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Chapitre premier

Bien que partiellement dissimulée par une fine pellicule de boue, elle restait bien visible pour un chasseur d'expérience tel que lui. Cali avisa la largeur de l'empreinte, qui dépassait les deux pouces. La trace qu'avait laissé derrière lui le grand cerf était encore fraîche, et c'est grâce à cela qu'il put, malgré un manque de précision certain, déterminer le retard qu'il avait par rapport à l'animal.
_ Moins de vingt minutes... souffla-t-il pour lui-même.
Il se releva doucement, fatigué de la traque qui durait depuis plusieurs heures, et jeta un coup d'œil autour de lui. Mis à part cette empreinte, le cervidé n'avait laissé aucun indice qui aurait pu aider le jeune homme à le localiser. Il regarda au plus loin qu'il put, malgré que son champ de vision soit fortement réduit par la hauteur des arbres. Le soleil, haut dans un ciel sans nuages, frappait sans vergogne la frondaison des hêtres centenaires, qui semblaient agoniser lentement dans un ultime grincement, provoqué par l'infiltration du vent dans les maigres fissures des écorces. Il décida de faire confiance à la trace laissé par sa cible, et s'élança dans la direction de l'empreinte. Il se frayait difficilement un passage entre les basses branches qui lui fouettaient le visage, et les hautes herbes qui lui piquaient les mollets. Son arc, qu'il avait passé sur son épaule, frottait son omoplate à chaque mouvement. La fine cape noire qu'il portait voletait sous l'effet de la brise, et s'accrochait dans la plupart des branchages, si bien qu'il finit par l'enlever, la fourrant dans son sac, afin de pouvoir continuer sa chasse sans encombre. Il marchait d'un rythme soutenu de peur de se faire distancer par le cerf. Il déboucha bientôt sur un chemin sinueux bordé de feuilles flétries par le temps. Cali essuya du revers de sa manche la sueur qui coulait sur son front, écartant par la même occasion ses cheveux qui tombaient devant ses yeux. Les petits cailloux qui formaient le sentier crissaient sous les chaussures du jeune homme, qui dû ralentir la cadence afin de rester discret.
Les arbres se succédaient de chaque côtés, chacun laissant place à un de ses congénères. Le sentier le mena jusqu'à une petite clairière, traversée par un petit courant d'eau. Il découvrit avec surprise son adversaire, qui se désaltérait sans se soucier des alentours. Cali se précipita derrière un buisson de genévrier qui le dissimula. Il saisit lentement son arc afin de ne pas alerter le cerf, et sortit une flèche de son carquois. Celle-ci, taillée dans une branche de merisier, était accompagnée d'une pointe en os tranchante à souhait. Les deux plumes de canard fixées à l'extrémité du projectile permettraient de garder le trait bien droit lorsqu'il la décocherait.

Tremblant d'excitation, le jeune homme banda son arc avec force, et décocha le projectile qui s'enfonça lourdement dans l'encolure du cerf. Du sang gicla et retomba sur le sol, tandis que l'animal poussait un grognement sinistre. Cali sortit une seconde flèche, et procéda de la même façon, l'envoyant à quelques pouces de la première. Le cervidé, respirant de plus en plus mal, s'écrasa sur le côté, faisant s'envoler un nuage de poussière. Il n'était cependant pas mort, et on pouvait entendre sa respiration rauque bien que haletante. Le jeune homme s'approcha, et, après avoir remercier les Dieux et la Nature de lui avoir offert ce gibier, il sortit un couteau de son sac, et plongea la lame dans le cœur du cerf. L'animal écarquilla les yeux de stupeur, comprenant qu'il n'irait pas plus loin, que plus jamais il n'aurait à se désaltérer. Un courant d'air frais fit frissonner Cali. Ce dernier, épuisé, se laissa tombé près de sa proie, et, écoutant le clapotis des vaguelettes, ferma les yeux, laissant libre cours à ses pensées. Après quelques instants de plénitude, le jeune homme se redressa, et contempla d'un air respectueux le grand cerf, toujours aussi imposant malgré que la mort ne l'ait emporté. Il savait que son travail ne faisait que commencer : selon les lois dictées par les Grands Mages, il ne pouvait pas laisser un animal mort dans cet état. Le garçon peina grandement à renverser la grande carcasse sur le dos. Une fois ceci fait, il prononça le Rituel, s'adressant aux Dieux :
_ Votre gratitude n'est plus à prouver, et je vous remercie de m'avoir offert cet animal, qui, de sa chair nous nourrira, de sa peau nous réchauffera, et de sa graisse nous éclairera. Je promets de ne laisser se perdre aucun nerf, aucun tendon, aucun os, ni rien qui ait appartenu à cette brave bête qui fut ma proie.
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Le pacte de l'obscurité.

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Nicolas SORANZO