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L'auguste

Paris, 13 décembre, 23h12. Un homme vêtu en auguste traverse l'avenue des Champs Élysée. Bousculé par une foule grise et uniforme, il avance lentement et ne voit personne, le regard plongé en lui-même. Sa grande veste rouge tombe tristement sur ses épaules, laissant voir une chemise à carreaux multicolore et des bretelles à fleurs. Le maquillage de scène a coulé, le pantalon est déchiré. Ses grandes savates raclent le sol, maculées de boue.
Dans sa tête, le désespoir le dispute à la haine. Il ne comprend plus, sa tête le brûle, des pensées l'obsèdent. Il croyait savoir, il croyait comprendre, il croyait vivre. Il avait tort. Tout le monde a tort. Tout le monde est aveugle. Plus lui. Plus maintenant. Mais il aurait tout donné pour l'oublier. Il n'en peu plus, sa tête va exploser, il a envie de tout détruire autour de lui. Frapper cet homme. Et puis celui-là. Et puis tous les autres. Les jeter à terre, baignés de sang. Fissurer le sol, briser cet immeuble, renverser cette voiture. Les brûler. Toutes. Et déchirer la Terre entière de ses propres mains. Ou bien éclater en sanglot,
s'assoir par terre, ici, tout de suite, se recroqueviller comme un petit enfant, et crier jusqu'à ce qu'une présence maternelle vienne dissiper ses pensées.
Il n'en peut plus, il voudrait fuir. Fuir la banalité, la haine et l'indifférence. Fuir le béton, l'argent et la misère. Partir, loin d'ici, de ces fous, de cette ville. Loin des hommes. Il les hait tous. Il a tant besoin de quelqu'un. Sans s'en rendre compte, il se met à courir, bousculant les passants qui le regardent interloqués. Sans s'en rendre compte, il entre dans la Tour Eiffel, grimpe les marches quatre à quatre. Sans s'en rendre compte, il arrive en haut, bouscule les touristes, escalade la rambarde. Sans s'en rendre compte, il n'a jamais été aussi conscient de ses actes. La solution est enfin là, devant lui, seule issue contre cette vie qu'il ne supporte plus. La mort. L'inconnu total. La mort. Le seul acte libre qu'il est encore capable de commettre. La mort. Plus que jamais. La mort. Et la délivrance. Peut-être. Il n'en sait rien. Ah quel bonheur que l'ignorance ! Un sourire s'esquisse sur ses lèvre. Ironique, moqueur, fou. Vrai. Il écarte les bras, embrasse une dernière fois Paris du regard, et bascule dans le vide.
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Nicolas SORANZO