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1 - Un mauvais départ

« Poussez ! Poussez madame Donax ! Je le vois… Il arrive ! »
Plutôt que de l'encourager, Les instructions du médecin ne firent qu’énerver davantage la future maman. Madame Donax avait beau pousser, le bébé ne semblait pas vouloir sortir de son ventre. Elle mettait au monde son tout premier enfant et du haut de ses vingt sept ans la jeune femme souffrait. La douleur était si insupportable, qu’elle avait l’impression qu’elle ne s’en sortirait jamais indemne.
Mais ce qui contrariait d’avantage madame Donax, c’était qu’elle n’avait pas souhaité cet enfant. Elle s’était trouvée enceinte un beau matin, ne sachant pas comment cela avait bien put arriver puisqu’elle avait toujours pris ses précautions, malgré le nombre de ses conquêtes. Elle s’en était rendue compte bien trop tard et n’avait donc pas pu avorter. Alors elle avait opté pour la facilité. De fait, il se trouvait qu'un couple patientait nerveusement dans la salle d’attente, car une fois que l’enfant viendrait au monde, ils seraient de nouveaux parents.
La plupart des gens de son entourage n’avait pas compris son choix, mais elle était déterminée : cet enfant elle n’en voulait pas. Elle appréciait que trop sa vie libertine, elle ne voulait pas se retrouver coincée avec une saleté de mioche dans les pattes. Toute façon elle ne possédait pour ainsi dire rien, vivant aux crochets de ses conquêtes. Il aurait été bien difficile pour elle de poursuivre ce chemin avec un poupon dans les bras. De toutes les manières, Alexandra Donax s’était donnée tant d’excuses pour, dirons-nous, ne pas trop se sentir coupable.
- C’est ce que je fais ! Hou… Hou…, dit-elle d'un ton mauvais. Je vous en prie docteur faites le sortir…
- C’est bien partie je vois sa tête… Ne poussez plus…
- Mais…
Alexandra n’en pouvait plus, elle observait à bout de force le médecin agir, mais, n'y tenant plus, retomba allongée sur la table presque aussitôt que la contraction se dissipa. Alors qu'elle soufflait du mieux qu’elle le pouvait, une sage-femme s’approcha d’elle en souriant sûrement pour l’encourager à tenir bon, encore un peu.
- La contraction suivante approche, il vous faudra pousser encore plus fort…
- Plus fort ? Cette idée ne l'emballait guère, elle qui pensait déjà avoir donné le maximum de ses forces.
Mais Alexandra n’eut pas le temps d’attendre d’autres instructions du médecin : la contraction prévue par celui-ci vint la faire hurler à nouveau, si fort, qu’elle en oubliait presque qu’elle devait pousser. Elle redressa la tête et se mit à pousser de toutes ses forces, soutenue par la sage femme qui vint l’aider à se redresser un peu plus. Tout son corps ne semblait être que douleur. La crispation provoquée par la contraction se dissipait à peine lorsqu'un cri innocent retentit à ses oreilles.
Elle ferma doucement ses yeux, pour apaiser cette sensation de brûlure. Alors que le médecin se pencha pour déposer le bébé sur sa mère, elle lui fit un signe de la main : elle n'y tenait vraiment pas. Le médecin recula emportant le bébé avec lui auprès d’une sage-femme et le lui tendit afin que celle-ci s’occupe de sa toilette.
D’un seul coup toute la salle d’accouchement se figea : on n'aurait dit que le temps suspendait sa folle course. Alexandra avait la tête penchée sur le côté, évitant que ses yeux n’entrent en contact avec l’enfant. Le médecin tenait le nouveau né à bout de bras, à l'attention de la sage-femme. Une autre sage-femme présente secouait une couverture énergiquement, pourtant celle-ci restait dans l’air tout aussi immobile que les gens présents. Seuls les rayons du soleil qui traversait la fenêtre semblait continuer de briller.
Une lumière éclatante jaillit alors de nulle part : en son centre s'était formé un doux halo. De plus en plus grande, la sphère en devenait presque aveuglante, si les acteurs de la scène avaient pu la voir. Une fois que celle-ci eut envahit la pièce, il sembla que l'intensité
lumineuse baissa légèrement, laissant apparaître une silhouette féminine tout de blanc vêtue. D’un pas lent et assuré, la silhouette se rapprocha du nouveau né. De ses doigts clairs et fins, elle porta une légère caresse sur la douce joue de l'enfant, l'effleurant à peine.
Une longue cape blanche recouvrait entièrement ce qui semblait être une femme. Un capuchon dissimulait complètement son visage. De part et d'autres, quelques mèches de cheveux ondulés aussi blancs que la neige faisaient irruption.
- Je préfère le faire dès à présent…
Bien que la voix semblait venir d’outre-tombe, elle n'en restait pas moins douce et hypnotisant. La silhouette redressa une main, tendit sa paume vers le ciel. Une lumière dorée éclot quelques centimètres au dessus de celle-ci. D’un mouvement rapide et assuré, l’inconnue envoya la boule en direction de l'enfant. Celle-ci atteint sa cible de plein fouet : la lumière dorée l’entourait désormais et le soulevait dans les airs hors de porté du médecin.
- Lors de ta majorité tu apprendras que tu es un être exceptionnel, mon enfant, lui souffla-t-elle. En attendant je continuerais de veiller sur toi. Un jour nous serons amenés à nous rencontrer… Ce jour tu le choisiras, retiens mon nom… Oria…
Oria s'illumina alors que le bébé regagnait les bras du médecin. Elle se pencha lentement déposant un tendre baiser sur le front du nouveau né, irradiant à nouveau la pièce de lumière avant de disparaître complètement.
Le temps reprit alors son cours, et la salle d'accouchement retrouva son animation. Nul n'avait eu conscience de ce qui venait de se produire. Les cris du bébé retentirent à nouveau. Le médecin retourna auprès de sa patiente la regardant avec complaisance.
- Êtes vous sure de ne pas vouloir tenir votre enfant… demanda-t-il sans grand espoir.
- Ce n’est pas mon enfant ! Emmenez-le loin de moi docteur… lui signifia-t-elle, une pointe de dégout sur le visage.
Le médecin fit signe à la sage-femme, et celle-ci déposa l’enfant dans un petit berceau transparent muni d’une couverture rose.


