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23/12/2009

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C'était l'avant veille au soir de Noël. La routine, le sapin, la dinde, les invités, et... la belle famille, évidemment. J'avais installé toutes les décorations depuis déjà une semaine avec Mel. Mel, c'est Mélanie, ma femme. Elle et moi, nous n'avons qu'un but : tout faire afin que la vie de nos enfants soit absolument merveilleuse. J'allumai la télévision. Comme tous les ans, les chaînes passaient des films de Noël bien mielleux ou des dessins animés pour gosses. Il était déjà 22h30, et j'avais l'étrange impression d'avoir oublié quelque chose. Mélanie était déjà au lit. Je rêvassais, n'arrivant pas à dormir malgré mon manque de sommeil, allant du salon à la salle à manger, passant par la cuisine pour grignoter des choses, en profitant que Mel ne me voie pas.
Soudain, je m'arrêtai en sursaut, laissant tomber au passage le dernier morceau de ma part de bûche. Je me suis rappelé d'une chose primordiale, dont j'avais moi-même honte de ne pas m'en être souvenu : j'avais complètement oublié d'acheter une nouvelle étoile de Noël, celle qui devait figurer sur le sapin demain soir. Voilà, il ne manquait plus que ça: les courses de dernière minute. J'enfilai mon trench-coat et sortis.
Dehors, tout était illuminé de mille couleurs et toutes les boutiques étaient ouvertes. J'habite un modeste appartement en plein Paris, avec vue sur la tour Eiffel. Justement, ce soir-là, elle était sublime. Décorée de centaines de guirlandes lumineuses, elle attirait le regard de tous les passants. Une horde de personnes couraient dans tous les sens, sûrement pour achever leurs achats de Noël. Je ne pouvais m'arracher à la contemplation de ce monument magnifique, bien que ce soit la première chose que je voie tous les matins.. Résigné pourtant à rentrer au plus vite, je me dépêchai les mains dans mes poches fourrées.

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Malgré toute l'agitation qui régnait en ville, la fatigue me gagnait de plus en plus. Après quelques minutes de marche rapide, j'arrivai au centre commercial. Mais je me rendis soudain compte de l'étendue de ma bêtise : j'avais oublié chez moi mon porte-monnaie. Maudissant mon étourderie, j'ai décidé de faire rapidement demi-tour, car la plupart des magasins fermeraient dans moins de trente minutes !

Chose très étrange je me suis rendu compte que, contrairement à mon chemin d'aller, la ville s'était légèrement éteinte, assombrie. On aurait cru qu'elle avait pris un coup de vieillesse. Les lumières semblaient ne plus être aussi brillantes qu'auparavant, et les immeubles ainsi que le peu de villas paraissaient comme... détériorés !
Je me morigénai en silence, me disant que la fatigue me jouait des tours."Si je me mets à avoir des hallucinations, maintenant...".
Ma fatigue était telle que je sentis aussitôt une horrible migraine me frapper. Je plaquai instinctivement mes mains contre mes tempes, mais continuai tout de même mon chemin au pas de course vers le Champ de Mars, quand un petit vendeur de journaux à la criée, apparemment âgé d'environ douze ans, m’interpella :
-Hé, M’sieur ! Le Monde" tout frais vient de sortir ! Vous voudriez bien un exemplaire ? Allez, siouplé, M'sieur, c'est mon dernier journal et je finis ma journée !

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Je lui répondis froidement "non" de la tête, et me mis à courir vers mon appartement, quand je l'entendis crier aux passants "A la une, à la une ! La construction de la tour de Mr Eiffel est bientôt achevée ! Suivez sa progression avec des images inédites ! Sa victoire est pratiquement assurée ! A la une, à la une !»
Tout d'un coup, je fus comme.. paralysé. Ma bouche restait imperturbablement close et mes membres ne répondaient plus. Je fis tout de même mine de ne pas avoir entendu. Avec un sourire forcé, j'interpellai le jeune garçon :
-Mon petit, il faut vérifier tes sources ! Ce journal doit dater du siècle dernier !
-Non M'sieur, répondit-il en secouant frénétiquement la tête, je vous assure qu'il est neuf !
Je gardais le silence un instant. Tout en plantant mon regard dans le sien, j'en profitai pour le détailler de la tête aux pieds. Son visage était étrangement souillé, comme s'il sortait d'une mine de charbon -étrange pour son âge- et pour notre époque, ou l'exploitation des mines est désormais interdite. Ses petits yeux en amande, vifs et pétillants d'une malice étrange, -évoquant la pitié et le rire par le même regard- me rappelèrent fortement ceux de mon fils Damien.
il portait une courte salopette en denim bleu marine très usé, laissant découvrir de petits genoux saillants et sales. Le petit homme me regardait intensément, comme s'il cherchait à comprendre si je me moquais de lui.
-Vous êtes drôle, monsieur, continua-t-il.
-Ben voyons...Quel jour est-on, aujourd'hui?
-Le 23 Décembre 1888, M’sieur ! Y a un problème ?
-Non non, lui répondis-je, en calmant avec grande peine mes tremblements. Combien demandes-tu pour ce journal ?
-25 francs.
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Nicolas SORANZO