Présentation du livre

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J’ai réalisé mon plus vieux rêve. D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours eu le nez au ciel, spécialement la nuit. Plus tard j’ai dévoré tous les romans de science fiction que le régime autorisait et ceux que je pouvais acheter sous le manteau. Car les élucubrations sur des avenirs rarement radieux n’étaient que fort peu prisées par nos octogénaires suprêmes. Je suis extrêmement ingrat, car sans le socialisme à visage humain de mon beau pays, quelles étaient mes chances de devenir pilote d’essai en tant que fils de paysan Géorgien ? Et plus tard, après des années d’effort et d’attente douloureuse, cosmonaute ! Je m’appelle Vladimir illiitch Djougachvili (1). Mon nom ne dit rien à l’ouest du Danube, mais chez nous il peut être une bénédiction ou une malédiction. J’ai eu la plus belle part. Mon origine a joué énormément en ma faveur également (2). Nom et origine identique, même après la destalinisation, les symboles ont la vie dure. Des mauvaises langues ont dit que l’on m’avait envoyé dans l’espace parce qu’on avait pas pu envoyer mon homonyme en enfer.
Le 22 septembre 1977, à 6 h 50 TU une nouvelle station Saliout 6 DOS 5 a été placée sur orbite. Bien que très semblable en apparence aux stations DOS précédentes, Saliout-6 constitue une véritable révolution dans la technologie des stations orbitales. Dès lors, la durée des séjours a put être considérablement augmentée. Une douche améliore nettement la qualité de vie à bord. Bref, de quoi devrions nous nous plaindre moi et mon camarade ?
Le 15 juin 1978, j’ai intégré la station Saliout 6 à bord du module Soyouz 29. L’air est froid et immobile, une odeur bizarre, mélange indescriptible dût au recyclage tournant au ralentit, règne jusqu’à l’écœurement dans les 90 mètres cubes habitables. L’aménagement spartiate, même pour un russe, n’est certainement pas accueillant. Mais rien ne peut nous empêcher tous deux de goûter cet instant unique dans notre vie : nous sommes enfin dans le cosmos, et pour 140 jours ! La base nous laisse quelques instants après la phase d’amarrage toujours délicate et particulièrement stressante. Mais surtout ils savent par expérience qu’il est humainement impossible de solliciter immédiatement des hommes qui font leur première entrée dans la station. Le temps se suspend, littéralement comme cela est seulement possible dans le vide, puis un grésillement et la base nous rappelle à notre devoir.
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Nicolas SORANZO