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PROLOGUE : CRIME D'HONNEUR A BRUMA.


L'agitation qui régnait sur la place centrale avait disparue, l'arrivée de la nuit ayant renvoyée chez eux marchands et habitants. Une épaisse fumée blanchâtre s'élevait des larges foyers, situés à toutes les intersections de chemins, permettant à la population de résister aux tempêtes de neige et aux vents glaciaux qui, sans cesse, balayaient les allées. Alors que la lune continuait son ascension, une obscurité pesante enveloppa la cité, agressée par les hauts candélabres de la taverne, qui éclairaient faiblement les chemins alentours. A l'intérieur, les humains se pressaient autour du comptoir. L'épaisse tablette en frêne supportait à elle seule une quantité de bière qui aurait rassasiée un régiment de nordiques. A moitié ivres, les plus costauds braillaient des refrains paillards, tandis que les autres, ayant succombé devant les effets de l'alcool, s'étaient lamentablement affalés sur des chaises en paille, disposées ça et là au milieu de la pièce.
Délaissant la fenêtre à partir de laquelle il observait cette beuverie, Thorketil se décida à entrer, et se rapprocha de la porte. Au-dessus de celle-ci, une bannière représentait un aigle sur un fond doré, symbole de la ville. D'un pas assuré, il poussa la lourde porte. Une multitude d'odeurs se confrontèrent à lui, dont celle de l'urine et de la transpiration, qu'il peina à supporter. Grâce à la lumière dégagée par bougies et flambeaux, il croisa le regard de ce qu'il était venu chercher. Le rougegarde ne baissa pas les yeux, malgré que le jeune homme avançait vers lui d'un pas déterminé, enjambant les corps inertes des soiffards. Le toisant du regard, il s'assit lourdement sur la chaise, face à lui, et s'appropria sans ménagement la haute meule de fromage qui se dressait entre eux, s'en découpant une portion plus que suffisante. Sans le quitter des yeux, il engloutit sa trouvaille, et se décida enfin à lui adresser la parole :
«_ Je déteste ces endroits, lâcha froidement le jeune homme. Ces hommes ne sont pas dignes de la protection de Talos !
_ Cela me navre, mais la plupart de tes compères ne sont bons qu'à boire, nordique, souria le rougegarde. Regardez-moi ça, de braves commerçants lorsque le soleil brille, mais noyés dans l'alcool quand vient la nuit...
_ Isleif, c'est bien cela ?
_ En personne. A qui ai-je l'honneur ?
_ Aucune importance. Ce qui est important, c'est ce que j'ai à vous dire, souffla-t-il d'un air mystérieux. Suivez-moi, ordonna le nordique.
Le rougegarde se leva lentement, imperturbable. Son épaisse cuirasse en acier recouvrait la totalité de son abdomen, et l'épée qu'il portait, dont on ne voyait que le pommeau d'argent orné d'un grenat, lui donnait fière allure. Ils descendirent le long d'un escalier en colimaçon, dont les marches, abimées par le temps, laissaient échapper un craquement sec. Arrivé à l'étage inférieur, Thorketil conduisit l'individu à travers plusieurs couloirs, débouchant finalement devant une petite chambre. La porte entrebâillée leur permit de distinguer, malgré le faible éclairage produit par une unique bougie posée sur une commode, un matelas miteux, sur lequel était disposée une peau de chèvre, qui servait certainement de couverture. Les deux hommes entrèrent, puis le nordique referma la porte. Il se retourna vivement et asséna au rougegarde un coup au visage d'une violence telle qu'il tomba à la renverse. Ne lui laissant aucun répit, le nordique se précipita sur lui et le rua de coups, tandis que du sang se répandait rapidement sur le parquet usé. Ayant largement pris l'avantage sur son adversaire, il dégaina une dague qu'il plaça sous sa gorge.
_ Tu sais sans doute qui je suis et pourquoi je suis là, dit-t-il.
Attendant une réponse qui ne vint pas, il continua :
_ J'imagine que oui. Tu n'es pas mon objectif, Isleif.
Thorketil marqua une courte pause, laissant à son interlocuteur le temps de reprendre son souffle.
_ Je souhaite juste savoir combien vous êtes, et ce à quoi je dois m'attendre, tu comprends ? reprit-il d'une voix douce.
Le silence glacial qui s'abattit de nouveau vrilla les nerfs du jeune homme, qui frappa de nouveau son adversaire. Sa chevalière en or massif, désormais couleur vermeil, posait sa marque sur le visage du supplicié.
_ Donnes moi la clé du manoir, dis moi combien de gardes êtes-vous à protéger ce porc, et je te laisserai la vie sauve, demanda-t-il, de nouveau calme et serein.
_ Je suis un homme mort, si je te donne de telles informations...
_ Penses-tu que ton cas diffère, si tu ne me les donnes pas ?
_ Nous sommes trois... Mais je n'ai pas la clé !
_ Où est-elle ?
_ Comment le saurai-je ? Le Comte n'a délivré qu'un seul double de sa clé personnelle, mais il ne me l'a pas confié, répondit le rougegarde qui faiblissait peu à peu.
_ Dans ce cas, tu ne m'es plus d'aucune utilité, Isleif.»
A ces mots, le jeune homme lui trancha la gorge d'un geste vif, et, sur un long gargouillis, un geyser de sang jaillit sur le sol. Suspicieux, Thorketil fouilla le corps du général de la garde rapprochée du Comte, et récupéra la clé du manoir, qu'il avait soigneusement dissimulé dans sa bourse en peau. «Pauvre idiot», se dit-il à lui-même. Il sortit rapidement de la pièce, et traversa les couloirs dans le sens inverse. Il remonta les marches deux à deux, n'ayant aucune envie de s'éterniser dans cette taverne. Dans la pièce principale, seul un homme tenait sur ses jambes. Thorketil ne demanda pas son reste et sortit de la taverne, frappé par le froid et le vent, qui s'engouffra immédiatement sous son vêtement. Il avait l'habitude de la neige et du froid, lui qui avait longtemps vécu ici, à Bruma, et qui avait même arpenté les terres de Bordeciel, mais, en cette période hivernale, il était impossible de rester insensible au climat polaire de la ville.

