Présentation du livre

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Ce soir, comme chaque soir, et ce, cinq fois par semaine, j'attends que le bus ne démarre. Je regarde par la vitre. Dehors, il pleut, comme souvent. Les gouttes glissent le long de la vitre. Je visse mes écouteurs dans mes oreilles, j'appuie sur le bouton play. Et puis, je pense. A lui, au lycée, à ma vie, et encore à lui.
Est-ce dût au bus qui met trop de temps à démarrer ? Ou peut-être à la pluie ? Je ne l'ai jamais su, mais c'est dans ces moments là seulement que je suis consciente de ce que je suis. Ca y est, le bus démarre. Nous sommes seulement quelques passagers à l'intérieur. Devant, deux femmes d'une soixantaine d'années en pleine conversation. Je peux percevoir quelques mots tels que «voisin», «chat», «inadmissible».
Ensuite, sur le côté, un jeune homme avec une mallette. Il a l'air d'avoir une trentaine d'années. Il garde le regard fixe. Pas l'ombre d'un sourire ne vient effleurer ses lèvres. Son costume est terne, son teint est terne. Il est terne. Il manque sûrement de sommeil.
Au fond on trouve une bande de jeunes. Je les connais, ils ont mon âge. Ils ne sont pas méchants mais... je ne leur parle pas, jamais. C'est comme ça. De la timidité sans doute ?
Et puis, au milieu du bus, dans la rangée de gauche, une fille, regardant les gouttes d'eau qui font la course, qui s'écrasent contre la vitre. Elle écoute de la musique. Elle pense. Je pense. C'est moi.
A côté d'elle, un garçon de son âge. Il écoute lui aussi de la musique, les yeux fermés. C'est lui.
Les voitures passent à toute vitesse près du bus, la pluie ne cesse pas. Le vent souffle contre la paroi de la vitre. On entend le doux ronronnement du moteur. Le bus prend un rond-point, puis un autre, tourne à droite. Une sonnette retentit. Il s'arrête. Nous sommes arrivés.
Il se lève, me laisse partir, sans un mot, sans un sourire. Le bus s'en va. Me voilà toute seule sur le bord de la route, avec seulement mes yeux pour pleurer. Voilà un an que ça dure, un an que je l'aime, un an que je n'arrive pas à le lui dire, un an qu'il ne me comprend pas. Est-ce donc si difficile que ça à prononcer, ces deux petits mots ? Je t'aime. Je l'aime.
Le vent souffle dans mes cheveux. Je me décide, j'avance, je patauge dans les flaques. Je ferme les yeux. Pourquoi ? Pourquoi lui ? Pourquoi Tanguy ?
Les gouttes de pluie ruissellent le long de mes joues... ou peut-être que ce sont des larmes ?

*

Il est 5h58. Dans deux minutes le réveil va sonner, et une nouvelle journée va alors s'offrir à moi.
5h59. Non, je ne veux pas sortir de mes rêves, je ne veux pas ouvrir les yeux, être ébloui...
6h00. Une sonnerie stridente retentit. Je suis réveillé en sursaut. Les yeux me piquent, j'ai la gorge sèche.
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Quai n°13

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Nicolas SORANZO