"Sur le ring - Le sang appelle le sang !"

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Posté par : mafiacalabrese, le 21-11-2013 

Salut à toutes et à tous,

Voici un extrait du roman qui sortira avant Noël chez IS Edition. J'espère que c'est la bonne section pour poster.


Marseille, le 17 septembre 1956.

Comme chaque année en cette période, les journées commencent à diminuer, malgré le soleil brillant encore à pleine puissance à cette heure-ci. Dehors, je suis encore en train de jouer devant la maison de l’espoir. Tous nos voisins et amis lui ont donné cette appellation. Pourquoi ?

Eh bien, peut-être parce que nous, les Portino, sommes une famille Italienne originaire de Calabre qui était venue à Marseille dans l’espoir d’y travailler. Il faut dire que Marseille était parfois une halte, un petit entracte à l’histoire des familles italiennes venues du Sud de l’Italie et rêvant d’Amérique. Peppe Portino, mon père, disait souvent à ce propos : « Ma ! Comment la France a-t-elle accueilli les ‘immigranti italiani’ ? »

Bien sûr, beaucoup moins bien qu’on ne le pense, ou qu’on s’en souvienne généralement. Les mauvaises relations diplomatiques entre les capitales des deux pays ainsi que la composition de cette immigration, jeune, célibataire, peu qualifiée, encourageait une très vive italophobie. Si l’on peut la nommer ainsi. En 1881, à Marseille, un incident banal donne lieu à des chasses à l’homme pendant plusieurs jours. En 1893, dans les Salines d’Aigues-Mortes, une vingtaine d’Italiens sont tués à coups de pierres et de pelles. L’année suivante, à Lyon, l’assassinat du Président Sadi Carnot par l’anarchiste Caserio provoque de véritables émeutes raciales.

Sans compter le discours xénophobe qui imprègne la presse. On désigne l’italien, les italiens, nous, comme primitif, barbare. On parle de nuées de sauterelles. Une invasion ! Vous rendez-vous bien compte ? La France a bien changée !

Mais tout cela n’est qu’une sombre et brève parenthèse. Je me nomme Portino Angelo et âgé de 5 ans, je pouvais me vanter d’avoir, en plus de mes parents dans cette vieille maison à Marseille, mes oncles, des amis de la famille, et quelques cousins. Tous donnaient un peu d’eux-mêmes dans la restructuration de cette bâtisse en bien piètre état, en plus de leur rude labeur dans les champs.

À part Marseille, ma famille ne connaissait que la Calabre, une région de montagnes anciennes, faite de roches granitiques, aux pentes adoucies, qui descendent en gradins vers la mer. Mer dont tous se souvenaient très bien puisque Rizziconi, le petit village d’origine de mon père y est tout proche, comme plus encore Gioia Tauro, la ville natale de ma mère.

En 1955, ma famille avait fait le voyage jusqu’en France, pour s’installer à Marseille. Le manque de travail était une des raisons pour lesquelles nous sommes partis de Calabre. Une cause bien plus sombre et sordide forçait certaines personnes à quitter le pays, bien évidemment !

Nous sommes dans le sud de l’Italie, ne l’oublions pas. Mon père, Portino Peppe, pour reprendre son exemple, avait tué toutes les vaches de son voisin pour se venger d’un manque de respect à son égard.

Celui-ci alla le dénoncer à la police. Mon père décida alors, dans un excès de colère, d’aller le menacer de mort. Ledit voisin eut la bonne idée de se cacher sous son lit à l’instant même où il aperçut mon père rentrer chez lui. Ses jambes qui dépassaient de ce lit miteux reçurent trois balles chacune.

Une fois cet intrus et rival sorti de l’hôpital, il alla une fois de plus insulter mon père qui, dans un trop plein d’ardeur lui lança sans réfléchir : « Devant cette gare, il y a des témoins donc je ne te tue pas. Mais si tu ne meurs pas ce soir, ce sera demain ! »

Le lendemain, cet homme reçu 87 balles ! Surprise, aucune n’était mortelle, et l’homme eut le temps de crier une fois à l’hôpital que c’était Peppe Portino le commanditaire. Il mourut quelques heures plus tard d’une hémorragie interne. La police interrogea mon père qui avait une quarantaine de témoins l’ayant vu ailleurs ce soir là ! On ne retrouva jamais le tueur ! L’affaire fut classée.

Suite à cette péripétie, son frère cadet Carmelo lui conseilla vivement de partir à l’étranger. Même s’il fallait que ‘jeunesse se passe’, il valût mieux pour nous tous que ce soit en France par peur de représailles.

Posté par : Sericle, le 24-11-2013 

OUI !!!!!

J'aime vraiment l'ambiance qui se dégage de ce récit ! Les noms, les faits (culture vindicte dans la moitié sud), tout ça me fait incroyablement penser au Parrain ! Ça fait partie du charme de l'Italie :). Pour l'histoire, bien que ça soit un extrait, ça me semble bien parti. Tu décris là une bonne toile de fond pour apporter de la cohérence, à n'en pas douter, au présent. Tu as un style agréable à lire (et amusant pour les quatre-vingts sept balles !). Que dire de plus ? Que je t'incite à nous en montrer un peu plus, car personnellement, le récit m'accroche. J'ai hâte !

Juste une question : était-ce ainsi, il y a plusieurs décennies ? Voyait-on en France les immigrants italiens d'un mauvais œil ? Ca me trouble vraiment, surtout quand on sait que l'Italie est un pays éminemment respectable, qui par le passé (il y a bien des siècles) nous a apporté sa magnifique culture gréco-romaine, son mode de penser, etc. Je me demande comment on peut mal voir un pays qui par le passé nous a tellement apporté et à fait de nous ce que nous sommes aujourd'hui ? Comment peut-on détester les immigrants d'une nation dont on a hérité bien des choses ? Je me pose beaucoup de questions je sais ^^.

Posté par : mafiacalabrese, le 24-11-2013 

Malheureusement il fut un temps où la France était en retrait et voyait d'un mauvais oeil l'arrivée de ces immigrants italiens. Les faits que je cite sont bels et biens réels. D'ailleurs l'anecdote des nombreuses balles malgré l'effet comique si l'on peut dire est lui aussi inspiré d'un fait réel. :) Merci en tout cas pour tes compliments. Ça me touche de voir une réaction avec autant d'effervescence. Merci et n'hésites pas a aller voir mes autres extraits sur la page facebook. Mais il y en aura d'autres ici aussi. À bientôt.

Posté par : Sericle, le 24-11-2013 

Je me ferai patient ;). Et, c'est bien grâce aux ancêtres de l'actuelle Italie que je me sens vraiment latin :D. Le genre de culture qui peut rassembler les pays de langue... latine !

Posté par : mafiacalabrese, le 24-11-2013 

Et voilà je vous tiens un peu informé des avancées :

Le livre vient de sortir. "Sur le ring - Le sang appelle le sang !" sera en vente dans les jours qui viennent donc le coeur vous dit de lire quelques extraits et l'article suivant concernant sa sortie : http://www.is-edition.com/actualites/207-parution-de-sur-le-ring-de-ange-marando .

Surtout n'hésitez pas à me contacter pour d'éventuels impressions, commentaires, avis sur le livre.
Merci d'avance !

Bien à vous et bonnes fêtes !!

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