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L'Arbre-Monde


Le soleil, longtemps vénéré, accaparait le ciel par sa proximité.
La voûte céleste était faite d’un assemblage de teintes malsaines et n’abritait aucun nuage. La terre ne détenait plus une goutte d’eau. Le cycle était brisé. Sous la présence absolue de l’astre déclinant, la planète s’était métamorphosée en un monde désert, en monde de sable.
La chaleur brouillait les lignes de l’horizon. La poussière virevoltait. Le vivant trépassait. L’atmosphère toxique empoisonnait vives les créatures. Le sable envahissant sacralisait la chair animée. La sécheresse accablante parachevait la stérilité mondiale, l’échec de la vie.
Le moment était advenu de démanteler toute cette déchéance. Le moment était advenu du grand Procès. Seuls deux verdicts seraient envisageables : la destruction ou le renouvellement. Le Procès de l’humanité prendrait son ampleur aux pieds de l’Arbre-Monde, condamnant l’avenir de la planète.
L’Arbre-Monde…
Alors que le désert corrodait ce monde, cette aberration, cette incongruité végétale avait survécu, immergeant ses racines dans les profondeurs de la terre, s’abreuvant aux sources les plus lointaines, demeurant pour suivre la dégénérescence de son monde…


Bang ! Bang ! Bang !

Le Tambour retentit dans cette étendue désolée, se réverbérant contre les dunes, comme le rythme lent d’un cœur expirant. Il était temps. Les Anciens avaient espéré et craint cet évènement ; il s’apprêtait à se concrétiser.
Les derniers représentants de l’humanité s’étaient donnés rendez-vous entre les racines de l’Arbre-Monde. Ces ultimes spécimens avaient dû traverser la fournaise qu’était devenu leur monde pour se rassembler. Ils étaient arrivés en marchant, proche de la déshydratation complète. Le moindre effleurement du tissu sur leur peau provoquait une sensation de chaleur accrue. Leur épiderme était à vif, rôti par le soleil, recouvert d’un film de sueur collante qui plaquait leurs cheveux sur leur nuque et attirait la poussière et la crasse. Leur gorge était sèche, irritée et n’acceptait même plus leur propre salive. Leurs doigts, gonflés par la moiteur, n’arrivaient plus à s’activer. Ils ne marchaient plus, ils se trainaient. Leurs plantes de pieds brûlaient sur le sable torride. Seule leur détermination les poussait à poursuivre. Leurs yeux étaient inlassablement éblouis par la lumière de l’astre et ne voulaient qu’une chose : se fermer, édifier une défense face à cet éclairage harassant. Certains humains se laissaient choir sur le sol de sable et s’assoupissaient, terrassés, pour mourir, emportés par leur ultime sommeil sous l’acide lumière. Ils s’endormaient et ne se réveillaient jamais.
Une puanteur les recouvrait comme une écharpe de brume. Maintenant qu’ils grouillaient aux pieds de l’Arbre, cette exhalaison fétide, mélange de selles humaines et de pommades médicinales, les assommait toujours. Là, dans cet espace délimité par l’ombre salvatrice de l’excroissance végétale, les corps se frottaient, s’irritaient, se bousculaient, s’étreignaient ; ça grouillait, ça pullulait, ça espérait une chose : la venue des hommes Bleus. Bleu comme la couleur de l’eau, la couleur de la vie, la couleur de ce qui a disparu et de ce qui peut renaître. La couleur de la liberté et de l’avenir.
Dans un dernier éclat de leur intellect passé, les humains placèrent des sentinelles, les plus jeunes et les plus robustes d’eux, dans les branches basses de l’Arbre, à un peu plus de vingt mètres du sol, pour guetter ceux qui leur
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Nicolas SORANZO