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Préambule

Tours, 07 septembre 2132, 21 h 54.

Une légère brise se leva. Le souffle frais amena avec lui des odeurs de feuilles et de terre humide. Il sentit la douceur du vent effleurer sa peau et les effluves envahir ses poumons.
À ses pieds, les feuilles mortes aux couleurs de l'automne se soulevèrent et volèrent au dessus des pavés. Dans un bruissement ressemblant à une pluie de fins cristaux, les feuilles se rassemblèrent et se mirent à tournoyer avant d'être dispersées par le vent, sur les pavés, au ras du sol. L'automne était déjà là, les beaux jours ne tarderaient pas à s'évanouir. Le cycle des saisons, le cycle de la vie, une renaissance perpétuelle, un mystère qui le laissait toujours perplexe.
Les yeux d’un bleu cristallin encore vif scrutaient le fleuve et le ciel qui se rejoignaient au loin, dans la lumière. La peau parcheminée du visage arborait de nombreuses cicatrices et derrière l’apparente douceur du vieillard, on devinait une énergie et une volonté qu’il n’aurait sans doute pas fallu mettre à l’épreuve il y a encore quelques années.
Maélan Kervadec était assis là, sur les quais, à observer l’eau tumultueuse de la Loire. Il s'était habillé chaudement, avec un pantalon en flanelle vert et une veste marron en peau fourrée de laine de mouton. Le dos légèrement voûté et les mains appuyées sur la canne en bois verni qu’il tenait juste devant lui à hauteur de visage, il observait le soleil couchant qui embrasait l'horizon et les quelques nuages qui étiraient leur couverture mauve et cotonneuse dans le ciel. Il aimait le spectacle de cette lumière orangée sur l’eau qui défilait et qui transformait le fleuve en un torrent de feu.
Depuis quelques mois Maélan sentait bien que le temps exerçait sur lui une emprise différente et il éprouvait le besoin de rencontrer tous ceux qu’il aimait pour le leur dire. Avec ses quatre vingt un ans, il avait atteint un âge fort respectable et quasiment hors norme pour les hommes de sa génération.
Oh, bien sûr, il n’était pas un bon samaritain et ne prétendait pas l’être. Il avait, il y a quelques années, accompli toutes sortes de missions dont certaines lui laissaient encore un goût amer, voire des douleurs inextinguibles. Combien d’amis avait-il perdu ? Avait-il fait ou dit ce qu’il fallait au moment opportun ? Aurait-il pu éviter certains gestes ? Combien de questions !
Mais Maélan Kervadec n’était pas un homme qui se laissait facilement emporter par le doute. Il dérivait rarement longtemps, car l’optimisme naturel qui l’animait reprenait toujours le dessus et éteignait les foyers de tristesse ou de perplexité qui tentaient parfois de le renverser. Ce devait être ça, son secret, un optimisme à toute épreuve et une capacité à s’émerveiller avec des tout petits riens.
Mais il arrive un temps ou l’optimisme, pour agréable et confortable qu’il soit, ne dispense pas d’une réflexion de fond, un point de situation sur notre vie, un état des lieux pour vérifier si nos actes ont bien été exécutés conformément à la morale collective et à nos convictions personnelles.
Sa mémoire était encore intacte et il se rappelait très bien toutes sortes de détails, même lointains. Il n’était pas là quand la catastrophe avait eu lieu. Non. Il était arrivé après. Quelques années seulement après, lorsqu’il avait fallu s’organiser pour survivre en ces temps de désolation et de dénuement.
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Nicolas SORANZO