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La rencontre

Planté au milieu d’une librairie, je regarde les livres d’une maison d’édition à petit prix qui imprime tous les auteurs au même format 10X18, ramenant Yourcenar aux dimensions de Houellebeq. Je n’arrive pas à me concentrer sur les titres car je pense sans cesse à ce dessin de Sempé qui met en scène une séance de dédicace dans une librairie immense débordante de rayons et de tables d’exposition où les titres se serrent sur plusieurs étages. L’admirateur venu obtenir la griffe du héros du jour confie intimidé : « Je vous admire tant ! Vous qui êtes sorti de la masse ! ». Je ne suis plus certains des paroles exactes mais c’est bien le sens : comique et dérisoire. Ce dessinateur et chroniqueur des petitesses remet si bien l’humain à sa vraie taille. Elle tient dans un format de poche.
Ces pensées me rassurent. Ecrire, publier, s’est passer de l’anonymat à une sensation de notoriété. Est ce là tout le but ? Un numéro à quatre chiffre désormais sur une couverture venant compléter les rangées bien nettes devant mes yeux ? Peu de marches vers l’élévation.
Une voix dans mon dos m’apostrophe. Elle me tire de mes réflexions douces amères. Elle prononce mon nom plusieurs fois d’une manière douce, incertaine. Je la connais, elle me glace. Un souvenir englouti par dix années. Un visage jeune et souriant, un sourire impossible à oublier, si franc, si engageant que l’on se croirait élu. Et puis on aperçoit les mêmes sourires lancés sans parcimonie à la ronde. Un beau rictus saint et éclatant vous donnant le sentiment que vous avez ce quelque chose d’unique qui vous distingue. Une promesse d’attention à votre personne encore jamais ressentie. Des coins levés bien haut qui forcent la muraille patiemment montée autour de l’ego pour atténuer les coups. Un éclair blanc qui porte la lumière magnifique des possibles.
« C’est bien moi ! ». C’est tout ce que j’ai su répondre. Je suis bien l’ex-jeune homme alors informaticien par non choix qui se cherchait une issue de secours dans une façade pleine d’assurance fade et rance. Celui qui se laissait enfin apercevoir autre chose que le médiocre et terne salarié au parlé trop verbeux, au débit trop rapide, la peur d’être interrompu. Elle me replonge dans le souvenir de cette soirée unique où deux heures avec elle avaient couru à parler de tout ce qui la passionne : ses dessins, ses maîtres et ses médiocres professeurs académiques. Tout revient. Toutes les envies qu’elle avait, les chemins qu’elle entrevoyait, sa boulimie de lecture et d’exposition, son appareil photo qui ne la quittait jamais de peur de rater l’Image Parfaite. Nous avions longtemps débattu de ce qu’était l’image parfaite. J’essaye désespérément de ne pas me souvenir de mes arguments de peur de sentir venir la chaleur honteuse sur mes joues. Trop tard ! L’argument de mon jeune âge n’y fait rien.. J’étais un coquelet qui tentait
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rencontre dangereuse

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Nicolas SORANZO