son envol. Une dizaine. Parfaitement synchronisés, fins, gracieux, un véritable ballet. Je me lève et les suis du regard un instant. Si je n’étais pas ce que je suis, je les aurais sûrement enviés. Je laisse mon sourire s’élargir. Délicatement, de mon dos nu se détache ce mystérieux tatouage que j’ai depuis ma naissance. Des ailes de libellules, effrayantes de réalisme, sont finement tracées sur mon dos, faisant partie de ma chair depuis toujours, évoluant sans cesse avec moi. Je n’ai que tout récemment découvert qu’elles pouvaient devenir bien réelles. Si transparentes et si délicates, qu’elles en paraissent éphémères, elles vibrent dans mon dos à la vitesse des ailes d’un colibri, et lentement, presque sans m’en rendre compte, je m’élève vers les ténèbres célestes. D’abord hésitante, je prends rapidement de l’assurance et rejoint le groupes de volatiles qui avait attiré mon attention quelques minutes plus tôt. Ils me fixent, intrigués, de leurs petits yeux noirs et brillants, mais ne semblant pas voir en moi une menace, continue leur vol et me laisse un place à leur côté. Du bout des doigts, j’effleure timidement les plumes sombres de mon voisin qui n’en semble pas perturbé. Je me sens libre, je me sens vivante, je me sens invincible et
insaisissable tandis que le vent m’emporte dans ses bras et me fais virevolter. Mais je ne peux pas suivre les oiseaux éternellement et n’étant pas à l’abri de la fatigue je prends la sage décision de redescendre sur terre. Je me pose maladroitement au sol et malgré mes efforts pour me rattraper, fini par rouler pitoyablement jusqu’à retrouver ma position initial : allongée dans l’herbe. Je pousse un soupir de soulagement et m’étire au maximum. C’est à cet instant précis que je remarque l’ombre qui se tient juste en face de moi, cherchant nullement à se dissimuler. Je ne peux retenir un cri de stupeur, mais la lune me rassure bien vite. Sa lueur blafarde me montre le visage souriant d’un jeune homme qui ne doit pas être bien plus âgé que moi, et la main qu’il tend vers moi pour m’aider à me redresser me rend confiante. Je la saisis sans le faire attendre. Grand et maigre, il est vêtu d’un long manteau gris souris et porte en bandoulière une besace qui lui arrive au niveau des hanches et qui semble avoir fait mille fois le tour du monde. Mais rien de tout ça n’est important face à la puissance tranquille qui émane de lui.
-Bonsoir Léna, me dit-il alors qu’un sourire bienveillant se dessine sur ses lèvres. Bienvenue dans la guilde…
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Bonsoir Lecteur. Bienvenue dans la guilde !

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Nicolas SORANZO