*
**


- Elle… Est… Née… Tu entends ? Elle est née !
Cette nouvelle, plutôt joyeuse en temps normal, semblait horripiler la personne qui l'annonçait. Sa voix était si glaciale qu'elle en donnait la chaire de poule.
C'était une femme grande et élancée, qui se tenait derrière une fenêtre, qui avait prononcé ces mots. La pièce dans laquelle elle était semblait appartenir à l'une de ces maisons hantées qui fait le charme des contes pour enfant. Par le carreau brisé, le vent s'engouffrait dans la pièce, pour venir se perdre dans la chevelure aux couleurs chatoyantes de cette femme. Aucune douceur dans son visage : elle avait des traits durs, et un sourire effrayant étirait ses fines lèvres. Son regard noir se perdait dans l’obscure forêt qui entourait l’immense bâtisse, tapotant dans un geste régulier, mais plein d'impatience, ses longs ongles sur le rebord de la fenêtre. Une bourrasque un peu plus violente vint jouer avec sa longue robe, couleur ébène, accentuant sa maigreur.
Un simple lustre éclairait la pièce au décor peu avenant : une table était retournée avec des pieds de créatures inhumaines, des chaises semblant ne tenir que parce que personne n'était assis dessus. Un peu plus loin se trouvait un fauteuil bordeaux usé par le temps, et derrière celui-ci une ombre tremblait. Un homme petit, au visage déformé et vêtu de guenilles regardait furtivement en direction de la femme d’un air apeuré, comme si un simple regard d'elle aurait suffi à le foudroyer sur place. Il avait une énorme bosse sur le dos, et était terrifié
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Sarilya

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Nicolas SORANZO