Présentation du livre

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____________VIVE LES VACANCES______



Elle m'a abandonné alors que nous nous préparions à partir en vacances. Elle devait avoir arrangé sa sortie depuis longtemps, car lorsqu'elle passa le seuil de notre maison, elle n'emporta qu'une simple valise. Pourtant, je le constatai plus tard, son armoire était vide.
Si les choses s'étaient déroulées comme à l'habitude, je n'aurais pas dû être présent à cet instant. Mais ce jour-là, en prévision de notre long voyage, j'avais quitté mon poste plus tôt. C'est donc avec deux heures d'avance que j'étais rentré chez nous. Elle a été surprise lorsqu'elle m'a trouvé sur le pas de la porte. « Daniel ? Mais qu'est-ce que tu fais là ? » — « Surprise ! » ai-je lancé avec un air enjoué. Je ne l'ai pas vu sourire en retour. Au contraire, on aurait dit que le monde venait de s'arrêter de tourner. C'est à ce moment que j'ai aperçu la valise à ses pieds. « Tu as déjà préparé les bagages ? » — « Oui. » Je ressentais bien la gêne dans la façon qu'elle avait de me parler, mais comment aurais-je pu imaginer ?

Je choisis de ne pas poser de questions, parfois mieux vaut ne rien savoir, et je me suis avancé vers la cuisine avec l'intention de me préparer un café. J'ai versé un peu d'eau dans une tasse que j'ai ensuite réchauffée au four à micro-ondes. Comme je me retournai vers l'entrée, je vis que Myriam n'avait pas bougé. Elle s'était simplement tournée dans ma direction et me regardait avec une expression étrange au visage ; mi-amusée, mi-sauvage.
« Je m'en vais », dit-elle soudain. « Tu vas où ? » — « Ailleurs. » Je ne comprenais pas. Comment pouvais-je entendre ce qu'elle voulait me dire ? J'ai pensé qu'elle avait une course de dernière minute à faire, mais cette valise dont elle avait saisi la poignée et qu'elle tenait au bout de son bras tendu m'intriguait. « Tu n'as pas compris, a-t-elle dit, je pars pour toujours. Je te quitte. » Je n'ai pu m'empêcher de sourire croyant à une plaisanterie. Elle n'a pas cillé. Ses yeux se sont simplement détournés des miens. Elle redoutait l'esclandre à présent. C'est justement pour l'éviter qu'elle avait prévu de partir avant mon retour. Elle ne pouvait savoir que je lui avais préparé une surprise. Sur la table de la cuisine, elle avait déposé une enveloppe avec mon nom écrit dessus. J’en ai détourné les yeux et j’ai demandé comme si je n'avais pas entendu ses aveux : « Où sont les enfants ? » Marielle et Bruno ont respectivement dix-huit et vingt ans, mais je n'ai jamais pu me défaire de cette habitude idiote de dire les enfants en parlant d'eux.
Puis, soudain, sans se donner la peine de me répondre, Myriam a ouvert la porte d'entrée.
J'ai crié : « Attends ! » Je me suis précipité vers elle et l'ai agrippée par le bras. Je me suis fait suppliant. « Tu ne peux pas me faire ça Myriam. Je t'aime, tu es toute ma vie. » Alors pour se débarrasser de moi, elle m'a tenu les inévitables propos qu'on sert dans ces cas-là. Non, ce n'était pas un véritable départ. Elle avait seulement besoin de prendre un peu de recul. Je savais que c'était des mensonges, que si je la laissais passer notre seuil elle ne reviendrait jamais, mais qu'y pouvais-je ? Me révolter n'aurait fait qu'envenimer les choses, que tuer le petit espoir qui me restait de la voir changer d'avis. « Je t'en prie chérie, pleurnichai-je, reste ! » Le claquement de la porte me répondit.
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Nicolas SORANZO