*

De nouveau seul dans la nuit, il s'avança à travers les chemins, s'éloignant du centre de la cité. Il marchait d'un pas mal assuré vers l'ouest, ses bottes en acier martelant les pavés gelées et produisant un cliquetis métallique peu discret. Le sentier, bordé de part et d'autre de petites chaumières, était si étroit que trois hommes de front ne pouvaient se déplacer sans se gêner. De hautes givreboises délimitaient le sentier, agrémentées de quelques lys des cimes. Le jeune homme progressa rapidement et bientôt, il se trouva face à un énorme portail en fer forgé qui lui barrait la route. Surprenante de détail, la poignée colorée à l'or fin représentait un dragon. La porte entière était sculptée et décrivait la bataille de Sancre Tor, durant laquelle Tiber Septim avait été reconnu par les Nordiques comme étant le fils de Bordeciel. A sa vision, Thorketil murmura une prière à Talos, et saisit la poignée qui, comme il s'en doutait, était verrouillée. Il sortit la clé qu'il avait récupéré sur Isleif et tenta de l'insérer dans le verrou mais, voyant qu'elle ne correspondait pas, il ouvrit sa bourse et contempla les deux seuls crochets qui lui restaient. Il s'en saisit et enfonça le premier au centre du verrou, tandis qu'il glissait le second légèrement plus haut. Il le fit tourner jusqu'à entendre un léger cliquetis, trahissant la faible sécurité de ce verrou. Il força légèrement et fit basculer les deux crochets vers la droite. Satisfait, il ouvrit le portail et s'engouffra dans la cour du Comte.
Face à lui se dressait un énorme escalier en marbre blanc, qui grimpait le long d'une majestueuse rampe en bois d'if sculpté, parfait mélange de pureté et de beauté qui inspirait le respect. De longues allées de cotons sauvage bordaient le chemin qui menait à cet escalier, ainsi que quelques lys des cimes qui, de part leur couleur, apportaient une touche de gaieté et de bien-être. Thorketil s'engagea, et, malgré tous les sentiments qui bataillaient au plus profond de son être, il s'émerveilla devant ce décor féerique. Gravissant lentement les marches, il vérifia que sa dague coulissait bien dans son fourreau, et serra si fort la garde de son arme que les hiéroglyphes gravés sur celle-ci s'ancrèrent dans sa paume, tandis que ses phalanges blanchissaient. Arrivé sur le palier, il était désormais face à une double porte d'un noir profond.
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Thorketil le Nordique

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Nicolas SORANZO